‹ Études sur les eaux minérales de la ProvenceChapitre 12 sur 45 · SN 'É L · texte numérisé non relu

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portante, ont fail usage de ces eaux sulfureuses. À côté de la grande douche, il y a une voûte d’un caractère netlement romain, selon la remarque de M. LÉON PALUSTRE ». |

On peut le voir, aucune preuve suffisante n'existe

à l'heure actuelle pour affirmer l'exploitation thermale de Digne, à l'époque romaine. Le caractère d'une voûte serait l'argument principal, inutile de le discuter. Il paraît assez invraisemblable que les textes de Ptolémée et de Pline, parlant de At via, de l’'oppidum Dinia, soient muets sur les eaux thermales. En attendant le jour où l’on découvrira une épigraphe en l'honneur du dieu protecteur des Sources, seule preuve indéniable, toute affirmation doit être réservée. Mais c» jour-là, on ne pourra pas mettre Digne sur le même pied que Gréoulx ; car, selon toute apparence, l'usage, si usage il y a eu, à été fait par les indigènes, les habitants de la cité. Les Romains opulents de l'Italie ne devaient guère se rendre aux eaux thermales de Digne au même titre que à Aix ou à Gréoulx pas plus vers le Bas-Empire qu'à l’époque de la conquête. Si nous consultons l’ITINÉRAIRE D'ANTONIN OÙ LA TABLE DE PEUTINGER nous ne trouvons pas mentionnée la Civitas Di: niensis ; fouillons davantage la TABLE De PEUTIN- GER, le document princeps des archéologues, et nous constatons le réseau des routes suivant. La voie Sixtienne part d'Aix, passe à Gréoulx, aboutit à Riez et là s'arrête, ou plutôt va rejoindre la voie Aurélienne au Sud par Anteis et Forum Voconii

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mais ne s'étend pas du tout au nord de Riez vers Digne. D’Arles part une autre route qui va à Briancon et se raccorde avec la voie de Gap à Milan ; la voie d'Arles à Briançon passe à Apt, à Forcaiquier, à Sisteron, toutes villes assez éloignées de Digne. En résumé, nous voyons Digne tenue à l'écart des grandes voies consulaires ; nous pouvons presque en conclure au peu d'empressement des patriciens à venir chercher un soulagement à leurs douleurs dans les eaux chaudes de cette station.

M. BuzLior (1) a bien montré, en effet, le zèle que les Romains, surtout à l’époque de la décadence, apportaient à faciliter les voyages aux stations thermales. Le même auteur a signalé au pied du Beuvray, sur la route d’Autun à Saint-Honoré, l'exislence de plusieurs cases en pierre, distantes de 5oo mètres l’une de l’autre, qui devaient servir à des gardiens pouvant communiquer entre eux et assurer la surveillance dans ce lieu propice aux embuscades.

En l’état actuel de:la science archéologique, on ne peut donc pas supposer que les thermes de Digne fussent connus des Romains, le contraire serait beaucoup plus vrai. Mais Digne ne fut pas la seule Station thermale ignorée des Romains : nous allons. passer en revue deux autres sources, exploitées au: jourd’hui, qui sont dans le même cas avec une dif-

(1) BULLIOT. Les Karres de la voie Romaine de Saint-Honoré au pied du Beuvray. Mémoires de la Société Eduenne, tome VI.

férence toutefois pour les voies de communication ; Pioule, située selon toute vraisemblance sur la voie Aurélienne et Pomponiana, mentionnée dans Flunéraire Maritime.

A ProuLE on a trouvé près d’un bassin ou piscine un fragment d'objet en poterie percée de trous en pomme d’arrosoir dont l'utilisation pour l’adminis-

tration de douches en pluie n'aurait rien d’invrai-

semblable. Une série de fouilles, sous la direction de M. Auge, a mis à jour des restes de construction dans lesquels on retrouve plusieurs traits caractéristiques des bains antiques : massif bétonné, ressemblant au fond d’une bassine ou d’une piscine, pièce dans laquelle se trouvait un bassin carré ou cuve au milieu de débris couverts d’enduits, de fragments de mosaïque et de sections de colonnes en terre cuite. Lors du Congrès tenu à Fréjus en 1882, par la Société française d'archéologie, Pioule fut visitée par MM. LÉON PALUSTRE, HÉRON DE VILLEFOSSE, L'ABBÉ THÉDENAT, AUBENAS, elc., qui constatèrent l'émergence de l’eau sur l'emplacement des ruines, le fait est plus frappant pour l’une des 3 sources qui a reçu de ce fait le nom de « Sources des Romains. »

MM. Bonvarp et PErceriEep, dans la Gaule Thermale, posent la question suivante : « Ces substructions ont-elles appartenu à un établissement thermal, ou ne faut-il y voir autre chose qu’une villa dont le propriétaire aurait employé pour son usage personnel les eaux émergeant dans ses terres ? » Et

les auteurs concluent plutôt vers un établissement thermal à cause, disent-ils, de l'emplacement supposé de Forum Voconii au Luc-en-Provence.

À notre avis, la question devrait être ainsi posée : « Les Romains usaient-ils de l’eau de Pioule à litre d'eau minérale ou d’eau ordinaire ? » Car la différence d’un établissement thermal ou d’une villa est chose accessoire (7).

{i) La discussion sur Forum Voconii nous entrainerait trop hors de notre sujet, mais il n’est pas possible âe l’éluder complètement. Forum Voconii se trouve, nous l'avons déjà vu, sur la voie Aurélienne, entre Forum Julii et Mantavonium ; de plus, Forum Voconii est le point d’embranchement d'une route sur Reis Apollinaris par Anteis. Les auteurs diffèrent souvent pour localiser Forum Voconii, les uns opinent pour le Luce, d’autres pour Vidauban, d’autres enfin pour Le Muy. Les cartes de l'Empire Romain (Itinéraire d’Antonin et la table de Peutinger) sont très difficiles à lire, elles omettent les villes et les bourgs où l'on ne fai. sait que passer et ne citent que les endroits où l’on s'arrêtait soit pour le coucher, ce qui s'appelait Mansio, soit pour se rafraichir et changer de chevaux, qu'on nommait Mutatio La topographie des régions est aussi très fantaisiste, l'échelle de la latitude y gagne ce qu'en perd celle de la longitude, en général.

Pour se reconnaître il faut calculer la distance marquée entre deux stations consécutives. Malheureusement. les deux documents ne sont pas d'accord pour le trajet de la voie Aurélienne entre Forum Julii et Tégulata. La diversité des chiffres explique la diversité d'opinions. L'[tinéraire d’Antonin donne raison et contrôle les mesures pour Le Luc : il est ainsi en partant de Forum Julii à Forum Voconti XXIV milles, Mantavonium XII, ad Turrem XIV, Tégulaia XVI, Aquæ Sextiæ XVI, mais il ne parle pas dé la route sur Reis Ampollinaris, d'où impossibilité de contrôler la distance de Forum Voconi à Anteis.

La table de Peutinger, plus complète, nous indique les deux voies avec les distances, c'est, croyons-nous, le seul document à examiner, Car on ne peut pas contrôler deux distances en prenant ur élément dans deux auteurs différents et en désaccord. Nous avons ici toujours en partant de Fréjus, Forum Vocontii XVIE, Mantavonium XXII, ad Turrem XVII, Tégulata XVI, Aquæ Sex-

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