‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 6 sur 89 · B" LA SAINTE-FAMILLE DE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

B" LA SAINTE-FAMILLE DE FRANÇOIS

6" LES CINQ SAINTS

PORTRAIT DE LÉON X

PAR RAPHAËL

Beaucoup d'hommes obscurs ont vu leurs traits immortalisés par de grands peintres; les peintres au contraire ont cm souvent pouvoir prêter aux hommes célèbres les traits qui leur paraissaient plus conformes à l’idée morale qu’ils se faisaient du modèle. Les images du Dante, de Boccace, et de plusieurs autres, ne nous sont pas toujours arrivées exemptes de celte espèce de falsification. Il n’en est pas ainsi du portrait de Léon X ; non-seulement Raphaël le rendit avec fidélité dans des tableaux spéciaux, mais il le reproduisit encore dans plusieurs de ses ouvrages, tels que le couronnement

de Charlemagne , où il a donné au pape Leon III les traits de Léon X; ce qui fait que Vasari a pris ce tableau pour un couronnement de François I".

De tous les portraits de Léon X , celui-ci est le plus célèbre comme le plus parfait. Sa ressemblance parut si frappante aux contemporains qu'on renouvela à cette occasion l’anecdote racontée au sujet du portrait de Paul III par Le Titien; ce portrait ayant été , à ce qu’on prétend , placé , pendant qu’on le vernissait, sur une terrasse au soleil, les passants s’inclinaient, croyant saluer le pape. Qu’il en soit ou non arrivé autant au tableau de Raphaël , il est aisé d’y saisir les caractères de la vie et de la vérité individuelle; on y trouve de quoi répondre parfaitement à l’idée qu’on a dù se former de Léon X, homme d’esprit, de goût et de plaisir, protecteur aimable et magnifique des arts, plutôt que chef habile de la chrétienté. Le pape est assis devant une table sur laquelle est placé un livre. Debout à sa droite, et non moins ressemblant, est le cardinal Jules de Médicis (depuis Clément VII), qui paraît attendre quelques ordres; derrière le pape, 1« cardinal Rossi s’appuie sur le dos de sa chaise ; cette chaise, les vêtements, les ornements pontificaux, ont été, comme les figures, le sujet d’une admiration qui place cet ouvrage au rang des chefs-d’œuvre de Raphaël. Sa célébrité s’est accrue par le fait singulier auquel il a donné lieu. Quatre ou cinq ans après la mort de

PORTRAIT DE LÉON X

Raphaël, Frédéric, duc de Mantoue, ayant tu à Florence, dans le palais des ducs, ce portrait de Léon X, le demanda à Clément Vil, alors chef de la famille, qui s'empressa de le lui accorder, et qui écrivit en conséquence à Octavien-le-Magnifique , tuteur des jeunes Médicis, Alexandre et Hippolyte. Vivement affligé de l’ordre qu’il recevait, Octavien résolut de l’éluder, et, feignant de prendre le temps nécessaire pour faire faire un plus beau cadre, il fit refaire dans cet intervalle le tableau même par André del Sarto, qui le copia si parfaitement que, lorsque celle copie fut envoyée à Mantoue, à la place de l’original que l’on eut soin de cacher, Jules Romain, alors peintre et ingénieur du duc, et qui avait travaillé à l’original sous les yeux de son maître Raphaël, n’eut pas le moindre soupçon de l’échange, et crut y reconnaître les traits de son propre pinceau. Il ne fut détrompé que plusieurs années après, lorsque Vasari, qui, en qualité d’élève d’André del Sarto, avait été témoin du fait, le lui apprit, et, pour l’en convaincre, lui fit voir le nom du peintre écrit sur l’épaisseur du tableau. Cette précieuse copie passa à Naples, avec la galerie des ducs de Parme. Le cardinal Bottari, qui l’y vit vers le milieu du dernier siècle, bien qu’il atteste l’inconcevable ressemblance des deux tableaux, fut tenté, ainsi que quelques autres amateurs, de donner la préférence à la copie, qui non-seulement avait conservé une plus parfaite fraîcheur, mais dont

les couleurs lui parurent encore mieux empâtées cf traitées d’une manière plus délicate {morbkia). Celte préférence pourrait s’expliquer par le reproche fait à Raphaël d’avoir un peu moins soigné cette partie de son travail dans ses derniers ouvrages, sous Léon X, que dans ceux qu’il avait entrepris par les ordres de Jules II, si d’ailleurs ce portrait de Léon X n’était particulièrement remarquable par la beauté supérieure du coloris.

Ce tableau est peint sur bois.

PROPORTIONS

Himleur, 1 mètre 58 centimètres. = 4 pieds 10 pouces.

Largeur, 1 — 20 — =3—8 —

LA

VIERGE AU DOXATAIRE

OJ

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