SALOMON
De tous les peuples qui ont paru les premiers sur la scène du monde, le peuple juif est celui sur lequel nous possédons les renseignements écrits les plus exacts et les plus complets. Son histoire, sa religion, ses mœurs, sa littérature nous sont familières, et, tandis que nous ne possédons ni un seul livre égyptien ni un seul traité assyrien, les écrits de ses prophètes, de ses législateurs et de ses rois nous sont parvenus tout entiers.
En revanche, par une inexplicable singularité, ce peuple, qui nous a transmis des preuves écrites de son existence si nombreuses et si certaines, ne nous a laissé aucun fragment de sa statuaire, de sa peinture ou de sa céramique, aucune inscription, aucune pierre gravée, aucun monument debout, qui puissent témoigner matériellement et d'une manière éclatante de son passage sur la terre. Tandis que les œuvres d'art des Égyptiens, des Assyriens, des Babyloniens
ou des Grecs abondent dans nos collections et déposent, comme à l'envi , de l'importance et de la grandeur de ces peuples, aucun musée ne peut présenter une œuvre de l'antiquité juive d'une incontestable authenticité.
Les beaux fragments d'un sarcophage royal , que notre savant ami M. de Saulcy a rapportés de Jérusalem et déposés au Louvre, semblent, nous le savons, contredire cette assertion. Mais, tout intéressant que soit ce monument, il ne présente qu'un intérêt secondaire. C'est plutôt de l'art ornemental que de l'art proprement dit. Le style de son ornementation est plutôt phénicien que juif, comme M. de Saulcy luimême l'a prouvé en rapprochant du sarcophage de pierre un sarcophage de plomb provenant de Ronad (Aradus) et acheté au bazar de Beyrout. Faut-il donc ensuite confondre absolument les deux arts?
Les monuments que M. de Saulcy a étudiés sur place, dans son voyage dans les terres bibliques, et dont il nous a donné de si précises et si intéressantes descriptions, ont pu modifier certaines idées trop absolues sur cet effacement si complet des vestiges laissés par le peuple hébreu. Nous ne doutons plus, par exemple, que des parties assez étendues des murs de la plate-forme qui portait le temple de Jérusalem ne remontent au temps de Salomon, et les nécropoles juives des vallées de Josaphat et de Hinnon nous paraissent présenter quelques petits monuments de même
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date. Un bas-relief fort curieux, de style assyrien, et quelques fragments d'architecture recueillis dans la Mohabitide, nous semblent aussi des plus anciens temps, ou plutôt contemporains des plus anciens temps, de l'art judaïque. Le bas-relief trouvé à Tabarieh et qui représente le chandelier à sept branches est également un ouvrage juif; mais là se bornent à peu près toutes les pièces d'origine certaine qu'on puisse faire figurer au procès.
Nous jugeons un peu les monuments comme les individus, sur la physionomie, et il nous semble que la physionomie d'un certain nombre de ces monuments que M. de Saulcy attribue aux anciens Hébreux est beaucoup plus grecque que juive. Tels sont, par exemple, les sépulcres des rois, des juges et de Saint-Jacques, et les tombeaux d'Absalon et de Zacharie. Nous ne nous déciderons que bien difficilement à reconnaître un travail juif dans l'ornementation de l'entablement de la paroi extérieure du vestibule du sépulcre des rois. Ces palmes, ces patères, ces triglyphes avec leurs gouttes, et surtout la corniche qui surmonte l'ensemble, nous paraissent tout à fait grecs. La grappe de raisin placée entre les couronnes et la guirlande de feuillage et de fruits qui court sur le bord extrême de la porte nous feraient seules concevoir quelques doutes; elles sont traitées avec la délicatesse que les Hébreux apportaient à ces sortes d'ouvrages, dans lesquels ils excellaient, la re-
présentation de l'homme et des animaux leur étant interdite. Mais les deux arts grec et hébreu ne peuvent-ils avoir concouru à la décoration de cet entablement? L'architecte que le roi Hérode aurait chargé de le restaurer, quand il fit bâtir un monument expiatoire à la porte de ce tombeau qu'il avait profané, ne peut-il être l'auteur de cette œuvre composite? Nous connaissons plus d'une restauration analogue de nos vieux monuments dans laquelle on rencontre le plus singulier amalgame du style contemporain et du style gothique. Quelle tablature donneront aux archéologues à venir certaines restaurations importantes exécutées en dehors de l'action de la commission des monuments historiques?
Quoi qu'il en soit, ce tombeau est bien pour nous le tombeau des rois. M. de Saulcy nous l'a prouvé de plusieurs manières, dont quelques-unes arrivent au degré de certitude d'une démonstration mathématique. Nous ne doutons pas, d'autre part, que les Assyriens n'aient connu les patères comme les Grecs, et ne les aient transmises aux Phéniciens. Nous reconnaissons que les Égyptiens ont fait , dans leurs monuments les plus anciens, un fréquent emploi des triglyphes et des moulures adoptés par les Grecs ; nous convenons, enfin, que les Hébreux se sont souvent servis des palmes dans l'ornementation de leurs édifices. L'emploi isolé de chacun de ces ornements nous semble donc fort naturel , tandis que leur réu-
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nion fortuite pour former un ensemble architectural tout à fait grec soulève des doutes que nous ne pouvons dissiper.
En ce qui concerne l'ornementation du fronton du tombeau des juges et l'entablement du tombeau de Saint-Jacques, notre opinion est à peu près la même. Les tombeaux d'Absalon et de Zacharie nous paraissent des monuments grecs des derniers temps. Le chapiteau ionique a-t-il été réellement transmis par les Phéniciens aux Hébreux, et aux Grecs par ces derniers? Nous croirions plutôt à la transmission directe des Phéniciens aux Grecs. Nous ne croyons pas, par le même motif, à ces emprunts purs et simples que les Grecs auraient faits aux Hébreux d'un art à peu près complet, c'est-à-dire qui produit des monuments aussi parfaits que l'entablement du sépulcre des rois et le fronton du tombeau des juges.
Les Grecs, pour constituer leur architecture si savante et si parfaite, ont, il est vrai, pris un peu à chacun : aux Égyptiens d'abord, aux Phéniciens ensuite, puis aux Assyriens, aux Hébreux. Leur goût exquis a combiné, au moyen de ces éléments divers, le merveilleux amalgame qui constitue leur art. S'ils ont emprunté, ils ont rendu au centuple à ceux qui leur avaient prêté; et, à notre avis, ces monuments de l'art judaïque ressemblent fort à quelque restitution de ce genre.
Les découvertes qui se font chaque jour en Assy-
rie suppléeront peut-être à cette absence de monuments hébreux. Déjà MM. de Longperrier, Rawlinson et Layard ont cru reconnaître parmi les bas-reliefs de Rhorsabad divers sujets qui se rapportent aux victoires des Assyriens sur les Juifs. Un de ces basreliefs reproduirait même le site et les fortifications de Jérusalem. Il est hors de doute que l'exhumation de ces palais, cachés sous chaque monticule de la haute Mésopotamie et des nombreuses sculptures qui les décorent, ne peut manquer de nous donner des lumières sur l'architecture, les arts et la civilisation de la nation juive.
La Judée ne confine pas avec l'Assyrie et en est même assez distante. Mais les peuples de ces deux pays avaient entre eux de nombreux rapports. Les patriarches avaient habité le pays de Babylone avant de se rendre dans ta terre de Chanaan. Arphaxad, fils de Seni, qui a peuplé la Çhaldée , était l'aïeul d'Héber, qui a donné son nom aux Hébreux. Hébreux et Chaldéens dérivaient donc d'une souche commune. Dans l'origine, leur religion, leurs mœurs, leurs langues étaient les mêmes. 11 suffit de jeter un coup d'œil sur les sculptures assyriennes, d'étudier la physionomie si caractérisée des personnages qui y sont figurés, et de les comparer aux types juifs que nous avons sous les yeux , pour reconnaître que ces deux peuples appartiennent à la même race et font partie de la même famille.
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Aussi les découvertes faites en Assyrie ont-elles rendu beaucoup plus claires et plus intelligibles les descriptions que les livres saints nous ont données du temple et du palais de Salomon. Les Phéniciens et, par suite, les Hébreux ont beaucoup plus emprunté à l'art assyrien qu'à l'art égyptien, et cela devait résulter de la communauté d'origine que nous venons de signaler.
Ces emprunts sont antérieurs à la transportation des Juifs à Babylone, et, dans la description du temple et du palais de Salomon, nous aurons tout à l'heure à signaler bien des points de similitude ou, pour parler d'une manière plus précise, un grand nombre iïassyrianismes.
On s'est étonné de n'avoir, jusqu'à ce jour, rencontré aucun temple assyrien dans les monticules fouillés par les missions anglaises ou françaises. Mais ces temples ont-ils jamais existé? Les Hébreux, passionnés pour le dogme de l'unité religieuse, n'avaient qu'un Dieu, qu'un temple, qu'un autel et qu'un grand prêtre. Il est probable que les peuples d'origine chaldéenne, sous l'empire de sentiments religieux analogues, n'eurent longtemps, comme eux, qu'un seul temple, soit à Ninive, au Neby-Younès, soit à Babylone, sur le dernier degré de la pyramide de Babel.
L'époque de la construction du temple et du palais de Salomon est postérieure de trois siècles à celle du palais médo-assyrien de Nimroud et antérieure
de plus de deux siècles à celle du palais de Khorsabad; elle précède de près de cinq siècles l'érection des édifices de Persépolis, dont elle semble être le prototype.
Le temple et le palais de Salomon, c'est toute l'architecture, c'est tout l'art des Hébreux. L'histoire de la construction de ces édifices, telle que les livres saints nous l'ont donnée, nous renseigne de la manière la plus précise et la plus complète sur la manière dont ces peuples, d'antique civilisation, procédaient à l'exécution de ces monuments fameux que le monde a mis au rang de ses merveilles. Cette fois, rien n'est laissé dans le vague, rien ne prête à la conjecture; nous pouvons suivre la construction de l'édifice depuis la pose de la première pierre de son soubassement jusqu'à cette dernière heure où le dernier ouvrier attache, avec des clous d'or, les feuilles d'or qui revêtent ses portes.
David, après s'être emparé de la ville de Salem et en avoir chassé les Jébuséens, ses premiers maîtres, donna à sa conquête le nom de Jérusalem ou ville sacrée. 11 fit construire son palais sur la montagne de Sion, et se disposa à élever à l'Éternel un temple qui fût digne de lui et qui remplaçât le tabernacle voyageur sous lequel , jusqu'alors, l'arche d'alliance s'était abritée. Cette arche, qui renfermait les tables de Moïse, était faite en bois de schitime; elle avait 2 coudées 1/2 de longueur et 1 coudée 1/2 de lar-
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geur sur autant de hauteur; elle était revêtue d'or à l'intérieur et à l'extérieur, et son couvercle était orné de figures de chérubins prosternés se faisant lace et recouvrant l'arche de leurs ailes. Ces figures étaient en or travaillé au marteau.
Au moment où David allait commencer le temple, il fut arrêté par le prophète Nathan, qui lui annonça, au nom du Seigneur, qu'il fallait laisser à son fils l'honneur de bâtir sa maison. Ce fut pour obéir à cet ordre que Salomon, à peine intronisé, s'occupa de la construction du temple.
La colline de Moriah lui parut plus convenable pour l'emplacement de cet édifice que les monts de Sion et de Bezetha. Sa position était plus forte et plus centrale, et sa superficie plus étendue. Elle était loin , toutefois , de suffire aux vastes constructions qu'elle devait recevoir. Au moyen de travaux gigantesques, Salomon la transforma en une plate-forme étendue, qui, de trois côtés, dominait la ville, et dont la face méridionale, haute de 300 coudées, plongeait à pic dans la vallée de Josaphat, au fond de laquelle coule le torrent de Cédron. Aujourd'hui cette vaste plate-forme, qui ne comprend pas moins de 1,500 mètres de développement, subsiste encore en partie. Écoutons le savant voyageur qui l a visitée le dernier et qui l'a k mieux décrite :
« En arrivant devant ce mur respectable, je fus frappé d'admiration. Sur une hauteur de plus de
\% mètres, la construction primitive est restée intacte; des assises régulières de belles pierres, parfaitement équarries, mais en bossage, c'est-à-dire offrant une bande lisse qui encadre les joints, sont superposées jusqu'à 2 ou 3 mètres du faîte de la muraille. Il suffit d'un seul coup d'œil pour reconnaître que la tradition juive est restée indubitablement vraie. Un mur semblable n'a été construit ni par des Grecs ni par des Romains. C'est évidemment là un échantillon de l'architecture hébraïque. Dans les assises inférieures, les pierres sont assez régulièrement d'une largeur double de leur hauteur; parfois, cependant, des blocs carrés se trouvent juxtaposés entre les blocs à grande largeur. Les quatre dernières, assises sont formées de blocs carrés, sauf l'avant-dernière, qui est composée de blocs trois fois plus longs que hauts. A mesure que les assises s'élèvent au-dessus du sol, les dimensions des blocs diminuent. Enfin chaque assise est en retraite de 5 centimètres sur l'assise précédente, et ces retraites successives constituent, on le voit, un fruit considérable pour la muraille salomo-
nienne Quelques-uns des blocs de la muraille
ont une saillie très-considérable en bossage , en dehors du plan dans lequel est compris le cadre de jointoiement. J'ai mesuré deux de ces blocs qui n'ont pas moins de 5n\28 et 7 "',25 de longueur sur 1 mètre de hauteur. On peut juger, par là , de l'énormité de l'appareil salomonicn.,,. . L'angle du mur est formé
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d'assises salomoniennes en très-bon état, et en retraite de 0m,05 les unes sur les autres. Là encore les pierres sont en bossage, c'est-à-dire encadrées chacune par un cordon piqué de 0m,10 de largeur. Quelques-unes de ces pierres atteignent des dimensions incroyables; ainsi l'une d'elles a une longueur de 9m,35 sur plus de 1 mètre de hauteur : qui sait de combien elle pénètre dans la maçonnerie !? »
Ce soubassement du temple de Salomon a, comme on voit, une extrême analogie avec les plates-formes de Persépolis, d'Istarkr et de Passargade. L'appareil t de cette dernière plate-forme est en quelque sorte identique avec l'appareil des substructions du temple de Jérusalem. Il se compose, en effet, d'énormes blocs de pierre disposés régulièrement , taillés en bossage, et dont les assises supérieures sont en retraite sur les assises inférieures '2.
Ces constructions occupaient des armées d'ouvriers. La Bible nous apprend que quatre-vingt mille hommes s'étaient rendus dans la montagne pour en extraire la pierre et la tailler, et que soixante-dix mille manœuvres portaient les fardeaux. Les personnes qui avaient l'intendance ou la conduite de chaque ouvrage, et que nous appellerions l'agence des travaux, étaient au nombre de trois mille six cents. Ces nom-
1 De Saulcy, Voyage autour de la mer Morle, etc., t. I, p. 190. 1 Ce même appareil se retrouve dans le soubassement de la lanterne de Démosthène, à Athènes et à l'enceinte d'Assos.
bres nous semblent se ressentir un peu de l'exagération orientale, surtout si on les compare aux trois mille ouvriers et à leurs douze ou quinze conducteurs, suffisant, au moment où nous écrivons, à ces travaux d'achèvement du Louvre, qui ont dix fois l'importance du temple de Salomon.
Outre ces légions de tailleurs de pierre et de manœuvres, une troisième armée, composée de bûcherons et de charpentiers, était occupée, avec l'autorisation d'Hiram, roi de Tyr, avec lequel Salomon avait fait un traité d'alliance, à couper, dans le Liban, sous la direction des Sydoniens, les meilleurs tailleurs de bois, les bois de cèdre et de pin nécessaires à la construction du temple.
Ces ouvriers étaient au nombre de trente mille, qui se rendaient tour à tour dans le Liban, dix mille chaque mois : Adoniran avait l'intendance sur tous ces gens-là *.
' Au sujet de ces abatis de bois de cèdre faits dans le Liban, avec l'autorisation d'Hiram , les historiens profanes sont d'accord avec les livres saints.
Méuandre, qui a traduit en grec les annales de Phénicie, dit, de ce prince, qu'il fit couper beaucoup de bois sur la montagne du Liban, pour l'employer à couvrir des temples. Le roi Hiram paraît, du reste, avoir été essentiellement polythéiste, car, tandis qu'il faisait à Salomon ce magnifique présent de bois de cèdre destiné au temple du dieu des Hébreux, Méuandre nous apprend qu'il consacrait une colonne d'or dans le temple de Jupiter, et qu'il bâtissait des temples à Hercule et à Vénus Astarte.
Dion s'exprime, sur le compte d'Hiram, à peu près dans les mômes termes : « Après !a mort d'Abibal, dit-il, Hiram, son fils et son suc-
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En échange des bois de cèdre de ses forêts et de ses bons offices, Salomon s'engagea à fournir, chaque mois, à Hiram, pour l'entretien de sa maison, vingt mille mesures de froment et vingt mille mesures d'huile très-pure. Vingt mille sacs de froment, autant d'orge, vingt mille barils de vin et vingt mille barriques d'huile furent destinés à la nourriture des ouvriers.
Outre les bois et les ouvriers pour les tailler, Salomon avait demandé à Hiram un homme habile qui sût travailler l'or, l'argent, le cuivre, le fer, qui sût faire des ouvrages de pourpre, d'écarlate et d'hyacinthe, et toutes sortes de ciselures.
Hiram lui envoya un célèbre ouvrier de Tyr, qui portait le même nom que lui , dont le*père était Tyrien et la mère une veuve de la tribu de Nephtali. Hiram travaillait en bronze. Il savait graver toutes sortes de figures et ingénieusement inventer tout ce qui est nécessaire pour toutes sortes d'ouvrages. Hiram fut donc à la fois l'arcbitecte et le décorateur du temple.
La première pierre de l'édifice fut posée 480 ans
ccsseur, fortifia la ville de Tyr du côté de l'Orient, et, pour la joindre au temple de Jupiter Olympien, fit remplir de terre l'espace qui l'en séparait. Il donua une fort grande somme d'or à ce temple, et fit aussi couper quantité de bois sur la montagne du Liban, pour l'employer à de semblables édifices.
(Josèphb, Antiq.y liv. VIII, ch. Il, extraits de Ménandre et de Dion.)
après la sortie des enfants d'Israël de l'Egypte et la quatrième année du règne de Salomon dans le mois de zio, le second de l'année \
Les pierres de la montagne arrivaient à Jérusalem toutes taillées et polies, et on n'avait qu'à les poser, de sorte que l'on n'entendait, dans l'édifice en construction, ni marteau, ni cognée, ni le bruit d'aucun instrument.
Les cèdres et les sapins taillés dans le Liban, dirigés sur le point du littoral phénicien le plus voisin, étaient disposés en radeaux et conduits, par mer, à Joppé, d'où Salomon les faisait transporter à Jérusalem.
La forme du temple, calquée sur celle du tabernacle, était des plus simples. C'était un rectangle de 100 coudées de longueur sur 20 coudées de largeur; ce rectangle était divisé en trois parties, sur sa longueur. La première division, formant le vestibule, avait 20 coudées de long sur 20 de large ; sa hauteur était de 120 coudées2. La seconde division, le temple proprement dit , ou le saint, avait 60 coudées de long sur 20 de large et 30 de haut. La troisième di-
1 Ce fut environ l'an 3000 du monde, le quatre cent quatre-vingthuitième après la sortie de l'Egypte et, pour ajuster les temps de l'histoire sainte avec ceux de la profane, cent quatre-vingts ans après la prise de Troie, deux cent cinquante avant la fondation de Rome, et mille ans devant Jésus-Christ, que Salomon acheva ce merveilleux édifice.
(Bossuet, Discours sur V histoire universelle, 6! époque.)
2 A l'extérieur, ce vestibule, élevé de 120 coudées, c'est-à-dire de 90 coudées de plus que le temple lui-même, rappelle les pylônes des temples égyptiens et les tours placées sur le porche de nos cathédrales.
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vision du temple, dite le saint des saints, placée au fond de l'édifice, avait 20 coudées de haut sur autant de largeur et de profondeur. A l'extérieur du temple, sur ses murailles, ou plutôt appliqués à ses murailles, s'étageaient trois rangs de chambres superposées, soutenues par des poutres qui n'étaient point attachées aux murailles du temple, et par conséquent plantées debout , à quelques coudées de l'édifice. L'étage d'en bas avait 5 coudées de large, l'étage du milieu en avait 6, l'étage supérieur en avait 7. Il fallait donc que le mur extérieur du temple fût en retraite de près de 3 coudées de la base au sommet ou que ces chambres fussent construites en encorbellement. Des bas côtés régnaient tout à l'entour du temple, sans doute sous ces trois rangs de chambres auxquelles on arrivait par un escalier, en forme de vis, de l'invention de Salomon lui-même.
Cette disposition intérieure du temple, cette triple division, et jusqu'à ces chambres placées tout à l'entour qui servaient d'habitation aux prêtres et de dépôt pour les archives, le trésor et les objets sacrés se retrouvent dans le temple de Persépolis, dit le palais de Darius, qui paraîtrait avoir été construit sur le plan du temple de Salomon, mais sur une échelle plus réduite.
Le temple de Salomon était entouré de plusieurs cours ou parvis. L'enceinte la plus voisine du sanctuaire s'appelait le parvis des prêtres; elle était en-
tourée d'un mur de 3 coudées de haut, surmonté de balustres en bois de cèdre. C'est dans cette enceinte qu'étaient placées la mer d'airain, les dix cuves de bronze et, à l'avant du vestibule du temple, les deux colonnes Jachim et Booz. On y entrait par quatre portiques qui regardaient le levant, le couchant, le septentrion et le midi , et auxquels étaient attachées de grandes portes toutes dorées.
La seconde enceinte, ou parvis des Israélites* était carrée et entourée d'un portique formé par une double colonnade en pierre, à peu près dans le style du portique de Saint-Pierre de Rome. Ce parvis renfermait, en arrière de la colonnade, les appartements des lévites, des musiciens et des prêtres gardiens du sanctuaire. Une dernière cour, dite le parvis des gentils, formait une troisième enceinte ; elle avait \ stade de développement sur chaque face, ou 500 coudées. Trois portes seulement donnaient accès dans le troisième parvis, qu'entouraient de hautes murailles. Les chambres des gardes, des gens de service, des cuisiniers, des fournisseurs et des marchands étaient placées tout autour de ce parvis. C'est de là, sans doute, que ces derniers se glissèrent jusque dans le temple, d'où Jésus les chassa.
La décoration intérieure du temple était d'une grande magnificence. Les murailles étaient lambrissées, dans toute leur hauteur, d'ais de cèdre, planchéiées de bois de pin, de façon à ce qu'on ne pût I. 13