‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 70 sur 89 · U6 ECOLE FRANÇAISE (SANTERRE · texte numérisé non relu

U6 ECOLE FRANÇAISE (SANTERRE

bain. Il semble cependant que rien dans lé texte n'indique cette circonstance, et qu’au contraire tout donne lieu de supposer que Suzanne n’avait point encore ((uitté ses vêtements. Les jeunes filles venaient de sorlir| la porte du jardin était a peine fermée ; car les vieillards s'étaient hâtés sans doute de saisir le premier moment ; ils n’en avaient point à perdre avant le retour des .servantes. Une femme modestecomme Suzanne se serat-elle liàtéede quitter t7 jmdtro vehe’lcastomanlo' avant que le retour des jeunes filles qu’elle achargées de veiller à sa sûreté l’ait assurée qu’elle n’a plus rien à craindre .des regards’/ Une femme riche u’aura-Uelle pas attendu pour se déshabiller le retour des femmes dont l’habitude lui a probablement rendu le service nécessaire ?

D’un autre côté, l’entretien des vieillards avec Suzanne porte un caractère tranquille et raisonné, peu d’accord avec la situation où les supposerait le peintre. Ces hommes lui exidiquent leur dessein et le danger qu’elle court si elle leur résiste. « Suzaime, en sou))i- « rant, leur dit : ie suis dans une grande angoisse : si « je commets ce crime, je suis digne de mort; et si je « ne le coimnets pas, comment échapperai-je à votre U vengeance? Mais il vaut mieux être puiûe sans l’a- « voir mérité que de pécher contre raoaüieu. » C’est là l’expression triste, mais calme et résignée ,d’une situation cruelle; mais des sentiments bien pliK violents^

'< Son voile pudique et son cbaste véiemeai.

SUZANNE AV BAfN.

bien plus troublés, agitent la pudeur exposée aux regards qui la poursuivent; et si le texie, malgré la pu-

reté qu’il conserve dans le récit de cetle révoltante liiatoire , n’a pas craint de nous apprendre l'affreux plaisir que prennent ces deux infâmes, au moment où ils demandent la mort de Suzanne, à lui ôter son voile pour contempler sa beauté, il nous eût indiqué sans doute le redoublement de passion que devait faire naitre en eux l’aspect sous lequel on veut supposer qu'elle s’offrit à leui’s yeux dans ce jardin.

Enfin, aux cris de Suzanne, les vieillards opposent les leurs; on accourt, ils l'accusent: « Et tous les serti vUeursen furent couverts de confusion, parce qu’on « n’avait jamais parlé de cette manière de Suzanne. » Ils eussent été bien plus confondus encore de sa nudité que ses accusateurs n'eussent pas manqué de faire servir de preuve à son crime, .\insi , tout semble démentir la supposition généralement adoptée par les iteintres, et qui, si elle fournit de plus grands développements de beauté, ôte les moyens de conserver à la figure prin- * cipale ce caractère d’éiévation pieuse et de pureté morale qu’elle présente dans l'histoire.

Santerre ne pouvait se dispenser d’adopter la tradition commune ; sa Suzanne était son morceau de réception. S’il l'eût représentée drapée seulement en partie, on l'eût accusé, en voilant le nu, d’avoir cherché à éviter la difficulté! Mois du moins a-t-il écarté l’image

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