ÉCOLE ITALIEMNE (PAUL VÉRONÈSE
« abondance de fruits magnifiques. D’autres seront O empressés à leur offrir, dans jdes cristaux transparents « et descoupes brillautes d’or, des liqueurs précieuses, a pour montrer le zèle des esprits bienheureux à « servir leur Dieu. » Ailleurs ce sera Jésus enfant, endormi par le concert des anges ; ou bien, comme dans un tableau décrit par lui-même, et qu’il a, dit-il exécuté pour sa propre maison , on verra, autour du Sauveur et parmi les groupes des anges, les étoiles, le soleil, la lune, couvrant la terre des fruits de toutes les saisons*.
Cette magnificence d’imaginafion, qui se fait remarquer dans toutes les compositions de Paul Véronèse, fut pour ses contemporains un grand sujet d’admiration et d’éloges. Dans une pièce de vers deZuecari, un voit la Peinture exprimer sa reconnaissance envers ce grand peintre qui lui « a mis au cou dit-elle, un collier des plus riches pierreries de l’Orient, et un grand pendant de blanches perles » :
E di candide perle un gran pendente.
Mais, dirigée par un goût plus pur et plus élevé que celui qui a dicté les éloges de Zuccari, la magnificence de Paul Véronèse fut toujours de la dignité. Ces vases brillants, ces vêtements somptueux, ces édifices superbes dont il a décoré la plupart de ses tableaux, ne sont
• Ridolll, Maraviglie deW arte. Pan. 1, p. 307 Veaezia, 1048.
INE SAINTE-FAMILLE
pour lui que les accessoires indispensables d’une idée; la grandeur de son génie est beaucoup plus encore dans l’espace qu’il embrasse et dans le sujet qu’il conçoit, que dans la manière dont il le remplit ; et cette grandeur s’augmente singulièrement du peu qu’elle lui a coûté. Il semble en effet que, pour prodiguer tant de richesses, il n’ait eu qu’à les concevoir par la IMjnsée, tant elles s’ordonnent facilement et naturellement dans sa composition, tant elles se produisent rapidement sous son pinceau, tant l’harmonie de toutes ces parties si nombreuses, si brillantes, si hardies, semble attester un seul jet, comme elle saisit en un seul coup-d’œil. Un bonheur si particulier est un de ces dons de la nature, une de ces propriétés du génie (jui ne se transmettent point ; et l’on peut dire avec Zannetti que «quiconque n’est pas sûr que son génie « soit sorti de la même étoile que celui de Paul, ne M doit pas SC risfjueràimitersa manière.i»
llcslinéc surtout à produire d’admirables effets dans les grands tableaux et les vastes perspectives, celte manière de Paul Véronèse a su cependant s’approprier aussi à des ouvrages de moindre dimension, où sa hardiesse parait d’autant plus étonnante qu’elle s’ai>jilique à des objets qui sembleraient ne pouvoir être rendus que par une grande finesse de pinceau. On
t Mla Pitlura Veneziaiia, p. IGi.