‹ Études sur les développements de la colonisation du Bas-Canada, depuis dix ansChapitre 69 sur 124 · AU NOKD DU FLEUVE ST. LAURENT · texte numérisé non relu

AU NOKD DU FLEUVE ST. LAURENT

Le vaste territoire du Saint-Maurice s'étend sur une largeur de 144 milles, borné au fleuve par les comtés de Maskinongé, St. Maurice, Champlain etPortneuf, et au fond par le 50e degré de latitude nord, lequel couvre une surface de terrain d'environ 24,140 milles géographiques earrés. Cette région, conscquemment, a plus d'étendue que la Belgique, la Hollande et la Suisse ensemble, et peut contenir plusieurs millions d'habitants.

Cependant, il n'y a qu'une bien maigre lisière de terrain défrichée, laquelle est occupée par une population 'de 73,247 habitants, tous d'origine canadienne-française, à l'exception de 4,107 âmes qui appartiennent à d'antres origines.

La longue chaîne des Laurentides qui borde le côté septentrional du fleuve St-Laurent depuis le golfe jusque dans le voisinage de Québec, e6t éloigné à plus de 30 milles du St. Laurent dans la partie ouest de cette division territoriale ; mais elle se rapproche graduellement du fleuve à mesure que l'on descend vers Québec.

Les cantons situés dans la partie supérieure de ce territoire renferment une grande qnantité de terres arables ; les terres des versants des montagnes sont généralement plus légères que celles des cantons situés à leurs bases : dans celles-ci c'est le sol sablonneux et argileux qui domine en môme temps que les «ours d'eau sont bordés d'une plus large b..ndc de terre d'alluvion ; il n'en est plus de même de celles des cantons

situés en arrière do Québec qui, presque tous, se trouvent dans cette immense et large chaîne de montagnes dont je viens de parler, et que nous étudierons plus spécialement dans la prochaine Mudey qui sera la dernière.

La vallée du Saint-Maurice, proprement dite, est celle qui forme le principal centre de colonisation pour cette division, laquelle renferme une vaste étendue de terres excellentes et une provision inépuisable de bois d'une grande valeur.

Un grand nombre de Lacs et de Rivières arrosent cette région si favorablement située.

En vue de favoriser le développement de cette contrée, le gouvernement a versé avec beaucoup d'intelligence de fortes sommes tant pour les intérêts du commerce que pour les fins de la colonisation. Au 1er janvier 1863, on comptait déjà la somme de $257,880.48 octroyées pour travaux publics, et une autre somme de $47,576.36 pour chemins de colonisation ; cette dernière somme dépensée entre 1354 et 1862, dans les divers comtés composant la région.

Six rivières principales apportent au fleuve les eaux des lacs et rivières nombreuses qui sillonnent la contrée, à l'intérieur, savoir :

Les rivières Maskinongé, du Loup, du St. Maurice, Batiscan, Ste. Anne et Jacques-Cartier. La plus importante de ces rivières est celle du Saint-Maurice, qui prend sa source dans le Lac Osketanato, situé à quelques milles au sud de la ligne du 49e degré de latitude nord, et près de l'endroit où la ligne du 75e degré des longitudes traverse la précédente, à l'Est. Les principaux tributaires du St. Maurice sont la grande rivière Mataouin, »la Makinak, la rivière Bastonais, la rivière Croche, près de la Tuque, et la rivière aux Rats.

A la hauteur de trois cents quatre-vingt milles de son embouchure, la rivière du Saint-Maurice est encore une assez grande rivière, dit le rapport de l'hon. Commissaire des Terres pour 1856.

Sans parler des services qu'elle rend en charriant le bois d'une grande distance, ses bras navigables sont si considéra-

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bles qu'ils peuvent être également de la plus haute importance pour le commerce et pour la colonisation des terres de cette vaste région.

De l'embouchure du St. Maurice aux Grandes Piles, formant une longueur d'environ 40 milles, la navigation est interrompe par les grandes chutes de Shaouénigane, qui sont d'une élévation de 160 pieds, ainsi que par d'autres sauts ou rapides situés soit en oval soit en amont des premières. Au-dessus des Grandes Piles, on se trouve snr un bras navigable de 70 milles de longueur et qui va jusqu'à laTuque, où un bateau-à- vapeur navigue dans cette partie de la rivière.

De la Tuque, la navigation est interrompue une seconde fois sur une longueur de 34 milles jusqu'au grand Détour. De ce dernier point à Ouémontachingue ou Port de l'Islet, 6ituc à 46 milles plus haut, à la fourche de quatre rivières, le St. Maurice devient de nouveau navigable. Le poste de Ouémontachingue est assis au 47° 50' de latitude nord et au 73° 50' de longitude ouest, à une élévation de 550 pieds au-dessus du niveau du St. Laurent.

Par des informations correctes et puisées à bonnes sources, il appert que dans un parcours de 260 milles au-dessus des Grandes Piles, la rivière du St. Maurice présente 196 milles navigables pour les vapeurs, divisés en bras ou sections d'une étendue suffisante pour rendre profitable l'emploi do ces bateaux.

Grâces aax explorations judicieuses et aux notes d'arpentage très détaillées faites par des personnes d'expérience, choisi par le Département des Terres de la Couronne, nous pouvons aujourd'hui faire l'examen du sol de cette contrée avec beaucoup d'assurance.

A l'embouchure de la rivière du Saint-Maurice, à Trois- Kivières, — dit le Rapport déjà cité, — nous trouvons une couche profonde de sable mobile, s'avançant jusqu'à 12 milles au nord et finissant dans le voisinage des Grais. La longueur de cette bande varie de deux à trois milles, de chaque côté de la rivière St. Maurice. L'aspect géographique du pays change ensuite soudainement, et l'on voit alors prédominer des en-

droits élevés excessivement bien boisés. Derrière la seigneurie de Sainte- Anne de la Pérade, commence un large rnban de bonne terre qni se déroule au bord delà vallée du St. Maurice, sur une largeur commune de cinq milles jusqu'à la rivière des Bastonais. Sous tous les rapports, le sol est très propre à la colonisation.

En remontant toujours le St. Maurice, sur sa rive nord ou orientale, nous passons ensuite la vallée de la rivière Croche. Cette rivière traverse une bande de terre d'alluvion d'une largeur de trois-quarts de mille à deux milles, et qu'on a explorée jusqu'à présent sur une longueur de cinquante milles. C'est à peine si on pourrait trouver dans tout le Bas-Canada un sol plus fertile ou plus productif que cette vallée. C'est là un fait dont on a pu s'assurer amplement, par les défrichements qu'y ont commencé les commerçants de bois, et dans lesquels le blé et tous les autres grains produits dans la vallée du St. Laurent y ont donné d'abondantes récoltes.

Les vallées des rivières Mekinak, Bastonais et Croche sont toutes bordées par une suite continue de hautes collines dont les sommets s'épanouissent ordinairement en plateaux semblables à ceux que l'on trouve dans le canton Chaonénigane, ainsi qu'en arrière du Cap de la Madelaine et de Batiscan.

Les rivières Mataouin et Vermillon offrent aussi d'excellentes terres, en plus ou moins grandes quantités.

Quoique le territoire du St. Maurice semble dans son aspect général être de toute manière favorable à la colonisation, on ne doit point s'attendre qiie dans une région d'une étendue d'environ 15 millions d'acres toutes les terres soient favorables à l'agriculture. Très certainement il y a des endroits où le sol est complètement stérile et qui ne sera jamais livré à l'agriculture ; mais ces terres constituent l'exception et non la règle. Arrosée admirablement, coupée par de magnifiques rivières, divisée alternativement en pinière et en riches bandes de terre à bois dur, et possédant en quantités inépuisables la mine de fer, minerais très précieux, cette contrée n'a besoin que de la main de l'homme et de quelques années pour devenir l'égale des parties les plus florissantes du Bas-Canada.

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M. Henry R. Symmes, surintendant des travaux du Saint- Maurice, écrivait au Comité d'Emigration de 1860, qu'en sa qualité de surintendant des travaux il était fréquemment obligé de voyager jusqu'à une distance très considérable dans l'intérieur du territoire dn St. Maurice et qu'alors il était en mesure de donner des renseignements exacts sur cette immense contrée.

H est d'opinion que sur une distance de Y à 8 milles, à partir de Trois-Rivières, le sol est très pauvre, sablonneux et pre6qu'impropre à la culture, suivant que je l'ai exprimé plus haut ; que la terre est encore légère pendant dix à douze milles après cette distance, mais qu'elle convient à la culture et donne de bonnes récoltes. A 20 milles des Trois-Rivières, et de là jusqu'aux Grandes Piles, environ 20 milles plus loin, le sol est très riche, dit encore ce monsieur. Sa base en général est l'argile recouverte environ d'un pied de terre noire composée d'un détritus de feuilles, etc., très meuble et d'une grande fécondité. En cet endroit, la vallée possède un niveau assez général, mais elle est coupée de cours d'eau profonds qui rendront le drainage extrêmement facile. Il ajoute qu'à partir des Grandes Piles, en remontant, le pays, le terrain devient accidenté et montagneux, mais que le sol lui a paru générale ment fertile, surtout les vallées.

Afin d'établir davantage la justesse de son exposé, M. Symmes affirme qu'ayant beaucoup voyagé à. travers les déserts du Canada, sur l'Outaouais et dans d'autres endroits, depuis ces dernières vingt années, il n'a jamais vu une si large portion de bonne terre dans aucune autre partie inculte du Canada. On porte à 849,000 acres la quantité des terres arpentées et disponibles pour les fins de la colonisation.

Les espèces de bois qui prédominent dans les diverses localités ou genre de terrains que nous venons de considérer sont comme suit : Partie sablonneuse : généralement couverte de pins rabougris et de petits sapins ; on trouve dans les parties élevés, le hêtre, l'érable et Pépinette ; la meilleure partie est couverte d'ormes, d'érables, de jeunes tilleuls, de

grands pins et de bouleaux. Dans les endroits montagneux : croissent le pin, l'épinetfe, le bouleau blanc.

La plupart des lacs abondent en truite, perche, brochet, et autres poissons.

M. Symmes rappelait qu'en 1860 il y avait quatorze chantiers en activité sur le St. Maurice, et qu'il évaluait la quantité du bois manufacturé à environ 100,000 billots de pin blanc, pour être 6ciés en planche, et environ 20,000 morceaux de bois quarré de pin rouge et blanc, mais surtout de cette dernière qualité pour les marchés de Québec.

On évalue à 1,300 hommes et au-delà de 600 chevanx le nombre employé dans l'intérieur du St. Maurice, pour la préparation du bois dans cette contrée, et dont les travaux d'exploitation s'étendent jusqu'à une distance de 150 milles du fleuve St. Laurent.

Les établissements agricoles créés pendant ces dernières dix années dans cette région sont épars dans les cantons Peterborough, Hunterstown, Chaouénigane, derrière le Cap de la Madelaine, Montauban, Alton, Colbert, Rocmont et Gosford. Toutes ces colonies naissantes sont dans un état florissant de progrès qui va sans cesse grandissant, et que nous constaterons par l'étude plus développée que nous allons maintenant faire de leurs ressources actuelles.

LIT.— Comté de Dlaaklnonffé.

Ce comté est situé sur la rive nord du fleuve, et il est borné

Ï>ar le Lac St. Pierre, le plus large épanchement du Saint- Laurent entre Kingston et la Baie St. Paul, espace de plus de 400 milles.

La population de ce comté s'élève aujourd'hui à 14,790 âmes, toute d'origine canadienne-française à l'exception de 287 personnes appartenant à d'autres origines.

On y possède 205,356 acre3 de terre dont 80,293 sont en état d'être cultivés et 125,063 acres sont en lorêt.

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Les récoltes de 1860 ont donne 636,668 minots de grains et 126,313 minots de patates et navets, formant en tout 762,981 minots et 11,551 tonneaux de foin, le tout évalué à $425,713.42.

Les produits de l'industrie domestique, 6e composant du sucre d érable, beurre, laine, étoffe foulée, flanelle, toile et filasse, s'élèvent à nne valeur de $109,664.76.

Les jardins et vergers ont fourni pour une somme de $15,487.

Le bétail, au chiffre de 32,292 têtes, est évalué à $399,753.

La valeur des voitures d'agrément, au nombre de 2,779, est estimée à $64,719.

Les instruments d'agriculture valent $199,858 ; et la valeur de la propriété foncière est estimée à $3,452,250.

Formant une richesse totale de $4,677,445.18.

H n'y a que deux cantons dans les limites de ce comté ; Peterborough et Hunterstown. Le sol de ces cantons est de bonne qualité ; le bois est généralement composé de bouleau, érable, hêtre, chêne, pin, épinette, peuplier et sapin.

M. W. A. Parke, résidant dans le canton Hunterstown, rapportait devant le comité de colonisation de 1862 que la colonisation n'avait fait presqu'aucun progrès dans le comté de Maskinongé, faute d'attention et d encouragements suffisants. Pour montrer quel progrès ferait la colonisation si l'on s'en occupait sérieusement, ce monsieur rappelle qu'il y a environ quatre ans, le gouvernement consacra une certaine somme d'argent à la construction d'un chemin dans la vallée de la Rivière-du-Lonp, sur u»e distance de cinq milles, et qn'en moins de deux ans, tous les lots furent pris par des colons (au prix de $1 par acre 'r le terrain appartenant à une compagnie) ; tous ces colons sont résidents maintenant, et ont défriché de cinq à vingt acres Ghacun.

M. Parke, désireux de voir la colonisation progresser dans l'endroit, mentionne qu'au nord du canton Hunterstown, en remontant la vallée de la Rivière-du-Loup, l'on pourrait former un canton de 30,000 acres ou plus, dans une région qui est bien boisée et bien arrosée, étant traversée par plusieurs grands cours d'eau. Le sol est aussi bon que tout ce que Ton peut trouver dans le territoire du St. Maurice. " Le fait est que je ne connais aucune autre étendue considérable de terre, dit ce monsieur, où il y ait autant de terrain propre à la culture que celle que je mentionne ici. J'en parle avec connaissance de cause, car j'ai parcouru chaque mille carré de ce territoire jusqu'à la Mataouin, distance de plus de 30 milles."

Deux rivièrc3, de plus de 100 milles de longueur chacune, la Eivière-du-Loup et la Maskinongé, traversent le comté et les terres incultes ci-dessus mentionnées. Les lacs qui s'y déchargent sont innombrables, et varient en longueur d'un demi mille à neuf milles. Ces vallées renferment des terrains propres à la colonisation, mais les moyens de communication manquent.

Il n'est pas raisonnable d'espérer qu'un pauvre habitant ira se plonger dans la forêt pour y défricher une terre, lorsque le défaut de chemins le forcerait de transporter toutes ses provisions sur son dos ou d'attendre l'hiver pour les avoir.

On affirme qu'ft y a des centaines de jeunes gens dans le comté, qui seraient disposés à prendre des lots si les terres de la couronne étaient divisées en cantons et arpentées, et s'il y avait des chemins ouverts pour y parvenir.

Le comté qui nous occupe renferme neuf paroisses dont quatre ont surgi durant ces dernières dix années.

La paroisse de Maskinongé, placée sous le patronage de Saint-Joseph, renferme une population de 2,325 habitants, tous d'origine canadienne-française, à l'exception de 15 personnes. Cette paroisse possède un assez joli village, éloigné d'environ 30 milles de la ville de Trois Éivières. Le sol de cette paroisse est gras et fertile, généralement plat ; près du fleuve il est extrêmement bas au point qu'il est quelquefois submergé dans le printemps, mais cela ne fait qu'enrichir davantage les belles prairies et les bons pâturages qui bordent la rivière. La belle et grande rivière Maskinongé qui passe au milieu de la paroisse, est navigable pour les petites embarcations à plusieurs milles, en la remontant Plusieurs moulins à farine et à scies sont mis en mouvement par ses eaux.

La paroisse nouvelle de St. Justin, formée d'une partie de celle de St. Joseph, comprenant un territoire de cinq milles sur quatre milles, est située dans le fief Carufel, et renferme une population de 1,646 habitants. La terre est d'une assez bonne qualité, mêlée çà et là d'une argile rongeâtre et de sable. Cette paroisse possède une église neuve, de pierre, d'environ 100 pieds de longueur, dont la construction vient d'être terminée. Un prêtre réside dans cette paroisse depuis 1858.

Quelques milles plus haut, sur la même rivière de Maskinongé, se rencontre une autre paroisse nouvelle, celle de Saint-Didace, formée dans la seigneurie de Lanaudière, à 15 milles du fleuve, laquelle renferme une population de 1,654 âmes, toute canadienne française; à l'exception de sept person-

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nés d'origine irlandaise et écossaise. Cette partie de la seigneurie est abondamment arrosée par plusieurs branches de rivières et ruisseaux, et offre un sol de bonne qualité, bien boisé de hêtre, érable, bouleau et antre bois, une Chapelle do 60 pieds sur 45 pieds est construite sur la côte sud de la rivière Maskinonge, à dix arpents de la ligne séparant le district dos Trois-Rivières de celui de Joliette. Un prêtre réside dans cette paroisse depuis 1852. Un chemin part de St. Didace conduisant au canton Peterborough, situé au nord de cette paroisse, où se trouve une petite colonie que nous verrons dans l'instant. M. D. Maigret, conducteur des travaux de ce chemin, dit dans son rapport de 1862 que le terrain, généralement bon le long de la partie ouverte du chemin, est de qualité supérieure dans le canton Peterborough , couvert d'érablieres non encore exploitées à cause du manque de communication. Nous rencontrons çà et là, dit M. Maigret, des habitations de colons qui sont dans la joie en voyant arriver un chemin à leur porte. Il existe plusieurs magnifiques pouvoirs d'eau sur des torrents qui s'écoulent du grand nombre de lacs qui s'y rencontrent

M. l'abbé Turgeon, chargé de l'ouverture de ce chemin, en 1859, disait dans son rapport de cette même année : " Déjà les terres qui environnent ce nouveau chemin sont presque toutes prises, et là où le timide colon n'osait s'enfoncer avant l'ouverture de ce chemin, on voit tomber par milliers les arbres qui codent leurs places et leurs cendres pour recevoir et sustenter le nouveau colon. Ce chemin va donner l'élan à la colonisation du canton Peterborough et fournir au gouvernement l'occasion de vendre ces terres. Veut-on savoir les avantagée qu'offre un bon chemin dans un nouvel endroit ? Les habitants de St. Didace pourront en dire quelque chose. Avant que le gouvernement ne votât des argents pour nos chemins, aller à St. Didace c'était s'expatrier! Mais aujourd'hui qu'il y a des chemins, la valeur des terres a augmenté de plus de trois fois, et l'on voit que ceux qui regardaient avec dédain notre localité sont heureux de pouvoir venir y chercher un asile contre leur misère."

Une autre paroisse nouvelle se développe également bien dans le canton Peterborough, situé au-dessus de la seigneurie de Lanaudière, laquelle est placée sous l'invocation de Sainte- Agathe. Une Chapelle de 30 pieds sur 36 est construite dans le canton, sur les bords de la rivière Mastigoche, à environ neuf milles au N. O. de la Chapelle de St. Didace. La nou-

velle paroisse de Ste. Agathe, qui ne figure pas encore dans le recensement de 1861, renferme anjourd^iui environ 130

})ersonnes. C'est M. le Cnrô de St. Didace qui est chargé de a desserte de cette mission.

M. l'abbé Turgeon, que je citais il y a nn instant, ami très zélé et très dévoué de l'œuvre de la colonisation de ce canton, rapportait, en 1359, que les borda de la rivière Mastigoche paraissaient être très riches en mines de fer et de plomb ; il était d'opinion que le minerai de fer qui s'y trouve n'était nullement inférieur à celui de la vallée du St. Maurice. Cette opinion de M. Turgeon, auant à la mine de plomb, est également partagé par des chasseurs qui affirment qu'il existe dans le l?t de cette rivière une mine de plomb, d'nne demilieue de longueur, qui pourrait être exploitée assez facilement, paraît-il.

En descendant de nouveau au fleuve, nous nous trouvons dans la paroisse de St- Antoine de la Rivière-du-Lonp, siWdans la seigneurie des Dames Ursulines de Trois-Rivières, laquelle renferme un beau et populeux village. Le sol de cette paroisse est communément une terre légère et rougeâtre, un peu sablonneuse, quelquefois mêlée d'argile ; dans plusieurs endroits c'est une belle marne jaune, très fertile, qui produit bien toutes espèces de grains. Le terrain est uni, et bas vers les bords du Lac St. Pierre. La grande et la petite rivière du Loup, et quelques autres courants arrosent admirablement bien cette paroisse, surtout la grande rivière, qui traverse dia-

fonalement la seigneurie,. et par ses nombreux détours ajoutent eaucoup aux autres agréments de l'endroit. Le village est situé sur la rive Ouest de la grande rivière du Loup, laquelle donne le mouvement aux grandes scieries de MM. Parker et Faucher, ainsi qu'à plusieurs moulins à farine ; eirviron 300,000 morceaux de bois sortent annuellement de cette rivière du Loup. Le chiffre total de la population de cette paroisse s'élève à 2,980 âmes dont 2,821 habitants sont can adien s-fran çais.

A environ quatre milles et demi plus haut, sur une des branches de la rivière du Loup, se tronve située la paroisse de St. Léon, célèbre par 6es excellentes sources minérales, laquelle renferme un grand et magnifique village. La population de cette paroisse s'élève aujourd'hui à 2,218 habitants. Le 6ol de cette paroisse est à peu près semblable à celui de la Rivièredu-Loup, et produit bien toutes les cultures. Le recensement de 1861 constate que cette paroisse est la plus importante et

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la plus riche en productions agricoles de toutes celles du comté, à 1 exception toutefois de St. Antoine de la Rivière-du-Lonp ; cependant, elle tient le premier rang quant à la culture du blé.

La paroisse de Sainte-Ursule est située à environ 9 milles à l'ouest de la paroisse que nous venons de voir, sur la petite Rivière-du-Loup, dans le fief St. Jean ; mais elle n'est éloignée du village de la Rivière-du-Loup ou du fleuve St. Laurent, que d'environ 5 milles, La terre est bonne et fertile et produit abondamment toutes les espèces de grains. Elle tient le premier rang pour les cultures du seigle et aes patates. Le chiffre do la population de cette paroisse s'élève a 2,191 âmes.

Au-dessus de St. Léon se trouve la paroisse de St. Paulin, qui renferme un village très florissant situé dans le voisinage de la Rivière-du-Loup, à une distance d'environ 15 milles du fleuve. Un commerce actif a lieu dans cette paroisse, consistant en grains, farine et bois scié, surtout la planche, que l'on expédie aux marchés américains par la voie de la rivière Richelieu. On compte une* population de 1,065 habitants dans cette paroisse, tous canadiens-français, à l'exception de deux personnes. Cette paroisse renferme de nombreuses érablières, qui, comme toutes celles des autres paroisses, que nous venons de voir, sont exploitées avec profit. jDurant l'année 1860, les habitants de St. Paulin n'ont pas confectionné moins que 30,450 lbs. de sucre, pour leur part.

Le dernier centre qui nous reste à étudier est le canton Hunterstown, situé au-dessus de St. Paulin, étant la propriété

Îresqu'exclusive d'une société de capitalistes, paraît-il. outefois, le gouvernement n'offre pas un seul acre déterre en vente dans ce canton, tandisque toutes les terres environnantes, arpentées, sont mises en vente par le Département. Le chiffre de la population résidente s élève à 711 âmes, dont 620 habitants appartiennent à l'origine canadienne-française. On compte dans l'endroit 41;423 acres de terre possédés, dont 1,218 acres seulement sont défrichés, lesquels ont donné une récolte de 4,988 minots de grains et 8,51£ minots de patates et navets, en 1860, formant en tout 13,503 minots, outre 245 tonneaux de foin et les pâturages. La propriété foncière de ce canton est déjà évaluée à $187,717 ; les instruments d'agriculture à $54,101 ; et le bétail à $9,685.

Plusieurs rivières arrosent ce canton, entr'autre la rivière aux Ecorces, qui prend sa source dans un lac situé à environ dix milles plus naut que le petit village d'Hunterstown, laquelle rivière vient tomber dans la grande rivière du Loup, au centre du canton qui nous occupe.

450 COLONISATION DU BAfi-CAHADA.

Un chemin est ouvert dans le canton Hunterstown, qui part de la paroisse de St. Paulin, suit la rive sud-ouest de la grande rivière du Loup jusqu'à l'embouchure de la rivière aux Ecorces, au cœur du nouveau centre de colonisation, laquelle route doit être continuée en montant, chaqne côté, de la rivière. Les terre» bordées par la rivière aux Ecorces sont bonnes et couvertes de beaux bois, dit M. Léandre Lafond, conducteur des travaux de ce chemin, et rapporte qu'on trouve sur cette rivière de bons pouvoirs d'eau. D invite le gouvernement à continuer aussi le chemin qui sait la rivière du Loup jusqu'au LacSaocomie, où il existe également de bons pouvoirs d'eau, de beaux bois et de bonnes terres. D ajoute que les terres propres à la colonisation s'étendent sur une profondeur d'environ neuf milles en arrière des cantons actuellement arpentés, tels que ceux d'Hunterstown et Caxton.

Durant l'année 18.62, les travaux des deux routes susmentionnées ont été continués. M. Lafond, chargé du chemin en vote d'ouverture au nord -est delà rivière du Loup, rapporte que le terrain traversé par ce chemin est de bonne qualité, et que l'on y trouve de nouveaux pouvoirs d'eau et des traces de mines de fer. A peu près 50 lots ont été pris sur ce chemin durant l'année 1862, dit ce monsieur, et il mentionne que les terres qui ne valaient ara $50 ces dernières années, valent aujourd'hui $600. M, F. X. Rivard, chargé de l'ouverture de l'antre chemin, celui de la rivière aux Ecorces, dit dans son rapport de 1862 que le» lots sont presque tous pris sur le dit chemin, lequel sert à établir une communication facile avec les paroisses avoisinantes, telles que St. Léon et Ste. Ursule, et qu'il fournit un chemin plus court d'au moins une lieue pour communiquer avec le chef-lieu où se trouve la cour de Circuit et le bureau d'enregistrement. Les lots sont même

}>ris sur une grande distance, en avant du chemin ouvert, et es colons en attendent l'ouverture avec impatience pour aller s'yfixer défindâremefit.

La population du cairfon Hunterstown est desservie par M^ le Curé de St. Paulin, de temps à autre.

Durant les dix années qui viennent de finir, la population du comté de Maskinongé a augmenté de 1,675 âmes, au profit seul des canadiens-français, et on évalue à 16,265 acres la terre nouvellement mise en état de culture, durant la même période.

Les produits de l'industrie domestique ont aussi considérablement augmenté en quantité. Il y a dix an», c'est-à-dire en

VIe ÉTUDE.— COMTÉ P0 SAIRT-HAUBIGE. é51

1851, les habitants des diverses paroisses composant aujourdlini ce comté avaient manufacturé 119,560 Ibs. de sucre d'érable ; tandis qu'en 1860 il en a été confectionné 190,893 lbs., formant une augmentation en faveur de cette dernière année de 71,333 lbs. La laiterie offre encore de plus grands développements. En 1851, il avait été prépare 101,670 lbs. de beurre, tandis que le recensement de 1861 constate qu'il y a eu 221,076 lbs. préparées durant l'année de 1860, formant un surplus de 119,406 lbs.

Il n'y a pas encore de Société de Secours établie dans les limites de ce comté, m'informe-t-on.

JLXII^-Comté du Saint-Maurice,

Ce comté renferme une population de 11,100 habitants dont 10,919 sont d'origine canadienne-française et 181 appartiennent à d'autres origines ; il y a dix ans, on comptait dans les paroisses composant aujourd'hui ce comté une population totale de 9,511 âmes : ce qui offre une augmentation de 1,689 habitants en faveur de 1861.

L'étendue des terrains possédés s'élève aujourd'hui à 135,943 acres dont 57,793 sont en état de culture, qui ont produit 504,668 minots de grains et 149,985 minots de patates et navets, en 1860, formant une récolte totale de 654,653 minots et 9,476 tonneaux de foin, outre les pâturages, le tout évalué à $351,357.86.

Les produits de l'industrie domestique, comprenant le beurre, le sucre, la laine, l'étoffe foulée, la flanelle, la toile et la .fi lasse, s'élèvent à une valeur estimée à $81,891.87. Le beurre seul figure pour 201,221 lbs.

Le revenu des jardins et vergers est évalué à $11,397.

Le bétail, au chiffre de 20,890 tètes, vaut $268,138.

Les voitures de plaisir, au nombre de 2,231, 6ont évaluées à $38,363.

Les instruments d'agriculture à $91,367 ; et la valeur de la ropriété foncière à $2,229,098, outre celle de la ville des 'rois-Rivières qui ne doit pas entrer dans cet exposé.

Formant en tout $3,071,612.73.

Ce comté est formé des paroisses de Ste. Anne d'Yamachiche, St. Sévère, St. Barnabe, Pointe^du-Lac, Trois-Rivières,

452 ' COLONISATION" DU -BAJS-CAKADA.^

St. Efîénne et St. Boniface, parmi lesquelles' on compte trois paroisses nouvelles qui ont surgi durant ces dernières dix années.

M. H.. Beau chemin, commissaire du recensement de 1861 pour ce comté, rappelle dans son rapport à ce sujet que le sol des paroisses du comté est très fertile et propre à la culture de toutes espèces de céréales. On ne rencontre, dit-il, de terrain sablonneux que dans St. Etienne et une partie de la Pointedu-Lac? et ce terrain malgré cela est assez fertile pour produire une assez abondante récolte de seigle, sarrazin et une grande quantité de pommes de terre.

Ce comté possédé aussi d'excellents pâturages, comme il est facile de le voir nar la grande quantité de beurre ci-dessus mentionné fourni par les diverses paroisses du comté.

Les prairies y sont aussi très productives, puisqu'on y a récolté 9,476 tonneaux de foin, égal à 1,184,881 bottes.

Plusieurs rivières traversent le sol de ce comté, mais la plus •considérable est celle d'Yamachiche qui prend sa source à -environ 30 milles du fleuve. Ces rivières, quoique peu volumineuses offrent cependant un nombre assez considérable de pouvoirs d'eau qui sont exploités convenablement ; d'après le rapport de M. Beauchemin on compte dans ce comté trentesix moulins en opération, comme suit; 12. moulins à farine, 16 à scies, 4 à carder et 4 à fouler.

On évalue à 148,000 acres l'étendue des terrains arpentes dans le comté du St. Maurice, actuellement offerts en vente, à raison de 30 cents l'acre pour les terres de la Couronne, et de 3s. à'4s. l'acre pour celles provenant des Biens des Jésuites, dans la seigneurie au Cap de la fMadelaine. Alphonse Dubord, écr.,. demeurant à Trois-Rivières, est chargé de la vente de ces terres.

MJ. Richard Lanignan, marchand,' demeurant à Trois- Riyières, rapportait devant le comité de colonisation de 1S62 que la colonisation faisait des progrès rapides partout où il y avait des chemins ouverts, et qu'elle était bien lente pour ne pas dire nulle là où il n'y avait point de routes pour y communiquer, malgré que le colon du St. Maurice y trouve un marché facile et rémunérateur pour tous ses produits, dans

fresque toutes les parties du territoire, en conséquence de exploitation des bois ; d'où il faut conclure que l'absence de chemins est le grand obstacle à la colonisation partout où tee besoin, se fait sentir.

VI* ÉTUDE. — COMTÉ DU BÀINT-MAUBICE. 453

Maintenant, disons un mot sur les divers centres de population renfermés dans le comté, tant anciens que nouveaux.

La paroisse de Sainte-Anne (Yamachiche} figure au premier rang par la richesse et la fertilité de son sol, le chiffre élevé de sa population et la haute valeur de la propriété' foncière. Un magnifique village est formé sur le bord de l'agréable petite rivière Yamacrhiehe, qui coule au centre de la paroisse, dans lequel se transige beaucoup d'affaires commerciales tant pour les produits des récoltes que pour ceux de ses nombreuses scieries. Ce village n'est éloigné du fleuve que d'environ le mille et renferme tous les genres de métiers ordinaires. Le sol de cette paroisse est un peu bas vers le front, mais en s'él oignant du Lac il s'élève. On compte dans la paroisse et le village une population de 3,213 âmes. Parmi les grains récoltés, on trouve dans le recensement de 1861 la quantité prodigieuse de 182,381 minots d'avoine, 9,130 minots de blé, et tous les autres grains en proportion. La valeur des terres de cette paroisse est estimée à $1,026,887 ; celle des instruments d'agriculture à $37,899 ; et le bétail à $97,972.

On remarque dans le village d!Yamachiohe une belle église dé pierre estimée à $36,000 ; un superbe presbytère de pierre de taille valant $8*000, -et deux beaux édifices en briques, à deux étages, destinés, l'un à un couvent dirigé par les Révérendes Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, lequel était fréquenté par 114 élèves, lors du recensement de 1861, suivant que le constate le rapport de M. Beanchemin ; et l'autre à une Académie tenue par les zélôs Frères des Ecoles Chrétiennes, qui enseignent à 150 ou 200 entants chaque année.

À six milles en arrière de Ste. Anne, se trouve la nouvelle paroisse de Saint- Sévère, située dans le fief Gatineau et formant un territoire de 3 milles sur 7 milles de profondeur. Le sol de cette paroisse est un peu plus léger que celui de Ste. Anne, mais également fertile. Il est arrosé par la petite et la grande rivière Uachiche sur les bords desquelles se trouvent de florissants établissements. L'orge, les pois et le sanazm sont les principales récoltes, ainsi que l'avoine. On évalue déjà la valeur des terres de cette paroisse naissante à $214,630,. et le bétail à $26,906. Une église en pierre d'environ 100 pieds de longueur est construite, et un Prêtre réside dans la paroisse depuis 1855. La population de St. Sévère s'élève aujourd'hui à 936 âmes.

A neuf milles en arrière de Ste. An -e, ou trois milles de St. Sévère, se trouve la paroisse de SaintJBarnabé, . aussi .située;

454 COL02fEB2LTlDN DIT BAS-CAITARâ.

dans

bien 1 orge, les pois, l'avoine et les patates, qui sont les t>

Î>ales cultures de la localité. Cette paroisse renferme d excelentes érablières qui ont fourni 49,800 lbs. de sucre, en 1860. On compte trois moulins à farine et cinq moulins à scie dans cette ancieore paroisse, pour les besoins de la population du lieu.

En retournant au fleure, à la Pointe-du-Lac, noua nous trouvons dans la paroisse de la Yisîtation, laquelle comprend le fief de Tonnancour et partie du fief Gatineau, outre la seigneurie de la Pomte-du-£ac, formant en tout une étendue de 4} milles sur 6 milles de profondeur, située près des Trois- Rivières, à la sortie du Lac St. Pierre. La population de cette vieille paroisse s'élève aujourd'hui à 1,649 âme*. Le sol de cette paroisse est pour une grande partie léger et rougeatre, mais il repose sur une argile on une marne de bonne qualité ; le terrain est bas sur le fleuve ; vers l'intérieur il s'élève par dégrés et plus rapidement encore vers le fond. L'érable, le hêtre, le irêne et le bouleau forment les principales espèces. Cette paroisse est arrosée par plusieurs rivières qui font mouvoir deux moulins à farine, trois à scie et un moulin à carder et à fouler; ce dernier moulin est pourvu d'une machine à raser et d'un appareil pour teindre les étoffes. La pointe du Lac,qui donne son nom à la paroisse qui nous occupe, forme une grande partie saillante du front de la seigneurie, laquelle constitue l'extrémité nord-est du Lac St. Pierre. Afin de défendre le passage du St. Laurent aux flottes ennemies, lors de la première guerre d'Amérique, les França:s avaient construit une redoute sur ce promontoire et des forces militaires y stationnaient habituellement. En 1815, on voyait encore quelques restes des anciennes casernes qu'on y avaient élevées. Aujourd'hui, on voit au même endroit, ou à peu près, un

Î)hare placé par le gouvernement provincial pour les fins de a navigation.

La paroisse des Trois-Rivières, (outre la ville qui géra l'objet •d'une mention spéciale,) est située dans la seigneurie Ste. Marguerite, et renferme une population agricole de 214 familles <ou 607 habitants, possédant 2,495 acres de terre en état parfait de labour sur 14,862 acres possédés. Le sol est léger et sablonneux, mêlé dans quelques endroits d'argile. Plusieurs •courants d'eau sillonnent 1 endroit sur deux desquels des imoulins à farine ont été construits et mis en activité. £a valeur des terres est estimée à $191,528*.

VI? ÉTUDE. — OOMTÊ DU flAINT-MAUBICE. 455

A quinze milles an nord de la Tille des Trois-Kivières se trouve la nouvelle paroisse de St. Etienne, située dans le fief St. Maurice, laquelle renferme une population de 2,054 habitants, tous canadiens-français moins 6 ou 7 familles de différentes origines, soit 82 personnes. Une chapelle de 50

5ieds sur 30 est construite à l'ouest de la rivière du St. laùrice, à environ 42 arpents de la dite rivière, et un Prêtre y réside depuis 1857.

Le sol de cette paroisse est sablonneux et léger sur une couche d'argile et de bonne marne ; en quelques endroits, il office un mélange supérieur de marne ou de terre végétale grasse et noire qui rend d* assez bonnes récoltes. La 6urface est une succession continuelle d'éminences et d'abaissements ; dans les parties basses se trouvent le cèdre et l'épinette et sur les hauteurs l'érable, le bouleau, le hêtre et le frêne.

Les forges du St. Maurice ; — que nous verrons plus tard sous le chapitre de la Villes des Trois-Rivières, — sont situées dans la partie sud du dit fief, dans une superbe vallée, au confluent d'une rivière avec le St Maurice, à environ 9 milles au-dessus de la ville.

On compte aujourd'hui 4,257 acres de terre en culture dans la paroisse nouvelle de St. Etienne, qui ont produit 35,500 minots de grains et 29,026 minots de patates et navets, en 1860, formant en tout 64,526 minots outre 339 tonneaux •de foin. La valeur des terres est évaluée à $119,145.

Tient ensuite le canton Chàouénigane ouvert à la colonisation vers 1849, dans lequel se développe la paroisse nouvelle de St. Boniface. D'après le recensement de 1851 il n'y avait alors que 283 habitants dans l'endroit ; aujourd'hui le chiffre «de la population de St. Boniface s'élève à 248 familles ou 1,010 âmes, tontes d'origine canadienne, excepté 14 personnes, «d'origine britannique. La chapelle en bois qui s y trouve va bientôt disparaître pour faire place à une église de pierre qui doit être construite très prochainement, laquelle -aura une longueur d'environ 100 pieds. Un Prêtre réside dans «cette paroisse naissante depuis 1861.

Alphonse Dubord, écr., de la ville des Trois-Rivières, ami très zélé de la colonisation du St. Maurice, et agent des Terres «de la Couronne, rapporte devant le comité de colonisation de 1S60 que tous les bons lots dans le canton Chàouénigane sont vendus, et qu'il ne reste plus que les lots situés sur les parties les plus montagneuses et qui ne se prennent généralement que pour y faire du sucre. Il ne reste plus, toutefois, que 8,000 acres de terre à vendre par le gouvernement dans ce canton, à

raison de 30 cents l'acre. Plusieurs branches de la rivière- Yamachiche, ainsi que les rivières la Pêche et Grande-Mère» arrosent complètement le sol de Chaouénigane, et trois moulins , à scie fonctionnent dans ce canton.

On évalue les terrains mis en état de culture au chiffre de 3,600 acres sur 22,600 acres qui sont possédés, lesquels • défrichements ont produit 28,622 minots de grains et 30,128 minots de patates et navets, en 1860, formant une récolte totale de 58,750 minots et 563 tonneaux de foin, autre les pâturages. La valeur de terres de St. Boniface est estimée à $142,879.

Outre les endroits mentionnés dans les pages du recense-' ment de 1861, que nous venons de voir, se trouvent les suivants qui n'y figurent point encore et ou la colonisation ne fait que commencer à se développer, mais qui méritent d'être .signalés, afin que nous puissions dans dix ans établir des parallèles sur la valeur des progrès qui devront nécessairement s'accomplir dans ces centres nouveaux de population.

1°. — Le canton Caxton, est situé au nord et à l'ouest de Chaouénigane dans lequel sont établies à peu près 30 familles canadiennes. Il paraîtrait que ce canton fut en grande partie vendu, en 1833, à MM. IL H. Humphrics, et J. R. Webb. Ces messieurs y possèdent 28,219 acres de terre qu'ilsont payés la somme de $li,109.50. D'après le témoignage de M. Dubord la moitié de cette somme aurait été payée lors de Tachât, et rien n'aurait été payé depuis ; il paraît même que ces messieurs sont disparus. Ces terres, qui sont d'une excellente qualité, vont donc :devenir un obstacle à la colonisation de ce canton, puisqu'elles ne pourraient être établies convenablement sons ces circonstances. M. Dubord est d'opinion qu'il y a longtemps ,que ces terres seraient en culture, si les colons avaient pu s y établir. Il existe une riche carrière de pierre à chaux dans le ..cantpn Caxton, qui ne manquera pas d'être exploitée aussitôt que des chemins en auront facilites les moyens.

2°. — A 87 milles de Trois- Rivières, ou à 48 milles au nord des Grandes Piles, se trouvent les cantons Polette et Twreotte récemment arpentés, situés dans la vallée de la rivière aux Rats, à l'ouest du St. Maurice, dans lesquels sont établies 5 ou 6 familles canadiennes. On communique à cette nouvelle colonie par eau, soit en canot, soit par le bateau-à-vapeur voyageant entre les Grandes Piles et la Tuque, lequel dernier endroit se trouve être a 18 milles au-dessus de la rivière aux Rats. Le sol des cantons ci-dessus mentionnés est uni, riche et facile à

TI# ÉTUDE. — COMTÉ DU 8ÀINT-MÀUBIOE. 45?*

défricher, couvert de bois mêlé et bien arrosé par diverse» branches de la Rivière-aux-Ruts, la Wessonneau et plusieurs autres petites rivières. C'est le canton Polette, toutefois, qui renferme la plus grande quantité de bonnes terres : celles du canton Turcotte étant généralement plus rocheuses.

3°. — En remontant la rivière St. Maurice jusqu'à la Tnque, • où finit la navigation ci-dessus mentionnée, se trouve aussi là un petit noyau de population de 3 ou 4 familles canadiennes et des familles sauvages, qui s'occnpent des travaux de la terre. Ce poste, très éloigné aujourdTiuî à cause du manque de communication pour y arriver, deviendra indubitablement une place d'une importance considérable, lorsqu'il y aura des. chemins pour y communiquer, tant à cause de sa situation à l'extrémité de la partie navigable, qu'à son voisinage des confluents des principaux cours d'eau qui se jettent dans le St. Maurice, en cet endroit. ,

Le grand chemin qui Ya des Trois-Eivières aux Grandes Piles, sur le St. Maurice, formant une longueur d'environ 39 milles, passe à travers les terres des forges de St. Maurice de St. Etienne et de St. Boniface. L'on parvient aussi à St. Etienne par l'ancien chemin des forges. Un chemin de 12 milles est aussi ouvert entre St. Etienne et St. Barnabe, qui permet de communiquer également dans le canton Caxton*

Le gouvernement projette l'ouverture de plusieurs grandes routes de colonisation qui seraient pour le territoire du St. Maurice d'un avantage incalculable, et très propre à donner aux habitants de cette partie du pays les moyens nécessaires pour y faire développer les immenses ressources qui abondent partout.

Au nombre des chemins les plus importants se trouve la route du St. Maurice, commencée en 1861, qui part de Ste. Flore, sur le chemin des Piles, dans la seigneurie du Cap de la Madeleine, pour se rendre jusqu'à l'embouchure de Ja rivière Mataouin, et de là à la rivière aux Rats. De ce point, une branche gagnera la Tuque, sur la rivière St. Maurice, et l'autre la rivière Vermillon, en suivant le sud de la rivière aux Kats.

On parle aussi d'un chemin qui serait ouvert entre la Tnque et le canton Roberval, sur le Lac St. Jean, formant une longueur de 75 milles, qui offrirait à la colonisation des deux territoires de St. Maurice et du Saguenay des avantages très précieux en donnant naissance à plusieurs belles paroisses qui ne tarderaient pas à se former dans les riches vallées aee

458 COÏiONISATIOST du bas-caxada*

rivières Croche et Ouiatchouanish, où de grandes étendîtes de bonnes terres existent.

En jetant un eoup-d'œil sur l'espace que ces chemins devront parcourir, on comprend de suite rimmense quantité de terres qu'ils devront ouvrir à la colonisation, quoiqu'une assez grande partie du terrain, entre la Tuque et le Lac ot Jean, soit d'une médiocre qualité, surtout celui qui forme le sommet d'épanchement qui partage les eaux du St. Maurice de celles du Saguenay. Quoiqu'il en soit, il est certain que le pays serait bien vite remboursée de ses sacrifices pour l'ouverture de ce -chemin, par la mise en valeur des bonnes terres qui donneraient un nouvel élan à la colonisation du nord du fleuve St. Laurent.

M. Lanignan, des Troie-Rivières, dit dans ses notes adressées au comité de colonisation de 1862 qu'il n'y pas encore de Sociétés de Secours établies dans le comté do St. Maurice pour aider ceux qui ouvrent des terres, mais qull a été plusieurs fois proposé d'en former une, et qu'il est en faveur de telles sociétés de colonisation. Eh ! bien, avisez donc i C'est la Clef de la colonisation, n'en doutez poioA.

Tille des Trols-Rlvlères.

La ville des Trois-Rivières est après Québec la plus ancienne Ville du Canada. D'après le Père Bressani, elle doit son nom à ce qu'elle a été fondée à l'endroit où la rivière du St. Maurice, en se jetant dans le fleuve St. Laurent, est séparée par deux isles qui forment trois embouchures ou chenaux.

Ce fut vers l'année 1616 que les premiers colons européens débarquèrent sur le rivage ae la ville future, accompagnés du frère Pacifique Efuplessis, récollet, arrivé de France en Canada l'année précédente.

L'honorable M. Chauveau mentionne dans sa Relation déjà citée, qu'en 1618 " les trafiquants français firent choix de ce

Soste, placé à mi-chemin entre Québec et Montréal, dans le but 'en faire un dépôt et aussi parce qu'il se trouvait moins exposé aux incursions des Iroquok que la dernière localité.

En 1634, de nouveaux colons, ouvriers pour la plupart, arrivèrent à'Trois-Rivières par l'ordre de M. de Champiain, placés sous la direction de M. de la Violette, lesquels

Yf faUDH.— VILLE DBS TEOIS-RIVrÈEES. 459

débarquèrent le 4 juillet pour y construire des habitations et le Fort destiné à les protéger contre les attaques des sauvages ; ces travaux du Fort consistèrent en une enceinte de pieux de cèdre enfoncés dans le sol.

Soutenu par le commerce des pelleteries, dont ce Fort était alors le quartier général, l'établissement des Trois-Rivières se développa assez bien. Mais la mort de M. de Champlaîn, qui arriva l'année suivante, arrêta court les développements du nouvel établissement en même temps que la fondation de Montréal divisait ses chances de succès:

En 1640, la mission des Trois-Rivières était déjà florissante, alors placée sous les soins des Jésuites, qui continuèrent à desservir cette église jusqu'en 1671, époque où les Récollets revinrent de nouveau s'y établir.

Mgr de St. Vallier, deuxième évêque de Québec, voulant procurer à cette ville naissante lïnestimable bienfait d'une institution charitable pour le soin des malades et l'instruction des jeunes filles, fonda une Communauté dans laquelle était renfermée des écoles et un hôpital, tenus par les Ursulines envoyées de Québec pour cet objet. La première supérieure fut la révérende Mère Marie Brouet. Mais cet utile établissement devint deux fois la proie des flammes ; d'abord en mai 1752, et la deuxième fois en octobre 1806. Mgr de Pontbriand, 6e évêque de Québec, s'empressa de faire rebâtir au plutôt ce monastère, à la suite du premier incendie. Mgr. Plessis, lie évêque, à la nouvelle du nouveau malheur qui détruisit en quelques heures le monastère, l'église et l'hôpital, fit appel à la charité du clergé, et, grâce au zèle deJ'illustre prélat, l'église, le monastère et l'hôpital furent reconstruits avec des dimensions plus considérables qu'auparavant, et les Dames Religieuses y trouvèrent place dès l'automne de l'année suivante, environ treize mois après ce désastre.

Les célèbres Forges de St. Maurice, situées trois lieues en arrière de la ville, furent établies en 1737, à une époque où la population de la ville ne dépassait pas 350 habitants, y compris la Banlieue. On calcule même qu'à cette époque, la population du Bas-Canada ne s'élevait guère plus qu'à 60,000 âmes, et qu'alors tout le Haut-Canada, depuis l'Outaouais jusqu'au Lac St. Clair était complètement en forêt. (1).

(!).-— Joureal des Art* et pétton du H G., Août 1É62.

Cette Usine n'a enrichi personne, que je sache, mais a beaucoup nui aux développements des intérêts commerciaux de la ville des Trois-Rivières, et à la colonisation du territoire du St. Maurice, par les réserves considérables faites dans l'acte de cession primitif.

Voici comment s'exprime à ce sujet M. de Puibusque, dans ses notes d'un voyage fait en Canada il y a quelques années.

" Cette ville, qui est la seconde en ancienneté du Canada, est assurément dans un état de progrès voisin de son enfance. Les forges de Saint-Maurice situées derrière son territoire en sont l'unique cause ; on a concédé tous les bois des alentours à un seul homme sous prétexte d'en alimenter les hautsfourneaux ; il n'y a donc pas eu un seul acre défriché, pas un seul établissement formé, pas une seule ferme, pas un seul moulin, et la rivière Saint-Maurice, dont les déclivités ofirenf.à l'industrie tant de riches pouvoirs d'eau, a continué à couler, comme au temps des sauvages, dans une solitude profonde.

des

à-dire

moyen d'échange et par

" On vient depuis peu de lever l'obstacle ; des concessions de terre ont été accordées, et bien que les premiers occupants ne songent en général qu'à couper le bois et à le vendre, ils fraient la route. Déjà même la seule exploitation du bois a nécessité rétablissement dç plusieurs moulins à scie, et les ouvriers employés dans ces nouvelles usines forment de distance en distance des hameaux qui ne tarderontpas à se changer en villages. En résumé, la population des Trois-Rivières, au lieu de rester attachée aux bords du Saint-Laurent, remonte le Saint- Maurice et envahit les terres du Nord ; >de stationnaire elle devient active et marche vers le progrès."

Comme port-, cette ville est commodément située, parce qu'il y a une profondeur d'eau suffisante pour permettre aux navires de toute capacité d'approcher facilement des quais pour décharger et recevoir les cargaisons.

Le commerce local se réduit au dâtail ; le3 importations varient entre 9 à 12 mille piastres par année. Les exportations, qui n'embrassent que le bois seul, varient démesurément, suivant les opérations des chantiers à bois situés dans l'intérieur du St. Maurice. Par exemple, les exportations de cette ville

VI* fePTDEr— VEtLE DBS IKOK-BIVlÈBES. 461

pour l'année 1857 s'élevèrent à $142,517, tandis que celles de 1859 tombèrent aux chiffres de $18,181.

La population de la ville des Trois-Eivières, aux époques oi-dessous déterminées fut comme suit :

En 1681, ville et banlieue, 150 âmes,

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