LE MARIAGE DE SAINTE CATHERINE D’ALEXANDRIE
paraît même avoir été l’idée du légendaire ; mais le génie des peintres les a mieux inspirés ; ils ont senti que dans un pareil sujet, la condition la plus nécessaire était d’écarter tout ce qui pouvait arrêter l’esprit sur l’idée d’une union terrestre ; et l’enfance du Christ a conservé à l’amour de Catherine tout ce qu’il a de mystique , en lui laissant son caractère indéterminé entre l’impression causée par l’objet sensible et le désir d’une possession purement intellectuelle.
Dans le charmant tableau du Corrège, l’expression des traits de la jeune fille est celle d’une dévotion ingénue. Quoique le tableau ne présente que la partie supérieure de sa figure, on juge quelle est agenouillée devant la Vierge ; celle-ci, assise, tient son fils sur ses genoux. Les yeux de Catherine, timidement baissés, se fixent sur la main de l’enfant qui, de l’air d'une attention enfantine, tient le doigt de lajeune fille, trèsoccupé d’y placer l’anneau. Ces deux mains so*t mises dans une de celles de la Vierge; de l’autre, elle semble diriger l’action de son fils. Catherine s’appuie sur une roue dans laquelle est passée une épée, instrument de son double martyre. Derrière elle, saint Sébastien, quelques flèches à la main, contemple ce spectacle d’un air de joie et de complaisance. Les légendes font mourir saint Sébastien sous Dioclétien, et convertissent sainte Catherine sous Maxence. Dans un sujet historique, les réunir serait un anachronisme; mais
le sujet mystique confond les temps connue les natures; et quelles que soient les raisons qui aient engagé le Corrège à rassembler ces deux saints dans le même tableau, rien dans un pareil assemblage ne blesse les convenances du sujet; et il a pu également, sans manquer à la vraisemblance historique qui n’entre ici pour lien, anticiper l’avenir, non-seulement en plaçant sous la main de Catherine, au moment de son mariage, les instruments de son martyre, mais encore en laissant entrevoir, dans le lointain du vaste paysage qui sert de fond à son tableau, d’un côté le martyre de saint Sébastien, de l’autre celui de sainte Catherine.
Ce tableau est peint sur bois.
PROPORTIONS
Huuieur, I ni (“tre 22 ceni. — 3 pieds 8 pouces.
Largeur, 1 — 22 — =3—8 —
SAIXT JÉROME
PAU LE CüKRÊGE.
« Des ouvrages du Corrège, dit Mengs, celui-ci est presque le plus beau»; Algarotli lui donne la préférence, non-seulement sur tous les autres tableaux de ce grand peintre , mais encore sur tous ceux qu’il connaît, Annibal Carrache n’en parlait qu’avec transport, et après l’avoir vu, il voulait abandonner tout autre modèle pour ne plus étudier que le Corrège L’histoire de ce tableau a été suivie avec soin depuis son origine. Il fut fait en 1524, pour la signora Briséif
Colla, veuve d’Ottaviano Bergonzi, gentilhomme parmesan. Elle le lui paya quarante-sept ducats, et la dépense des six mois durant lesquels il y avait travaillé, mais sans s’y consacrer entièrement, car c’était à cette époque même qu’il exécutait les grands travaux de l’église de Saint-Jean de Parme. On ajoute que, le tableau fini , la signora Briséis voulut , au prix convenu , joindre une gratification qui consista en deux voitures de bois , un cochon gras, et plusieurs mesures de froment : présent modique, mais conforme à l’usage du temps et à la modération de ce grand maître. Car, si la fortune du Corrège ne fut pas aussi mauvaise qu’on l’a cru généralement, du moins paraît-il que la modestie et la simplicité de son caractère le tinrent toute sa vie dans cette situation médiocre d’où le talent et le génie ne suffisent pas à faire sortir celui qui n’est pas doué d’une sorte de hardiesse nécessaire , s’il est i>ermis de le dire , pour imposer à la fortune.
Le Saint Jérôme fut donné par la signora Briséis aux religieux du couvent de Saint-Antoine de Parme j en 1749, l’infant Dom Philippe l’acheta , pour empêcher que les religieux ne le vendissent au roi de Portugal, qui en offrait, dit-on, 460,000 francs; il le fit ensuite placer dans une des salles de l'Académie des Beaux- Arts qu’il venait de fonder.
Le sujet du Saint Jérôme est, comme un grand nombre de tableaux de ce temps-là, le produit de