LE TRIOMPHE DE L’AMOUR
ün goût bien pur ne présidait pas toujours, dans ces sortes de tableaux, à l’assortiment du sujet avec le genre d’entourage qu’on lui avait choisi. Ainsi, parmi plusieurs ouvrages de peinture qui périront dans l’incendie de l’église des jésuites à Anvers, on citait un Saint- ^ Ignace de Loyola , peint par Rubens , et entouré , couronné de guirlandes de Heurs par Daniel Seghers , l’un des plus célèbres peintres de Heurs de cette époque, et connu sous le nom du Jésuite d'Anvers *. Quelques aubes sujets, tels que des Saintes-Familles, une entre aubes de Rubens, un petit Faiseur de bulles de savon de Teniers, ont pu se placer, sans aucune bizarrerie, au milieu des guirlandes de Daniel Seghers, de Breughel de Velours etc. Cependant le goût demande en général, dans la composition d’un tableau, une unité d’intention qui ne se renconbe pas dans ceux-ci, et à laquelle ne pouvait manquer un esprit aussi réfléchi, aussi profond dans son art que celui du Dominiquin. L’Amour, aux premiers jours de son enfance, eslassissur un char fait à sa taille et à la taille des Jeunes colombes qui l’emportent sur un léger nuage ; au-dessus de sa tête, deux autres enfants ailés répandent sur lui les fleurs qu’ils viennent de cueillir à la guirlande qui les enferme j voilà ce que le Dominiquin a senti qu’il pouvait placer sans inconvenance au milieu de ces
1 Vies des peintres Qamamis, par Descamps; Daniel Seghers, 1. I, p. 393.
tleiirs; et ces fleurs même il les fait participer au sujet (lu tableau, au lieu de les en laisser séparées comme un ornement postiche. La scène est purement allégoricjue : ainsi rien n’a contraint le peintre de soumettre ses personnages aux conditions matérielles qu’est obligé de subir tout être, même mythologique, lors- <iu’il fait partie d’une action épique. L’Amour, mari de Psyché, doit raisonnablement revêtir une taille et des formes déterminées ; mais l’Amour avec son arc et ses flèches, traversant dans les airs un cerceau de fleurs, n’est plus un être assujetti aux lois de la nature; il peu tse montrer sous l’aspect qui convient au peintre ou au poète : peu nous importe la disproportion qui existe entre ces enfants ailés et cette guirlande dont leur main ne peut saisir que tes plus petites fleurs. Ces enfants sont des dieux, et qui peut prononcer sur la stature des dieux? L’.\mour d’Anacréon ne s’est-il pas caché dans un calice de rose?
On a attribue la guirlande, les uns à Seghers qui vint à Rome du temps de Dominiquin , les autres à Nuzzi ■Mario, ditil/ano de’ Fiori, le plus célèbre des peintres de fleurs italiens de cette époque. Les couleurs de Mario ont eu l’inconvénient de passer très-vite , et c’est ce (jui pourrait faire pencher vers cette dernière opinion ; car la guirlande qui environne le Triomphe de l'Amour est assez effacée pour contraster beaucoup avec la fraîcheur des cliairs, singulièrement conservées et peintes
LE TRIOMPHE DE L'AMOl Il.
avec une suavité de teiutes bien remarquable chez le Dominiquin, et qui semble lui avoir été inspirée par ce sujet. Du reste, en attribuant ces fleurs à Mario de’ Fiori, il faudrait supposer qu’il les a peintes assez jeune, car il naquit en 1603, et le Dominiquin quitta Rome en 1620,
l•Hor'OnTloxs.
Hauteur, 18 cenliin. = 1 pied C [lOiiccs » lignes.
Largeur, tO — ■=1 — 2 — (i —