C. VERYS V. SL. M
Ce sont là des documents indéniables qui, joints à bien d'autres d’un caractère moins explicite, ne laissent aucun doute à personne.
Mais nous y revenons encore une fois, les eaux chaudes n’ont pas déterminé la fondation de la ville, quoi qu'en dise Tire Live ; Aix fut avant tout une place de guerre, un oppidum, pour protéger Massilia et Telo Martius contre les invasions et les pillages des Volques, c’est l'opinion de Frasus (2) dans son
(1) C. LL. XII, nos 506, 507 et 508.
(2) C'est aussi l'avis de De Gaufridi.
ER. Ce
Histoire Romaine. Dans la suite, loppidum se transforma en cité romaine, transformation facilitée par la présence des sources thermales, par le zèle du proconsul C. Sextius, et aussi par la protection de César, qui n’oublia jamais l’équipée de Massilia en faveur de Pompée. Aix devint ainsi une des premières villes de l'empire romain par le concours de maintes circonstances. Cette station se trouvait au croisement des principales routes de communication, d’une part la voie Aurélienne, dont nous reparlerons plus loin, reliait Aix avec lltalie, par Fréjus et avec l'Espagne par Arles (point où Ia voie Aurélienne prenait fin tandis que comainençait la voie Domitienne). D'autre part, une route reliait directement Aix à Marseille, route qui fut prolongée par la suite jusqu’à Reis Apollinaris, sous le nom de voie Sextienne. Pour être amateurs de bains, les Romains n’en étaient pas moïns soldats avant ‘tout, du moins avant l’époque de leur décadence, et nous allons en avoir la preuve pour les stations thermales de Gréoulx et de Digne.
Après la pacification de la Basse-Provence, les Romains songèrent à étendre leur zone d'influence, seules les montagnes étaient le refuge des tribus guerrières, c'est donc du côté des Alpes qu'ils entreprirent Ja même organisation qui leur avait réussi à Aix : ils fondèrent l’oppidum de Reïs Apollinaris, qui fut élevé ensuite à la dignité de Cité Romaine et qui était reliée à Aquæ Sextiæ par la voie Sextienne el à Forum Julii par une voie spéciale jusqu'à Forum Voconii et de là par la voie Aurélienne,
Tati
On peut remarquer que Reïs Apollinaris (Riez) se trouve à XI milles au nord de Griselurn (Gréoulx), que traversait la voie Sextienne. Les sources thermales de Gréoulx étaient pourtant connues des conquérants de la Gaule, elles étaient sous la protection des nymphes comme nous le prouvent les inscriptions découvertes : |
NYMPHIS GRISELIS
C’est une pierre milliaire de la voie Sextienne, donnant ainsi la distance exacte de XI milles à partir de Riez. Pour protéger la cité d'Aix, un oppidum aurait donc pu être établi à Gréoulx et les légionnaires auraient ainsi bénéficié de l'usage des eaux thermaies à l’exemple des soldats de Marius après la bataille de Pourrières. Il n’en fut rien, car les dispositions topographiques de Gréoulx ne paraissaient pas assez bonnes aux Romains au point de vue stratégique. L'intérêt militaire prévalut sur l'intérêt thermal, puisqu'on ne pouvait pas concilier les deux. Toutefois Gréoulx fut très en honneur dès la période de calme, on y voit venir les personnages les plus illustres ; la proximité des deux grandes cités, Aix et Riez, la facilité d'y parvenir par les ports de Fréjus et de Marseille, tout contribua à la prospérité de cette station thermale qui ne fut jamais qu’une station thermale sans devenir le siège d’une administration quelconque.
. Dans le parc de l'établissement actuel, on voit une pierre votive, dont une cassure à détruit une partie du texte, on peut toujours lire :
EIL. FAVSTIN a T. VIFRASI. POLL CNIS C’ SII PRAE IIMP. PONTIF ASIAE EV XOR NYMPHIS GRISELICIS
« Eil. Faustin (a), épouse de Titus Vitrasius Pollion, consul (pour l1 % fois) Pontife d'Asie, aux nymphes de Gréoulx : »
(d'après les interprétations de GREPPO).
Ces deux inscriptions aux nymphes de Gréoulx sont une preuve suffisante de l'exploitation thermale par les conquérants de la Gaule, on pourrait encore ajouter d’autres documents tels que vestiges d'un bel hôpital et d'un temple luxueux d’après GARGIN (1), ou diverses inscriptions (>) sur de vieil-
(1) Dictionnaire" historique et topographique de la Provence ancienne et moderne — 1833.
(2) Dans les ruines de la maison des bains on a trouvé l'inscription suivante : j BALNEA VI CORPORA SA (CI L tome XII En02"3) Ce serait une partie de la devise placée dans les thermes.