‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 37 sur 89 · LA MAGICIENNE CIRCÉ · texte numérisé non relu

LA MAGICIENNE CIRCÉ

■le donner à ses figures quelque chose de moins robuste et de plus léger, de varier davantage les têtes, d’en rendre l’expression plus fine : ce fut sa troisième manière. On avait appliqué aux deux artistes ce mot d'un ancien que les figures de l’un étaient nourries de chair, et celles de l'autre de roses : le Guerchin voulut essayer de mettre quelques roses dans ses chairs. Ce changement, a-t-on dit, arriva à la mort du Guide, o quand « le Guerchin quitta Cento pour aller s’établir à Boo logne, où il espérait alors tenir le premier rang ; mais « plusieurs tableaux peints dans ce style, pendant que « le Guide vivait encore, réfutent pleinement cette « opinion. On dit même que le Guide remarqua cette « révolution dans le talent du Guerchin, et qu’il s’en « vantail en disant que celui-ci cherchait à se rappro- « cher de sa manière, tandis qu’il faisait, lui, tout ce « qu’il pouvait pour s’éloigner de la sienne ’. »

Je serais tenté d’attribuer la Circé au temps de cette troisième manière; aucun sujet ne se prêtait davantage à la magie du Guerchin que le portrait de cette magicienne; il pouvait la faire belle d’une beauté chaude et forte, l’entourer de cette lumière moitié sombre, moitié ardente, dont leCaravage et lui ont si bien connu les secrets; il pouvait donner à la tète un caractère énergique . Circé tient sa dangereuse ba-

‘ Laïui, Stor. pitl. dell. liai., t. V p. 128.

guette et porte un vase rempli de poisons; son livre mystérieux est à côté d’elle : notre imagination est disposée à supposer là des passions, du clair-obscur, une puissance irritée qui va produire d’effrayants sortilèges. Le Guerchin n’a cherché que la gràrc: sa Circé est plus séduisante qu’entraînée; son expression est douce et calme ; elle porte sa baguette et ses poisons comme elle porterait une baguette insignifiante, un vase ordinaire: on dit qu’elle prépare un meurtre, mais rien ne l’annonce ; et la tête est charmante sans que rien y indique une femme plus passionnée ou plus redoutable qu’une autre.

Le costume est celui des femmes sarmates, conformément à une tradition de l’antiqnité qui dit que Circé avait épousé un roi sarmate et qu’elle l’empoisonna. Il est probable que cette prétendue Sarmatie était la Colchide, ou quelque pays situé sur les rives de lamer Noire, contrée où les anciens ont placé longtemps les magiciennes et la magie

PROPORTIONS

Haateur, i mètre 13 centim. = 3 pieds 6 pouces 3 lign. 780.

Largeur, » — 93 — =2 — 4 — 4 — 263.

I Voyez Mythologie der Grieehen von M. G. Herrmann, t. II, p. 676.

CHRISTOPHE i\LLORI

Ne à Florence en 15T7 ; mon à Florence en 1619.

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