‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 63 sur 89 · Î ÉCOLE ITALIENNE (PIERRE DE CORTONE · texte numérisé non relu

Î ÉCOLE ITALIENNE (PIERRE DE CORTONE

« Raphaël est la composition expressive....: la seconde a s’applique seulement à l’effet, et met sa princii)ale « attention à remplir agréablement de figures un a grand tableau. » Lanfranc a été l’inventeur de ce genre; Pierre de Cortone en a été le maître*; il passa en France vers la fin du dix-septième siècle, avec l’exagération que portent les imitateurs dans les défauts de leur modèle. Des poses théâtrales, des expressions tout extérieures, des compositions tout à l’effet, tels sont les défauts qu’on remarque particulièrement dans les tableaux de Jouvenet. Pierre de Cortone leur avait donné la vogue ; mais par combien de beautés ne sontils pas dissimulés dans ses tableaux, dans ses fresques dans ses plafonds surtout! «Cette exacte distribution « qu’à l’aide de l’architecture il sait faire.des diffé- « rentes parties de sa composition, cette gradation O pleine d’art au moyen de laquelle, par-delà les « nuages, il nous révèle l’immensité des espaces « aériens, cette entière possession de toutes les faces « de l’objet du dessous ( quel possesso del sotio in sû ), « ce jeu d’une lumière presque céleste , cette disposi- « tion symétrique des figures, est quelque chose « qui enchante l’œil et enlève l’esprit hors de lui- « même ‘. » On retrouve une partie de ces effets dans son beau tableau de Sainte Martine; celui dont je

t Lanzi, t. II, p. 273.

FAUSTüLUS APPORTANT RÉMUS ET ROMULÜS. 3î3

m’occupe ici ne prêtait qu’à une composition pleine de grâce et d’aménité. Faustulus, pasteur des troupeaux d’Amulius, apporte à sa femme un des fils de Rhéa qu’il vient de trouver allaités par une louve qui leur sert de nourrice. U le porte d’une main dans un vêtement , tandis que de l’autre main il indique le second enfant, qu’on ‘aperçoit de loin sur les bords du Tibre, tettant l’animal qui le caresse, entre deux bergers occupés à considérer ce prodige. Laurentia, femme de Faustulus, vient de quitter le panier de Jonc qu’elle tressait, et s’avance sur son siège, les mains étendues pour recevoir l’enfant qu’elle accueille avec ce sourire presque maternel que fait naître, sur les lèvres de toute femme élevée dans les habitudes de la nature , la vue d’un enfant nouveau-né. Son fils, âgé d’environ trois ou quatre ans, crie et lève la main pour s’emparer de celui qu’il regarde déjà comme le compagnon de ses jeux. Derrière Laurentia, une jeune fille de treize à quatorze ans s’avance pour considérer avec la joie de son âge le nouvel hôte qui va égayer l’intérieur de la famille; un toit de roseaux mal en ordre, soutenu sur une charpente grossière , forme au-dessus de leur tête un abri plutôt qu’un logement; un bel arbre l’ombrage , et sur ce toit reposent deux colombes ; des fieurs sur le devant paraissent cultivées avec un soin rustique. Le vêtement simple delà femme n’annonce point la pauvreté; on voit une rose dans les cheveux de la jeune fille. L’impression

3îi ÉCOLE ITALIENNE (PIERRE DE CORTONE).

de ce tableau est douce et en Iiamionie avec le sujet. Il ne demandait point ces expressions pcnêtiantes et réflccliies qui ont manqué à Pierre de Cortone; les formes un peu robustes qu’il a particulièrement affectionnées conviennent ici à l’état des personnages. Celle belle campagne, ce beau ciel de Rome appelaient toute la magie de sa couleur ; et il semble (juc la simplicité de l’action lui ait fait oublier tout nrliflee; on n’y voit point de ces figures inutiles que Lanzi lui reproche d’avoir employées pour arrondir l’ensemble de sa composition, ni de ces figures que l’action la plus pacifique n’empêcbe pas de se montrer en attitude de lutte ou de bataille '. Ce n’est certainement pas dans ce joli tableau que ses imitateurs auront pris l’exemple de l’exagération ; mais le grand inconvénient d’un exemple trop séduisant est moins dans ce qu’il apprend que dans ce qu’il fait oublier. Les succès de Pierre de Cortone avaient eu tant d’éclat que le soin d’obtenir de pareils effets détourna du soin d’étudier la nature, fit dédaigner la modeste imitation de Raphaël, et jeta les peintres dans une habitude de fracas qui leur parut avantageuse pour voiler souvent l’insuffisance de la science et du talent. Enivrés des facilités que leur présentait un tel genre, ils oubliaient que la facilité de Pierre de Cortone lui servait aussi à ne pas craindre

* Lanzi, t. Il, p. 374.

FAUSTliLUS APPORTANT RÉMUS ET ROMÜLUS. 325 de se corriger lui-même, et que, suivant son admira-

teur Baldinucci, il lui arrivait souvent « d'effacer ces « nobles ouvrages jusqu’à ce qu’il les eût rendus « exempts de ce qui choquait l’extrême délicatesse de « son goût »

PROPORTIOSS.

Hauteur, 2 luètres oi cent, rr 7 pieds 8 pouces 6 lignes.

Largeur, 2 — 65 — =:8 — 3 — • —

< Baldinucci, NolUie de' profes$ori del dhegno, 1 . 1, p. lOG.

GENMRI

GENNARI, Césab , né à Cento en 1041 ; mort à Bologne en 1688.

LA MADELEINE AU DÉSERT

LA MADELEINE AU DÉSERT

PAR GEXNARl.

Un grand artiste ne se perpétue pas simplement dans ses propres œuvres ; autour de lui se rassemblent presque toujours des hommes capables de recevoir son inspiration, de se pénétrer de son esprit. Ils ne sont pas uniquement ni al)Solument copistes du maître ; ils n’apportent pas, il est vrai , à son école ce génie original que les leçons peuvent seulement développer et diriger ; mais ils ne se bornent pas non plus à une adôption sans discernement des préceptes qui leur sont enseignés, à une imitation servile des modèles qui leur sont offeris. Doués d’une nature capable de

330 ECOLE ITALIENNE (GENNARlj.

recevoir l’impulsion qu’ils n’auraient pas su sc donner eux-mêmes, ils suivent avec exactitude, bien qu’avec choix, celle à laquelle ils se sont livrés ; et sans agrandir beaucoup leur école, qui ne compte guère au nombre de ses richesses que les génies originaux qui ont consenti à recevoir son empreinte, ils forment un noble cortège à leur maître, dont ils augmentent la gloire en rattachant à un pins grand nombre d’ouvrages distingués sa manière, son nom, et son souvenir.

Telle fut pour le Guerchin toute la famille des Gennari;- élève d’abord, puis émule, puis guide de Benoit Gennari, il le conduisit sur ses traces à la recherche de ces grands {a-incipes de la peinture que le Guerchin a saisis avec tant de bonheur. Hercule Gennari, fils de Benoît, épousa la sœur du Guerchin, et parait avoir réussi surtout à copier les tableaux de son beau-frère. Mais Benoît et Gésai', tous deux fils d’Hercule, habiles et laborieux copistes des ouvrages de leur oncle, furent en même temps les imitateurs heureux et assidus de sa manière. Gependant Benoit , encore plus disposé que son frère, à ce qu’il parait, à se pénétrer facilement des divers styles qu’il voulait étudier, après un long séjour en Angleterre, rapporta en Italie le fini, l’exactitude, et toutes les qualités d’un peintre du nord. Cette nouveauté lui valut une grande vogue, surtout pour le portrait, auquel alors il s’attacha particulièrement.

LA MADELEINE AU DÉSERT. 334

César, pins fidèle à ses premiers errements, demeura toute sa \ie la créature du génie de son oncle, le répétant pentrêtre même un peu trop, jusque dans les traits de ses figures, et laissant seulement à désirer i|uelquefois ce que ne peut donner aucun maître ni aucun modèle, cette chaleur de verve qui n’est accordée qu’au génie original , et qui fut un des grands caractères du Guerchin : les Gennari n’ont pas même pu toujours parvenir à reproduire la vigueur de leur oncle dans les copies de scs tableaux. Lanzi en a vu une au palais Ercolani, à côté de l’original: c’était une Bersabée : « Celle du Guerchin, dit-il, paraissait peinte de la veille (ctallora), et l'autre avait l’air d’être faite depuis un grand nombre d’années '. »

Par la nature de son talent. César dut s’attacher surtout à imiter la troisième manière du Guerchin ; car bien qu’ordinairement on n’en attribue que deux à ce grand peintre, Lanzi lui en reconnaît trois : la * première offrant, bien qu’avec plus de noblesse de style, quelque chose des effets du Caravage ; la seconde adoucie sur les exemples et les conseils des Carrache ; ce qui fait qu’on l’a communément rangée dans leur école, et que Joseph Piacenza* s’excuse de ne l’y pas comprendre au premier, rang « parce que rigoureu-

I Lanzi, t. V, p. 130.

5 Editeur des œuvres de Baldinucci.

EC.OLi; ITALIENNE (GENNARl).

a scment parlant, dit-il, il n’apiiartient point à cette « école, bien que, ainsi qu’il l’affirinait lui-même, il « se soit modelé sur les exemples du grand Louis « (// gran Lodovico) » Dans sa troisième manière, moins austère encore, mais moins originale, le Guerchin a clierclié à se rapprocher du Guide : c’est à l’imitation de cettedernière éjioiiue du talentdu maître que doit probablement se rapporter la Madeleine de Gennari. La figure de la femme, pleine de grâce et de noblesse, a bien les traits de celle du Guerchin, mais son caractère est la douceur plutôt que la force ; ses formes, surtout celles du haut du corps, montrent une délicatesse tout-à-fait conforme â la dernière manière de ce grand peintre, et qui est heureusement exprimée par la suavité des teintes, plus en rap|)ort avec ces formes adoucies qu’elle ne le serait avec des contours plus hardis. Ceux de l’enfant sont plus juononcés ; sa pose, ainsi que celle de la Madeleine, est gracieuse et naturelle. Les deux portions de rocher, * tlui encadrent pour ainsi dire la figure principale, la font hieu ressortir. Ce tableau est en tout d’un bel etlet.

’ \o/i:ie de' pra^essori del dixenim, di Cimabue in quo. Opéré di Filippo Baldinueci, t. I, r>- ; Terza diwtnzian di Ciuseppe l'hr-

eenzu.

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