‹ Études sur les eaux minérales de la ProvenceChapitre 42 sur 45 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Bassin de Nice

Avant de clôturer la liste des sources minérales, il est nécessaire de citer la source sulfureuse de Peille et la « source Villa Rosa » situées aux environs de Nice. Nous les groupons sous le titre de « bassin de Nice », alors que le titre devrait être : « Environs de Nice ».

Malgré tous nos efforts, nous ne possédons sur ces sources que les rapports à l’Académie de Médecine. Leur omission pourrait être mal interprétée ; leur citation pure et simple sera notre ligne de conduite, sans prétention aucune.

. PEILLE. — La « source Mercédès » est située à la Guardia de Blansas, commune de Peille. Son point d’émergence naturelle se trouvait autrefois sur la rive gauche du ruisseau à la limite des communes de Peille et de Contes ; elle a été depuis captée définitivement au moyen d’une tranchée et d'une galerie aboutissant à un puits. Le sulfure proviendrait de

la réduction des gypses du cénomanien (?) qui affleurent au voisinage de la source.

En étudiant le bassin de Digne, nous avons vu que la limite méridionale du lias dauphinois passait à Breil ; plus au sud on retrouvait le lias provençal qui à été constaté dans les environs de Peille. Le trias montre aussi certains points d’affleurements, à Castillon, non loin de Peille ; ne serait-il pas sous le calcaire à nunimulite ?

Le gypse exploité lui-même est-il réellement cénomanien, ou bien n'est-il pas de la même nature que celui de Champourcin près de Digne ?

Pour expliquer la réduction de sulfate d'origine sus-triasique, on ne trouve pas de lignite, comme à Saint-Martin-de-Renacas ou les Camoins : force serait donc d’en conclure à une eau sulfureuse triasicoliasique. Devant le peu de renseignements recueillis, le doute seul est permis, d'autant plus que la faible teneur en chlorure de sodium n’est pas favorable à une origine triasique.

La composition de l’eau de la « source Mercédès » est la suivante, d’après l'analyse exécutée en 1907 dans les laboratoires de l’Académie de Médecine : en grammes par litre

Acide sulfhyfiques.e ts MG Nr CM 0z020 Carbonatede Ichaux AMEN AS TES PRE US 0.090 Caghonate ide Maonésie, Se SET RE ne 0.080 Sultaté: der CHAUX: TEENONPRENNNE TRS NENE UNS TR (pate 0.050 Suliäté” dé na ghésie, UM CE ee Po ER CUT ae 0.030

Suliate de soude 2e PRE ne PR EURE é 0.243

dsl

CARRE SAS SOUTENUE D CA Rs 0.024 RSI DE CS EP RE ES EEE EL A A 0.055 Fer, ‘alumine, phosphates................... Mo te apte traces

En 1865, M. Ossran HENRY avait trouvé les mêmes résultats.

L'exploitation, si exploitation il ÿ a, doit être très restreinte. Un de nos camarades, ayant fait ses deux ans de service militaire comme médecin auxiliaire à Nice et ayant même cantonné à Peille, n’a appris l'existence de cette source que par le Bulletin de l’Académie de Médecine. Par correspondanee, il a été aussi difficile d'avoir des renseignements.

VILLA ROSA. — En 1886, l’Académie de Médecine receyait une demande d'autorisation pour la « source Villa-Rosa » qui émerge dans l'avenue Fuacanda par un sondage de 4 mètres. La composition nous est donnée par l'analyse exécutée alors par l'Académie de Médecine : en grammes par litre :

CHAT ASC AURA NRC NE SE MR TN a nerve 9.340 Canoe ide TOME RS mr en voue dou 0.019 Carbanates der tel: 1 Se A alien ect 0.027 Suifate de ehalDei he. ee 2L re 0.139 ÉRORCRe nr ARR te eE RS enS 0.195 RESTE Le CR Re ARR NUE Mn 0.702

C’est une eau olisométallique carbonatée calcique ferrugineuse. Débit par 24 heures : 7.200 litres.

Inutile de dire que cette source n’est pas plus connue que la source Mercédès.

Conclusions

La Marche de Provence, on l’a vu, est très fournie en sources minérales dont la constitution chimique est étroitement liée à la géologie ou à la tectonique du sol. Le keuper, très répandu dans la région, sauf les bassins du Mercantour vésubien et des Maures, est l’origine de la minéralisation des eaux.

La diversité de lias à faciès dauphinois ou à faciès provençal nous explique la non-réduction ou la réduction des sulfates. Et, en hydrologie, on peul assimiler, avec certains géologues, le lias à faciès briançonnais avec le lias à faciès provençal par suite de leur action semblable sur les sulfates.

Enfin, l'identité de structure du Mercantour et des Maures avec les Pyrénées, les Corbières et la Corse a déjà donné des eaux similaires el en donnera peut-être encore d’autres à la suite de forages méthodiques ; on peut en dire autant du permien des Maures avec le permien des Vosges.

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Au point de vue médical, l'exploitation des eaux minérales de la Provence paraît très avantageuse, la cure thermale serait toujours associée à une cure marine ou à une cure alpestre au climat si vivifiant et donnerait de très beaux résultats thérapeutiques,

ainsi qu'on peut le constater aux stations déjà pour-

vues, d’un établissement thermal (Gréoulx, etc.).

Si DE GAUFRIDI rééditait son Histoire de la Provence (1694), il n'écrirait pas seulement ces lignes sur les avantages de la réunion de la Provence à la France : « La France recouvra ainsi (11 décembre 1481) l’une de ces belles parties, après en avoir été détachée durant 602 ans. Elle reçut de si grands avantages, en la recouvrant, qu'on eùt dit que cette séparation ne s'était faite que pour donner plus d'é-, clat à la réunion. £a Provence apportait à la France la douceur des hivers d'Antibes, de Cannes et de Fréjus, la fraîcheur des estés de Sisteron, de Digne et de Castellane... » L'’historien ajouterait aujourd'hui : Les nombreuses eaux minérales du Ventoux et des Alpes et en particuiier l’eau verte de Montmirail, unique dans toutes les Gaules.

Nous répondrons à ceux qui nous objectent le peu de réputation actuelle des eaux minérales de la Provence, malgré leurs avantages chimiques associés aux bienfaits d’un climat déjà renommé, par un passage de MoNTaIGNE, rapporté par M. Lanpouzy, lors du voyage d'Etudes médicales à Pougues, en 1899 : « La réputation d'une eau minérale est faite aussi de commodités de séjour, de beauté de lieu et

de facilités d'accès. » La beauté de lieu éclate à chaque pas, soit sur la Côte soit dans les Alpes de Provence. Les commodités de séjour s’améliorent selon l’affluence des baigneurs. Seules, les facilités d'accès manquent le plus souvent ; c'est la cause du silence sur les eaux minérales de la Provence. DarLuc, en 1782, signalait déjà cet état de choses ; le seul chan gement obtenu depuis a été la disparition de l’Etablissement thermal militaire de Digne. Espérons que l'avenir saura mieux utiliser le trésor hydro-minéral de la Provence.

Vu : le Doyen .

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