V* ÉTUDE. — COMTÉ* DE JOLIETTE
depuis longtemps, et qui n'était éloignée de nous que d'environ deux milles, suivant le témoignage d'un de nos hommes* qui avait fait hier cette reconnaissance. En un chn-d'œil nous sautons dans les canots et bientôt nous arrivions dans les eaux si j désirées de la Mataouin. Nous descendons pendant toute la Journée en redoublant d'attention pour prévenir à temps les rapides et les chûtes que nous ne connaissions pas. Par ce que nous avons vu aujourd'hui, nous pouvons dire que la Mataouin coule des eaux claires, limpides, à travers une vallée remarquablement plane et un sol qui parait fertile. Les grèves peuvent avoir 5, ft et quelquefois 10 et 12 pieds de hauteur et sont formées de différentes couches de terre parfaitement visibles en tous lieux* De nombreuses langues de terre sur les bords de la rivière, couvertes d'aulnages desséchés ou de gros foin, sont pour ainsi dire prêtes à être cultivées. Tout le territoire que nous avons aperçu aujourd'hui est très propre à l'agriculture, les vallées qui commencent à la rive sont entourées vers le sud par des collines qui s'élèvent en amphithéâtre et qui, dans quelques endroits, viennent expirer aux bords de la> rivière où elles se terminent par des falaises.
Vendredi, 12 sept — Après une exploration assez avant dans l'intérieur, sur la rke droite, où nous trouvons un sol de terre jaune sablonneuse, nous poursuivons le cours de la rivière qui nous offre parfois sur ses bords des terrains brûlés, si bien nettoyés que la plupart peuvent être ensemencés à bien peu de frais. Nous parvenons à un sixième rapide dont le portage est en côtes continuelles et pavé de roches en plusieurs endroits. En laissaut ce portage et nous éloignant du rapide, nous tombons dans une vallée excellente dont le sol est plan, assurément fertile et facile à cultiver. Qu'on en juge : ce sol est couvert d'abord de bois mêlé, puis peu à peu d'ormes, de noyers, de frênes, d'aulnes, d'osiers, qui attestent sans contredit une terre de première qualité. Nous débarquons deux fois pour nous bien assurer de sa qualité par un examen spécial et nous y remarquons avec plaisir la belle terre grise et forte de la vallée du grand fleuve. Nous descendons toujours et bientôt nous sommes au milieu d'un terrain inondé ; & de grandes distances par une chaussée qu'on nous a dit exister non loin de là. Nous là visiterons demain. En ce moment nous avons à notre droite un lac appelé par les sauvages : " Kaïakama, " comme si nous disions en français Lac- à la raquette ; nous y entrons par un chenal étroit à travers les aulnages desséchés, dans l'intention d'aller planter notre tente au fond du Lac. Le soir nous apprenons par nos hommes qui ont poussé une reconnaissance vers le Sud que notre campement ne se trouve seulement qu'à quelques arpents de l'extrémité du chemin d'hiver qui arrive à Mataouin par St Gabriel de Brandon. Ici, comme ailleurs, nous enfonçons dans une belle terre jaune et grise toute la longueur des palettes de nos avirons, sans rochers ni autres embarras. Il est certain que de nombreuses familles peuvent s'établir avec avantage sur les terrains que nous avons vus aujourd'hui.
Samedi,. 1$ sept. — Nous laissons le camp vers huit heures ; nous traversons de nouveau ce lac pour reprendre la rivière Matcouii», afin de pousser plus loin notre descente. Cette rivière coule assez rapidement Bientôt nous arrivons à une grande chute de 80 pieds de hauteur, à la tête de laquelle l'on voit encore une grande chaussée construite par M. Gilmour, de Québec, pour faciliter jusque là, la descente du bois dont il faisait commerce. A cette distance dans les bois on se croirait soudainement transporté au milieu de nos belles campagnes, en retrouvant cet ouvrage de main d'homme, pourtant si éloigné de toute habitation. • Nous aurions désiré descendre encore jusqu'au
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lac Clair où l'on nous dit que la terrain surpasse tout ce que nous avoua vue ; mais le peu de provision qui nous reste nous force à nous en tenir à notre première décision, d'autant plus que nous sommes arrivés au terme fixé de notre course.
Dimanche, 14 sept. — Nous tournons le dos au camp qui nous a abrité, en lui disant adieu, n'y laissant d'autre monument qu'un gros pieu planté sur la grève marqué de nos noms et la date de notre passage. Nous débarquons en plusieurs endroits pour y examiner le sol scrupuleusement et nous le trouvons composé partie de terre jaune, rarement sablonneuse, partie de terre grisâtre, espèce d'ail uv ion qui ne saurait être improductif Depuis la ligne du district des Trois-Rivières en remontant sur un espace de 9 ou 10 milles jusqu'au Portage Brûlé est une vallée remarquablement belle que nous appelons entre nous la vallée de l'Orme à cause de ce bois qui domine généralement dans son milieu. Cette vallée, dont une grande partie de bois à péri par le feu ou séché sous les eaux, est dans beaucoup d'endroits couverte de gros foin déjà propre à la nourriture des bêtes à cornes. Nous estimons que le centre de cette vallée ne peut être plus tard que le centre d'une paroisse où des familles vivront à Taise sur des terres grasses, fertiles et profondes. Entre cette vallée de l'Orme que nous venons de passer et une autre étendue de terrain plan et également arrosé parla rivière Mataouin que nous appelons à son tour la vallée des Aulncts àcause aussi de ce bois qui domine sur ces bords. Rien de plus gracieux, de plus enchanteur même que l'aspect de cette vallée. De la colline où nous nous élevons pour en jouir, nous apercevons une étendue plane, ni circulaire, ni quarrée, mais ayant bien la forme d'un compas ouvert d'une cinquantaine de dégrés. Une ligne courbe d'élévations moyennes en forme l'arc dans le lointain. Les deux branches du compas sont de légères collines boisées de bois francs qui se rapprochent peu à peu jusqu'à ce qu'elles se frappent, non pour s'augmenter ; mais comme pour s'anéantir réciproquement Au milieu de cette charmante vallée, vous voyez la rivière couler avec caprice ses eaux limpides, tantôt les dérobant sous les frênes et les grands bouleaux qui penchent sur sa rive, tantôt permettant au soleil d'y mirer ses rayons aussitôt réfléchis avec éclat vers l'observateur émerveillé. Comme la précédente, cette vallée, à elle seule, formera plus tard une paroisse, il n'y a pas à en douter. Nous campons à 5} heures au portage de laGrosse Roche.
Lundi, 15 sept — H pleut Point de sortie.
Mardi, 16 sept. — Nous partons avec empressement, ayant consommé hier nos derniers biscuits. Après tro is quarts de jour de marche forcée, nous parvenons enfin à notre fameux camp où l'heureuse abondance nous offre un trésor dans les sacs de provisions que nous y avions laissées en y passant la première fois. Nous campons. Ayant exploré ce terrain de nouveau nous y trouvons le sol favorable à l'agriculture, couvert de bois mêlé. Depuis la vallée des Aulnets jusqu'ici le sol parait être partout de même qualité. Ainsi, d'après notre aperçu, un superbe terrain offre dans ce nouvel endroit des avantages immenses à la colonisation. Une surface régulière et plane s'é tendant à perte de vue dans toutes les directions, des bois francs en abondance d'immenses merisiers ; ailleurs du bois de service et de construction dans le pin et l'épinette, un sol qui est soumis à la plus stricte analyse, présente d'après la science chimique et agricole les garanties les p'ius sérieuses, voilà ce qui m'engage à confier ici à mon journal le vœu aujourd'hui secret de voir plus tard l'esprit public s'en préoccuper.
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Mercredi, 17 «çrt. — Nous laissons de bonne heure le camp où nous avons passé la nuit pour ne s'arrêter qu'au soir. •
Jeudi, 18 sept. — Le temps s'est couvert pendant la nuit et menace à la pluie ; cependant nous mettons en route et traversons le Lac de la Nativité «t prenons ensuite le grand portage du Lac Assomption. Accablés de Jktigues, inondés de sueurs, après une marche forcée, pénible, embarrassés dans un chemin onduleux et glissant nous parvenons enfin au bord du lac à l'endroit où nous avions passé, en montant, un jour et demi dans l'inaction par la même cause. Nous avions dessein, a notre retour du grand Lac, de pénétrer plus avant c^ans les terres du côté du Lac Ouareau. mais les circonstances ne nous l'ont pas permis. On nous dit que les belles terres des environs du Lac Assomption se poursuivent bien loin dans l'Ouest où les bois francs sont d'une beauté remarquable.
Vendredi, 19 $ept. — Nous quittons pour la deuxième fois le camp des bords du lac l'Assomption ce matin vers 9} heures. Comme nous avons fait nos observations et tout examiné en montant, il ne nous reste plus qu'à veiller à la conservation de nos canots dans la rapide descente du courant À l'exception de trois grands rapides où nous faisons portage, nous sautons les autres, tout en fri sonnant de voir les cailloux roulés du fond de la rivière que nous craignons à tout instant de frapper, disparaître sous no* yeux avec la rapidité d'une flèche au fort de sa volée.
Samedi, 20 sept— «Hier en descendant nous avons remarqué sur la rive gauche de l'Assomption une étendue de terrain plus ou moins plan qui, à part quelques rares exceptions, nous a paru parfaitement cultivable. Cette lisière de terre s'élargit quelque fois sur une profondeur considérable. La rive droite est généralement haute, pierreuse et montagneuse ; un rocher nu, aplani des deux côtés vient en un endroit mourir, incliné, au milieu de la rivière : nous l'avons dénommé la Pointe au Soc. Les établissements seront difficiles en cet endroit sur ce côté. Descendant à force de rames et de courant nous passons à l'endroit marqué pour l'église St. Côme vers 11 J heures, et remontant quelques arpents dans la rivière de Boule nous parvenons bientôt à l'extrémité du chemin que le gouvernement à fait ouvrir cette année dans Cathcart, et où nous sommes embarqué le 2 septembre. "
Telles sont les notes importantes que nous offre le voyage d'exploration de MM. les abbés Provo. t et Brassard, touchant les terres des vallées ci-dessus mentionnées (1).
(1) Une lettre de MM. les abbés T. L. et L. M. Brassard, en date dit 3 août 1863, nous apprend que ces messieurs sont actuellement occupés à la formation d'une paroisse dans ces fieuz éloignés, laquelle «ara pour patron St. Michel des Saints. Ces zélés missionnaires ont vingt-six hommes à leur service, employés a la construction des moulins à farine et à scies, et autres bâtisses. Déjà la Chapelle est construite. On y a semé du grain et planté des patates ce printemps qui ont une trôs belle apparence. On mange déjà de ce* dernières. La forêt et les ririéres leur fournissent en grande partie les autres provision*,
4Sè CÔLOÏTISÀTIÔtt îm bas-canada;