LA CHARITÉ
enfant repose à côté d’elle, endormi sur un des pans de sa robe. La Charité ne le regarde pas; mais le doux recueillement de ses regards annonce qu’elle jouit profondément du bien qu’elle leur fait : il y a dans cette expression quelque chose de fort remarquable; le peintre n’y a point mis la tendresse d’une mère heureuse au milieu de ses enfants ; une sorte de gravité religieuse semble indiquer que la Charité remplit un devoir, et l’air de méditation, qui s’allie dans ses traits au sentiment de satisfaction que donne un devoir rempli, fait croire qu’elle réfléchit à d’autres devoirs du même genre, à d’autres enfants qui ont besoin d’elle comme ceux qu’elle soulage, et aux moyens par lesquels elle pourra étendre sur eux sa bienfaisante influence. De là résulte, dans celte figure, une dignité sérieuse et calme qui, en complétant l’idée de la Charité, ajoute beaucoup à ce que son action a de touchant. On voit qu’André del Sarto a cherché à rendre , non-seulement celte action, mais le caractère tout entier de la Charité religieuse : la personnification ne montre qu’une femme nourrissant et soignant trois enfants; l’imagination du peintre a vu davantage : elle a saisi tous les sentiments qui devaient occuper une âme vouée au pieux exercice d'un devoir sans bornes, et il a voulu que l’expression de la figure, destinée à représenter, non une femme charitable, mais la Charité personnifiée, en rappelât le souvenir. Il y a réussi par le seul effet de l’expression,