XVI INTRODUCTION
comme caractère à l'empire par César, cela n'est pas douteux; etLucain s'écrie, avec autant de vérité que de tristesse, que la victoire de Pharsale a pour jamais exilé la liberté [redituraque nunquam libertas). « Sous ce nom « de liberté, dit Bossuet (Hist. univ. III, 6), les Romains « se figuraient avec les Grecs un état où personne ne fût « sujet que de la loi , et où la loi fût plus puissante « que les hommes. » C'est aussi ce que nous entendons par ce mot, et c'est ce que l'empire ne connut plus. Alors un centurion, un tribun (imaginez un capitaine, un colonel!) alla officiellement voir le condamné de l'empereur s'ouvrir les veines ou boire la coupe empoisonnée. Je ne connais rien dans l'histoire de l'obéissance militaire, qui soulève plus le cœur.
César ne- fonda qu'une décadence terminée par une catastrophe. Lucain, dès Néron, s'aperçoit que la perte de la liberté a brisé l'action extérieure de Rome : « Oui, « dit-il, la journée de Pharsale a autant abaissé Rome « que tous les siècles passés l'avaient élevée [Sed rétro « tua fat a tulitpar omnibus annis Emathiœ funesta dies) . » Quelques années après, la ruine est devenue plus visible : sous Trajan (Trajan , ce grand et victorieux empereur !), Tacite déclare que l'empire n'est plus de force à lutter contre les barbares, et qu'il ne doit désormais son salut précaire qu'au hasard de leurs dissensions. Laissons ce triste spectacle. César ne mérite pas de nom parmi les fondateurs, mais il en garde un parmi ces grands capitaines de la Grèce, de Rome et du moyen âge qui ont ou défendu ou étendu l'oeuvre de la civilisation. Son service, à lui, c'est d'avoir conquis et romanisé la Gaule, comme celui de Charlemagne est d'à-