DE VESPASIEX ET DE TITUS
PAR Jl’LES ROMAIN.
Yespasien, en montant sur le trône de Rome, avait laissé à son fils Titus la conduite de la guerre de Judée. Le jeune prince gagna si bien le cœur de tous scs soldats qu’après la prise de Jérusalem ils le saluèrent du nom d’empereur, et voulurent, lorsqu’il quitta la province, l’obliger « à rester avec eux ou à les emmener tous avec lui. » Ces bruyantes acclamations étaient d’ordinaire le signal d’une révolte. On conçut à Rome des soupçons sur la fidélité de Titus ; le diadème qu’il porta en Egypte, dans la cérémonie de la consécration
du bœuf Apis sembla les confirmer. Mais Titus, informé de ces bruits, pressa son voyage, gagna sur un vaisseau marchand le port de Reggio, celui de Pouzzoles, se rendit en toute hâte à Rome, et, se présentant inopinément devant son père, l’aborda avec ces mots pleins de tendresse, de simplicité et de respect : « Me voici, mon père, me voici >. «
Cette fidélité amena entre le père et le fils une union franche et entière : les deux princes triomphèrent ensemble C’était la première fois qu’on voyait le triomphe d’un père et d’un fils réunis; la pompe en fut magnifique; on éleva à Titus un arc de triomphe dont les restes subsistent encore, et Vespasien employa les dépouilles des Juifs à bâtir un temple consacré à la Paix.
Ce fut dans ce temple que l’empereur fit déposer la plus grande partie des tableaux , des statues et des autres ouvrages de Part qui avaient échappé aux troubles civils ; c’était là que se rassemblaient les artistes et les savants de Rome; une foule d’antiquités ont été déterrées sur cet emplacement*.
Le tableau de Jules Romain aurait dignement orné le vestibule de ce temple consacré à la paix et aux arts ; il représente le triomphe même après lequel s’éleva cet
> il ne Ut par là, dit Suétone, ([ue se conformer aux anciens rits de la religion. [In vit. Titi. c. 5.)
> Suétone, làid.
» L’an 7 J, de Jésus-Christ.
* Voyez les notes de Reimar sur Dion Cassius, lxvi, 15, p. 1803.
LE TRIOMPHE DE VESPASIEN ET DE TITUS. <83 édifice. Vespasien et Titus sont sur le même char ; l’attitude des deux triomphateurs semble indiquer leur union ; les deux têtes ont entre elles une ressemblance frappante; seulement celle de Vespasien offre une expression plus calme; Titus paraît animé d’une joie plus vive; les honneurs sont plus nouveaux pour lui; plus Jeune, il en jouit avec plus de transport.
La ügure ailée de la Victoire , jetée dans l’air avec inûnimcnt de souplesse et de grâce, plane au-dessus des triomphateurs qu’elle couronne ; deux écuyers à pied conduisent le char; une captive juive, qu’un guerrier romain retient par les cheveux , le précède et s’avance , la tète baissée , avec l’expression de la douleur. On aperçoit en avant d’elle trois branches du fameux chandelier à sept branches ‘ pris dans le temple do Jérusalem, et le dos de celui qui le porte : deux autres figures, l'une dans le fond, l’autre sur le devant , suivent ce cortège. On découvre dans le lointain le cours du Tibre, la campagne et quelques édifices de Rome.
Celte composition, trop simple peut-être pour la'pompeuse cérémonie d’un triomphe où un peuple de vainqueui 3 venait jouir de l’humiliation d’un peuple de
‘ Ce cband. lier fut déposé dans le temple de la Paix, où il resta jusqu’au sac de Rome par les Vandales (A. G. ioS), qui l'emportèrent à Carthage. (Voyez Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, t. VI, c. 36, p. 386.)
»8i ÉCOLE ITALIENNE (JILES ROMAIN)
captifs, est cependant pleine d’effet, de mouvement et de grandeur. Les plans, disposes avec vérité et avec art, donnent au tableau de l’étendue: les chevaux ne sont point pressés Tim contre l’autre; et quoique leurs formes paraissent un peu lourdes, leur marche ne manque pas de noblesse. Si les têtes des jærsonnages offrent un peu de sécheresse et de monotonie , en revanche les draperies sont attachées , développées , repliées et peintes avec cette facilité large et hardie qui appartient à l’école de Raphaël; les plis en sont grands et harmonieux; les contours n’ont ni dureté, ni manière; rien ne sent le travail et tout annonce la science : une ordonnance simple et claire, une exécution facile et vigoureuse, des contours francs et purs, tels sont les principaux mérites que présente ce tableau , comme pres<iue tous les ouvrages du même maître.
Malheureusement la couleur a poussé , et ne frappe pas de vérité au premier coup-d’œil; on y rencontre ces tons noirs et rouges que les contemporains, les amis même de Jules Romain lui reprochaient déjà < et que te temps a fait encore ressortir.
Ce tableau est peint sur bois.
PROPORTIONS
Huuleur, I mètre 10 cent. ~ :I pieds 7 pouces 1 1 U nés .'i20.
t,argeur, 1 — 63 — = o — » - 1 1 — 4.17
• Vojeï Vasari, Vile de' Pillori, I. X, p. 291, édition de Milan; et Lanzi. Slor. pi//. delV llalia, t. Il, p. 6t, 89.
UNE SAINTE-FAMILLE