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inouïe, la domination des barbares, c'est à l'origine qu'il faut l'examiner, et dans le caractère que lui imprima son fondateur. Là se forme le nœud qui ne se dénouera pas, mais que tranchera le glaive des Goths, des Burgundes et des Francs. Évidemment les choses tournèrent aussi mal qu'il est possible. Mais, en même temps, il faut montrer, ce qui est véritable, comment dans cette période de décadence officielle s'élevèrent des forces restauratrices qui, ne se bornant pas à limiter le mal, produisirent un ordre intellectuel et moral, capable d'équivaloir, comme rôle intermédiaire, à l'ordre intellectuel et moral de l'antiquité.
L'empire ne s'établit point sans une lutte terrible. Le parti qui s'y opposa était puissant : Labiénus et l'Espagne, Pompée et Pharsale, Caton et l'Afrique en font foi. Mais, si la force des armées se balançait, la capacité des chefs ne se balançait pas; et la supériorité du plus rapide vainqueur qui fut jamais , se manifesta partout. Le parti républicain, se sentant encore des ressources, lé tua et recommença le combat contre un maître et le pouvoir absolu. Il est donc certain qu'à ce moment Rome était violemment partagée, et que beaucoup défendaient la république, tandis que beaucoup, ne s'en souciant plus, prêtaient leurs bras à qui voulait la renverser.
Devant cette crise qui, pourtant de siècles, décida du sort du monde civilisé (car dans l'empire romain était enclose l'œuvre de civilisation, œuvre suprême à laquelle les Parthes à l'Orient, les Germains au Nord, étaient étrangers); devant, dis-je, cette crise redoutable, l'histoire s'arrête un moment pour juger ce qui s'est
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fait; puis, quand la solution est accomplie, elle ne considère plus que le phénomène , dont il faut étudier le développement et les conséquences.
Sous le règne de Tibère, Cremutius Cordus nomma, dans une histoire, Brutus et Gassius les derniers des Romains ; F ombrageuse tyrannie du successeur d'Auguste punit de mort cette parole, et de destruction le livre où elle était consignée. Le fait est que, généralement, l'antiquité pencha, dans ses jugements, vers le parti républicain. Mais, de nos temps, regardant César comme le chef et le représentant du parti plébéien ou populaire, on a dit que son triomphe avait été le triomphe légitime et l'événement heureux.
Cela est-il vrai? César a-t-il en effet combattu pour la plèbe, assuré ses droits, accru son importance politique? Est-elle après lui plus libre, plus puissante, plus grande? D'ailleurs la plèbe antique est-elle l'analogue de la démocratie moderne? Enfin, la plèbe qui suivit Clodius, Catilina et César lui-même, était-elle encore la plèbe de la vieille république et des Gracques?
D'abord, écartons comme fausse l'assimilation de la plèbe antique avec notre démocratie moderne. La plèbe antique avait au-dessous d'elle les esclaves et tout ce qui n'était pas classé ; elle formait un corps essentiellement propriétaire, et, à vrai dire, une aristocratie intermédiaire entre les patriciens et la tourbe libre et non libre dont on ne tenait compte ni pour la paix ni pour la guerre. Au lieu que, depuis l'issue du moyen âge et du servage, la démocratie moderne a pour élément , à côté de la bourgeoisie , ces classes de travailleurs que l'antiquité ne connaissait que comme classes
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serviles ou n'admettait qu'à regret et avec défiance dans ses cadres politiques.
S'il importe de distinguer la plèbe antique de la démocratie moderne, il importe aussi de distinguer la plèbe en sa fleur de la plèbe en sa décadence. Rien ne fut plus sujet à décadence que la plèbe ; et cela se conçoit; car c'était un corps fermé qui se recrutait insuffisamment, et un corps de petits propriétaires, à qui toutes sortes d'accidents ravissaient la propriété. C'est par la dissolution de la plèbe que toutes les républiques antiques ont manqué; et Rome ne fit pas exception.
La plèbe romaine, depuis l'institution des tribuns, devint un corps vigoureux, discipliné, admirable, qui lutta à la fois pour des idées politiques et pour des idées qu'aujourd'hui nous nommerions socialistes. Dans l'ordre des idées politiques, elle réclama avec une indomptable ténacité l'égalité à l'égard des patriciens, et le droit de partager les hautes magistratures qui longtemps leur avaient été exclusivement dévolues. Dans l'ordre des idées socialistes, comme elle sentait à tout moment que la propriété, qui faisait sa force, lui échappait, elle demanda sans cesse à être protégée contre la misère et la dissolution par des partages de terres dont la conquête lui offrait de fréquentes occasions. Victorieuse politiquement, elle fut vaincue socialement. Les Gracques, suprêmes socialistes de la plèbe romaine, succombèrent; le sénat noya leurs projets dans leur sang et dans celui de la plèbe, qui dès lors marcha rapidement vers une irrémédiable décomposition.
Le nom seul en demeura ; et c'était chose accomplie