ÉCOLE ITALIENNE (ANDRÉ DEL SARTO
tés nationales, et François I*' en particulier se plaisait à prodiguer aux grands hommes de tous les pays les témoignages de son estime. André del Sarto en fut comblé; appelé vers l’an 1518 à Paris, où il était déjà connu par plusieurs tableaux qu’il y avait envoyés, il y lit d’abord le portrait du dauphin qui venait de naître ; il y peignit ensuite cette Charité qui, en ajoutant à sa réputation, lui valut de nouvelles faveurs du monarque Ce tableau était peint sur bois , comme tous ceux d’André; les vers ne tardèrent pas à s’y mettre ainsi qu’à celui du dauphin. Picault essaya de transporter celui-ci sur toile, et cet essai réussit si bien que la même opération fut faite sur la Charité, que l’on exposa en 1750 dans la galerie du Luxembourg , et qui, ainsi conservée, a passé du cabinet du roi dans le Musée royal.
Lomazzo regarde ce tableau comme un des chefsd’œuvre de ce maître : le sujet convenait à son génie, naturellement simple, doux et sensible; la manière dont il l’a conçu est d’accord avec ce que nous savons du caractère de ce génie. Une grande et belle femme assise, vêtue de draperies rouges et bleues, tient dans ses bras deux enfants nus; elle donne à téter à l’un, et le second lui montre avec une joie enfantine des noisettes qu’il vient de ramasser à ses pieds; un troisième
‘ Voyez Vasari, Vite de’PiW., t. DC, p. 63, éd. de Milan, I8t0, et Lomauo, TraUato éeUa'pUtwa, Uv. U, c. IS.
LA CHARITË.
«nfant repose à côté d’elle, endormi sur un des pans de sa robe. La Charité ne le regarde pas; mais le doux recueillement de sæ regards annonce qu’elle jouit profondément du bien qu’elle leur fait : il y a dans cette expression quelque chose de fort remarquable; le peintre n’y a point mis la tendresse d’une mère heureuse au milieu de ses enfants ; une sorte de gravite religieuse semble indiquer que la Charité remplit un devoir, et l’air de méditation, qui s'allie dans ses traits au sentiment de satisfaction que donne un devoir rempli, fait croire qu’elle réfléchit à d’autres devoirs du même genre, à d’autres enfants qui ont besoin d’elle comme ceux qu’elle soulage, et aux moyens par lesquels elle pourra étendre sur eux sa bienfaisante influence. De là résulte, dans cette figure, une dignité sérieuse et calme qui, en complétant l’idée de la Charité, ajoute beaucoup à ce que son action a de touchant. On voit qu’André del Sarto a cherché à rendre , non-seulement celte action, mais le caractère tout entier de la Charité religieuse : la personnification ne montre qu’une femme nourrissant et soignant trois enfants; l’imagination du peintre a vu davantage : elle a saisi tous les sentiments qui devaient occuper une âme vouée au pieux exercice d’un devoir sans bornes, et il a voulu que l’expression de la figure, destinée à représenter, non une femme charitable, mais la Charité personniflée, en rappelât le souvenir. 11 y a réussi par le seul effet de l’expression,