‹ Etudes sur les beaux artsChapitre 12 sur 18 · EGA SUTINES. — SAUFS ET EN PAIX · texte numérisé non relu

EGA SUTINES. — SAUFS ET EN PAIX

A Bolsena, on distingue quelques restes d'architecture qui laisseraient croire à l'existence d'une décoration visible à distance. A Norcia, sur le rocher dans lequel les tombes sont creusées , ou voit un tympan avec une figure en relief d'un assez bon ciseau. — A Castcl d'Asso, les tombeaux sont rectangulaires et surmontés d'une pyramide portant sur un entablement sculpté. La porte, qui va en diminuant vers le haut, est décorée d'une moulure formant crosselle à droite et à gauche. M. de Saulcy a retrouvé exactement les mêmes tombeaux dans la vallée d'Hinnom, près de Jérusalem.

quelquefois des colonnes, comme dans les lits d'un triclinium. Tout autour du cadavre couché, on déposait des candélabres de bronze, des vases funéraires, des urnes et des ustensiles de toute espèce.

C'est une de ces chambres sépulcrales que l'on a copiée au Vatican. A la lueur de la torche du cicérone, on découvre une petite salle de \ 5 pieds de long sur 42 pieds de large. Sur chacun des côtés de cette salle, à droite et à gauche, sont placés des lits funéraires de grandeur moyenne, et au fond, en face de la porte, un autre lit d'une plus grande dimension, celui, sans doute, du chef de la famille. Des vases, des couronnes en feuilles d'or et différents autres objets sont disposés autour des lits dans l'ordre et à la place où on les a trouvés. Les couronnes sont placées, à la tête des lits, sur l'oreiller de pierre; ces couronnes ne sont qu'ébauchées avec du clinquant. Les bijoux étaient répandus autour des corps sur les lits. Les vases sont couchés confusément sur le sol, ou suspendus au mur par des clous, ou déposés dans les niches pratiquées dans la muraille au-dessus de chaque lit, et qui ont fait donner à ces tombeaux le nom de columMria. Les vases, jetés sur les lits et sur la terre, avaient, sans doute, servi à des libations après le repas des funérailles; ceux qui sont suspendus au mur ou placés dans des niches contenaient des aliments et des parfums, et quelquefois les cendres des morts. Ces chambres n'étaient pas voûtées, mais recouvertes de

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grosses pierres qu'on ne soulevait qu'à la mort d'un membre de la famille, pour donner passage au corps. On les recouvrait de terre quand le sépulcre était rempli.

Les vases funéraires sont toujours en grand nombre dans cbaque chambre. Du 1er au mc siècle de Rome, la pompe des funérailles était extrême dans l'Étrurie comme dans le Latium, où un article de la loi des * Douze Tables avait dû même en modérer l'abus. C'était aussi l'époque de la plus grande prospérité des Étrusques, qui ne furent soumis que vers l'an 480 de Rome. Tous les amis du mort assistant à l'enterrement et engagés au repas des funérailles déposaient auprès de son cadavre le vase avec lequel ils avaient fait des libations ou répandu des parfums.

On s'est étonné, néanmoins, de la grande quantité de ces vases recueillis dans les tombeaux. On a rapproché les catalogues des diverses collections en négligeant , il est vrai , d'en retrancher les vases purement égyptiens et ceux des fabriques de l'île de Samos, confondus si souvent avec les vases toscans, mais qu'on en distingue aisément au choix et à l'exécution des sujets et même à la pesanteur; dès lors on les a comptés par myriades. Cette quantité a paru bien autrement prodigieuse quand on a calculé que dix vases existants en laissaient supposer mille au moins de détruits; des esprits superficiels n'ont donc pas craint de nier l'authenticité du plus grand nombre

de ces vases, les regardant comme d'ingénieuses falsifications. Ils ignoraient, sans doute, que, pendant plus de quatre cents ans, les fabriques de poterie étrusque avaient joui, dans le monde civilisé, d'une réputation égale au moins à celle que, depuis trois siècles, les porcelaines de la Chine et du Japon ont obtenue parmi nous. Ils ignoraient aussi qu'à Volterre, comme à Rome, on avait découvert plusieurs collines formées des seuls débris de rebut de ces ma- % nufactures. Pour eux, tout vase intact et sans fêlure était nécessairement falsifié. L'habileté des restaurateurs et l'adresse des pasticheurs et des copistes ont été poussées si loin, que cette accusation n'était peutêtre pas absolument dénuée de fondement. Non-seulement on a imité le dessin et le coloris des vases antiques de manière à s'y méprendre, mais les falsificateurs ont encore poussé le scrupule jusqu'à donner à leurs imitations la pesanteur spécifique des originaux et à simuler les outrages du temps. Cette falsification, toutefois, n'a de prise que sur des vases du deuxième et du troisième ordre, et ne peut tromper que des connaisseurs superficiels. Les antiquaires romains, mauvais plaisants de leur nature, racontent, il est vrai, qu'un de nos savants, fraîchement débarqué à Rome, fut conduit par un des leurs dans l'un de ces beaux magasins de vases antiques du Corso. Introduit dans une première salle, notre confiant amateur s'extasie sur la beauté des vases qu'il voit exposés.

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Il admire la délicatesse et la précision du dessin, la beauté du coloris des sujets représentés sur ces vases, et entame une dissertation à perte de vue sur les procédés employés par les ouvriers étrusques et leur adresse singulière. Le Romain le laissait dire. Quand le savant eut longtemps parlé : — Maintenant, voyons les originaux, lui dit son compagnon en ouvrant la porte d'une salle voisine avec un imperturbable sangfroid. Un coup de foudre n'eût pas produit un plus terrible effet sur le malheureux antiquaire.

Nous croyons plus ingénieuse que fondée cette critique de la légèreté des jugements français. Sans doute, et même en parcourant les salles du musée du Vatican, on est quelquefois exposé à prendre une copie pour un original, tant la restauration de quelques objets, des coupes par exemple, a été complète; mais jamais on ne pourra commettre d'erreur sur les morceaux du premier ordre, pour peu qu'on ait, je ne dirai pas la science d'un antiquaire, mais seulement le tact de l'artiste.

l'art romain.

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