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Hauteur, 2 iiU-tres 14 cciil. = G pieds 5 pontes, latrgeur, I — 38— =4— 3 —
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LES CINQ SAINTS
PAR RAPHAËL
Raphaël, mort à Irente-sept an?, a parcouru toute la distance qui, dans les arts, sépare un siècle de l’autre ; sa première gloire fut d’égaler le Pérugin; la dernière, d’être demeuré sans égal parmi les plus grands de ceux qui l’ont suivi. D’autres avaient commencé avant lui à fonder la gloire de la peinture; il en réunit sur lui-même tous les rayons. Soit qu’il ait reçu quelque avantage du commerce et des conseils de Léonard de Vinci, soit que, comme le prétend Vasari, combattu sur ce point par la plupart des autres critiques, il ait profité des exemples de Michel-Ânge, il en profita comme le génie profite de
la vérité, comme Molière disait : a Je prends mon bien partout où je le trouve. » Tout ce qui était beau lui appartenait : tout ce qui était vrai rentrait dans son domaine; et il le saisissait également, soit qu’il l’aperçût pour la première fois dans la nature ou dans les ouvrages de l’art , mais s’appropriant toujours tout ce qui appartenait à la vérité, et rien de ce qui appartenait spécialement au modèle où il l’avait rencontrée; Raphaël, que Vasari dit moUo eccellente in imilare, « trèsexcellent dans la faculté d’imiter,» n’a jamais rien eu qui ne lui fût propre , si ce n’est les défauts de sa première manière, qu’il avait reçus de confiance, comme les donne l’éducation, et qui ne pouvaient venir de luimême. Génie doué de ce bonheur singulier qui fait les hommes uniques, de se trouver, relativement à son art, dans un rapport parfait avec l’état de son temps ; riche de la faculté de tout recueillir, à une éi>oque où tous les germes se développaient avec une incroyable énergie; distingué par la faculté de tout discerner, à une époque où il n’y avait qu’à choisir; le plus rapide de tous dans le mouvement qui précipitait alors les esprits, et le plus ferme, le plus sûr de tous dans cette carrière immense où il ne s’agissait plus en avançant que d’éviter les erreui'S.
Il est d’un grand intérêt de rechercher, dans la multitude des tableaux de Raphaël, l’époque de son talent à laquelle ils appartiennent et ce qu’ils marquent de
LES CINQ SAINTS
ses progrès; mais souvent, la critique, dénuée de tout renseignement précis, n’a pour s’appuyer que l’exameii de l’ouvrage même. Ainsi, le tableau dont je donne ici la description, assez fameux pour avoir mérité un nom spécial, celui des Ciruj Saints, sous lequel il est désigné dans tous les catalogues, et qui de plus a été reproduit par une gravure de Marc-Antoine , nous est arrivé , malgré la tradition qui nous a conservé son nom, sans aucun renseignement sur l'époque et les circonstances de sa composition. L’examen de l’ouvrage donne lieu de penser qu’il appartient à la seconde manière de Raphaël, à cette époque où l’originalité de son génie, entièrement sortie des lisières de l'école, en conservait encore quelques traces. Jésus -Christ, porté sur des nuages peuplés d’anges, au milieu d’une gloire dont ils occupent tous les rayons, est assis les bras levés et étendus sur le monde. A sa droite et à sa gauche, portés sur les mêmes nuages , sont placés la Siiinte Vierge, en acte d’amour, et le Précurseur montrant de la main le Sauveur du monde. Au-dessous, et dans un paysage qui se prolonge derrière eux , saint Paul est d’un côté, 'debout, tenant sur son bras une épée nue; et de l’autre côté, sainte Catherine d’Alexandrie à genoux, appuyée sur la roue, instrument de son mar tyre, les yeux élevés vers la Vierge, semble lui demander de faire accepter au Christ la palme qu’elle a obtenue.
178 ÉCOLE ITALIENNE (HAPHAËL).
Cette composition rappelle celle de la Vierge au Donataire , et d’un grand nombre de tableaux de cette époque. On y retrouve encore un peu de cette symétrie que Raphaël le premier en avait presque entièrement bannie. Les deux figures à droite et à gauche du Christ présentent, dans des attitudes différentes, des lignes parfaitement correspondantes ; les chérubins sont distribués entre les rayons de la gloire avec une singulière régularité; le corps du Christ, sauf un léger mouvement de la partie inférieure vers la droite; est exactement de face, et les deux bras sont placés de la même manière; la partie supérieure , un peu grêle, conserve un peu de la maigreur des anciennes formes de dessin; mais la tête, par sa dignité triste et pleine de bonté, indique à ta fois les douleurs et la récompense du sacrifice, dont, par la situation de ses mains, le Sauveur semble occupé à nous découvrir les marques. Les deux têtes de femmes sont charmantes de pureté et de simplicité ; celle de saint Jean n’a perdu de son caractère sauvage que ce qu’en doit avoir adouci le ciel; et celle de saint Paul est remarquable par la singularité forte de l’expression. On chercherait comment se rattache au reste de la composition cette figure , placée pour ainsi dire en sentinelle, si un mouvement de son pied ne semblait indiquer que Paul se met en marche, au nom du Christ, pour la conquête du monde, auquel le Précurseur vient d’annoncer son maître.