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Ecosse. Dans le Pays de Galles, elle ne devrait pas, je crois, être maintenue, En Ecosse, je regretterais son abolition ; mais les églises presbytériennes sont faites pour le séparatisme, tout comme les étincelles s’envolent en haut. Quoiqu'il en soit, c’est par le vote des législatures locales, qi : l'abolition de l’église établie se fera vraisemblement, car cette mesure, requise dans certaines provinces, n’est. pas d’un intérêt général pour tout le pays. En d’autres termes, l’effort en vue de l'abolition devrait suivre l'effort en vue de réformes plus importantes et ne pas le précèder, Je doute, cependant, que M. Chamberlain et M. Lyulph Stanley m'écoutent quand je plaide ainsi la cause qu’ils soutiennent eux-mêmes ; on trouve si peu de lucidité en Angleterre ; ils diront que je suis l’esclave des prêtres.
Il est un homme, qu'avant tous les autres, j'aurais été heureux de voir siéger au Parlement, pendant les dix dernières années, et y conquérir une influence corsidérable qu’il pourrait exercer, dans les circonstances actuelles — M. Goldwin Smith. Je ne dis pas qu’il n’éta.…. pas trop aigri contre l'Eglise établie ; dans mon opinion, il l'était trop. Mais avec une remarquable lucidité, et une grande pénétration, il a vu de quelles réformes nous avons
besoin dans d’autres sphères, et il a compris dans quel ordre, selon leur importance relative, ces réformes devraient être étudiées. Ses manières d'agir, ses facultés, son caractère, étaient tels que, seul peut-être, parmi les hommes de la même profondeur de vues, il eut pu faire peser et accepter ses idées par nos ministres, alors qu’au milieu de toutes les tentations et des offres de toutes les faveurs, on était sûr de le voir rester fidèle à ses convictions, “inébranlable, inaccessible à la séduction, sans peur et Sans reproches. ” Je considère qu’il aurait constitué au parlement, une véritable puissance pour le bien, s’il était devenu aujour- ‘hui, comme il aurait pu le devenir, un de ses leaders. Son absence de la scène, sa retraite au. Canada, sont une perte pour ses amis, mais une perte encore plus grande pour son pays. | À peine inférieur en influence au Parlement même, nous avons le journalisme. M. Johu Morley, ne me paraît pas en état d'occuper au Parlement, la situation que M. Goldwin Smith y aurait, je crois, occupée. Si, comme Proté- ‘silas le conseille dans un de ses poêmes, il contrôle sa passion hystérique (le danger constant des hommes de lettres, sur la plate-forme électorale et à la Chambre) et se souvient de mani-
fester ‘“ la profondeur et non le tumulte de son.
âme, ” il sera puissant dans cette assemblée ; il
s’élèvera, il arrivera au pouvoir; mais il ne
fera pas pour nous, ce qu’il me semble que
Goldwin Smith y aurait fait. Il ya en lui,
trop du partisan. ÆEn revanche, dans le journa-
lisme c’est une figure unique, comme aurait été,
j'imagine, M. Goldwin Smith aux Communes.
Journaliste, M. John Morley a donné les preuves d’un esprit qui savait saisir et com-
prendre les signes des temps. Il avait toutes. les idées d’un homme à connaissances profondes,
et seul, peut-être, parmi ses égaux, il était
assez adroit pour donner cours à ces idées dans
la presse. Mais M. John Morley a abandonné:
le journalisme. Il y a beaucoup de talent au
Parlement, il y en a beaucoup dans le journa-
lisme; mais il n’y a personne, ni dans l’une ni
dans l’autre de ces institutions, pour exposer les signes de notre temps, comme ces deux
hommes auraient pu les exposer. J’ai le regret
de le dire, il faut que les signes du temps, dans. la sphère politique et la sphère sociale, trouvent
le moyen de se manifester, eux-mêmes, au
public. le mieux qu’ils le pourront. Et quel organe impuissant pour accomplir cette tâche, que la littérature, si on la compare au Parie-' ment et au journalisme!
Que les signes du temps présent, soient exposés au public d’une manière ou d’une autre, cela est certainement nécessaire ; et c'est pourquoi dans cette digression, j'ai essayé de m'en occuper. Mais le problême politique et social, ainsi que les penseurs le désivnent, ne doit pas nous occuper tellement qu’il nous fasse oublier le problème humain. Ces problèmes se touchent, mais ils ne sont pas identiques. Je reconnais la confusion qui règne dans notre politique et dans notre vie sociale ; ce qu'est notre Parlement, à l'heure qu’il est, je le vois et le déplore. Cependant, nulle part ailleurs qu’en Angleterre, pas en France, pas en Allemagne, pas en Amérique, il ne serait possible de trouver des hommes politiques assez bien qualifiés— si capables de procédés sincères, de confiance mutuelle et de fidélité à leur parole—pour rendre possible un règlement comme celui qui vient d’être effectué, à propos des projets de lois sur les Franchises et la Rédistribution des Sièges.
Platon a énoncé cette vérité profonde :
L'homme qui médite le bien doit Dorter son esprit sur plusieurs choses à La fois. Combien la société, aux Etats-Unis, est homogène, j'ai fait de mon mieux pour le montrer ; jusqu’à quel point leurs institutions fonctionnent faci-
lement et naturellement, je l'ai indiqué ; j'ai dit également combien, sur certaines questions des plus importantes, les Américains voient clair et pensent juste. Cependant, voilà que Sir Lepel Griffin (1) prétend qu’il n’y a pas un pays s’appelant civilisé, la Russie exceptée, où l'on ne préférât vivre, plutôt qu'en Amérique. Dans les choses politiques, je n'ai pas une grande confiance en Sir Lepel Griffin. J'espère qu’il administre dans l’Inde, quelque district où une contaissance profonde de l'essence et du fonctionnement des institutions n’est pas nécessaire. Mais, je suppose qu’on peut le considérer comme un interprête fidèle des goûts de cette classe nombreuse d’Anglais, que M. Charles Sumner nous a appris à appeler la classe des gentlemen. Ainsi donc, un Anglais de cette classe préfèrerait vivre en France, en Espagne, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Italie, plutôt qu'aux Etats-Unis, malgré notre communauté de race et de langue avec les habitants de ce dernier pays! Cela veut-dire que, dans l’opinion de nos gentlemen, le problème humain, au moins, n'est pas résolu d’une manière satisfaisante aux Etats-Unis, quoi qu’il en soit du problème
(1) Dans 74e Gre, * Republic (Londres 1884) (N. @; 5.)
politique et du problème social. Nous devrions certainement diriger notre attention sur leur solution du problème humain, surtout lorsque nous nous trouvons en présence d’une semblable objection ; et quelque jour, bien que pas à présent, nous nous en occuperons et cherche- Tons à savoir ce que vaut l’objection. J'ai donné des hôtages aux Etats-Unis, je suis lié à eux par le souvenir de témoignages de sympathie constants et de hautes manifestations de bienveillance. Jen’aimerais pas être obligé de reconnaitre qu’ils sont, de tous les pays portant le nom de civilisés, en dehors de la Russie, celui où l’on aimerait le moins à vivre.