‹ Études sur les beaux-arts en généralChapitre 67 sur 104 · ÉCOLE ITALIENNE (PIERRE DE CORTONE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ITALIENNE (PIERRE DE CORTONE

de ce tableau est douce et en harmonie avec le sujet. 11 ne demandait point ces expressions pénétrantes et réfléchies qui ont manqué à Pierre de Cortone; les tonnes un peu robustes qu'il a particulièrement affectionnées conviennent ici à l’état des personnages. Cette belle camjmgne, ce beau ciel de Rome appelaient toute la magie de sa couleur; et il semble que la simplicité de l’action lui ait fait oublier tout artifice; on n’y voit point de ces figures inutiles que Lanzi lui reproche d’avoir employées pour arrondir l’ensemble de sa composition, ni de ces figures que l’action la plus pacifique n’empêche pas de se montrer en attitude de lutte ou de bataille ’. Ce n’est certainement pas dans ce joli tableau que ses imitateurs auront pris l’exemple de l’exagération; mais le grand inconvénient d’un exemple trop séduisant est moins dan» ce qu’il apprend quq dans ce qu’il fait oublier. Les succès de Pierre de Cortone avaient eu tant d’éclat que le soin d’obtenir de pareils effets détourna du soin d'étudier la nature, fit dédaigner la modeste imitation de Raphaël, et jeta les peintres dans une habitude de fracas qui leur parut avantageuse pour voiler souvent l’insuffisance de la science et du talent. Enivrés des facilités que leur présentait un tel genre, iis oubliaient que la facilité de Pierre de Cortone lui servait aussi' à ne pas craindre

* Lanzi, t. II, p. 374.

FAUSTULl'S APPORTANT REMIS ET ROMÜLUS. 325

de se corriger lui-même, et que, suivant son admirateur Baldinucci, il lui arrivait souvent « d’effacer ces « nobles ouvrages jusqu’à ce qu’il les eût rendus « exempts de ce qui choquait l’extrême délicatesse de « son goût » .

PROPORTIONS

Hauteur, 2 mètres 53 cent. — 7 pieds 8 pouces 6 lignes.

Largeur, 2 — 65 — =8 — 3 — » —

t Daltljnucci, Kotiiit de" profeitori ici ditegno, 1 . 1, p. 106.

GENNARI

GENNARJ, César , ne à Cento en 1641 ; mort à Bologne en 1688.

LA MADELEINE AU DÉSERT

LA MADELEINE AU DÉSERT

PAR UEXXABI.

Un grand artiste ne se perpétue pas simplement dans ses propres oeuvres ; autour de lui se rassemblent presque toujours des hommes capables de recevoir son inspiration, de se pénétrer de son esprit. Ils ne sont pas uniquement ni altsolumcnt copistes du maître ; ils n’apportent pas, il est vrai, à son école ce génie original que les leçons peuvent seulement développer et diriger; mais ils ne se bornent pas non plus à une adoption sans discernement des préceptes qui leur sont enseignés, à une imitation servile des modèles qui leur sont offerts. Doués d’une nature capable de

ÉCOLE ITALIENNE (GENNARI).

recevoir l'impulsion qu’ils n’auraient pas su se donner eux-mêmes, ils suivent avec exactitude, bien qu’avec choix, celle à laquelle ils se sont livrés ; et sans agrandir beaucoup leur école, qui ne compte guère au nombre de ses richesses que les génies originaux qui ont consenti à recevoir son empreinte, ils forment un noble cortège à leur maître, dont ils augmentent la gloire en rattachant à un plus grand nombre d’ouvrages distingués sa manière, son nom, et son souvenir.

Telle fut pour le Guerchin toute la famille des Gennari ; élève d’abord, puis émule, puis guide de Benoît Gennari, il le conduisit sur ses traces à la recherche de ces grands principes de la peinture que le Guerchin a saisis avec tant de bonheur. Hercule Gennari, fils de Benoît, épousa la sœur du Guerchin, et paraît avoir réussi surtout à copier les tableaux de son beau-frère. Mais Benoît et César, tous deux ûls d 'Hercule, habiles et laborieux copistes des ouvrages de leur oncle, furent en même temps les imitateurs heureux et assidus de sa manière. Cependant Benoît , encore plus disposé que son frère, à ce qu’il paraît, à se pénétrer facilement des divers styles qu’il voulait étudier, après un long séjour ' en Angleterre, rapporta en Italie le fini, l’exactitude, et toutes les qualités d’un peintre du nord. Cette nouveauté lui valut une grande vogue, surtout pour le portrait, auquel alors il s’attacha particulièrement.

LA MADELEINE AU DÉSERT

César, plus fidèle à ses premiers errements, demeura toute sa vie la créature du génie de son oncle, le répétant peut-être même un peu trop, jusque dans les traits de scs figures, et laissant seulement à désirer quelquefois ce que ne peut donner aucun maître ni aucun modèle, cette chaleur de verve qui n’est accordée qu’au génie original , et qui fut un des grands caractères du Guerchin: les Gennari n’ont pas même pu toujours parvenir à reproduire la vigueur de leur oncle dans les copies de ses tableaux. Lanzi en a vu une au palais Ercolani, à côté de l’original: c’était une Bersabée : «Celle du Guerchin, dit-il, paraissait peinte de la veille (<Tallora), et l'autre avait l’air d’être faite depuis un grand nombre d’années ‘. »

Par la nature de son talent, César dut s’attacher surtout à imiter la troisième manière du Guerchin ; car bien qu’ordinairement on n’en attribue que deux à ce grand peintre, lanzi lui en reconnaît trois : la première offrant, bien qu’avec plus de noblesse de style, quelque chose des effets du Caravage ; la seconde adoucie sur les exemples et les conseils des Carrache ; ce qui fait qu’on l’a communément rangée dans leur école, et que Joseph Piacenza* s’excuse de ne l’y pas comprendre au premier rang « parce que rigoureu-

* Lanzi, t. V, p. 130.

> Editeur des œuvres de Baldinucci.

ECOLE ITALIENNE (GENNAKI).

a sèment parlant, dit-il, il n’appartient point à cette « école, bien que, ainsi qu’il l'affirmait lui-même, il « sc soit modelé sur les exemples du grand Louis « (// gran Lodovico) *. » Dans sa troisième manière, moins austère encore, mais moins originale, le Guercliin a cherché à se rapprocher du Guide : c’est à l’imitation de cette dernière époque du talentdu maître que doit probablement se rapporter la Madeleine de Gennari. La figure de la femme, pleine de grâce et de noblesse, a bien les traits de celle du Guercliin, mais son caractère est la douceur plutôt que la force ; ses formes, surtout celles du haut du corps, montrent une délicatesse tout-à-fait conforme à la dernière manière de ce grand peintre, et qui est heureusement exprimée par la suavité des teintes, plus en rapport avec ces formes adoucies qu’elle ne le serait avec des contours plus hardis. Ceux de l’enfant sont plus prononcés ; sa pose, ainsi que celle de la Madeleine, est gracieuse et naturelle. Les deux portions de rocher, qui encadrent pour ainsi dire la figure principale, la font bien ressortir. Ce tableau est en tout d’un bel effet.

1 de’ profetfori de! disepno, (In Cimabne in qita. Opéré di

Fiiippo llnldinueci, t. I, p. Sî ; Ter:n disertnsion di Giuseppe Piirrenzn.

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