‹ Études sur les barbares et le moyen âgeChapitre 1 sur 51 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Souvent il m' arrive, soit pour accéder à une requête, soit pour complaire à un ami, soit pour me satisfaire moi-même, d'insérer, dans les recueils qui me sont ouverts, des articles (c'est le mot) sur des ouvrages divers. Ces études, nées ainsi des circonstances, n'ont pas du moins failli à leur nom : elles ont été pour moi occasion d'étudier; d'autant plus qu'étant soumis à la salutaire discipline d'une philosophie dont l'un des mérites proéminents est de coordonner et de représenter les sciences positives, y compris l'histoire , je n'écris rien qui, par un lien certain, ne dépende de ce que je regarde comme les grandes généralités et les hautes pensées.

Dès lors il m'est possible, choisissant, parmi ces études, celles qui se rapportent à un même sujet, de faire ce que j'appellerais volontiers un demi-livre, c'est-

Il INTRODUCTION.

à-dire une œuvre à laquelle manquent l'enchaînement, la déduction et la continuité, mais à laquelle ne manque pas une pensée unique.

Ici la pensée est historique, à savoir que le moyen âge n'est point une ère stérile et déshéritée dans laquelle se brise la tradition, mais qu'au contraire il a continué, à travers les difficultés léguées et acquises, le développement, dont il n'a changé ni la nature ni la direction.

Ceux qui ne connaissent pas la philosophie positive, s'étonneront sans doute quand je dirai qu'elle n'a pu exister et se produire qu'au moment où l'histoire est devenue une science, en d'autres termes alors qu'une loi fondamentale y a été trouvée. Et, pour le dire en passant, cette nécessité qui lui était imposée n'est pas la moindre différence qui la sépare de la philosophie théologique et de la philosophie métaphysique; celles-là ont pu exister sans que l'histoire fût une science, et même l'histoire comme science n'est pas sans les gêner.

La loi fondamentale à laquelle je fais allusion et qui commence à pénétrer parmi les penseurs est que l'intelligence humaine, dans les périodes antiques, interprète les phénomènes en les attribuant à des volontés qu'elle fait analogues à la volonté des hommes ; que, plus tard, la raison, appliquant la critique à l'ordre des notions théologiques, rétrécit le domaine du surnaturel et substitue, partout où elle peut, aux volontés les essences et les qualités occultes ; et que, finalement, l'expérience, analysant les phénomènes, en tire des lois qui remplacent et les volontés primitives et les entités intermédiaires. On comprend que cette loi est non point une vue de l'esprit que la philosophie impose aux faits, mais

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