SAINT JÉROME
quelque dévotion particulière qui, sans s’arrêter à l’ordre des temps, aimait à réunir dans un même cadre les objets de sa vénération. Saint Jérôme n’y joue pas un rôle plus important qu’aucun des autres personnages. Debout , à la gauche du tableau , les genoux seulement un peu pliés, comme pour dissimuler quelque chose de sa haute taille, ce saint', accompagné de son lion, et dans la nudité presque sauvage de son désert, offre, par l’intermédiaire d’un ange, ses ouvrages à l’Enfànt Jésus, assis au milieu du tableau sur les genoux de sa mère. A droite, la Madeleine à genoux, la tête et le bras appuyés sur la Vierge, prend le pied de l’enfant et l’approche de sa joue pour le caresser; derrière elle, im petit ange tient et paraît vouloir sentir le vase de parfams qu’elle doit un jour répandre sur les pieds dh Christ.
Admirable par l’expression des sentiments doux, ten* dreset gracieux, le Corrège a porté au plus haut degré dans cette célèbre composition le caractère qui lui était propre. Toute cette scène est occupée et remplie par le charme que répand autour de lui un Enfant adoré. L’ange qui , le doigt sur un endroit du livre, lui ouvre les œuvres de saint Jérôme , sourit avec cette comptai* sanced’un enfant déjà grand pour l’eufant plus petit dont il est accoutumé à faire l’objet de ses soins, et «avecun rire si naturel, dit Vasari, qu’il contraint de rire avec
lui '. » Le petit Jésus, d’un air spirituel et gai , étend sa main comme s’il comprenait; et dans le regard maternel de la Vierge perce aussi la nuance de gaité d’une mère amusée des jeux de son enfant. Le sévère saint Jérôme paraît absorbé dans cette douce contemplation ; et l’expression mélancolique répandue sur la ravissante figure de la Madeleine indique moins peutêtre un pressentiment sur la destinée de l’enfant qu’elle caresse avec tant d'amour et d’abandon, que cet excès, cette défaillance d’une tendresse qui succombe à l’impossibilité de se manifester envers un petit être encore incapable de la comprendre. L’ange placé derrière la Madeleine est charmant; la grâce de toutes ces figures est telle qu’il appartient au Corrège , et n’en contraste que mieux avec la mâle figure de saint Jérôme , auquel on peut à peine reprocher de demeurer, dans sa pose, un peu trop soumis à la ligne ondoyante qu’affectait presque exclusivement ce grand peintre.
Accoutumés au pinceau du Corrège, les amateurs * cependant traitent de prodige' la peinture de Saint Jérôme, où la couleur, plus empâtée que dans aucun de ses tableaux, conserve pourtant une incroyable transparence, et des teintes tellement moelleuses « qu’elles ne semblent pas, dit Mengs, appliquées avec
1 T. Vil, p. 150, Mit. de 1809.