LA MESSE DK SAINT MARTIN
« catéchumène , qui in’n revêtu de celte tunique *. »
Ce dévouement simple des vertus chrétiennes, dans un temps où la corruption de Rome et la férocité des Barbares occupaient la scène du monde, inspire un respect qu’aucune fable ne saurait détruire, et méritait d’être consacré par le génie de Lesueur. Ce génie simple, grave et plein d’une sensibilité profonde, s'élevait sans effort à la hauteur des souvenirs les plus augustes et des sentiments les plus touchants. Peu de tableaux sont, aussi parfaitement que celui qui nous occu|ie, en harmonie avec leur sujet et les idées qui s’y rattachent. Le saint, debout devant l’autel, s’occupe exclusivement des fonctions qu’il vient de remplir; rien ne le distrait et ne le trouble ; tout entier à sa piété, plongé dans le recueillement, il adresse ses prières au Dieu qui lui témoigne avec tant d’éclat sa satisfaction : le prêtre placé derrière lui contemple avec une admiration pieuse le globe de feu ; la sainte tille, à genoux devant les marches de l’autel , se livre à la même contemplation ; toutes ces figures sont calmes, recueillies; rien n’annonce le moindre étonnement; tout indique une reli- • giense confiance: jamais miracle n’a élé opéré devant
1 Sulpicii Severi de Vita U. Martini liber; c. î, p. 488. C’est «le la cape de saint Martin de Tours, relique précieuse, que les rois Francs portaient toujours avec eux, qu'est veuu le nom de chapelle, donné d'abord 5 la chambre oii l’on officiait devant eux , et ensuite aux petites églises particulières. (Vo je/. Du Cangc, Glotsar., v. cnpa, rapella, capellanu*.'.
EC.OI.E FRANÇAISE (EL'STACHE LESl'Elb,.
des fidèles plus convaincus de la présence de leur Dieu, plus disposés à recevoir avec une foi pleine d'abandon les preuves les plus merveilleuses de cette puissance. On sont que la tranquillité qui règne dans le temple, au moment de la cérémonie sainte, est aussi dans tous les cœurs. 11 n’est pas jusqu’à la ressemblance de quelques-unes des tètes et de leur expression qui n'ajoute à l’effet de la scène ; il semble que tous soient également pénétrés du même sentiment qui , bannissant toute autre idée, donne à leurs traits le même caractère et la même intention à leur physionomie. Nul peintre n a su, mieux que Lesueur, faire tendre ainsi vers un but unique toutes ses figures, et remplir en quelque sorte tout son tableau de la pensée qu’il voulait peindre.
Que de grâce dans les détails ! que de beauté dans ces deux jeunes tilles agenouillées de profil ! Les draperies sont disposées avec une élégance noble et facile qui n a point l’air de l’arrangement, quoique sa perfection ne se rencontre jamais dans la réalité : l'intelligence la plus exercée a réglé l’ordonnance de ces figures qui remplissent le tableau sans la moindre apparence de désordre et de confusion : le goût le plus pur a présidé à leur ajustement; la sensibilité la plus douce a répandu sur toutes ces têtes cette sérénité bienheureuse. I ne exécution gracieuse et légère ajoute encore à ces mérites de la pensée, et fait de cette auguste scène un des
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outrages de ce grand maître devant lesquels on s’arrête avec le plaisir le plus complet.
Ce tableau avait été peint pour les religieux de l’abbaye de Marmoutiers, fondée par saint Martin, à une demi-lieue de Tours, vers la fin du quatrième siècle.
PROPORTIONS
Hauteur, ! mètre 13 centim. ~ 3 pieds .'i pouces 8 lignes. i)22. largeur, » — 81 — = 2 — 3 — Il — 08.