LA MESSE DE SAINT MARTIN
l'\R Er.STU IlE LESUEER.
' « Trois religieux, un prêtre , une sainte fille, aperçurent uu globe de feu sur la têle de saint Martin , un jour que le saint célébrait la messe , après avoir donné sa tunique à un pauvre, et s'être contenté |>our vêtementd'une mauvaise robe noire. Le Seigneur, disent les légendaires, opéra ee miracle pour faire voir combien la charité de Martin lui était agréable. »
Saint Martin était accoutumé à faire des actes de charité et à les voir récompensés par des miracles. Sulpice-Scvère en raconte un à peu près semblable à celui
358 ÉCOLE FRANÇAISE (ELSTACHE LESI'EIR).
qui a fourni à Lesueur le sujet de son tableau , et dont les détails sont touchants. Le saint, âgé alors de dixhuit ans, était encore soldat et simple catéchumène r. « Gomme il n’avait que ses armes et son habit militaire, au milieu d’un hiver plus rigoureux que de coutume et pendant lequel plusieurs |»ersonnes étaient mortes de froid, il rencontra un jour devant la porte d'Amiens un pauvre complètement nu; le pauvre priait les passants d’avoir pitié de lui, et les passants suivaient leur chemin : l’homme animé de l’esprit de Dieu sentit que c’était à lui que ee panvre était réservé , puisque les autres n’en avaient pas compassion. Que faire? il n'avait que la tunique dont il était revêtu; il avait déjà employé à des œuvres semblables le reste de ses vêtements; il tira son épée, coupa sa robeen deux, en donna la moitié au pauvre et s’en alla couvert de l’autre moitié. Cependant quelques-uns se moquaient de lui parce qu’il avait ainsi un air hideux et ]K}rtait un habit déchiré; d’autres, plus sages, gémissaient de n’en avoir pas fait autant, car ils avaient plus que lui, et ils auraient pn vêtir le pauvre sans se dépouiller eux-mêmes. La nuit suivante, Martin, s’étant endormi, vit le Christ revêtu de cette moitié de tunique dont il avait couvert le pauvre : il s’entendit commander de regarder le Seigneur et la robe qu’il avait donnée : et bientôt, au milieu d’une multitude d’anges, il entendit Jésus dire à haute voix : «C’est Martin, encore