‹ Études sur les beaux-arts en généralChapitre 95 sur 104 · ÉCOLE HOLLANDAISE (GÉRARD DE LAIRESSE · texte numérisé non relu

ÉCOLE HOLLANDAISE (GÉRARD DE LAIRESSE

délaissement qui parfois ajoute ensuite du prix au talent en lui donnant, aux yeux du public, le mérite d’une découverte. Peu occupé à Liège , où apparemment son père, et Bartholet, le collègue et l'ami de Renier de Lairesse, et le second maître de son fils, n’avaient d’ouvrage que ce qu’il en fallait pour eux-mêmes, Gérard, poussé peut-être par des goûts assez désordonnés, se rendit à Utrecht, où d’abord il fut réduit à peindre des enseignes et des paravents. Cependant, un do ses amis l'engagea à composer deux morceaux plus importants, qu’il se chargea de faire passer à un marchand de tableaux à Amsterdam. Les marchands de tableaux en Hollande , sûrs alors des débouchés de leur commerce, avaient des peintres qu’ils tenaient chez eux, qu’ils faisaient travailler à leur compte, et dont les ouvrages, même en les payant bien, leur rapportaient encore des profits considérables. Les deux tableaux de Lairesse

donnèrent à üylenburg , c’était le nom du marcliand auquel ils avaient été présentés, le désir de s’approprier un pareil talent. Il partit lui-même pour Utrecht, portant à Lairesse cent florins pour le prix de ses deux tableaux, et des promesses capables de le décider à l’engagement qu’on désirait de lui : Lairesse y consens tit; il partit avec Üylenburg ; et le lendemain de son arrivée, invité à se mettre à l’ouvrage dans l’atelier d 'Üylenburg, il surprit fort son hôte et les autres spectateurs lorsque après une assez longue («use em-

LA MALADIE D’ANTIOCHLS.

ployée à la méditation^ au lieu de prendre ses pinceaux, il tira de dessous son manteau un violon dont il joua quelques airs ; puis il ébaucha un tableau , reprit son violon , et , après quelques nouveaux airs , peignit et finit d’un seul coup plusieurs têtes. Sa facilité était remarquable ; on s’étonne de la quantité de plafonds, de tableaux , gravures , dessins , etc., qu’il a trouvé le temps d’exécuter dans Les intervalles que lui laissait la. débauche à laquelle il se livrait avec une intempérance qui lui coûta la vue à l’âge de cinquante ans , et qui épuisait journellementles fruits d’un travail cependant très-productif, surtout depuis que Lairesse avait quitté Uylenburg pour recueillir seul les profita de son talent et de sa réputation.

Quoique son dessin manquât souvent de correction et d’élégance, Lairesse élaitsavant dans son art et ingénieux dans sa manière île l'enseigner; ce fut sa consolation et sa ressource lorsque la perte de la vue lui eut ôté les moyens de le pratiquer. Ce fut probablement à ces leçons , rédigées après sa mort par les peintres qui en avaient profité, qu’il dut en partie le titre du Poussin hollandais , que contribuèrent aussi à lui acquérir et son talent pour l’expression, et l’esprit qu'il mettait dans ses compositions, ainsi que le fréquent usage qu’il a fait de l’allégorie, et le choix de ses sujets, tous en contraste avec ses penchants, car ils sont tous sérieux et même assez graves.

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Ce tableau est un des plus estimés qu’ait produits Gérard de Lairesse. Le moment de l’action parait être celui de la visite de Stratonice à Antiochus; car, à l'abattement du jeune prince, il est difficile de croire qu’il reçoive actuellement la nouvelle qui doit lui rendre la santé. La couronne et le sceptre , placés sur un guéridon où Séleucus paraît les offrir à son fils, n’indiqueraient qu’une tentative de Séleucus pour distraire les chagrins de son fils, dont il ignore encore le sujet. Quoi qu’il en soit, l’attitude et l’expression d’Antochius sont remplies de charme j ses yeux baissés, ses mains croisées sur sa poitrine pour retenir le vêtement qui s’échappe de dessus ses épaules, annoncent avecune grâce infinie la timide pudeur qui convient au caractère de la passion du jeune homme prêt à mourir plutôt que de laisser échapper son secret; Stratonice y répond par un embarras presque égal au sien. Leurs têtes sont d’un assez bon style; la figure de Séleucus est pleine de dignité. La composition du tableau est riche et bien ordonnée. L’appartement d’Antiochus est magnifiquement décoré de ces ornements d’architecture pour lesquels Lairesse avait du goût et du talent.

La couleur de Lairesse est lionne ; sa manière large, et pourtant finie.

Ce tableau est peint sur bois.

PROPORTIONS

Hauteur, 31 centim. rz 23 pouces 6 lignes.

Largeur, 46 — =28 — 6 —

ir.

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