‹ Études sur les barbares et le moyen âgeChapitre 15 sur 51 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

voir conquis et christianisé la Germanie. Qu'eût-ce été si, alors que la barbarie se précipita, elle avait eu pour avant-garde la Gaule?

Chargé des deslins du monde civilisé, l'empire les soutint mal. Sans doute, la difficulté d'être avait commencé avant lui pour le monde païen ; la cause profonde en était dans l'épuisement des idées sociales, religieuses et politiques qui avaient alimenté l'ancienne civilisation. Mais, cette difficulté, l'empire l'aggrava de la façon la plus funeste en la laissant se compliquer de l'invasion de la barbarie. Sous le poids de son régime, les lettres, les arts, les caractères, tout déchut; les forces offensives et défensives s'énervèrent; et les Germains mirent fin à l'œuvre de César et d'Auguste.

Le siècle, dit Tacite, et il parle du sien, qui fut si sombre, n'a pas été tellement stérile en vertus, qu'il n'ait aussi donné de nobles exemples. Cette parole du plus grave des historiens, je la détourne, et je dis : la décadence n'a pas été si irrémédiable qu'elle n'ait permis à une rénovation de naître et de grandir. C'est là, à vrai dire, le point important sans lequel l'histoire, cessant d'être une tradition, serait un hasard. La rénovation ne pouvait naître par la vie politique, que l'empire avait rigoureusement étouffée; elle ne pouvait naître par le mouvement des lettres et des arts, qui ne produisaient que des imitations de plus en plus chétives d'un passé glorieux, mais épuisé ; elle ne pouvait naître parle progrès des sciences positives : la mathématique et l'astronomie , seul domaine que l'antiquité possédât dans la positivité (la physique et la biologie n'étaient qu'ébauchées, et la chimie n'existait pas), la mathéma-

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tique, dis-je, et l'astronomie constituaient une base trop étroite pour que l'influence sociale des sciences pût s'exercer.

Ce fut donc dans le domaine religieux et moral que s'ouvrit la rénovation, et que le monde ancien manifesta son foyer de vie et son expansion. Cette rénovation se nomme la religion chrétienne. Née peu d'années après l'établissement de l'empire, en trois siècles elle avait gagné le plus grand nombre et converti les empereurs. Il importe, pour mon but, de noter comment elle se lie au passé et à l'avenir. Les sages du paganisme avaient presque tous conçu comme le couronnement de leur science et de leur philosophie l'idée d'un Dieu suprême et unique, et repoussé comme une superstition les multiples adorations du vulgaire. Aussi, quand le monothéisme judaïque, tiré par Jésus-Christ et par saint Paul du particularisme qui jusqu'alors l'avait retenu, devint le christianisme et fut prêché aux gentils, une lutte de parole et d'écrits s'engagea à laquelle le paganisme ne put pas résister. Les discussions sur les hautes questions renaquirent; les conciles furent de libres assemblées, et, comme l'a dit M. Albert de Broglie , les premières depuis la chute de la république; on discuta, on régla le dogme et les devoirs. Victorieuse en sa qualité d'idée supérieure, la religion chrétienne, bien loin de craindre la science, comme elle fit plus tard, accueillit avec respect et sécurité tout ce- que l'antiquité avait produit en ce domaine ; s'efforçant, en vertu de la morale commune qu'elle prêchait aux grands et aux petits, de restreindre l'esclavage, elle eut de la sorte une part dans le grand

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