EMPORTANT LA TÈTE D’HOLOPHERNF
PAR CHRISTOPHE ALLORt.
Christophe Allori , né à Florence en 1577 , et mort en 1619, était fils d’Alexandre Allori, et reçut de son père les premières leçons de son art. Mais Alexandre Allori, élève du Bronzino, appartenait à cette école qui, après la mort de Michel-Ange, semblait s’êfre vouée à l’imitation des ouvrages et du style de ce grand maître ; il était fort savant en anatomie, avait de la verve, de l’expression, et manquait de souplesse, d’harmonie et de couleur. A l’époque où son fils Christophe commençait à pouvoir juger par lui-même, et chercher une manière qui lui fût propre , une révolution se déclarait dans l'école florentine. Louis Cigoli, Crégoire Pagani, et Dominique de
S62 ÉCOLE ITALIENNE (CH. ALLORl).
Passignani avaient vu quelques tableaux du Baroccio, ce riche et suave empâtement de couleurs , ce faire moelleux les avaient charmés ; ils se mirent à étudier dans les ouvrages de ce peintre , et plus encore dans ceux du Corrège, la science du coloris et du clairobscur, et abandonnèrent pour cette séduisante manière la vigueur un peu sèche des successeurs de Michel- Ange. a S’ils se fussent Appliqués , dit Lanzi , à donner aux formes quelque chose de l’élégance grecque, et un peu plus de finesse aux expressions , la réforme de la peinture, qui eut lieu en Italie vers cette même époque, appartiendrait à Florence autant qu’à Bologne. » Christophe Âllori se rangea du parti des réformateurs, et fut peut être le plus distingué de tous. «Quand je considère, dit Lanzi, la perfection à laquelle il parvint dans une vie assez courte, il me paraît le Cantarini de son école. 11 lui ressemble par la beauté, la grâce, le fini des peintures; seulement, dans les ouvrages du Cantarini, il y plus de beau idéal, et dans ceux de Cliristophe Allori , la couleur des chairs est plus heureuse. Ce qui le rend encore plus remarquable , c’est qu’il ne connut ni les Carrache, ni le Guide; il suppléa à tout par un discernement plein de délicatesse et par l’application la plus opiniâtre ; jamais son pinceau ne quittait la toile tant que sa main n’avait
' Lami, Stor. piu. deW ItaU, l. I, p. 227.