LA MORT DE LA VIERGE
.PAR MICH£L-.U)G£ AMERIGHI, dit LE CARAVAGE.
Un talent original et vrai fait pardonner bien des défauts; le Caravage en est une preuve. Né en 1569, à Caravaggio, en Lombardie, fils d’un maçon, et d’abord manœuvre lui-même, l’impulsion qui le poussait vers la peinture triompha des obstacles que lui opposaient la misère, le manque de temps et de leçons ; il se rendit à Venise, de là à Rome, travailla dans l’atelier de plusieurs peintres, entre autres dans celui du cavalier Joseph d’Arpino, ditle Josepin, devint bientôt célèbre, forma une école connue en Italie sous le nom d’école de’ Naluralisti, influa sur le talent de
deux des plus grands peintres de son temps, le Guerchin elle Guide, et aurait pu jouir longtemps d’une gloire heureuse si un caractère violent, prodigue et déréglé ne l’avait empêché d’en recueillir paisiblement les fruits ; forcé presque toujours de quitter en fugitif les villes où il s’était fixé, il s’éloigna de Rome où il avait tué un de ses amis à la suite d’une querelle de jeu, alla à Naples et de là à Malte, où il désirait obtenir la croix, l’obtint après avoir fait le portrait du grand-maître de l’ordre, Alphonse de Vignacourt', et un beau tableau représentant la décollation de saint Jean-Baptiste, se querella de nouveau avec un chevalier, fut mis en prison, s’en échappa , passa en Sicile, et de là en Italie, où à peine débarqué il fut arrêté par une garde espagnole qui le prit pour un autre prévenu ; relâché peu après, mais ne pouvant rejoindre la felouque où étaient restés ses habits et tous ses effets, il erra désespéré sur le rivage, par un soleil ardent, fut saisi d’une fièvre maligne, et mourut à Porto-Ercole, en 1609 j année funeste à la peinture.
’ Ce portrait est maintenant au musée Royal.
On lit dans Bellori, qu’outre la croix et une chaîne d'or, le Gi-and- Maltre donna au Giravage deux esclaves. On sait qu'il y avait à Malte un marché public où se vendaient comme esclaves les prisonniers que les chevaliers avaient faits sur les Musulmans. Combattre |es InOdéles était le devoir, les vendre était le proOl. (Dellori, Vite de' Pitloii, etc., p. ÎOO.)