‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 24 sur 89 · LE SILENCE DE LA VIERGE. Î · texte numérisé non relu

LE SILENCE DE LA VIERGE. Î

Os vers semblent faits pour le Christ enfant et pointe tableau du Carrachc. Jésus dort; le calme le plus profond est répandu sur ses traits , dans son attitude, dans tous ses membres; la grâce et la fraîcheur de l’enfance donnentàla figure une douceuret une naïveté parfaites : seulement les proportions sont un peu plus fortes qu’il ne convient à son âge et à la taille de sa mère ; mais cette inexactitude, si souvent reprochée à l’artiste, nt; laisse pas de prêter à l’enfant divin un caractère de grandeur qui se retrouve au plus haut degré dans l’expression de la tête : cette expression , véritablement imposante, semble indiquer, comme le dit le poète , que dans ses rêves il s’occupe de pensées au-dessus de son âge; et cette seule indication, réveillant en nous le souvenir de la vie entière du Christ, de ses mœurs si graves et si douces, de ses préceptes si profonds et si simples, nous fait ajouterai! charme du tableau tout le charme de cette auguste histoire.

La Vierge est ici d’une beauté qui se fai t ad mirer même à côté des Vierges de Raphaël. Elle n’a peut-être pas autant de naïveté que la Belle jardinière, ni autant de grâce que la Madonna délia Sedia; mais son expression est pleine de sérénité et de douceur , et son action est parfaitement d’accord avec cette expression; elle n’écarte pas le petit saint Jean qui touche la jambe de Jésus et va troubler son sommeil ; elle se contente de lui faire signe de se tenir tranquille, en mettant le doigt

2J» ËCOLE lTALIE^NE (ANNIBAL CARRACHE}.

siu' la bouche ; elle semble craindre de remuer ellemême. Quant au petit saint Jean , c’est une des plus cbannantes Ogures qui aient jamais été peintes ; finesse, naturel, gi'âce enfantine, tout s’y trouve; il a grande envie de loucher le petit Jésus : il regarde la Vierge avecune attention inquiète, comme pour savoir jusqn’où i* peut aller et si la défense est bien positive. Cependant il se soumet, il n’avance plu»; mais il reste où il était lorsque Marie lui a fait signe ; il ne se retire pas encore. Peu d’artistes ont réussi aussi bien à réunir dan» une tête d’enfant tous les petits sentiments vifs, malins' et cependant timides, qui se combinent à cet âge avec tant de facilité, de promptitude et de naïveté.

Annibal Carraefae a traité fort souvent des sujets de ce genre, composés des mêmes personnages : on les retrouve dans trois gravures de sa main, deux à l’eau forte et la troisième au burin ‘.

PROPORTIONS

Hauteiu:, 36 cenUm. =: 1 pied 1 pouœ 3 lig. 38S.

Largeur, 44 — =1—4 — 3 — 48.

1 Betlori, Vile de' pitteri, 88>

LA NATIVITÉ

PAR ANNIBAL GARRACHE.

On a peine à comprendre, surtout en considérant ce tableau, comment il est possible que Mengs ait refusé à Annibal Carrache la réflexion philosophique (riflessioM filosofica). La réflexion fut précisément le caractère de l’école des Carrache ; c’était en appliquant à leur art les vues de l’esprit et les préceptes de la raison qu’ils avaient su le ramener à la nature écartée par des préjugés d’école. Ce fut dans les sentiments réfléchis, dans les émotions intérieures de l’âme qu’ils cherchèrent la source de cette expression pure et sage, opposée par eux avec tant de succès à l’exagération des imitateurs mal-

iü ÉCOLE ITALIENNE (ANNIBAL CARRACHE).

adroits de Michel-Ange. Sans doute, entrés tous les trois dans la même voie, ils la suivirent avec des facultés diverses. L’expression est jieut-étre plus pénétrante dans les tableaux de Louis Carrache, et la conception plus ingénieuse dans ceux d’Augustin, qu’Annibal a surpassés tous les deux pour la pureté du style et la grâce des formes. Mais prcsiiue toutes les productions de ces trois grands maîtres contiennent une profonde pensée; l’attention s'y arrête d’abord, involontairement saisie par le naturel et l’a|)parente simplicité de l’expression; celle simplicité est celle de la richesse ; elle révèle l’ordre et invite la réflexion à pénétrer dans les trésors de vérité qui se déploient devant elle à mesure qu’elle [lénètrect s’enfonce plus avant.

Ici le premier effet est celui d’un grand mouvement, effet assez rare chez les Carrache; ils ne font guère entrer d’ordinaire dans leurs tableaux plus d’une douzaine de figures; mais ici il s’agissait de représenter un événement pour ainsi dire universel. Le Christ vient de naître; tout s’est ému sur la terre et dans le ciel; le firmament s’est ouvert, et sur les nuées peuplées de chérubins se montrent à nous les chœurs des auges {minslrehy of heaven). Les uns, revêtus des formes de l’adolescence, célèbrent jtar des hymnes et au son des instruments la venue du Rédempteur; des voix d’anges enfants les accompagnent; et l’un d’eux, au milieu du tableau, élève une banderole sur laquelle se lisent en

LA NATIVITÉ

lettres d’or les paroles triomphales : Gloria in excelsis. Au-dessous, quelques autres se balancent sur leurs ailes, parfumant d’une pluie de fleurs le groupe terrestre auquel se sont unis d’autres anges qui complètent ainsi la chaîne d’actions de grâces que vient de former, entre le ciel et la terre, le grand avènement du fils de l’homme. Le groupe inférieur se compose de trois bergers, de la Vierge, de saint Joseph et de trois anges, tous agenouillés autour de l’Enfant, qui, couché au milieu d’eux sur la paille de la crèche, y forme comme un point lumineux où viennent se confondre les regards et les sentiments des divers personnages.

Cette belle composition est remarquable à la fois par la richesse et l'harmonie, l’unité et la variété. Le groupe d’en haut, d’une ordonnance presque symétrique, composé d’êtres de la même nature, du même âge, du même sexe, tous charmants, tous animés du même sentiment, offre surtout un exemple frappant de l’art de disposer et d’accorder les lignes sans confusion et sans monotonie, et du talent de diversifier les formes et le caractère de la beauté ; sur leurs physionomies, variées comme leurs traits, règne cependant une même expression d’amour et de désintéressementcéleste, de joie <8flna étonnementet sans aucun mouvement qui paraisse les faire sortir de leur état habituel. On ne saurait dire si ce moment n’est pas semblable à tous ceux de leur existence.

m ÉCOLE ITALIENME (ANNIBAL CARRACHE).

Chez les bergers, l’attendrissement, la surprise, l’admiration se manifestent avec une vivacité qui les distingue parfaitement des anges mêlés avec eux. La ligure de l’enfant est intelligente et majestueuse ; et au milieu du groupe, la Vierge, les mains sur la poitrine, l’âme élevée vers le ciel et les yeux sur son enfant, paraît remplie d’un sentiment qui n’appartient qu’à elle, comme à elle seule appartient la dignité des hautes destinées auxquelles elle va sé dévouer avec la plus profonde tendresse d’une mère.

PROPORTIONS

Hauteur, 1 mètre 2 ccntim. 9 mill. = 3 pieds 2 pouces. Largeur, » — 83 — 9 — zzi — 7 —

LE GORRÈGE

^LLEGRÏ , AstosiO/ né à Corregio en mort à Corregio en 1531.1

!• LE MARIAGE DE SAINTE CATHERINE IV AI.EXANDUIE. io SAINT JÉROME.

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