‹ Études sur les beaux-arts en généralChapitre 96 sur 104 · PAR GÉRARD DE LAIRESSE · texte numérisé non relu

PAR GÉRARD DE LAIRESSE

L’allégorie dTlercule entre le vice et la vertu, inventée par Prodicus, rapportée et embellie par Xénophon, est devenue, dans nos temps modernes, le sujet de plusieurs ouvrages de peinture et de poésie. Métastase entre autres en a fait, pour le mariage de Joseph II, qu’il y a représenté sous le nom d’Alcide, une sorte de ballet intitulé Alcide al bivio ( Hercule au chemin fourchu ); et on a, d’Annibal Carrache, un tableau sous ce même litre *. Xénophon rapporte ainsi la fable de Prodicus : « En sortant de l’enfance pour entrer dans la jeu- <t nesse, à l’âge où l’homme commence à décider pour « lui-même , Hercule alla s’asseoir et méditer dans un « lieu écarté; là, lui apparurent deux grandes femmes :

* Ercole al bivio.

tu ÉCOLE HOLLANDAISE (GÉRARD DE LAIRESSE).

« l’une était vêtue de blanc; la nature l’avait douée « d’une grande pureté de formes et de teint; ses yeux a étaient remplis de pudeur; l’autre, peinte sur la « figure et sur tout le corps pour se faire paraître plus « blanche et plus rouge qu’elle ne l'était naturelleut ment, portait un vêtement transparent et à travers « lequel se laissait apercevoir son corps ; elle se redresa sait, se regardait, et regardait si les autres faisaient « attention à elle , reportant continuellement les yeux « sur elle-même. »

Annibal Carrache a suivi cette description avec la plus exacte fidélité. Le vêtement blanc et l’attitude simple de laVertu ; le vêtement transparent et le maintien affecté de l’autre femme; entre elles deux, Hercule assis, appuyé sur sa massue; d’un côté, le chemin roide et escarpé de la gloire, tracé au milieu des précipices ; de l’autre , un pays gracieux où le plaisir peut errer sans aucune route déterminée, tout se rapporte parfaitement aux paroles de 'Xénophon. Lairessc n*a pas été tout-à-fart aussi fidèle dans les détails; mais, peut-être, à certains égards du moins, l’a-t-il été davantage à l’intention philosophique, principalement dans la figure d'Herculc, qu’il représente, non pas assis, mais déjà debout, la massue sur l’épaule, le regard animé de courage, et se portant déjà, de tout le mouvement de sa volonté, vers la route de la vertu, tandis que son attention est arrêtée et distraite un moment par. la

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