LES COURONNES DU MUSÉE DE GLUNY
Tout le monde a vu et admiré au musée de Cluny les huit couronnes wisigolliiques du vu'' siècle, dont la principale est une offrande du roi Reccesvinthe. M. le ministre d'État vient de compléter ce trésor si précieux par l'acquisition d'une neuvième couronne votive, trouvée dans le même lieu que les précédentes, à laFuentede Guarrazar, non loin de Tolède. Le travail d'orfèvrerie, le goût de l'ornementation aussi bien que la richesse de la matière prouvent qu'elle a la même date et probablement la même origine que les huit premières.
Le bandeau est une sorte de grillage en or soufllé, très-épais, composé de trois cercles réunis par des attaches verticales, et donnant lieu ainsi à
deux rangées chacune de douze mailles ou carrés vides, l'une au-dessus de l'autre. Les barreaux de ce grillage, ou les côtés des carrés, sont légèrement renOésà leur milieu, un peu bombés à l'extérieur, plats à l'intérieur. Ils sont soudés les uns aux autres, et la soudure est faite avec de l'or, par un procédé qui, si je ne me trompe, n'est plus en usage depuis longtemps, si même le secret n'en est pas perdu. Chaque intersection des petits barreaux d'or est marquée par un chaton en relief qui renferme un saphir ou bien une coque de nacre, substance qui paraît avoir eu une valeur considérable au vii« siècle, pour être ainsi enchâssée dans de l'or et associée à des pierreries aussi estimées que le saphir. A l'intérieur de chaque maille se balance une petite pendeloque allongée, en or, terminée par une perle fine. Douze autres pendeloques semblables, mais de plus grande dimension, terminées par un saphir et une perle, se rattachent aux points d'intersection des mailles inférieures et donnent à tout l'ensemble un aspect d'élégance et de légèreté très-remarquable.
Cette couronne est, comme les autres, suspendue par trois chaînes d'or qui se réunissent sous un double fleuron d'un assez bon travail. Une quatrième chaîne fort longue soutient une grande cruix pendant au-dessous de la couronne. La croix
LES COURONNES DU MUSÉE DE CLLNY. 375 est d'or ircs-pur comme tout le resle, un peu évasée à ses extrémités, et ornée sur ses deux faces de saphirs et de coques de nacre sertis dans des cliatons épais et d'un fort relief. Les croisillons et la base ont de grandes pendeloques en saphirs en forme de poire et traversés par un hl d'or. La hauteur de la couronne depuis l'anneau de suspension jusqu'à la hase de la croix est de 0"° 72. Elle pèse un peu plus d'une livre, et les pierreries incrustées sont au nombre de cent dix-neuf.
On le voit, notre nouvelle couronne offre une grande ressemblance avec trois de celles que possède le musée de Cluny; seulement, celle-ci est plus grande, les chaînes de suspension sont plus riches, la croix centrale est plus ornée. La conservation d'ailleurs en est parfaite.
D'après les rapports recueillis sur la première découverte, qui eut lieu, comme on sait, en 1838, il paraît que quatorze couronnes d'or auraient été trouvées dans le même lieu. Nous en possédions huit; les autres, plus ou moins endommagées, ont été fondues à la Monnaie en Espagne. Cette dernière couronne, séparée des quatorze de la première trouvaille, aurait été déterrée l'année dernière à quelque distance. On suppose qu'elle aura été entraînée par les eaux, car le lieu est exposé à des inondations périodiques. Tout semble donc prou
ver que ces objets auraient été d'abord déposés dans une cachette commune, au moment d'un danger pressant, et, selon toute apparence, lorsque les Arabes menaçaient d'envahir la province de Tolède.
Quelques fragments recueillis également l'année dernière, et se rapportant aux couronnes du musée de Gluny, ont été acquis en même temps par M. le ministre d'État. On remarque un beau llcuron, des bouts de chaîne et deux maillons en or ciselé, qui ont évidemment fait partie de la chaîne qui supporte la couronne à laquelle est attachée l'inscription de Reccesvinthe.
Ce n'est pas seulement en Espagne que des couronnes votives en matières précieuses étaient suspendues dans des édifices religieux. Un curieux inventaire du trésor de la cathédrale de Laon, public par M. E. Fleury, fait mention de deux couronnes appartenant à celte église. L'inventaire est daté de l'an 1523, mais les couronnes sont évidemment plus anciennes.
« Elles sont en argent doré, ornées de beaucoup de pierres précieuses. Elles sont pendues à un anneau d'argent par quatre chaînes de même mêlai partant d'un fleuron (patena). Entre ledit fleuron et l'anneau est un gros crystal. Une croix d'argent pend de l'une des quatre chaînes, i»