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CHAPITRE X

Bassin d'Aix

GÉOLOGIE. — jusqu’à présent nous avons vu la relation intime du terrain avec la nature des sources, il nous reste à traiter de deux sources, Aix et Velleron, qui paraissent en désaccord avec la constitution géologique de leur région d’émergence.

Ces sources, en effet, ont une origine volcanique et arrivent à la surface du sol, grâc? à une faille, qui leur permet de traverser les étages triasiques, . Jurassiqués et gypseux sans se minéraliser et se transformer.

Le bassin d'Aix comprend du trias et du lias, il y aurait donc lieu de s'attendre à voir les sulfates réduits en sulfures (mais le lias d’Aix présente le faciès dauphinois). De plus, on trouve des calcaires gypseux alternant avec des couches de lignite très développées, les conditions sont encore bien plus favorables qu'aux Camoins. Enfin la thermalité des

sources d'Aix leur attribue un réservoir suffisamment profond pour attcindre toutes les formations énumérées. Il n’en est rien et nous voyons la minéralisation être très faible malgré l'abondance des ressources ; nous voyons le peu de sulfates dissous. dans l’éau ne pas être réduits malgré les couches bitumineuses traversées ; nous voyons, par contre, la proportion des bicarbonates et silicates devenir les 9/10 de la minéralisation totale : Ce sont des caux d'origine volcanique.

À 10 kilomètres au nord d'Aix on a, en effet, reconnu au château de Beaulieu un épanchement basaltique qui paraît avoir coïncidé avec le dépôt des couches supérieures au gypse. Le basalte est accompagné de tufs et de brèches, et la mollasse marine recouvre le tout en discordance.

L'existence d'un volcan à Rougiers, dans les environs sud d'Aix, a été aussi démontrée. Bien plus, toute la région a présenté des mouvements sismiques plus ou moins étendus depuis Aix jusqu’à la mer d’une part, jusque vers Salon et Avignon d’autre part. Sans doute il ne faut pas confondre phénonomènes sismiques et phénomènes volcaniques, ainsi que l’a démontré M. pe LAPPARENT, mais si on ne doit pas toujours les identifier, il ne faut pas non plus toujours les séparer. ;

La plage de Fos, près Marseille, laisse souvent voir, surtout après les tempêtes, de nombreux fragments de tuiles et d’amphores provenant d’une ville ensevelie à 2 kilomètres du rivage actuel sous une

épaisseur d’eau de 4 à 7 mètres. On y a trouvé plus d'une centaine de monnaies dont aucune n’est postérieure à Auguste.

Sans remonter à l'époque romaine, tout le monde se souvient du tremblement de terre qui en r9o0g ac-

cumula tant de ruines à Aix, Rognes, Salon, ete., et

qui fut suivi l’année suivante d’un mouvement sismique moins intense et surtout moins désastreux,

Il y a tout lieu de croire que ces phénomènes sis- . miques sont en rapport avec certains effets volcaniques souterrains.

Quant à la diaclase nécessaire pour expliquer l’émergence des eaux, nous la trouvons facilement pour Aix dans le massif de Sainte Victoire. Ce massif jurassique s'arrête brusquement au point où il

atteint sa plus grande hauteur et où il fait apparai-

re les terrains les plus anciens. Il surplombe d’une hauteur de 7500 mètres, au-dessus de la plaine d'origine oligocène où l'on exploite le bassin lignitifère de Fuveau. HAE . Ea direction occidentale de la faille, ainsi produite entre le jurassique et l’oligocène, se prolonge vers la partie septentrionale de la ville d'Aix où se trouvent les sources thermales.

AIX. — Les sources d'Aix les plus connues sont la SourcaSextiusetla Source Barret ; elles sont solidaires l’une de Fautre et lon a vu la source Sextius diminuer rapidement par suite de fouilles peu profondes

exécutées sur le territoire de la source Barret. Le vo-

PT

lume des eaux augmente pendant les pluies et diminue pendant les sécheresses ; la source Barret peut même tarir, aussi n'emploie-t-on aujourd'hui que la source Sextius pour l’usage médical.

La source Sextius se fait jour par cinq griffons très rapprochés qui débitent 3.700 hectolitres par 24 heures. Sa minéralisation est très faible ainsi que le prouve l’analyse exécutée en 1873 à l'Ecole des

Mines :

Acde carbonique des bicarbonates................. 0.1346 Acideucarbonique#ibre...2. "Men. eee »

Cärbonate «dei calCiunn, ARR RP TRACE 0.1410 Carbonaïte dé’ magnésium. UE SU MIRE 0.0054 Carbonate ”: Tecreux TRS TN RER ses. 0.0056 Silicate de magnésium (Si 03 Mg).................. 0.0210 Siliee l'en eRCeS en ARR MR RE RE AE ARE 0.0078 Chlorure de tsSodiunE ET ALES RARE (0.0228) Suitate de “SOURIS ET ER ARE 0.0228 Suliate "de: Maphésiumi SSSR Le EME 0.0218 Matière Org aAnIQUe 2 TEA Re LUN Enr 0.0040 Poids du. TÉSIAUI Are EME SR ER see 0,2540

Bicarbonates correspondant aux carbonates neu-

tres :

Bicarbonate: de Calame UE MON ES ee 082032 Bicarbonate de.) magnésium, SR ne 0.0088 Bicarbonate TOTLEUX T2 RUSSE Re n 0.0078 Températures 2:10 IR e en 840,5 à 38°,86

C'est une eau bicarbonatée calcique chaudé.

un NT PCA EN I A QE ADN et TRS GE A A A a CNE A ET ER AU js À: MAR FN < ' À 5 .

Si la source Sextius ne possédait pas une température aussi élevée, on serait tout disposé à la considérer comme une eau douce, d'autant plus que la proportion de ses principes salins est très voisine de celle des eaux de rivière. |

D'ailleurs il est fort probable que la source reçoive quelques filets d’eau froide, ce qui expliquerait ses changements de débit et de thermalité après une période de pluie ou de sécheresse. La comparaison rapide de la source Sextius et de la source Barret nous confirme dans cette opinion. La source Barret qui est la moins résistante à la sécheresse n’a qu'une thermalité de 20°,6 à 21°,50. Il est regrettable que l'Ecole des Mines en 1873, n'ait analysé que la source Sextius ; nous sommes obligés de remonter en 1837 pour avoir l'analyse simultanée et comparative des sources Sexlius et Barret, exécutée par ROBIQUET :

Sources Sextius ; Barret Acide carbonique......... quantité indéterminée indéter. Air atmosphérique........ quantité indéterminée indéter. Carbonate’ de ChaUx IA EAN MES ex g1072 022416 Carbonate de -magnésie ne. docteur 0.0418 0.1080 Ginocurestde SOMME RME RQ eee 0.0073 0.0070 Chlorure de magnésium...,.............. 0.0120 0.0286 SuHatende soude a ACER RMS 0.0325 0.0880 Sulfate de magnésie...…. ES NA) DR AE ANNE PEUR 0.0080 0.0230 Silice et matière organique azotée........ 0.0170 0.0214 PRET PP RER EEE PNR ON EE ARE RE DEA traces traces

Minéralisation totale... Le 0.2258 0.5176

el Ee

Are

La différence avec l’analyse de l'Ecole des Mines n'est pas énorme, toutefois il n’était pas possible de comparer deux sources par le travail de deux chimistes différents et à des périodes si éloignées.

L'analyse de RoBIQUET nous montre la minéralisation double de la source Barret par rapport à celle de la source Sextius, et si certains éléments varient peu d’une source à l’autre, tel le chlorure de sodium, on voit, au contraire, les carbonates surtout et les sulfates varier dans la proportion de 5 à 2, si non plus, suivant la source examinée.

La solidarité des deux sources nous permet de conclure que les eaux d'Aix doivent avoir une origine double : l’une plutonienne, et l’autre neptunienne. La source Sextius présente le maximum d'eau volcanique avec le minimum d’eau saline provenant du lessivage des gypses tertiaires ou peut-être du trias (À)

Les eaux thermales d'Aix ont été employées dès fes temps les plus reculés ; la médecine romaine les

prescrivait dans l'asthme, les laryngites, la goutte

et l’arthritisme (ARCHIGÈNE). Nous. en avons parlé succintement à l'historique, car c’est un fait banal, hors de toute discussion. À chaque instant on met à jour de nouveaux thermes, avec des textes inattaquables. Mais les Romains semblent avoir emporté avec eux le succès de la « Source des Bagniers » ; sauf au moyen-âge, les eaux d’Aix n’ont plus attiré beaucoup de baigneurs.

6 ARE Ces Aujourd’hui un magnifique établissement occupe

l'emplacement des thermes romains au sommet du Cours Sextius. Indépendamment des logements pour les baigneurs, d’une salle de réunion et d’une galerie vitrée chauffée par l’eau Sextius, on y trouve 26 cabines de bains, 2 cabines de douches, une salle de pulvérisation et d’inhalation et une piscine de natation de 100 m. q. On associe à l’eau thermale les eaux mères des Salins du Midi, dans certains traite: ments. | Des résultats très remarquables, surtout dans les laryngites tuberculeuses, ont été signalés; sans doute on pourrait dire comme NOSTRADAMUS, ‘en 1614, qu'on ne tient pas assez compte des excellentes vertus d'Aix mais la situation n'a pas chansé et aujourd'hui encore Jean Banc pourrait rcpéter comme en 1605 : « Tout un quartier de la ville d'Aixen-Provence est remply de l'abondance de ces eaux chaudes naturelles. Elle en porte le nom et les Rabi-

tants en fontsi peu de compte qu'ils ne S'en servent.

guieres que pour l’ayde de leur mesnage, en divers petits négoces de leur maison. »

De nos jours, en effet, une fontaine du cours Mirabeau (celle en face le Lycée et la Poste) est alimentée par l’eau thermale ; et les habitants en usent comme des autres fontaines sans faire de distinction.

Parissier en 1818, Max Düuranp FARDEL, en 1860, ont plaidé pour les eaux d'Aix, qui conviendraient contre « l’éréthisme des nerfs », suivant l’expres-

sion du D' LAUTHIER, pour la cicatrisation des ulcè-

res des membres variqueux. On peut même faire le

NAN APR a Le AIT BRESY (« } AUIN (

lraitement à domicile, d’après M. RoBERT, qui cite plusieurs personnes ayant bu avec succès les eaux d'Aix sans quitter leur pays à 12 et 20 lieues de distance. à

L'avenir nous dira si la capitale parlementaire de la Provence reverra les splendeurs de la Civitas Aquœ Sextiæ ; mais d'ores et déjà l’Académie de Mé-. decine vient de lui décerner le titre de station hydrominérale et climatique.

VELLERON. — Velleron est une localité située dans l’arrondissement de Carpentras, à 12 kilomètres au sud de cette ville, et à 24 kilomètres à l’est

d'Avignon ; dans le voisinage, on trouve Saint-Di-

dier, que nous avons considéré comme la source la plus méridionale du bassin du Ventoux. La constitution géologique du sol rattache Velleron aw bassin tertiaire d’Apt-Forcalquier, et au bassin du Ventoux ; on commence à y voir les alluvions de l’époque quaternaire qui vont en augmentant en s’approchant du Rhône.

Nous verrons que la constitution chimique de Peau est beaucoup plus liée à la nature du terrain que pour les eaux d’Aix.

La source de Velleron émerge au pied des collines, situées à l’est du bourg. Elle s'élève de la profondeur de plusieurs mètres, à la manière des sources artésiennes, en dégageant de grosses bulles de gaz acide carbonique,

2 MALE, AA DEA AL NN? 4272; DEA vif Lu (2, + ME ji RS f : =

As —

Voici sa composition d’après l'analyse de M. Jssian Henry en 1858, par litre :

AGTTARSE TONER RTE RSS LS RE dal 2e cet los 08460 nu sroonale de poser RE ROUE eteisie eee 1.450 PACA TO CIS ONE SRE et ee cet.

Hicarbonatee den ln RAIN ar een 0.498 Bicarbonate) de MapnésiUM Muse sue à netmoiee de t 0.119 Bicarbonate de protoxyde de fer..............,..,., 0.002 SUP ONE SOINS LE ram ans le diras le ls oou 0.72 Sulfate de calcium (en petite quantité).............. Chlorure de sodium..... APR SE D ME NET VE CE ER TER 0.007 TR AN OU MONA DO OR DATE Alumine (7ÿ. REV CTP Pa EEE RO INR ROSES ALOPTEUX. 2 MMM e se rome e clans on 0.100 Principerarsénicalu(iraces légeres) hate. ee dit Matières organiques (frès petite quantité)........... Minéralisation totale en grammes ........... esters .…. - 2.906

Température, 15° \

C'est une eau bicarbonatée sodico-calcique froide. La proportion des bicarbonates et le mode d’éinergence nous indique une origine volcanique.

Le transport de l’eau analysée n’a pas permis de doser tout l’acide carbonique libre, qui se dégage de la source. La présence des sulfates en quantité très appréciable et la non thermalité de l’eau malgré son réservoir profond, permet de penser, comme à Aix mais d’une façon beaucoup plus forte, à un mélange d’eau plutonienne avec une eau neptu-

nienne vraisemblablement d’origine tertiaire gypseuse.

La source de Velleron, dont la découverte remonte à la première moitié du xvur° siècle, alimentait un établissement, construit vers 1850, où l’eau minérale était chauffée artificiellement. L'Académie de Médecine avait émis en 1858, sur le rapport de M. Ossran Henry, un vœu favorable pour l'exploitation de cette source. Les eaux de Velleron sont très aclives, et même, selon la remarque du D” Cape, leur usage déterminerait parfois des manifestations exanthématiques.

Aujourd'hui, par suite de circonstances extra-médicales, la station de Velleron n'est plus exploitée, et les eaux servent seulement à l'irrigation des prairies. Souhaitons qu'une réorganisation plus judicieuse ne laisse pas à l'abandon une telle richesse hydro-minérale.

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