CONDUITE DU TRAITEMENT
1° Le régime alimentaire. — Tous les enfants traités reçoivent une alimentation quelconque, systématiquement hypersucrée ; addition de 15 grammes de sucre pour 100 cc. d’aliment.
2 Le sérum glucosé. — Quand nous avons commencé à utiliser l'insuline, les nourrissons recevaient tous, sous la peau, du sérum glucosé hypertonique (300 grammes pour 1.000). Par la suite, le régime hypersucré, nous l'avons constaté, constitue un apport d'hydrate de carbone suffisant.
Actuellement, le mode suivant semble acceptable :
Si l'enfant vomit, si l’état de l'enfant est très grave, il est indispensable d’injecter du sérum glucosé à côté du régime hypersucré ; nous pratiquons volontiers, non seulement du sérum glucosé sous la peau, mais encore dans le sinus veineux en petite quantité. Il est malgré tout prudent d'injecter du sérum d’une manière systématique, car on ne peut
savoir & priort, la réaction du malade.
Nous nous sommes déjà trouvé en face du fait suivant: deux nourrissons de même poids reçoivent la même alimentation (lait de vache coupé au 1/3 et sucré à 15 0/0) et 15 unités cliniques au moment du troisième biberon de la journée ; un des deux, après avoir bien supporté l'insuline, présente aux 6°, 7° et &-injections des convulsions deux heures après les piqûres, l’autre n’a aucun incident.
Ces manifestations hypoglycémiques ont cédé chaque fois en quinze à vingt minutes à l'injection de 10 à 20 centimètres cubes de sérum glucosé hypertonique (soit 3 à 6 grammes de sucre).
La quantité de sucre à injecter, varie évidemment avec le nombre d’unités injectées et le poids de l’enfant. Les doses suffisantes oscillent entre 3 à 12 grammes de sucre (10 à 40 centimètres cubes de sérum).
3° Les doses d'insuline. — Au cours de nos essais thérapeutiques les doses varient entre 4 et 24 unités cliniques par jour.
Cela démontre chemin faisant la remarquable tolérance de l'organisme aux fortes doses d'insuline.
Les malades traités reçoivent fréquemment des doses de 3 à 5 unités cliniques par kilogramme de poids corporel ; dans certains cas les doses atteignent 8 unités cliniques par kilogramme.
4° La durée du traitement par l'insuline. — Nous procédons surtout par cures discontinues. La durée des cures est variable, elle oscille entre huit à vingt
Jours, pouvant toutefois être plus brève ou plus
longue. Il nous semble, après nos divers essais, que dix à quinze jours de traitement constituent un laps de temps favorable. La cure d'insuline sera reprise après quelques jours de repos (4 à 8)siles résultats de la première cure sont insuffisants. Néanmoins, il nous apparaît prudent, lorsque cela est possible de consolider les résultats obtenus par la première cure à l’aide d’une seconde.
Pour nous résumer le traitement peut se schématiser ainsi :
1° régime alimentaire hypersucré ;
2° 3 à 5 unités cliniques d'insuline par kilog et par jour ;
3° La durée de la cure d’insuline sera de huit à vingt Jours. Elle pourra être renouvelée après quatre à dix jours de repos;
4° Une heure et demie à deux après l'insuline, injection de 3 à 12 grammes de sucre en solution à 300 pour 1.000, suivant le poids de l’enfant et la dose d'insuline injectée. La quantité de sucre est proportionnelle au nombre d'unités au kilogramme.
5° Les indications de l'insuline. — On doit pouvoir l'appliquer dans toutes les cachexies. Il sera encore plus intéressant d'essayer plus systématiquement l'insuline chez les nourrissons se développant mal ou insuffisamment ; les résultats seront fort probablement plus heureux que dans les cachexies où l’état extrêmement grave des malades rend souvent impossible l'éventualité d’une guérison.
L'insuline semble également donner de bons résul-
tats dans les cachexies aiguës, à évolution rapide. . Dans bien des cas, l’altération grave et définitive d'organes à fonctions essentielles, motive l'échec de la thérapeutique : chez certains nourrissons cachectiques, nous avons réussi à mettre en évidence l'altération grave du rein ; des recherches plus nombreuses et plus approfondies révéleraient d’autres altérations viscérales incompatibles avec la survie.
Il s'agit là d’une situation identique à celle du coma diabétique, où l'insuline ne peut faire rétrocéder les troubles rénaux graves que l’on rencontre parfois, car ils ne sont pas immédiatement liés au trouble diabétique basal actuel.
6: Le mode d'action de l'insuline. — a) Action sur le métabolisme du sucre.
Cette action est suffisamment connue des physio et des médecins pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y insister à nouveau.
b\ Action sur le métabolisme de l'eau.
Il est certain que l'insuline a un effet puissant et manifeste sur la fixation de l’eau par l'organisme ; et c'est une éventualité heureuse pour les cachectiques déshydratés.
Cette action n’est pas la seule ; un phénomène identique à celui que l’on constate pour les diabétiques traités par l'insuline, doit se produire : soumis à une alimentation fixe (tant solide que liquide) on constate au début du traitement, une diminution de la diurèse, qui se rétablit rapidement à son taux
normal bien que le sujet continue à engraisser.
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Donc, si au début il y a eu une fixation d'eau suffisamment intense pour apporter une modification dans l'index réfractométrique du sérum (travaux de Widal et son école) et dans la diurèse, il n’est pas moins vrai que l'insuline provoque une augmentation de poids non uniquement liée à la fixation de l’eau.
En effet, les courbes pondérales des cachectiques traités, indiquent dans quelques observations, une ascension brusque au début du traitement, liée en partie tout au moins, à une fixation d'eau.
c) Action eutrophique.
Elle est manifeste. Les cachectiques dont le poids est stationnaire depuis longtemps, présentent une croissance rapide et importante sous l'influence de l'insuline.
Sur ce point les observations rapportées semblent très probantes.
7° Les résultats obtenus. — L'application de l’insuline suivant les données précédemment exposées, nous a permis d'obtenir des résultats fort encourageants. Nous rapportons une série d'observations dont les résultats sont présentés en trois groupes :
Le premier considère les succès ;
Le deuxième les cas où le traitement fut sans résultat appréciable sur l’état du malade ;
Le troisième les faits dont il ne pourra être tiré
conclusion qu'après une discussion nécessaire.