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disciple de Lysippc. Sous Ptolémée Philopator, à l'époque de la 1 40* olympiade, 220 ans avant notre ère, un affreux tremblement de terre détruisit la plupart de ces merveilles; ce prince dut envoyer cent architectes et statuaires pour relever en partie Rhodes de ses ruines et réparer ce qui pouvait l'être.
A ces époques, que se partagent la fable et l'histoire, et qui précèdent les poèmes d'Homère, la Phénicie, divisée par les dissensions civiles, champ de bataille et conquête des Égyptiens et des Assyriens, voyait la Grèce, son élève, à laquelle elle avait donné ses dieux , ses lois et son alphabet , échapper à son influence, méconnaître ses bienfaits, et tourner contre elle des armes qu'elle avait forgées. C'est alors que les colonies italiennes et siciliennes et les îles de l'archipel lui échappent, et que Rhodes s'empare de l'empire des mers.
Les îles voisines de Rhodes, Chios , Samos , Lesbos, s'affranchirent, comme elle, de l'influence asiatique, et montrèrent ce goût pour la statuaire qui distingue la Grèce continentale et ses colonies occidentales de l'Italie et de la Sicile, goût que les Orientaux n'ont jamais complètement partagé (le gymnase leur manquait).
Samos, l'une des plus anciennes civilisations insulaires asiatico-helléniques, île de navigateurs riche et puissante, eut une école dont la fondation remonte au vne siècle avant notre ère. Les chefs de cette école
seraient les deux fondeurs Rhœcus, fils de Philœas, et Théodore, son fils. Comme le Phénicien Hiram, architecte du temple de Jérusalem, ces deux artistes ont été à la fois d'adroits fondeurs et d'habiles architectes.
Les fils de Rhœcus, Théodore et Téléclès, paraissent avoir fait un voyage en Egypte, sous le roi Psamméticus Ier, pour se perfectionner dans l'art de la fonte. Ce fut à leur retour qu'ils exécutèrent cette statue en bronze d'Apollon Pythien, fameuse dans l'antiquité.. On racontait que , se trouvant l'un à Éphèse, l'autre à Samos, chacun d'eux s'était entendu pour exécuter une moitié de cette figure, et que ces deux moitiés pareilles, ayant été rapprochées, avaient formé une statue parfaite. Ce mode de procéder indique un ouvrage dans le style égyptien.
C'est vers la même époque (36e olympiade), et probablement d'après les procédés de ces artistes, que les Samiens firent exécuter cet immense cratère en bronze qu'ils placèrent dans le temple de Junon, l'Héréum de Samos. Ce cratère, auquel ils consacrèrent la dixième partie d'un navire qui avait rapporté de Tartessus des richesses immenses, devait avoir une grande analogie avec la fameuse mer d'airain du temple de Salomon ; seulement il était soutenu par des hommes accroupis, qui remplaçaient les taureaux assyriens. Des têtes de griffons en relief, ornement tout à fait grec, décoraient les bords de cette vaste coupe.
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Chios, voisine de Samos, sur laquelle elle l'emportait en beauté, eut, comme elle, une école florissante de statuaires. Les noms d'un assez grand nombre d'artistes originaires de cette île poétique nous ont été conservés. Le style de ces maîtres, comme celui des Grecs asiatiques des îles voisines et du continent, a, si l'on en juge par les fragments de sculpture , d'architecture, et les médailles qui nous sont restées, une certaine délicatesse sévère et majestueuse, qui diffère du système grec proprement dit. Le nu athlétique fait place à des draperies d'une ampleur élégante ; les ornements se multiplient ; l'extérieur est plus solennel, et la forme ou les grandes lignes du contour conservent quelque chose de cette roideur hiéroglyphique qui caractérisait l'Apollon Pythien,
Le style des Cyclades, plus somptueux, plus délicat, plus fleuri et moins oriental que celui des îles asiatiques, marque la transition entre ce style et celui de la Grèce proprement dite.
Les Samiens Rhœcus et Théodore, associés à un architecte qu'on nomme Cheniphon ou Ctésiphon, commencèrent la construction du fameux temple d'Éphèse, vers la 40e olympiade. On assure que Théodore, pour préserver les fondements de cet édifice des effets de l'humidité, y plaça des couches de charbon. Ne serait-ce pas plutôt du bitume, comme dans les édifices babyloniens? Ces deux artistes furent les grands architectes de leur époque. Avant de corn-
mencer le temple d'Éphèse, ils avaient achevé celui de Samos. Le temple d'Éphèse avait des proportions inusitées; sa longueur était de 134 mètres, et sa largeur de 73. Il était soutenu par cent vingt-sept colonnes de 1 9 mètres de hauteur, dont trente-six étaient décorées de sculptures, probablement d'ornements dans le goût de ceux des colonnes du temple de Salomon. Il est vrai qu'un passage de Pline, différemment interprété, pourrait laisser supposer que la sculpture de ces colonnes avait été confiée aux premiers sculpteurs de la Grèce
' Voici comment M. de Clarac discute cette opinion : « Scopas, de Paros, statuaire, suivant Pausanias travailla au temple de Minerve Aléa, à Tégée, qui fut brûlé par un incendie en 393 avant Jésus-Christ. On ne sait pas à quelle époque commencèrent les travaux de Scopas, et ce statuaire peut encore avoir travaillé au tombeau de Mausole, dans la 106e ou la 107e olympiade. Quant à ce que dit Pline, liv. XXXVI, ch. xiv, 21, d'une colonne du temple d'Éphèse, ornée de bas-reliefs par Scopas , il paraît que c'est une faute du texte, et que, au lieu de una a scopa, il faut lire uno e scapo, et que le fût des colonnes était d'une seule pièce. La leçon que voudrait introduire M. Sillig, et qui donnerait Scopas comme collaborateur du second temple d'Éphèse, ne paraît pas trop admissible, puisque cette opinion ne repose que sur un passage de Pline, dont la leçon est contestée. Est-il, d'ailleurs, probable qu'un statuaire tel que Scopas eût employé son talent à sculpter le chapiteau d'une colonne. Il est vraisemblable que Pline eût plus appuyé sur cette particularité, et il est à croire, ainsi que le pensent Winckelmann et M. Ouatremère de Quincy, que Pline a voulu faire remarquer, en l'honneur du temple d'Éphèse, que les colonnes en marbre étaient d'un seul bloc, et il ne s'agit, pour le voir ainsi, que de la transposition de deux lettres, par les copistes, dans le texte de Pline, et l'on sait combien d'altérations plus importantes ils lui ont fait sùbir. »
(Clarac, Manuel de Vhisloire de Vart, 21' partie, p. 457.)
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Les marbres qui servirent à bâtir cet édifice avaient été découverts, près d'Éphèse, par le berger Pixodore. La construction de ce temple, dont l'incendie immortalisa Érostrate, et qui fut placé au nombre des merveilles du monde, marcha avec lenteur. Commencé en l'an 620 avant notre ère, il ne fut terminé que vers l'an 420. Toutes les villes de l'Asie Mineure et de l'Ionie avaient contribué à l'orner; aussi renfermait-il un nombre immense de statues des premiers maîtres. Brûlé le jour même de la naissance d'Alexandre, en l'an 386, il n'exista donc achevé que soixante-quinze ans.
Éphèse, cette magnifique capitale de la molle Ionie, était le centre de cette grande école, qui unissait à l'élégante précision des Grecs du continent la pompe et la fantaisie orientales, et qui produisit dans toutes les branches de l'art, l'architecture, la sculpture et la peinture , de nombreux chefs-d'œuvre. Éphèse rivalisait avec ses sœurs d'Orient, Milet, Smyrne, Clazomène, Halicarnasse, Aspendus, Magnésie du Méandre. Cet art gréco-asiatique, art de l'antique Orient demi-hellénisé, est comme une sorte de dialecte plus coloré de l'art grec proprement dit, dialecte dont les productions ou l'expression sont peu connues, d'abord parce que la Grèce asiatique n'a jamais été catégoriquement explorée, les ruines de toutes ces splendides cités de l'Asie Mineure (claras urkes) n'ayant été fouillées que très-superficiellement ;
parce qu'ensuite les débris de leurs monuments n'ont pas été préservés par un sol argileux, comme les édifices assyriens , ou par le linceul de sable qui recouvre les temples égyptiens.
Le grand artiste de l'Asie Mineure, aux plus lointaines époques de l'art, c'est-à-dire du vme au vne siècle, c'est Boularque, de Lydie, premier peintre polychrome, personnage tant soit peu mythique. On raconte qu'il vendit à ce bon roi Candaule, qui fit si malencontreusement les honneurs de la beauté de sa femme à son ami Gygès, un tableau représentant le combat des Magnètes, qui jouissait d'une grande célébrité auprès des amateurs d'Athènes ou de Rome.
Nous reconnaîtrons maintenant que le sol de l'Ionie s'est montré plus favorable à l'architecture et à la peinture qu'à la statuaire. La gymnastique des Grecs du continent manquait, sans doute, aux sculpteurs ioniens. Ce climat, d'une incomparable douceur, et ce ciel charmant poussaient aux molles et souvent aux puissantes rêveries. Ses peuples, enclins à la contemplation comme les Orientaux, se distinguaient plutôt par leur vive et brillante imagination que par leur activité physique. Aussi l'Ionie, souvent conquise, a-t-elle vu se produire la plus belle et la plus riche poésie qui soit au monde.
Si des écoles insulaires et grseco-asiatiques nous passons maintenant aux écoles siciliennes et grsecoitaliennes, nous n'aurons pas inoins à admirer; mais
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les différences de l'un à l'autre dialecte nous paraîtront plus sensibles. Le style graeco-sicilien se rapproche déjà plus de notre esprit du Nord ; on voit scintiller les eaux au travers des rochers ; on entend leur murmure sous la feuillée. Les poètes siciliens nous apparaissent, auprès des fontaines, couronnés de roseaux ou d'algues marines. On sent que Théocrite, le plus grand des poètes bucoliques, est du pays de la nymphe Aréthuse et de la brune et sérieuse Perséphone. Cachée sous les ombrages, sa muse, amoureuse jusqu'à la dépravation, incline pourtant à la rêverie, ou, comme le farouche amant de Galatée, elle chante l'œil fixé sur les mers.
Le climat influe sur la religion, et la religion influe sur les arts; la religion plus terrestre des Grecs remplace, en Sicile et en Italie, comme en Grèce, la religion solaire des Orientaux. La Despoina (Perséphone), cette grande déesse du Péloponèse, est également vénérée en Sicile , et surtout à Syracuse. C'est là que naquit et se développa cette riche végétation de la colonne corinthienne, qui , plus tard, devait s'épanouir à Rome. Le sévère dorique y a lui-même quelque chose de plus abondant et de plus varié que le dorique originaire ; obéissant à ces influences climatériques, le génie national échappe à l'austérité des symboles hiératiques et marie les ordres entre eux.
L'art grec, cultivé par les colons italiens, subit une transformation analogue et, quoique restant ton-
jours grec, revêt, selon les diverses localités, un caractère qui diffère essentiellement du mode primitif. Si la Sicile doit à la métropole son abondance et sa richesse orientales, la grande Grèce lui a emprunté sa pureté de formes et sa science, l'Étrurie ses mythes et sa sévérité sacerdotale, et Rome, plus tard, le caractère à la fois politique et anthropomorphe que ses architectes et ses sculpteurs ont donné à leurs œuvres.
L'art graeco-italien est donc plus distant encore de son point de départ que l'art sicilien : de Virgile à Théocrite, la distance est déjà grande; de Virgile à Homère, elle est immense. Le même rapport existe entre les artistes de la Grèce et ceux de l'Italie. Les productions de ces derniers ont un caractère moins naturel , moins simple , moins grand que celles des Grecs. On y trouve peut-être plus de savoir-faire et de parti pris; le dessin a tout à la fois plus de liberté et d'apprêt, surtout dans les vases campaniens; et, dans les trois arts, le caprice fécond, et quelque peu recherché du genre italien, se substitue volontiers au style pur et savant des Grecs. Pompéia est le spécimen le plus frappant et le plus complet qui nous soit resté de cet art colonial et bâtard , charmant toutefois, quoique beaucoup trop exalté. On peut juger, par ces monuments qui décorent les maisons de la ville exhumée, seules constructions civiles qui nous soient restées de l'antiquité, de ce que de-
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vait être l'art appliqué à la décoration des édifices ef des palais de la métropole. Si , au lieu de faire éruption dans la baie de Naples, le volcan qui détruisit trois villes de la Campanie eût éclaté, près d'Athènes ou de Corinthe, avant les spoliations de Mummius et de Sylla, ensevelissant sous son linceul de cendres l'une de ces magnifiques capitales, quels inappréciables trésors la propice catastrophe ne nous eût-elle pas conservés? A la place de cet art de troisième main que nous retrouvons à Pompéia, nous pourrions admirer les merveilles de la statuaire, de la peinture et de la céramique, que nous ne connaissons aujourd'hui que par les descriptions des écrivains grecs ou latins; nous saunons vraiment ce que savaient et ce que pouvaient les anciens.
Quoi qu'il en soit, la côte orientale de l'Italie, si voisine de la Grèce, dont elle semble la contre-épreuve, ne pouvait rester étrangère aux arts. Ses peuples inclinèrent, il est vrai, vers les sciences et la philosophie; mais, si Pythagore et ses disciples ne le cèdent en rien à Platon et à Aristote, il n'est aucun de ses sculpteurs ou de ses peintres qui ait égalé Phidias ou Apelles. Les arts, cependant, étaient en honneur dans chacune de ces cités, et y prirent un merveilleux développement. Il est telle de ces villes, comme Rhégium, si magnifiquement assise en face de l'Etna, dont les écoles de sculpture ont dignement soutenu la lutte avec les écoles de la Grèce. Les sculpteurs
rhégiens, Pythagore et Cléarque à leur tète, sont cités, par Pausanias, comme les dignes émules des maîtres grecs. Là, cependant, comme dans les autres contrées de l'Italie, la nuance existe; elle est moins sensible, sans doute, que dans ces provinces plus distantes de la mère patrie. L'architecture et la sculpture religieuses conservent seules leur sévérité, comme nous l'attestent les ruines des temples de Possidonie.
Il est un autre point sur lequel les colonies de la Grande-Grèce n'ont point dégénéré et ont gardé leur élégance native, c'est la numismatique : leurs médailles sont renommées pour leur beauté singulière. La Perséphone des médailles de Syracuse et la figure identique des monnaies locriennes d'Opuntium sont les deux plus beaux profils de femme de la numismatique des anciens. Leur comparaison rend sensibles, à la première vue, les différences qui existent entre l'école grecque proprement dite et l'école sicilienne, et nous révèle mieux que bien des dissertations le genre propre à chacun des deux peuples. La médaille d'Opuntium a, en effet, un module plus énergique, une facture plus essentiellement hellénique que les médailles syracusaines, et pourtant ces dernières ont toujours été regardées comme les plus belles qui aient jamais existé. L'élégance des Grecs et la magnificence des Romains s'y combinent avec un rare bonheur, et leur exécution est plus soignée que celle d'aucune médaille grecque, sauf les médailles archaïques. Cet ex-
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trême fini du travail caractérise la numismatique des Syracusains, plus habiles graveurs que grands sculpteurs, et supérieurs en ce genre aux artistes de la métropole.
Les autres monnaies siciliennes sont toutes plus ou moins empreintes de ce même caractère de perfection, et sont loin de présenter les différences des monnaies grecques. Cela tient aux conditions topographiques de la Sicile, qui sont tout autres que celles de la Grèce. Cette grande île, presque aussi étendue que le Péloponèse, loin d'être morcelée en petits États comme la Péninsule grecque, présente, en effet, un corps homogène dont l'Etna semble la tête et Syracuse le cœur. Le dialecte d'Agrigente, de Messine, de Selinonte, de Panorme et de Leontium diffère donc peu de celui de Syracuse.
Les médailles d'or de Métaponte dans la Grande- Grèce, celles de Tarente fet d'Héraclée égalent presque en beauté les médailles syracusaines. Celles qui portent la tête de Cérès ont un caractère poétique et une nuance d'archaïsme qui les classent aux premières époques de l'art, et qui nous prouvent que, dans les temps les plus reculés, ces colonies grecques égalaient et surpassaient peut-être en richesses les cités de la métropole. Les médailles de Sybaris sont les plus anciennes, car elles sont antérieures à la destruction de cette ville par les Crotoniates.
Les médailles de Naples ont un caractère particu-
lier d'élégance sage et châtiée, de fini parfait; mais le module est peut-être moins énergique que celui des autres médailles grseco-italiques.
La conquête romaine, le moyen âge et la civilisation moderne ont effacé du sol de Marseille jusqu'aux dernières traces de la colonisation grecque. A Marseille comme à Nice, à Agde ou à Antibes, il n'est pas resté debout un seul mur ou une seule colonne antique, et l'on n'a pu retrouver encore une statue, un bas-relief, un fragment de sculpture où l'on puisse reconnaître le travail du ciseau grec. Quelques inscriptions tronquées ou à demi effacées ont seules survécu.
Nous n'avons donc que la numismatique qui puisse justifier du degré de civilisation de l'opulente Massilia; c'est le seul témoignage ostensible de l'existence de la cité grseco-celtique dont pas une pierre n'est restée debout. Ces monnaies, dont les plus nombreuses sont un drachme d'argent qui porte à la face la tête d'Artémis, et au revers un lion marchant avec cette légende : MAS, ou le mot entier, prouvent l'origine asiatique des Phocéens-Marseillais. Les origines se manifestent surtout par le culte, et la Phocide paraît avoir emprunté de Délos , qui le tenait d'Éphèse, ce culte de la sibylle Artémis ou Diane, qui, avec le lion-soleil,, formait une sorte de dualité symbolique et astronomique.
Ces médailles se rapprochent, pour le style et Fexé-
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cution, des médailles grecques; mais elles n'égalent pas la perfection des médailles de Naples ou de Sicile. Une nuance de rudesse celtique altère la pureté du type hellénique. Avec le temps, cette nuance devient de plus en plus marquée. Les monnaies les plus modernes sont presque barbares.
Marseille , si dépouillée de sa parure antique , se ressentait, pourtant, de son origine phocéenne, et la mère patrie, que les spoliations de Sylla et de Néron n'avaient pu épuiser, avait dû lui léguer quelques-uns de ses trésors. Son influence s'étendit sur toute la côte ouest du Languedoc, qu'elle colonisa, et jusqu'en Espagne. Emporie (Ampurias), la principale de ses colonies, peut être regardé comme le dernier et le plus lointain écho de la civilisation et de l'art helléniques en Occident. Comme pour Marseille, sa métropole, il n'est resté que quelques médailles qui puissent justifier de son existence. Le style de ces médailles, qui portent à la face la Despoina, avec des poissons au revers , est lâche et facile , grec encore, mais surtout espagnol et africain. L'Espagne, qui, dans sa partie méridionale, a tant d'analogie avec la Grèce, du moins quant au climat, a échappé à cette nation colonisatrice. Cela tient moins à la distance, qui, même dans ces anciens temps, ne pouvait paraître excessive, qu'à l'esprit envahissant des Carthaginois d'abord, des Romains ensuite. Emporie est la seule ville dont l'origine soit vraiment grecque. Car-
thago nova a imité les médailles d'Emporté ; la nuance grecque est presque perdue, et, comme dans les monuments de l'Espagne autochtone, la barbarie domine. Plus tard, les Espagnols auront des arts et une littérature nationale; mais, par suite de la longue domination des Maures, et en dépit des influences de ce délicieux climat de Grenade et de l'Andalousie, leurs écrivains et leurs artistes, bien que distingués par d'éminentes qualités, resteront toujours inférieurs aux Italiens, et même aux peuples de la Celtique.
Si de la côte orientale de l'Espagne nous nous transportons en Afrique, Cartilage, Cyrène, Alexandrie nous ramèneront à l'Egypte , cette ruche industrieuse d'où se sont échappés ces nombreux essaims qui ont peuplé la Grèce, poli et civilisé l'Europe.
Carthage, colonie des Tyriens, reine de la Méditerranée occidentale jusqu'au jour où elle se brisa contre Rome, connut les arts de la Grèce, mais ne les aima et ne les pratiqua que comme peut le faire une ville militaire et marchande. Victorieuse de la Sicile, elle trouva plus facile de lui prendre ses statues que d'en faire de nouvelles, donnant l'exemple de ces spoliations, que Rome, sa rivale heureuse, ne se fit pas faute d'imiter. Scipion, vainqueur de Carthage, avait, il est vrai, rendu à Syracuse, à Segeste et aux autres villes de la Sicile les statues enlevées par les Carthaginois. Marcellus, maître de Syracuse, avait fait preuve de modération. Mais, plus tard, Yerrès I. 18
Tlk i/aht n'imita pas leur exemple '. Les statues siciliennes tirent prévaloir dans Carthage, infidèle à son origine phénicienne; le mode grec sur le mode oriental. À bien dire, Carthage n'eut jamais une école qui lui fut propre. Sa ruine fut trop prompte et trop profonde pour que ses rares artistes aient pu s'assimiler cet art grec, qu'ils se contentèrent d'admirer et de copier; aussi les statues carthaginoises furent-elles très-rares. Parmi celles qui ornèrent le triomphe du second Scipion, vainqueur de Carthage, et qui provenaient de cette ville, on ne citait qu'un Apollon, qui fut placé, à Rome, près du grand cirque.
A en juger par l'excellence de ses médailles et de ses terres cuites, et par les précieux fragments de statuaire trouvés dans ses ruines, Cyrène, placée à l'extrémité du promontoire africain qui fait face au Péloponèse, semble une île grecque perdue entre les sables du désert libyque et les flots de la Méditerranée. Cette ville avait un trésor à Olympie et possédait une bonne école de sculpteurs. L'art y garda l'élégance et la pureté de la métropole , et ne se laissa pas absorber par le puissant symbolisme des Egyptiens. A Alexandrie et dans le reste de l'Egypte, la résistance fut moins énergique, et les artistes grecs qui travaillaient sous les Ptolémées adoptèrent, presque tous, le style hiéroglyphique, en faveur aux
1 On disait de ce fameux proconsul qu'il avait enlevé de Syracuse autant de dieux que Marcellus y avait tué d'hommes.
bords du Nil, et se contentèrent de faire des pastiches des anciens modèles , modifiant seulement les traits du visage et les attributs. Tous les temples que les Ptolémées firent bâtir sont de style égyptien , et les sculptures qui les décorent sont également égyptiennes. Ces artistes, originaires de la Grèce, formés dans ses écoles , savaient faire des statues grecques, mais devaient forcément jeter leur œuvre dans le vieux moule théocratique de leur patrie d'adoption. Souvent, mais surtout sous les derniers Lagides, leur inexpérience et la difficulté qu'ils trouvaient à se plier à ces formes absolues se trahissent par l'imperfection des résultats. Telles sont, par exemple, les statues de divinités et les figures de sphinx trouvées, par M. Mariette, daus le sérapéum de Memphis; tels sont encore les bas-reliefs du grand temple d'Ombos et les sculptures du propylon de Philœ, exécutés sous le règne de Ptolémée Aulète. Les mêmes imperfections sont sensibles dans les bas-reliefs du temple périptère d'Athor, terminés sous Auguste et sous Tibère , et dans la décoration de plusieurs autres édifices de la dernière époque. Il est certain, toutefois, que ces artistes grseco-égyptiens conservaient les traditions grecques, comme le prouvent certains faits historiques.
C'est ainsi que Ptolémée Philopator envoya cent architectes et sculpteurs à Rhodes pour réparer les désastres du grand tremblement de terre qui bouleversa la ville et renversa le fameux colosse. Cette
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restauration ne fut certainement pas égyptienne. Les statues d'ivoire qui ornaient le navire de Ptolémée Philadelphe, et qu'on citait comme les merveilles de la sculpture , devaient être exécutées, selon le mode grec, par un ciseau grec. Antiphile, de Naucrate, peintre d'histoire, qui excellait dans la caricature, peignait aussi d'après les procédés de la Grèce, et sans doute des sujets grecs.
L'an 278 avant notre ère, le sculpteur Damophron, de Messène, fut chargé de restaurer le Jupiter Olympien de Phidias, dont les joints s'étaient relâchés. Ce chef-d'œuvre de la toreutique n'avait, cependant, que cent soixante-quatre ans d'existence. A cette époque, le culte des arts était encore dans toute sa ferveur ; on restaurait les anciens chefs-d'œuvre, on en produisait de nouveaux. Mais bientôt les catastrophes arrivent. L'an 220 avant notre ère, un affreux tremblement de terre détruisit, en partie, la ville de Rhodes. L'an 212, Marcellus prend Syracuse et envoie à Rome la première statue grecque qu'on y ait vue ; fatal exemple que vont imiter ses émules, qui n'auront pas sa modération. L'an 211, Fulvius s'empare de Capoue, lui enlève ses statues, ainsi que celles de Naples, Cumes, Nola, Calés, et en fait don au collège des pontifes de Rome comme d'autant d'ob-
jets de culte. L'an 209, ïarente , déjà pillée par les Carthaginois, devient la proie des Romains, qui la dépouillent comme Syracuse. La Grande-Grèce, si riche en objets d'art de toute espèce, est mise au pillage. Le tour de la mère patrie va bientôt venir.
Les noms de quelques-uns de ces spoliateurs de la Grèce sont restés fameux. Les uns avaient vraiment le goût des arts; les autres n'étaient que des barbares. Flamininus, le vainqueur de Philippe, roi de Macédoine, prétendu libérateur des Grecs, qui le premier enleva à la Grèce tant de statues, et de vases d'or et d'argent ; Lucius Scipion, dont les trophées de ce genre ne pouvaient se compter, et qui suspendit, dans la capitale, le tableau de la victoire de Magnésie; Paul Emile, au triomphe duquel figurèrent deux cent cinquante chars portant d'innombrables statues d'or, d'argent et d'ivoire enlevées à soixante-dix villes, et des tableaux d'une grande valeur, sont les plus intelligents de ces avides généraux. Flamininus, du moins, en proclamant la liberté à la Grèce, s'efforçait d'y faire refleurir les arts. Mais ce Fulvius Nobilior, vainqueur des Étoliens, qui plaçait les neuf Muses enlevées à Ambracie dans le temple d'Hercule ; ce Mummius l'Achaïque, dont la torche incendia Corinthe et anéantit tant de chefs-d'œuvre, n'étaient que de rudes soldats, ignorant la valeur de ce qu'ils détruisaient et de ce qu'ils conservaient. Mummius envoya à Rome ce que l'incendie avait épargné. On sait le mot qui a
rendu si tristement fameux ce vainqueur de Corinthe. Plus tard, dans son exil de Délos, Mummius paya chèrement ses profanations. Pline nous raconte que, lors du pillage de Corinthe, ses soldats se servaient, en guise de tables pour jouer aux dés, de précieux tableaux qu'Aristide, de Thèbes, avait peints sur bois; entre autres, de ce Bacchus qu'Attale avait acheté 600,000 sarsterces \
Cette prise de Corinthe porta aux arts un coup dont ils ne se relevèrent jamais, Les artistes, découragés, cessèrent de produire ou se mirent à la solde de leurs grossiers conquérants, qu'ils accompagnèrent à Rome. Les écoles se dispersèrent. Pline ne cite pas le nom d'un seul maître qui, à partir du 1er siècle de notre ère, se soit vraiment rendu fameux f.
Le pillage d'Athènes par Sylla, en l'an 86 avant Jésus-Christ, et celui de la Sicile par Verrès, précipitèrent cette décadence; Sylla, cependant, affectait le goût des arts. 11 portait toujours une petite statue
' Pline, liv. VII, chap. xxxvm.
a Parmi les noms qui nous ont été conservés, nous distinguerons ceux de Cléomène le statuaire; de Nicomède, de Thessalie, architecte et ingénieur; de Mithridate, de Pasitèle, à la fois sculpteur, ciseleur et écrivain, qui s'établit à Rome; de Gnaius et Évander, sculpteurs; d'Arcesilas, peintre et modeleur; de Timomaque, le peintre de Byzance, et de la fameuse miniaturiste Lala, de Cysique. Cette dernière, aussi distinguée par son esprit que par ses talents, doit être classée au nombre de ces femmes supérieures qui ajoutent, à des œuvres dont bien des hommes seraient fiers, ce parfum de grâce et de délicatesse qui n'appartient qu'à la femme.
d'Apollon qu'il baisait avant de livrer bataille \ Néanmoins Pline nous rapporte que, pour orner son triomphe, il emporta jusqu'aux colonnes d'airain et au seuil du temple de Jupiter Olympien 2. 11 est vrai qu'il en décora le temple de Jupiter Capitolin, reconstruit magnifiquement à ses frais.
Quant à Verres, le lord Elgin de Rome, dont les déclamations de Cicéron ont immortalisé les dilapidations, il aimait vraiment les arts. Ses exactions furent lentes et raisonnées, et sa collection, distribuée avec méthode, n'avait pas été formée au hasard. Cicéron nous en a conservé un catalogue, incomplet il est vrai. Ce curieux extrait nous prouve que le proconsul, homme de goût, savait choisir, et que ses chiens de Cybire 3 avaient le nez tin et ne rapportaient qu'une proie digne du maître.
La Grèce semblait une précieuse mine de chefsd'œuvre que les Romains, ses vainqueurs, ne pouvaient épuiser. Vers le milieu du premier siècle avant notre ère, Lucullus et Pompée ia dépouillent à leur tour. Le premier, extrême en tout, s'attaque de préférence à ses statues colossales, et enlève, à Apollonie, un Apollon de 30 coudées de haut, qu'il place au Capitole, et un Hercule, qu'il met aux Rostres.
' Valère Maxime, 1, 2, 3; Plut. Sylla, chap. xxix. * Pline, liv. XXXVI, chap. vi.
3 II appelait ainsi deux Phrygiens de Cybire qu'il mettait en quête des pins beaux ouvrages déposas dans 1rs temples ou 1rs demeuras particuliôips
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Pompée, qui se vantait d'avoir soumis ou détruit douze millions d'hommes, pris quinze cents villes et sept cents vaisseaux l, n'aurait pu énumérer les statues, — au nombre desquelles figuraient les rois de Pont, en argent et de grandeur naturelle, et trois statues d'or, — les tableaux, les vases murrhins, les vases d'onyx, les pierres gravées, objets d'art et bijoux de toute espèce qui ornèrent son triomphe, et dont il décora les temples et les théâtres qu'il fit bâtir 2. Le déplacement de ces chefs-d'œuvre amenait, comme on voit, une déviation de l'art, qui de principal, ou tout au moins de partie essentielle, ne devenait plus que partie intégrante ou accessoire. Chez les Grecs, le temple, la statue, les bas-reliefs et les peintures qui le décoraient formaient un ensemble complet et homogène, tandis qu'à Rome la sculpture et la peinture ne concouraient plus qu'accidentellement à la décoration de l'édifice. Aussi, à partir de cette époque, sous la domination romaine, l'architecture prend-elle le pas sur les autres arts, et le pompeux corinthien l'emportet-il sur les autres ordres, négligés comme trop simples.
La Grèce, sous les empereurs, ne fut plus qu'un musée romain dans lequel chacun de ces maîtres du
1 Inscription du temple de Minerve érigée, par lui, au champ de Mars.
2 Les tableaux de Polygnote, d'Antiphile et de Pausias, parmi lesquels on distinguait le guerrier du premier, et le Cadmus et l'Europe d'Antiphile, décorèrent le portique de la curie qu'il construisit.
monde, à commencer par Auguste, puisait à l'envi. Le goût était loin de présider à leur choix et à l'emploi de ces chefs-d'œuvre transportés à Rome. Il semble que tous ces spoliateurs couronnés soient plus ou moins de la race de Mummius. C'est ainsi que Caligula fait enlever les plus belles statues des temples grecs, les mutile, et fait mettre son portrait à la place des têtes des dieux ; que Claude , suivant son exemple, remplace, dans les tableaux d'Apelles la tête d'Alexandre le Grand par celle d'Auguste; que Néron, dans le fatal voyage qu'il fit en Grèce , dépouille une fois de plus cette patrie des arts, et emporte du seul temple de Delphes jusqu'à cinq cents statues de bronze. Cet empereur histrion, qui faisait grand étalage de son goût pour les arts, aussi médiocre amateur que mauvais poëte, entassait sans choix, dans sa maison dorée, les tableaux et les statues ravis à la Grèce, et faisait dorer la fameuse statue en bronze d'Alexandre le Grand, ouvrage de Lysippe.
Adrien, empereur artiste comme Néron, mais plus habile et plus éclairé, se distingua de ses prédécesseurs, et tenta une résurrection et comme une renaissance de l'art antique dans la Grèce; il acheva le temple de Jupiter Olympien, à Athènes, que Pisistrate avait commencé, et que Sylla avait dépouillé. Adrien y consacra une statue colossale de Jupiter en or et en ivoire, la copie, sans doute, de celle de Phidias, près de laquelle il fit placer sa statue, également colossale. Adrien agrandit Athènes, et la remplit de nom-
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breux et splendides édifices d'ordre romain, perfectionné par le goût des Grecs encore subsistant , et il les orna d'un nombre immense de sculptures.
Quoique l'architecture fût en grand honneur et prît le pas sur les autres arts , la sculpture se maintenait encore vigoureuse et vivace, et les hommes qui la cultivaient avaient gardé les belles traditions. Si l'observation faite sur l'orthographe de l'inscription du torse d'Hercule au repos, du sculpteur Apollonius, fils de Nestor, est fondée, et s'il est vrai que le marbre de l'Apollon du belvédère soit de Carrare, il y avait encore, à la fin de la république romaine et sous les empereurs, des sculpteurs grecs du plus grand mérite, moins inventifs peut-être que leurs devanciers du grand siècle, mais qui avaient conservé leur talent d'exécution. Aussi, pendant les deux premiers siècles de l'empire, et particulièrement sous Adrien, les ateliers d'Athènes ( non plus les écoles ) fournissaient-ils Rome de magnifiques copies des chefsd'œuvre classiques.
Le grand architecte de l'époque fut Détrianus, qui exécuta le mausolée d'Adrien et le pont OElius. Antonin et Hippias furent ses dignes émules. Papias, de Carie, et Aristée sont les statuaires du temps qui ont laissé le plus de renom. Papias est l'auteur de ces jolis groupes du centaure dompté par un génie placé sur sa croupe que l'on voit au musée du Capitole et au musée du Louvre.
Cinquante années plus tard, sous le règne de Marc-
Aurèle et de Vérus, Hérode Atticus continuait, à Athènes et à Corinthe, l'œuvre de restauration d'Adrien, et décorait les temples de ces villes de statues colossales en or et en ivoire. Mais les artistes devenaient de plus en plus rares. Le plus célèbre s'appelait Andron, auteur d'une statue de l'Harmonie. Sous Septime Sévère, on pratiquait encore la toreutique. Mais, dès lors, le goût semble perdu ; les bas-reliefs de l'arc de triomphe qui porte le nom de cet empereur en sont la preuve. Les écoles fondées dans le commencement du siècle suivant par Alexandre Sévère n'opposèrent qu'une barrière impuissante à la décadence. La grande statuaire avait presque cessé d'exister, et il ne nous reste de ce temps que quelques bustes qui soient vraiment remarquables.
La dévastation de la Grèce par les Goths, sous Gallien, porta aux arts un coup dont ils ne purent se relever. La barbarie succédait à la décadence.
Si cependant, après la chute de l'empire d'Occident et l'abolition du paganisme, cette ruine des arts l'ut moins complète dans la Grèce que dans l'Italie, cela tint à deux causes : au reste de vigueur qu'ils puisaient en touchant le sein de leur mère nourrice; à la présence du siège réel de l'empire, transporté de l'Italie sur les rives du Bosphore. Aussi l'insigne honneur de rallumer le flambeau des arts était-il réservé à la Grèce; cette fois encore, le travail d'initiation commença par l'Étrurie.
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Et cependant, vers les ve et vie siècles, la statuaire n'existait plus dans la Grèce; les iconoclastes, en proscrivant absolument les figures sculptées et modelées, l'avaient tuée. Les images peintes dont le Décalogue ne fait pas mention étaient seules tolérées par ces fanatiques. La peinture survécut donc à la sculpture.
Nous ne pouvons juger du développement que cet art avait pris aux grandes époques que par des récits. La belle mosaïque de Pompéia , qui représente une des batailles d'Alexandre , est le seul monument qui paraisse se rapprocher des chefs-d'œuvre si vantés de la peinture grecque, et l'on sait toute la distance qui existe entre une mosaïque et un tableau. Nous ne pouvons donc mettre en doute que les Grecs n'aient excellé dans cet art, mais surtout dans ses applications à la reproduction des faits historiques, et dont les images du Pœcile devaient être l'expression la plus élevée. Nous savons, par les beaux vases qui sont venus jusqu'à nous, toute la perfection que leurs artistes savaient donner à leurs peintures décoratives. Quant à la peinture de paysage , les tableaux de Pompéia, seuls monuments de ce genre que nous ait laissés l'antiquité, nous donnent une idée peu favorable du talent de leurs auteurs et, s'il faut tout dire , des paysages grecs. Ces paysages de Pompéia sont certainement plus éloignés de la représentation de la nature que les paysages égyptiens et ninivites.
Cette infériorité des Grecs dans le paysage, peint ou décrit par les poètes !, ne peut être attribuée qu'à leur mythologie, qui personnifiait chaque objet inanimé. Cet abus de l'allégorie, si favorable à la poésie, a quelque chose de trop positif pour le paysage. Les Grecs, qui ont su faire une application toujours si juste de chaque localité au culte enharmonique avec elle, et qui ont donné tant de preuves irrécusables du sentiment exquis qu'ils apportaient dans l'appréciation des beautés de la nature , eussent, sans leur théorie religieuse anthropomorphe, excellé dans le paysage comme ils l'ont fait dans d'autres genres.
La grande peinture avait donc prévalu chez les Grecs, et ces fresques naïves, suprême dégénérescence de l'art , qui décorent les parois des églises byzantines, sont comme le dernier écho de l'art des
' Les paysages exécutés à Rome devaient avoir une grande analogie avec les paysages provinciaux de Pompéia, et cependant les poètes romains, Virgile à leur tête, ont mieux compris le paysage que les poètes grecs. Homère seul a de ces larges coups de pinceaux qui dessinent un pays. L'Ida, le site de Troie sont peints avec quelques grands traits. Le détail pittoresque, la physionomie caractéristique du pays sont négligés. Les poëtes de Rome, surtout Virgile et Lucain, sont plus précis; mais la plupart des historiens romains, et dans le nombre Tite- Live, Salluste et César, n'ont jamais décrit le paysage. Tout, pour eux, est de même forme et de même couleur : l'Europe, l'Asie, l'Afrique, Rome, Carthage ou Corinthe. Tacite est le seul qui fasse exception ; il est le premier portraitiste de- la nature, comme il est le plus grand peintre de l'antiquité. Tacite seul nous a donné la comparaison exacte et colorée des zones classiques du Midi et de l'Orient, et des régions sauvages de l'Ouest et du Nord.
286 l'art chez les grecs.
Zeuxis et des Apelles chez les Grecs dont ils procèdent directement.
Il est évident que , au moment du passage d'un culte à un autre, les peintres appliquèrent à de nouvelles représentations les anciens procédés d'exécution et jusqu'aux anciens types. Les têtes du Christ, de la Vierge , des saints et des saintes gardèrent la beauté de sa race hellénique , et l'on rencontre, encore aujourd'hui , dans les églises de l'Orient , des panagias d'une beauté grande et sévère que les madones italiennes n'ont jamais surpassées. Les draperies elles-mêmes ont gardé , dans leur jet, quelque chose de l'élégance des beaux temps de l'art et ont complètement échappé à la roideur et à la pauvreté gothiques.
La composition de ces images est basée sur une sorte de poncif qui s'applique à toutes ; le système est resté permanent ; l'échelle pittoresque a seule décru de siècle en siècle.
Le peintre grec, chargé aujourd'hui de décorer une église, ne se préoccupe d'aucune étude préliminaire ; il prend le modèle traditionnel, espèce de légende hiéroglyphique, et se contente de l'appliquer et de le reproduire comme ont fait ses devanciers.
l'art chez les étrusques.
l'art chez les étrusques.
ORIGINE ET FILIATION DE l'aRT.
« Les Étrusques , dit Winckelmann , sont , après les Égyptiens, les peuples les plus anciens qui aient cultivé les arts ; il paraît même qu'ils les ont conduits avant les Grecs à un certain point de perfection.
« Une infinité d'ouvrages étrusques , ajoute-t-il ailleurs , attestent qu'ils ont été fabriqués avant que les Grecs mêmes eussent rien de formel dans l'art l. »
Ce ne sont là que des conjectures à l'appui desquelles le brillant, mais superficiel historien de l'art, n'apporte aucune preuve, et que contredisent les monuments existants. Tout ce que les Étrusques nous ont laissé en sculptures, terres cuites, peintures murales, vases peints, médailles et pierres gravées, se réunit pour établir, de la manière la plus authentique, que l'école étrusque émane directement de
1 Winckelmann, Histoire de Vart, etc., liv. I, liv. III, chap. i.
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l'école hellénienne , et que ces peuples doivent aux Grecs leurs arts , comme ils leur doivent leur civilisation.
Les vers suivants du poète latin suffiraient seuls pour lever tous nos doutes.
Est ingens gelidum lucus prope Caeritis amnem,
Sylvano fama est veteres sacrâsse Pelasgos, Arvorum pecorisque deo, lucumque diemque, Qui primi fines aliquando habuêre Latinos '.
Cette dédicace d'un bois sacré voisin de la ville de Céré , faite par les anciens Pélasges au dieu des troupeaux et des jardins, et que Virgile faisait remonter à une époque bien antérieure à Énée , prouverait que les colonies grecques de l'Étrurie avaient précédé la guerre de Troie.
Ces premiers colons apportèrent avec eux ces arts de leur pays encore empreints d'archaïsme et complètement soumis aux influences théocratiques ; qu'il y ait eu ensuite modification essentielle, nous sommes loin de le contester ; nous reconnaîtrons même que cette modification dut résulter , avant tout, de cette soumission absolue de l'art au sacerdoce; qu'elle
• Près du fleuve dont les ondes glacées baignent les murs de Céré, il existe un bois sacré d'une grande étendue. On rapporte que les anciens Pélasges qui vinrent les premiers s'établir sur les frontières du Latium consacrèrent ce bois à Sylvain, dieu des champs et des troupeaux.
(Virgile, JEncid., liv. VIII.)
provint, en outre, de l'altération profonde apportée au tempérament national par le sol et le climat , altération sur laquelle nous insisterons tout à l'heure.
Il est difficile de fixer l'époque à laquelle peuvent remonter ces premières colonies grecques. Nous ferons , toutefois, remarquer qu'on n'a retrouvé, en Etrurie, aucun monument de date certaine d'une aussi haute antiquité que les bas-reliefs de la porte des Lions y à Mycènes , ou même les sculptures des frontons du Panhellénium d'Égine , que Winckelmann, il est vrai, ne connut pas.
Ce qui semble avoir trompé cet écrivain , c'est le grand nombre de pierres gravées étrusques de style archaïque qu'on a trouvées , tandis que les monuments de cette espèce sont, au contraire, assez rares chez les Grecs. Ce style, propre aux Étrusques et que leur religion leur imposait , a prévalu chez eux jusqu'aux dernières époques ; leur dessin resta symbolique comme leur écriture. Ajoutons encore que cet art de graver les gemmes, emprunt fait par la Grèce à 1'Égypte, à la Chaldée et à la Phénicie , fut , sans doute, transmis aux Étrusques par les peuples de ce pays, mais surtout par les Phéniciens, avec lesquels leurs rapports étaient si fréquents. Leur alphabet, à quelques nuances près, est l'alphabet grec archaïque, et dérive, comme lui, du phénicien ou du samaritain.
Dans l'histoire de l'art chez les peuples de l'antiquité, l'école étrusque se range donc immédiatement I. 19
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à la suite de l'école grecque. L'art chez les peuples renfermés entre l'Apennin et la mer intérieure remonte, en effet, à ces premières colonisations pélasgiques que Virgile a célébrées. Essentiellement archaïque, il a toujours conservé sa rudesse primitive ; et, s'il égale en science et en vigueur cet art grec dont il émane , il lui est resté inférieur sous bien d'autres rapports. La grâce et la souplesse féconde lui sont étrangères , et il n'a jamais su atteindre à cette perfection idéale qui distingue les artistes de l'Hellénie. Qu'il faille l'attribuer à des conditions hiératiques, ou à la brusque suppression de sa nationalité par les Romains, nous reconnaîtrons que l'Étrurie n'a jamais dépassé dans ses arts ce moyen âge grec qui a précédé le grand siècle de Périclès et d'Alexandre.
Ce caractère d'archaïsme persistant fut propre de tout temps aux artistes de l'Étrurie. tl appartint à leurs écoles hiéroglyphiques comme aux écoles énergiques et naïves du moyen âge toscan. Le tempérament des Étrusques , plus mélancolique que celui des Grecs , leur génie ardent et sombre , participant à la fois du caractère des peuples primitifs de l'Italie, de celui des Pélasges et des Grecs venus de l'Orient, et des Rhètes indomptables descendus des Alpes, ne s'hellénisèrent jamais complètement. La religion de ces peuples garda jusqu'aux dernières époques quelque chose de son aveugle fanatisme et
fie sa férocité native. Ses prêtres célébraient leurs mystérieuses cérémonies dans un temple presque fruste , où le mode dorien s'était traduit en un toscan à demi barbare. Les images de ses dieux avaient conservé la roideur hiéroglyphique et les grossiers attributs des vieux simulacres grecs. Les Romains appelaient l'Ètrurie le pays des superstitions. La divination avait pris naissance dans ses âpres vallées , et les livres de ses adeptes terrifiaient ceux qui les consultaient. En temps de guerre , les prêtres étrusques marchaient à la tête des combattants, armés de torches et de serpents. C'est ainsi que les Tarquins se présentèrent aux portes de Rome.
Si l'on joint à ces influences un ciel plus septentrional , moins lumineux que celui de la Grèce et moins favorable à l'inspiration, on ne s'étonnera plus que l'école étrusque ne se soit jamais émancipée comme l'école hellénienne, et que ses artistes ne soient jamais arrivés à ce degré de naturel et de beauté athlétique qui a rendu les Grecs si fameux.
Ce cachet de vérité et de liberté , qui caractérise les oeuvres du ciseau grec, manque toujours aux œuvres les plus excellentes de l'art étrusque; nous doutons même que cette école ait jamais produit des monuments comparables à ceux des écoles d'Argos et d'Égine. La science musculaire dont ses artistes ont fait preuve et la rare perfection avec laquelle ils accusent le nu nous prouvent, cependant, que l'Etrurie
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n'était pas étrangère au gymnase. Ses peuples, en effet , eurent un stade , mais ee stade était sanglant comme leurs funérailles. Exagéré par les Romains leurs disciples, il les conduisit aux boucheries de l'amphithéâtre. Cette condition explique certaines qualités et certains défauts de l'art des Étrusques, et fait comprendre l'anguleuse énergie des articulations et des attaches, et la violente saillie des muscles de leurs figures nues, si savamment étudiées. Il existe entre elles et les belles statues grecques la même différence qu'entre le sombre et farouche gladiateur qui défend sa vie, et qui succombe, aux yeux d'un peuple altéré de sang; et l'élégant et vigoureux athlète qu'enivre seul l'amour de la gloire, et qui lutte, à Olympie, devant la Grèce assemblée, pour une couronne de chêne ou de laurier.
Quoi qu'il en soit, ce peuple étrusque, qui défendit si opiniâtrément sa nationalité contre les Celtes, les Rhètes, les Romains et les Grecs immigrants, et qui finit par s'amalgamer le génie de tous ces peuples, s'est fait, dans l'antiquité comme au moyen âge, une noble part dans l'histoire. Ce petit pays, resserré entre la mer et les montagnes, a été, comme la Grèce, la patrie de bien des grands hommes. Les héros et les artistes étrusques d'autrefois dont les noms ne nous ont pas été conservés, et au moyen âge les Médicis, Dante, Machiavel, Michel-Ange et tant d'autres personnages qui ne le cèdent en rien aux hommes les
plus illustres de la Grèce antique, diffèrent cependant des Grecs par un caractère plus énergique et plus persistant. Aussi l'Étrurie, déjà célèbre dans l'antiquité, a-t-elle eu dans les temps modernes une renaissance morale et politique qui a manqué à la Grèce.
M. Otfried Mueller, loin de partager les idées de Winckelmann, ne voit, dans l'art des Étrusques, qu'un mode d'imitation de l'art grec, et leur refuse toute invention.
Selon lui, ce fut surtout aux écoles du Péloponèse que les artistes étrusques firent les emprunts les plus nombreux. Us s'approprièrent leur manière et y restèrent fidèles, même après l'émancipation de l'art dans la mère patrie ; soit que les relations de peuple à peuple fussent plus restreintes qu'on ne l'a pensé, soit que la nation, courbée sous le joug du sacerdoce, manquât de cet esprit d'initiative qui lui permît de comprendre cet art perfectionné des Grecs et de se l'assimiler.
Leur religion et leur mythologie étant les mêmes que celles des Grecs, ils leur durent les sujets de leurs compositions; mais ils n'ont pas su s'approprier également cette élégance et cette beauté incomparable qui distinguent les œuvres des maîtres hellènes. Si les Étrusques ont reproduit de préférence des sujets empruntés à la mythologie et aux grandes épopées de la mère patrie, comme l'Iliade, la Thébaïde, etc., c'est qu'ils n'eurent pas de poèmes sacrés ou héroïques
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qui leur lussent propres et où leurs artistes pussent puiser des sujets nationaux. Ces épisodes étaient, pour eux, autant d'allégories théogoniques, astronomiques, eosmiques ou philosophiques qui leur appartenaient comme à tous les membres de la grande famille des Hellènes. Les épopées grecques étaient leur Bible et leur Évangile. Le fanatisme national pouvait donner une explication différente de celle des Grecs à certains faits, modifier certaines allégories; mais ces modifications ne furent jamais essentielles.
On a cherché les explications de la plupart de ces sujets mythologiques les plus fréquemment employés par les Étrusques , et longtemps on est resté loin du vrai, parce que l'on se renfermait dans des limites de la théogonie , et que le sujet symbolisait un fait astronomique. Ce n'est que depuis peu qu'on a reconnu que le Pelée étrusque trempant sa chevelure dans un bassin gravé sur agate n'était autre chose que le symbole du soleil pompant les eaux de la mer pour alimenter sa flamme, selon les doctrines de la physique des anciens. La courbure du corps de Pelée ne serait donc qu'une pose hiéroglyphique indiquant le demi-cercle parcouru par le soleil dans l'espace d'un jour, et non une exagération étrusque, comme Winckelmann l'a pensé.
La fameuse cornaline des sept chefs, devant Thèbes, ne serait, comme le poëme tragique d'Eschyle, que la symbolisation d'un sujet astronomique. On pourrait
trouver des explications du même genre pour les pierres gravées qui représentent Capanée escaladant les murs de Thèbes et tombant foudroyé; du Scarabée représentant Thésée chez Aidonée, etc., etc. Les Étrusques ne nous ont pas laissé de doute sur la plupart des sujets qu'ils traitent, et gravent d'ordinaire sur la pierre le nom à côté du personnage.
Si quelquefois le fait reproduit est légèrement modifié, la forme reste pure de toute altération. Les Étrusques, en effet, se sont attachés à conserver religieusement le contour de l'image telle que les Grecs la leur ont transmise, et leurs artistes, comme les ouvriers égyptiens, consentent à n'être que des copistes ou des pasticheurs. Cependant, tout en conservant aux profils et aux contours leur roideur archaïque, ils s'efforceront d'exprimer le modelé et la saillie du muscle et les moindres détails des parties nues. La pose est contrainte, l'attitude et les grandes masses des draperies gardent le caractère hiéroglyphique; mais le modelé intérieur, la forme en un mot, sont rendus avec une science et un art dignes des beaux temps de la Grèce. Ils sont soumis à un système, ils lui obéissent; ils ne sont pas maniérés, comme on l'a prétendu.
L'un des traits les plus saillants du style étrusque, comme du style éginétique, est cette sorte d'exagération du mouvement musculaire, et cette manière, brutale et savante à la fois, d'écrire la forme que les
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sculpteurs florentins, les premiers et les seuls statuaires de la renaissance, Michel-Ange à leur tête, ont, du reste, conservée.
La modification la plus essentielle apportée, par les Étrusques, à la symbolique des Grecs, ce sont ces ailes qu'ils donnent à la plupart de leurs divinités. C'est là surtout que l'influence orientale se fait sentir, influence phénicienne ou chaldéenne. Les Grecs, comme on sait, étaient avares de cet emblème, si commun chez les Orientaux, et que l'on a retrouvé dans la plupart des sculptures et peintures assyriennes ; seulement les divinités étrusques n'ont jamais plus de deux ailes, tandis que les grandes divinités chaldéennes en ont quatre. Chez les Étrusques, la forme de l'aile a plus d'élégance et obéit toujours au mouvement du corps. Chez les Chaldéens , elles sont toujours déployées et disposées d'une manière uniforme, que le personnage soit en mouvement ou au repos. La façon dont les Étrusques accusent le muscle se rapproche également de la manière des statuaires ninivites. La coiffure de quelques-unes de leurs statues a , en outre, une extrême ressemblance avec certaines coiffures de personnages des bas-reliefs de Rhorsabad ou de Nimroud. Il y a analogie, rencontre; mais nous doutons qu'il y ait imitation, même éloignée. Ajoutons que les sculpteurs étrusques, tout archaïques qu'ils soient , ont su donner à leurs personnages une variété d'attitude que l'on ne rencontre
jamais chez les statuaires orientaux. Ils sont aussi bien autrement savants.
Les artistes de l'Étrurie, statuaires, modeleurs ou peintres , furent à la fois les ouvriers et les maîtres des Romains. Quand Rome avait autre chose à faire que de la sculpture , ils bâtirent et décorèrent ses temples et lui apportèrent ces simulacres de la Divinité dont chaque religion a besoin. Les statues des rois de Rome, à commencer par Romulus, que Ton conservait encore du temps de Pline, et qui remontaient à l'époque de Tarquin l'Ancien, étaient également étrusques. Denys d'Halicarnasse rapporte que, vers la 8e olympiade , Romulus consacra sa statue , couronnée par la Victoire, et la plaça près de chars enlevés à la ville de Cameira ; l'inscription, mise par Romulus, était en caractères grecs.
On ne connaît pas les noms des premiers artistes étrusques qui s'illustrèrent surtout dans la céramique. Turianus de Frégènes, architecte et sculpteur , dont Tarquin l'Ancien se servit pour embellir Rome naissante, 590 av. J. C, est l'un de ces rares artistes étrusques dont le nom est venu jusqu'à nous. Turianus commença le temple de Jupiter Capitolin ; au haut du temple, il plaça un quadrige surmonté de la statue de Jupiter , en argile ; Cjette statue était barbouillée de minium comme les premiers triomphateurs romains, peu différents, à ce qu'il nous semble, des Indiens rouges de l' Amérique du Nord ; ces der-
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niers seulement n'ont pas eu de maîtres étrusques pour les policer, ni un Tite-Live pour célébrer 1 leurs hauts faits.
Rome doit ses murailles, ses égouts, ses premiers amphithéâtres à des artistes étrusques ; les bas-reliefs , en terre cuite, du fronton du Capitole étaient leur ouvrage ; au reste, comme nous le verrons tout à l'heure, ils ont produit dans ce genre de véritables chefs-d'œuvre. L'architecture romaine, plus théâtrale que la leur, leur doit ce qu'elle a de grandeur et de force , particulièrement l'architecture civile et militaire.
Les Étrusques furent de grands fondeurs et d'admirables modeleurs. Vulcinium, 470 avant J. C, avait des légions de fondeurs , de sculpteurs et de ciseleurs.
Les peuples voisins des Étrusques ou soumis par eux, avant qu'eux-mêmes aient été conquis par les Romains , avaient des arts analogues aux leurs. Les Samnites, les Brutiens, les Campaniens , les Lucaniens ont une religion , des mœurs , un style , une civilisation plus ou moins étrusques , selon qu'ils se trouvent plus ou moins rapprochés de l'Étrurie ou de la côte orientale de la péninsule si largement colonisée par la Grèce, après la guerre de Troie et la
* Le grand dictateur Fucius Camille, qui fit lever le siège du Capitole et délivra Kome de l'invasion gauloise, triompha la figure el le corps barbouillés do minium. 389-385 et 3 avant .lésus-Christ.
conquête dorienne. On peut suivre cette filiation nuance par nuance sur la numismatique des diverses villes italiennes de Rhegium, Metaponte, Possidonie et Cumes , aux environs de Rome et au cœur de l'Étrurie.
Un coup d'oeil jeté sur la collection la plus complète qui ait été encore faite des monuments de l'art étrusque nous initiera mieux que bien des descriptions à ses développements, et nous donnera une idée de son importance.