PRÉFACE
Fléao d'un grand nombre de contrées dont elle dégrade et abâtardit la population , la maladie scrophuleuse est encore la plaie de toutes les grandes villes où elle n'épargne aucune classe de la société , où peu de familles sont préservées. Aussi s'est-elle offerte de tout temps et s'offre-t-elle tous les jours aux méditations des praticiens les plus habiles. En 1750, l'Académie royale de chirurgie appela sur cette maladie les travaux du monde médical , et l'année suivante parurent , dans le 3°. volume du recueil de ses prix , les mémoires de Bordeu et de Faure qui furent couronnés , ceux de Charmetton , de Majault , de Goursaud , et d'un anonyme. Trente ans plus tard, la Société royale de médecine, admettant comme démontrée l'existence du vice scrophuleux , en fit le sujet d'un nouveau concours qui valut à la science les ouvrages de Baumes, de Pujol, de Kortum. D autres traités spéciaux existaient déjà en France, ou parurent depuis, et on trouve dans la collection des thèses soutenues aux écoles de médecine , un grand nombre de dissertations sur les scrophules.
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Les médecins allemands n'ont point négligé l'élude de la maladie scrophulcuse : le plus cmarquable des ouvrages publiés dans leur pays est celui de Hufeland : rpaatre éditions rapidement enlevées , sa traduction dans notre langue attestent assez le succès qu'il a obtenu. Le traité qu'a publié récemment en français le chevalier de Vering ne le fera certainement pas oublier.
Les Anglais peuvent rivaliser avec nous pour le nombre des ouvrages qu'ils possèdent sur les scrophules , et parmi lesquels on distingue ceux de Gibbs, de Quincy , de Morley, de T. While, de Henning, de Lloyd , de Goodlad.
Outre les ouvrages spéciaux que je viens d'indiquer, on trouve des renseignemens précieux sur la maladie scrophulcuse dans plusieurs traités généraux de médecine ou de chirurgie, dans les œuvres d'Heisler , de Callisen , de Bell, de Boyer , d'Astley Cooper , de Thomson , de Delpech , de M. Alibert, dans le dictionnaire des sciences médicales, dans le dictionnaire de chirurgie pratique de S. Cooper , etc.
En voyant la fréquence de cette maladie , le grand nombre d'ouvrages dont elle a été le sujet, la célébrité justement méritée de la plupart de leurs auteurs , on est do suite frappé de l'idée que so;i histoire laisse peu de choses à désirer;
PRÉFACE. vij et cependant il n'est peut-être qu'un seul point sur lequel on soit unanimement craccord, la .difficulté de la guérison. Quœ Tel jnœcipuè medicos fatigare soient. Celse. Sur tout le reste, on renconti-e la plus grande divergence d'opinion. Il n'y a pas jusqu'à l'orthographe du mot scrophules qui ne soit sujet à contestation. En effet Korfum blâme tous les anciens auteurs latins d'avoir écrit scrophula. L'étymologie n'est point grecque, dit-il , mais latine : le mol scrophula provenant du mot latin scrofa , on doit écrire scrofula. La vérité de celle étymologie est loin d'être prouvée ; mais admeltons-la comme telle , et il n'y aura pas encore déraison pour changer Torlhographe du mot scrophula : car les Latins écrivent indifféremment scrofa ou scropha. Kortum eût pu facilement s'en assurer. Il eût pu également découvrir que les Lalins désignaient les scrophules par le mot struvia, et que les Barbares seuls ont employé le mot scrophula. Hic vero morbus à Latinis dicitur strimia , à Grœcis \cipciç vocatur , Barharis scrophula. Mercurialis , de morbis puerorum , pag. 128. Mercurialis écrit scropha. Caslelli , dans son lexicon medicura, édition de Bruno, l'écrit delà même manière, et on voit, dans l'édition du mêmeouvrage par Ravenstein , que le mot scrophula est dérivé de l'arabe. Les Arabes sont les barbares dont parle Mercurialis.
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Kortum, mieux instruit, eût évité d'adresser à ses prédécesseurs un reproche d'ignorance. Il n'eût point changé leur orthographe ; car il i n'est permis de faire autrement que les anciens, qu'à la condition de faire mieux.
Quelques auteurs modernes ont voulu , en France, imiter Kortum. Ils invoquent les mêmes raisons; on sait ce qu'elles valent. Depuis Paré jusqu'à nous, on a écrit partout scrophules. Quel avantage y aurait-il à changer? Je n'en vois aucun , et je trouve l'inconvénient de consacrer .comme vraie une étymologie fort contestable, fort contestée , et d'ajouter encore à la confusion déjà trop grande du sujet.
Je ne puis dire que les opinions soient grandement partagées sur les causes de la maladie scrophuleuse : mais leur histoire estun véritable chaos. On a accumulé sans discernement tout ce qui a paru avoir agi ou devoir agir sur les scrophuleux : car si les causes ont servi quelquefois à établir une théorie de la maladie , bien plus souvent la théorie admise a fait placer au nombredes causes, des circonstances auxquelles sans elle on n'eût jamais songé.
Il y a presque autant de théories que d'auteurs. Il serait difficile et d'ailleurs fastidieux de les énumérer toutes. Non seulement leur nom bre est considérable , mais il eu est plusieurs i qui sont diamétralement opposées les unes aux
PRÉFACE. ix autres. Ainsi , par exemple , on a pendant longtemps attribué la maladie à la faiblesse , à l'atonie du système lymphatique : aujourd'hui on prétend qu'elle est occasionée par l'excès de vitalité, de forces, parla prédominance d'action de ce même système : tandis que les uns accusaient l'état alcalin des humeurs, d'autres proclamaient leur acidité que Baumes rapporta plus tard à un excès d'acide phosphorique : on ferait très-bien avec les diverses théories de la maladie scrophuleuse , l'histoire de toutes les théories médicales qui ont eu quelque vogue.
La partie descriptive des scrophules est celle qui laisse peut-être le moins à désirer ; et cependant si l'on arrive au diagnostic , on rencontre la plus grande incertitude. L'afTeclion tuberculeuse est-elle une forme de la maladie scrophuleuse, et le carreau , la phthsie pulmonaire doivent-ils être considérés comme des symptômes de celte maladie? Doit-on regarder comme appartenant aux scrophules le goitre, le crétinisme , le rachitis, la teigne faveuse et un grand nombre d'affections de la peau connues sous le nom de dartres ? La solution de ces diverses questions est fort variable : incertaine ou affirmative pour les uns , elle est négative pour les autres , et tous s'appuient sur des raisons qui para issent également bonnes .