‹ Études sur les constitutions des peuples libresChapitre 3 sur 18 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Chez TREUTTEL et WURTZ, Libraires,

RUE DE LILLE, N° 1? y A Strasbouag» même Raison de Commerce, Grand'Rae, n^ x5.

M. DCCC. XXXVl.

OuK^rages du même Auteur^ publiés par la Librairie Treuttel et Wdrtz.

Histoire dbs Français. In-8^ Tom. I à XXI. Paris, i8ai à i836 168 fr.

— Le même ouvrage , sur papier vélin superfin. . 336 îv.

JuLiA Severa, ou TAu quatre cent quatre-vingt-douze ( Tableau des Mœurs et des Usages dam les Gaules, du temps de Clo^pf). StoI. in- 12. Parî%, x8aii.. 7 fr. 5o c.

Histoire des Èépurliques Italibhves du moyen ace -, nouvelle édition, revue et corrigée. 16 vol. in-8^. Paiis y 1826. (Ouvrage complet.}. i la fr.

Histoire de la Renaissance de la Liberté en Italie , .4» ys Prognèty ^ a^ Pécadenoi^ «t de sa Chute. % vol. in-8'*i

'pJis}i^^.tV..:....^..::... .....:.... ia il

Des Espérances et DES Besoins de l'Italie. Brochure in-8®. Pans , i832 60 cent.

De la LiTTÉRATURii. DU^ibi dk l'Europe ; nouvelle édition, revue et corrigée. 4 vol. in-8°. Parisy 1829. a8 fr.

Histoire de la Chute de l'Empire romain et du Déclin DE LA Civilisation, de Tan 25o à l'an 1000. 2 vol. in-8^. Paris, i835 , 1 5 fr.

Tl.'

PRÉFACÉ.

Un homme qui a long-temps vécu, longtemps écrit sur la politique , se voit toujours classé dans quelqu'un des partis qui divisent le monde. On croit savoir mieux sa pensée qu'il ne la sait lui-même, on lui demande à peine ce qu'il a dit; mais on regarde aux axiomes qu'on voit inscrits sur le drapeau qu'il est supposé suivre. Le vulgaire en efTet les prend pour des vérités fondamentales^ et il est disposé à répéter le propos qu'on prête à Omar : (c Si tous ces livres contiennent quelque chose de plus que notre profession de foi , ils sont faux ; s'ils contiennent la même chose , ils sont inutiles. »

Je ne souscris , je dois le dire , à aucune confession de foi , ni en politique , ni en chrématis* tique ; je connais peu de principes dans l'une ou l'autre science qui me paraissent si clairs , si évidemment démontrés, qu'on ne doive les soumettre à un nouvel examen ; aucun dont l'expérience ne nous ait appris à tirer des conséquences toutes nouvelles. Je proteste que je ne veux être rangé sous aucun drapeau ; car si je me suis mêlé souvent, peut-être, aux discussions politiques, c'était pour apporter tout mon poids, quelque léger qu'il pût être , au bassin de la ba-

îj PRÉFACE.

lance opposé à celui qui, dans la circonstance, me paraissait prêt à trébucher. Peut-être n'est-ce point assez rendre hommage à ses convictions que de les présenter ainsi détachées , que de les soumettre ainsi à de fausses interprétations. Peut-être dois-je un éclaircissement nouveau à des écrits déjà volumineux , celui d'énoncer franchement l'ensemble de mes opinions et de mes désirs, d'exposer ce que je crois être la vérité en politique.

11 ya quarante ans que j'ai entrepris un ou-

ir I X 01 I iri II 11 «I m A O M.

vrage sous le titre de celui que je publie aujourd'hui. Je le destinais alors à être très volumineux, à comprendre l'exposition et la critique de chacune des constitutions libres dont nous avons conservé les monumens. Lorsque les deux premiers volumes furent prêts pour l'impression. Benjamin Constant me proposa de les présenter à l'Institut, Le reçu du secrétaire , alors M, Champagne, porte la date du 2.j praijial an ix.

Cependant mes Etudes sur les constitutions des peuples libres ne furent jamais imprimées. Je sentis le besoin de faire des recherches historiques beaucoup plus étendues; j'y ai consacré de longues années, et l'expérience de près d'un demi-siècle, si fertile en événemens, n'aura non plus, je l'espère, pas été perdue pour moi. Aussi l'ouvrage actuel n'a-t-il plus aucun rapport, pour le plan , pour la composition , avec celui de ma jeunesse. C'est presque avec surprise cependant

PRÉFACE. irj

qu'en feuilletant celui - ci , je trouve que mes principes ont à peine varié. On peut en juger par ces citations, prises au liv. P% chap. 2, de la Souveraineté du peuple :

ce Rien n'est plus facile que de prouver la « souveraineté d'une nation unanime; rien n'est a plus difficile que de passer de là à établir celle

a de la majorité Y a-t-il quelque apparence

<c que l'empire de la majorité soit réservé dans <c chaque contrat social , et que le droit du parti <c le plus fort soit fondé sur le consentement du a parti le plus faible ? — Non, il faut oser le dire, c le droit de la majorité n'est autre chose que <sc le droit du plus fort ; il est injuste sans doutcy (c mais il serait plus injuste encore que l'autorité

<c du plus faible l'emportât Il n'est pas inutile

<c de connaître toute l'injustice , tout l'asservis^ « sèment qu'éprouvent les membres d'une mice norité Nous apprendrons de là qu'une

<c nation n'est vraiment libre et souveraine qu'au- (ctant qu'elle adopte sans cesse les voies de « conciliation , et qu'au lieu de compter dure- (c ment les voix , elle vise sans relâche à réunir « les esprits ; qu'elle n'est vraiment libre qu'au- « tant qu elle conserve à la minorité comme à la ^ majorité ses droits à la souveraineté , et les « moyens de les faire valoir; qu'elle est d'autant «plus libre que la minorité est plus insigni- (c fiante , d'autant moins libre qu'elle approche

« plus de l'équilibre avec la majorité L'op-^

« position de la minorité devient aussi plus ou

iv PRÉFACK.

a moins importante selon la qualité des indivise dus qui la composent. Tous les hommes ne <c sont pas égaux en intelligence, ni en connaisse sance des affaires , ni en amour pour la patrie. « Il n'y a que ceux qui réunissent à un degré ce éminent ces trois qualités différentes, qui aient « vraiment une volonté à eux. Les autres réflé- « chissent, comme autant de miroirs, les impres- « sions qu'ils reçoivent d'ailleurs. La violence « que l'on fait aux premiers en les soumettant <t contre leur gré est beaucoup plus grande que oc celle que l'on peut faire aux seconds. Les uns «ne peuvent se résoudre à obéir; les autres <c obéissent , même lorsqu'ils commandent. »

Le livre que je présente aujourd'hui au public n'est presque autre chose que le développe ment et Inapplication de ces principes. J'ai essayé d'abord de les discuter isolément. Des huit essais que contient ce volume , deux ont été publiés , à peu près intégralement , dans la Repue d'Économie politique de M. Fix; deux autres ont subi depuis de grands changemens. Tout le reste n'avait jamais paru ; la circulation des premiers a d'ailleurs été extrêmement limitée. J'ai cru qu'il était convenable de les réunir de nouveau comme un seul tout , puisqu'ils présentent un corps de doctrine politique , étranger, il est vrai, à tous les partis, mais qui n'est pas sans solidité, puisqu'il a résisté quarante ans au choc lie tant de révolutions.

prefa.C:è.

Un homme qui a long-temps vécu, longtemps écrit sur la politique , se voit toujours classé dans quelqu'un des partis qui divisent

^. Je monde. On croit savoir mieux sa pensée qu'il ne la sait lui-même, on lui demande à peine ce qu'il a dit; mais on regarde aux axiomes qu'on voit inscrits sur le drapeau qu'il est supposé suivre. Le vulgaire en effet les prend pour des vérités fondamentales^ et il est disposé à répéter le propos qu'on prête à Omar : «c Si tous ces livres contiennent quelque chose de plus que notre profession de foi , ils sont faux ; s'ils contiennent la même chose , ils sont inutiles. y>

Je ne souscris , je dois le dire , à aucune confession de foi , ni en politique , ni en chrématistique ; je connais peu de principes dans l'une "4-"

ou l'autre science qui me paraissent si clairs , si évidemment démontrés, qu'on ne doive les sou-

ip mettre à un nouvel examen ; aucun dont l'expérience ne nous ait appris à tirer des conséquences toutes nouvelles. Je proteste que je ne veux être rangé sous aucun drapeau ; car si je

f* me suis mêlé souvent, peut-être , aux discussions politiques, c'était pour apporter tout mon poids,^ quelque léger qu'il pût être, au bassin de la ba-

îj PRÉFACE.

lance opposé à celui qui, dans la circonstance, me paraissait prêt à trébucher. Peut-être n'est-ce point assez rendre hommage à ses convictions que de les présenter ainsi détachées , que de les soumettre ainsi à de fausses interprétations. Peut-être dois-je un éclaircissement nouveau à des écrits déjà volumineux , celui d'énoncer franchement l'ensemble de mes opinions et de mes désirs, d'exposer ce que je crois être la vérité en politique.

11 va quarante ans que j'ai entrepris un ouvrage sous le titre de celui que je publie aujourd'hui. Je le destinais alors à être très volumineux, à comprendre l'exposition et la critique de chacune des constitutions libres dont nous avons conservé les monumens. Lorsque les deux premiers volumes furent prêts pour l'impression, Benjamin Constant me proposa de les présenter à l'Institut. Le reçu du secrétaire , alors M. Champagne, porte la date du s^ prairial an IX.

Cependant mes Etudes sur les constitutions des peuples libres ne furent jamais imprimées. Je sentis le besoin de faire des recherches historiques beaucoup plus étendues; j'y ai consacré de longues années, et l'expérience de près d'un demi-siècle, si fertile en événemens, n'aura non plus, je l'espère, pas été perdue pour moi. Aussi l'ouvrage actuel n'a-t-il plus aucun rapport, pour le plan , pour la composition , avec celui de ma jeunesse. C'est presque avec surprise cependant

PRÉFACE. iij

qu'en feuilletant celui - ci , je trouve que mes principes ont à peine varié. On peut en juger par ces citations, prises au liv. I*% chap. 2, de la Souveraineté du peuple :

ce Rien n'est plus facile que de prouver la « souveraineté d'une nation unanime; rien n'est ce plus difficile que de passer de là à établir celle

« de la majorité Y a-t-il quelque apparence

<c que l'empire de la majorité soit réservé dans <c chaque contrat social , et que le droit du parti <c le plus fort soit fondé sur le consentement du a parti le plus faible ? — Non, il faut oser le dire, «. le droit de la majorité n'est autre chose que ce le droit du plus fort \ il est injuste sans doute, <c mais il serait plus injuste encore que l'autorité

(c du plus faible l'emportât Il n'est pas inutile

a de connaître toute l'injustice , tout l'asservis- « sèment qu'éprouvent les membres d'une mice norité Nous apprendrons de là qu'une

a nation n'est vraiment libre et souveraine qu'au- « tant qu'elle adopte sans cesse les voies de « conciliation , et qu'au lieu de compter dure- « ment les voix , elle vise sans relâche à réunir « les esprits ; qu'elle n'est vraiment libre qu'au- « tant qu elle conserve à la minorité comme à la « majorité ses droits à la souveraineté , et les « moyens de les faire valoir ; qu'elle est d'autant a plus libre que la minorité est plus insignic( fiante , d'autant moins libre qu'elle approche

« plus de l'équilibre avec la majorité L'op-^

« position de la minorité devient aussi plus ou

iv PRÉFACE.

a moins importante selon la qualité des indivi- « dus qui la composent. Tous les hommes ne « sont pas égaux en intelligence , ni en connais- <c sance des affaires , ni en amour pour la patrie. « Il n'y a que ceux qui réunissent à un degré <c éminent ces trois qualités différentes, qui aient « vraiment une volonté à eux. Les autres réflé- « chissent, comme autant de miroirs, les impres- «c sions qu'ils reçoivent d'ailleurs. La violence « que Ton fait aux premiers en les soumettant <t contre leur gré est beaucoup plus grande que <t celle que l'on peut faire aux seconds. Les Uns « ne peuvent se résoudre à obéir ; les autres « obéissent , même lorsqu'ils commandent. »

Le livre que je présente aujourd'hui au public n'est presque autre chose que le développe* ment et l'application de ces principes. J'ai essayé d'abord de les discuter isolément. Des huit essais que contient ce volume , deux ont été publiés , à peu près intégralement , dans la Revue d'Économie politique de M. Fix; deux autres ont subi depuis de grands changemens. Tout le reste n'avait jamais paru ; la circulation des pre-^ miers a d'ailleurs été extrêmement limitée. J'ai cru qu'il était convenable de les réunir de nouveau comme un seul tout , puisqu'ils présentent un corps de doctrine politique , étranger, il est vrai , à tous les partis, mais qui n'est pas sans solidité, puisqu'il a résisté quarajrite ans au choc de tant de révohitibns.

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