L ART ROMAIN
Des Étrusques aux Romains la transition est insaisissable. Les Romains ont dû à ces peuples leur civilisation; ils leur doivent leurs arts, mais surtout leur architecture, qu'ils n'ont fait que continuer et perfectionner.
Les architectes étrusques jouissaient, dans l'antiquité, d'une réputation presque égale à celle des Hellènes. Leurs procédés différaient peu de ceux des Grecs. A l'origine, les murs des cités et des forteresses sont d'appareil cyclopéen , et dans les habitations et les monuments publics on imite, avec la pierre, les constructions primitives en bois. C'est ainsi que, dans les hypogées de Yulcinium , de Corneto et de Tarquinies, les poutres des plafonds se coupant à angles droits et formant caissons sont taillées dans le roc vif. Dans leur architecture comme dans leurs autres arts, l'énergie est le caractère dominant des Étrusques. Cette énergie se manifeste, dans le principe, par la rusticité et la solidité de l'appareil. Elle arrive, à l'époque de la conquête romaine, à une 1. 22
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mâle et vigoureuse élégance, et elle atteint, au moyen âge moderne, à ce grandiose et à cette majesté originale qui caractérisent les édifices florentins.
Les Étrusques avaient imaginé ou adopté un ordre décrit par Yitruve, et qui n'était qu'une modification du dorique grec. On leur attribue l'invention de la voûte en plein cintre , que les Romains perfectionnèrent et appliquèrent à tous leurs édifices sur l'échelle la plus large. Les Toscans connurent l'ogive comme les Assyriens, qui eux connaissaient la voûte. Nous avons déjà fait remarquer l'identité singulière qui existe entre quelques monuments étrusques, tels que les tombeaux de Castel d'Asso, et les tombeaux de la vallée de Hinnom, près de Jérusalem ; ce qui indiquerait une communauté d'origine.
Le fameux tombeau de Porsenna, dont on a essayé d'ingénieuses restaurations, n'était pas une conception mythique ou purement idéale, comme on Ta prétendu. Il a dû exister. C'est la modification étrusque, et quelque peu compliquée, du tumulus primitif dont les Babyloniens avaient fait la pyramide à degrés, les Égyptiens la pyramide quadrangulaire, et dont, chez les Romains , le tombeau d'Auguste et le môle d'Adrien sont la dernière transformation. Le monument qui subsiste encore près d'Albano, sur la voie Appienne, et auquel on a donné le nom de tombeau des Horaces et des Curiaces, doit rappeler, en petit, le tombeau de Porsenna.
On a dit des Romains qu'ils étaient les Doriens de l'Italie. Cette qualification eût mieux convenu aux Étrusques, dont la nationalité était bien antérieure à celle des Romains. Mais, comme les autres peuples de la péninsule italique, ils durent plier sous l'ascendant vainqueur de ces nouveaux venus, qui finirent par les soumettre ainsi que toutes les peuplades voisines, et qui dominèrent dans l'Italie comme les Héraclides dans la Grèce. Si l'origine de ces Doriens des bords du Tibre est moins relevée que celle des conquérants du Péloponèse et ne se perd pas, comme celle des descendants d'Hercule, dans la nuit des temps, leur génie est tout autre. Étranger à ces qualités brillantes de la race qui domina dans la Hellade, il se distingue par cette puissance de volonté, cet esprit de suite, cette intelligence politique qui déterminent les conquêtes et les rendent durables. Leur indomptable opiniâtreté, leur mépris de la mort et jusqu'à leur vigueur physique les rendaient éminemment propres à la guerre. Ils joignaient à ces qualités matérielles de rares facultés morales : une sagacité sans égale, un jugement rapide et sûr, et une grande promptitude de décision ; aussi furent-ils aussi excellents tacticiens que braves soldats. L'aspect physique du Romain n'est pas le même que celui du Grec. Sa stature est plus épaisse et plus courte; sa vigueur musculaire est autrement puissante; mais il n'a ni l'élégance, ni l'adresse, ni la beauté propres aux peuples
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de la Hellade, à ceux de Lacédémone comme aux Athéniens, aux Thébains ou aux habitants des îles. La guerre et la politique étaient les deux grandes affaires des Romains, tandis que chez les Grecs la gymnastique et les travaux de l'intelligence passaient avant tout. Le plus grand des poètes latins a signalé, dans ses vers, le dédain que les Romains témoignaient pour l'intelligence et pour les arts, qu'ils subordonnaient à la politique.
Excudent alii spirantia molliùs sera, Credo equidem, vivos ducent de marmore vultus ; Orabunt causas meliùs; cœlique meatus Describent radio, et surgentia sidera dicent : Tu regere imperio populos, Romane, mémento ; Hae tibi erunt artes
Il ne faut pas être surpris si cette race toujours guerroyante, mue par un invincible orgueil et par un immense amour de la domination, a fini par conquérir le monde.
Les Romains, coreligionnaires des Grecs, leur empruntèrent leurs arts, expression de la religion. Cet emprunt ne fut cependant pas direct, et plus d'un intermédiaire se plaça entre les deux peuples. Toutefois cette initiation des Romains aux arts de la Grèce semble s'être plutôt faite par l'Étrurie que par les pro-
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vinces de la Grande-Grèce , placées cependant entre les deux peuples, et qui paraissaient devoir être la transition naturelle. Dans le principe, le peuple romain, uniquement préoccupé de guerres et de conquêtes, se servit d'architectes et d'artistes étrusques, leurs aînés dans les arts et leurs maîtres. Les premiers monuments et les premières statues romaines sont donc des ouvrages étrusques. Les temples que Romulus élevait à Jupiter Stator, à Jupiter Férétrius et à Mars étaient étrusques, et probablement d'ordre dorique mitigé. Les grands travaux exécutés sous les Tarquins accusait la même origine, et les voûtes du grand cloaque ont toute la puissance et la solidité d'un travail étrusque. La conquête de la Sicile et de la Grande-Grèce modifia nécessairement la sévérité étrusque, et celle de la Grèce acheva l'éducation des Romains. Les édifices construits après la prise de Corinthe, d'ordre dorique ou ionique la plupart, offrent déjà l'heureuse alliance de la solidité étrusque et de l'élégance grecque. L'ordre corinthien ne commence à se montrer que vers la fin de la république et dans des édifices de petite dimension , tels que le temple rond de Tivoli et celui de la Fortune virile. Ce n'est qu'à l'époque impériale, et sous les premiers Césars, qu'il prend tous ses développements, et qu'il arrive à ce degré de noblesse et de magnificence qui en a fait l'ordre romain par excellence.
Cet ordre généralement adopté, et l'emploi de la
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voûte et des arcades , caractérisent particulièrement l'architecture romaine. Cette modification du style graeco-étrusque donne aux monuments de la ville éternelle un aspect nouveau, et vient en aide à la grandeur des proportions, en rattachant sans effort les masses les plus éloignées. Sévère sous la république, magnifique au commencement de l'empire, cet art se corrompt, sous Néron et sous Adrien, par l'abus de la richesse, la profusion des ornements, la recherche de formes nouvelles.
Quant aux beaux-arts proprement dits, ils ne sont, chez les Romains, qu'une modification des arts de la Grèce et de l'Êtrurie; seulement ils empruntent au caractère du nouveau peuple quelque chose de plus matériel et de plus positif. La toge et la cuirasse revêtent les statues que les Grecs avaient laissées nues. Le peintre Carstens, en voulant caractériser l'art romain, a dit avec assez de finesse pour un Allemand : « Leurs héros ne sont que des guerriers, les guerriers grecs étaient des héros. »
Les tendances générales des arts sont tout autres chez les Romains que chez les Grecs et les Étrusques : ils perdent absolument ce caractère symbolique et mythologique qui les distinguait encore chez ces derniers, et qu'ils avaient emprunté aux nations orientales. Occupés à vaincre, à dominer et à gouverner, les Romains, peuple essentiellement pratique et politique , et qui , par leur nature active et dominante,
leur inclination vers les fondations utifes et durables, offrent une analogie des plus marquées avec les peuples de l'Europe actuelle, leurs héritiers directs, les Romains ne voient plus dans la culture des arts et des lettres qu'un amusement de l'esprit, qu'un ingénieux et noble emploi de brillantes facultés.
Cet art, que s'était créé Rome, capitale du monde civilisé, curieux amalgame de l'art toscan et de l'art grec, se trouva plus approprié aux contrées demibarbares de l'Europe occidentale que l'art grec dans toute sa pureté ; aussi s'étendit-il , de proche en proche et avec une singulière rapidité, bien au delà de l'Apennin et des Alpes, ses limites naturelles.
Un des filons de l'art grec, resté presque pur, parce qu'il était d'origine coloniale, pénétra cependant fort avant vers l'Occident, en suivant la côte méditerranéenne de la Gaule, plus méridionale que le nord de l'Étrurie, et qui fait face à l'Orient comme pour recevoir les derniers rayons du soleil de la Grèce ; mais, ainsi que le palmier et l'olivier, cet art, qui venait de l'Orient, semble n'avoir jamais pu s'éloigner du littoral de la Méditerranée.
Dans le reste de la Celtique, l'art romain triomphe sans partage, et ses monuments décorent ses grandes villes et jalonnent chacune de ses provinces. Cet art romain, nié par quelques archéologues, bien que dérivant de l'art grec, a un caractère propre et tout spécial. 11 n'est pas possible, même au premier as-
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pect, de confondre ses monuments avec ceux de l'art grec.
Nous avons vu , pour l'architecture, en quoi cette différence consistait. Pour la statuaire, la nuance est encore plus tranchée. La force a remplacé l'élégance. Ce caractère de naturel , de grâce et de vérité propre à l'art grec émancipé fait place à la réalité la plus frappante. Les statues togées ou stolées des empereurs, des impératrices et des sénateurs, et ces beaux bustes qui nous retracent les traits de personnages illustres, tels que Sylla, Jules César, Auguste, Antinous, Lucius Vérus, sont les spécimens les plus remarquables de cet art romain. .
Dans ces morceaux si distincts des œuvres du ciseau grec, l'artiste s'est rarement préoccupé de l'idéal, et cependant, par le développement même de ses qualités positives et réelles, il atteint à cette simplicité majestueuse, à cette vérité grandiose, qui placent ces productions de l'art romain à la suite des œuvres les plus remarquables des statuaires grecs de la grande époque.
Les arts prirent, sous Auguste, leur plus grand développement ; la ville se couvrit d'édifices magnifiques, décorés d'un nombre infini de bas-reliefs, de statues et de tableaux enlevés à la Grèce, ou exécutés à Rome par des maîtres grecs ou par des artistes indigènes formés à l'école de ces maîtres. Auguste disait qu'il avait trouvé une Rome bâtie en briques, et
qu'il laissait une Rome de marbre. Mécène, son ministre et son ami, déploya, sous ce règne heureux, cette intelligente activité, cette volonté continue qui sait accomplir en peu d'années l'ouvrage de plus d'un siècle. Cependant , comme la critique s'applique à toutes les actions humaines , ce grand ministre a eu ses détracteurs. Suétone lui reproche son goût trop prononcé pour une ornementation délicate et efféminée, goût dont l'influence se faisait trop sentir dans les nouvelles constructions, les architectes et les. artistes qu'il employait cherchant à lui complaire. Un passage de Vitruve, dans lequel l'habile architecte se plaint de l'altération apportée aux belles proportions des ordres grecs, laisserait croire que cette critique n'était pas sans fondement , et justifierait ceux qui prétendent que Mécène, en voulant trop faire et trop bien faire, aurait déterminé un commencement de décadence.
Quoi quil en soit, sous' le règne d'Auguste, le style grec prévalut dans Rome et domina sans partage. Ce style grec fleuri n'est déjà plus celui de la grande époque, et diffère essentiellement du style , grseco-toscan des époques précédentes. Un nouvel art apparaît, qui ne se manifestera complètement qu'à la veille de la décadence.
Sous les premiers successeurs d'Auguste, les Romains* n'eurent guère que de grands architectes. Les statuaires de premier ordre étaient grecs. Le groupe
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du Laocoon, trouvé, au xvie siècle, dans les thermes de Titus, et celui du taureau Farnèse, découvert, sous Paul III, dans les thermes de Caracalla, ont été exécutés par des artistes grecs de l'école de Lysippe : Agésandre, Athénodore et Polydore, de Rhodes, pour le Laocoon; Apollonius et Tauriscus, de Rhodes également, pour le groupe du taureau Farnèse. D'autres Grecs, comme Cratérus, Polydecte, Hermolaùs, Pythodore, Artémon, concourent, avec ces artistes, à l'embellissement de la Rome des empereurs. Les statuaires romains s'attachent, de leur côté, à décorer les monuments de bas-reliefs et de copies grecques d'un style incorrect, ou bien, obéissant aux caprices du maître', ils élèvent des statues aux délateurs ou retracent l'image de ses favoris.
Il y avait, toutefois, parmi ces sculpteurs romains, des hommes d'un grand talent, et auxquels aucune des ressources de l'art n'était inconnue.
La plupart de ces magnifiques statues d'empereurs ou de personnages illustres portant la toge, comme Auguste, Tibère ou Commode; avec la cuirasse et le costume des camps, comme Caligula, Titus et Trajan ; à demi nus, comme Jules César, Germanicus, Claude, Néron, Adrien ou Marc-Aurèle; ou même tout à fait nus, comme Pertinax, paraissent, à l'exception peut-être de quelques morceaux de deux dernières catégories, de travail romain. Les belles statues drapées des impératrices Livie, Agrippine, Mes-
saline et Plotine sont aussi l'œuvre de statuaires nationaux. Ce fut surtout dans la représentation de ces personnages existants, représentation beaucoup moins idéalisée que chez les Grecs, que les sculpteurs romains excellèrent. Dans ce genre secondaire , leur esprit sagace et leur observation persistante leur garantissaient le succès.
Les Romains, dans leurs arts comme dans leur politique et même leur héroïsme, ont, en effet, quelque chose de positif et de raisonné, qui semble les enchaîner à la terre. Les Grecs laissent plus au hasard et sont plus enthousiastes ; la chaîne d'or de Tidéal les rattache toujours au ciel. Quels combats des Romains ont jamais eu l'éclat et le retentissement des victoires de Marathon et de Salamine, et de défaite des Thermopyles? Quels artistes de Rome peut-on nommer après Phidias et Apelles? Entre les Romains et les Grecs , il y a toujours la dislance de Yirgile à Homère. La Grèce, dans les temps antiques, est un soleil éclairant de nombreux satellites, entre lesquels l'Italie brille du plus vif éclat ; mais cet éclat, elle le doit au soleil de la Grèce, dont sa lumière n'est que le pâle reflet.
Cependant, grâce à leur esprit pratique, à leur constance, et peut-être aussi parce qu'ils surent garder cet empire du monde, qui ne fit que passer dans la main des Grecs, les Romains, même dans les arts, ont pris le pas sur la Grèce et ont seuls fondé quel-
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que chose de durable. Comme la langue romaine est la racine de la plupart des langues de l'Europe occidentale, l art romain est le principe de leurs arts. Il est vrai que cette langue et cet art des Romains ne sont tous deux qu'une dérivation , qu'un dialecte éloigné de la langue et de l'art des Grecs.
L'art romain , tel que nous venons de le définir, brilla, sous Trajan, de toul son éclat. Cet empereur construisit un grand nombre de monuments utiles et ouvrit plusieurs routes nouvelles. La colonne trajane est le grand monument de l'époque; c'est le trophée par excellence, et cette spirale vivante et l'arc de triomphe sont bien l'expression la plus juste de l'art d'un peuple qui n'a jamais désarmé et qui guerroie aux deux bouts du monde. La statuaire impériale fleurit surtout sous ce règne, qui nous a laissé de beaux hustes et de belles statues.
Adrien continua Trajan; toutefois le grand mouvement que cet empereur imprima aux arts fut plutôt grec ou compositeque romain. On repeupla, il est vrai, l'Olympe ; mais les simulacres de ces nouveaux dieux, tirés la plupart de la famille impériale, n'avaient que le vulgaire mérite de la ressemblance. Pour tout le reste, on imitait ou on copiait la Grèce. Le mode hellénien avait baissé de bien des tons ; la forme avait perdu de son élégance et de sa pureté; on n'arrivait plus à l'idéal, mais on avait su garder un rare talent d'exécution, et le culte de 1m beauté était encore dans
toute sa ferveur. Les charmantes statues du bel Antinous, ce rival heureux de l'impératrice Sabine et de la prétentieuse Balbilla, sont dignes, en effet, du siècle précédent , et suffisent pour illustrer une époque si voisine de la décadence.
Sous le règne des premiers Antonins, l'art demeura stationnaire; mais les folies de Commode et de Caracalla et l'avarice de Septirne Sévère lui portèrent un coup mortel. Les bas-reliefs de l'arc qui porte le nom de ce dernier empereur nous prouvent combien, depuis le temps d'Adrien, c'est-à-dire en moins d'un siècle, la décadence avait marché rapidement.
Sous les empereurs Aurélien et Dioclétien, de l'an 270 à l'an 300 de notre ère, on pourrait signaler une sorte de renaissance, particulièrement dans l'architecture. Les ruines magnifiques du temple du Soleil et des autres édifices de Palmyre nous montrent quelle était la vitalité de cet art, qui, à cette époque avancée, s'épanouissait si richement au milieu du désert. Ces monuments doivent être considérés comme le spécimen le plus curieux, nous dirons même le plus complet, de l'art romain, vers le me siècle. L'élégance des proportions, la richesse des matières mises en œuvre , la multiplicité et la délicatesse des ornements ont droit de nous étonner. Sous Dioclétien, cette richesse dégénère en profusion; c'est au point que, dans l'amphithéâtre que cet empereur fit construire à Rome, ces ornements, trop nombreux
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pour adhérer solidement à l'édifice, s'en détachèrent et écrasèrent, dans leur chute, un grand nombre de spectateurs. Les thermes de Dioclétien, le palais de Salone (Spalatro) se distinguent plutôt par leurs proportions colossales que par leur élégance. La belle colonne de granit de Philœ, qu'on voit encore à Alexandrie, et qu'on a improprement nommée la colonne de Pompée, fut érigée en l'honneur de Dioclétien, sans doute au moment de son passage en Égypte. Sous cet empereur, on commença à remplacer, par des arcades en plein cintre, les architraves qui liaient entre elles les colonnes. Il n'existe aucun monument de quelque importance de la statuaire de cette époque, mais tout nous fait présumer que la décadence s'était continuée. Sous Constantin, elle fut complète; nonseulement les artistes ne produisaient plus, mais ils mutilaient les productions de leurs devanciers, se contentant de substituer aux têtes anciennes les têtes des personnages contemporains dont ils voulaient reproduire et glorifier l'image.
L'adoption du christianisme comme religion de l'État, et la translation impolitique du siège de l'empire à Byzance réédifiée, qui devint Constantinople, amenèrent la ruine de l'art grseco-romain, mais provoquèrent la renaissance d'un nouvel art grec qui, plus tard, prit le nom de byzantin. Toujours est-il que les Romains transportés aux rives de l'Hellespont ne s'hellénisèrent qu'à demi. Ils perdirent leur natio-
nalité, leur langue; et, pour les arts, ïe mode latin affaibli, expression suprême de cet art grseco-romain des belles époques de la Kome impériale , fit place à la barbarie dans Rome même, et à Constantinople se transforma dans ce style byzantin qui prit la place des deux arts grec et romain.
Le christianisme, qui plus tard devait enfanter un nouvel art, ne pouvait, à sa naissance, que précipiter la ruine de l'art antique, toujours plus ou moins païen. La conversion du chef de l'État porta un coup subit et mortel à l'architecture et à la statuaire, sa sœur, qui depuis les Àntonins avaient rapidement décliné. La hache des sectaires et le marteau des iconoclastes renversaient les plus superbes édifices et brisaient les images révérées de l'ancien culte, tandis que la religion nouvelle, qui proscrivait les simulacres, fermait les ateliers des artistes. La peinture seule, à la faveur de l'interprétation d'un passage de l'Apocalypse, survécut au naufrage, et décora les parois des basiliques chrétiennes comme elle avait orné les voûtes mystérieuses des catacombes. A Rome, cette ruine des arts fut complète et profonde. Aux rives du Rosphore, le génie fécond et inventif de la Grèce tenta, dans l'architecture, une puissante et nouvelle évolution, et les descendants de ces hommes qui avaient édifié les sanctuaires de Delphes, d'Éphèse, de Phigalia et l'incomparable Parthénon cherchèrent et trouvèrent le nouveau dessin hiéroglyphique du
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temple chrétien. Anthémius de Tralles, Isidore de Milet, et Jean, de Constantinople, ne trouvèrent pas cette nouvelle forme, mais ils en firent la plus haute application, et Sainte-Sophie devint le type de cet art, qu'adopta le génie sombre et abrupt des peuples du Septentrion, en le modifiant, en l'appropriant à ses idées, appliquant dans sa composition un symbolisme plus ingénieux et aussi compliqué peut-être que les emblèmes polythéistes de la Grèce antique.
l'art chrétien dans les catacombes, l'art byzantin. 353