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Contre ces assurances décevantes des faux prophètes. Et, bien que, comme Michée, j'aie reçu, à maintes reprises, des soufflets sur la joue, ma persévérance n’a pas fléchi ; à l’Institut Royal, j'ai exposé comment nous avions l’air de gens qui s’agitent vainement et battent l'air de leurs bras ; à Liverpool, j'ai signalé, comme notre lacune principale, le manque de lucidité. Maintenant, tout le monde affirme la même chose sur notre Compte : que nous marchons avec hésitation, parce que nous sommes incapables de prendre une décision, et que nous ne Prenons pas de décisions parce que nous ne Saurions que devenir après. Si notre politique étrangère n’est pas celle “ du Philistin britannique, avec ses goûts et ses aversions, ses effusions et ses confusions, ses syncopes de chaleur et de froid, son manque de dignité et de cette Stabilité qui résulte de la dignité, son absence d'idées et de la stabilité qui provient des idées ” alors, i: faut l’admettre, tout le monde, au temps présent, commet une grave erreur.
Mais laissons là nos affaires étrangères ; il me serait inutile de traiter ce sujet, puisque ce que je voudrais démontrer, est admis par cha- Cun, Parlons plutôt de nos affaires intérieures, Prenons, par exemple, l'état actuei de notre chambre des Communes, Est:il possible de
trouver quelque chose de plus confus et de plus à contre-sens ? Cette assemblée s’est jetée dans des embarras inextricables et semble incapable de reprendre son état normal. Les membres de la chambre, eux-mêmes, peuvent passer assez agréablement leur temps à déguster les incidents personnels qu’un tel état de confusion ne manque pas de faire naître à profusion, et trouver un peu d’excitation, lorsque les mêmes circonstances forcent M. Gladstone, et cela arrive très souvent, à déployer ses merveilleuses ressources. Mais pour un Anglais de sens judicieux, en dehors de la chambre, ce spectacle est tout simplement affligeant et humiliant ; le sentiment qui s'éveille en lui u’est pas un sentiment de plaisir, en présence des dons admirables du vieux chef libéral, mais un sentiment de dégoût de ce que ce grand homme doive les exercer ainsi. Chaque jour où les séances de la chambre sont suspendues, les citoyens bien pensants éprouvent une sensation de soulagement ; chaque jour où elle siège ils Sont remplis d’appréhension. Au lieu de constituer une influence bienfaisante, car tel devrait être le rôle d’une pareille assemblée, la chambre des Communes, à l'heure qu'il est, exerce une influence malsaine ; elle donne un exemple qui ne redresse, ni ne corrige aucun
des défauts de la nation, mais qui, au contraire, les encourage, Ce qu’il y a de mieux à faire, à présent, c’est peut-être de détourner les yeux, autant que possible, de la chambre des Communes; celui qui la voit constamment piétiner sur place, dans une désolante confusion, se sent porté à emprunter le Style fulminant des prophètes hébreux courroucés et à l'appeler “un étonnement, un objet de mépris et une malédiction. ”
Ainsi donc, nous ne pouvons pas dire de notre plus haute institution, la Chambre des Communes : Elle fonctionne actuellement, comme les institutions américaines, facilement et avec succès,
Passons maintenant à l'Irlande. Je ne demanderai pas si nos institutions fonctionnent aisément et avec succès dans cette île : poser uue telle question serait une plaisanterie trop amère et trop cruelle, Ces détestables procès qui se sont déroulés, l’année dernière, devant les tribunaux de Dublin, sr;gârent le mot sombre et fatal qui s’applitie à tout ce qui touche à l'Irlande : Anti-naturel, anti-naturel,
contre nature; c'est là le mot qui me vient irrésistiblement à l'esprit, quand je songe à l’Irlande. Là, tout est contre nature, la manière d'agir des Anglais qui gouvernent, la manière
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d'agir des Irlandais qui résistent. Mais c'est du fonctionnement de nos institutions anglaises dars l’île sœur, que je veux m'occuper pour le moment. Il n’est pas naturel que l'Irlande soit gouvernée par Lord Spencer et M. Campbell Bannerman ; aussi peu naturel qu’il le serait pour l’Ecosse, d’être gouvernée par Lord Cranbrook et M. Heally. Il n’est pas naturel que l’Irlande soit gouvernée sous l'autorité de L'acte des Crimes. Maïs, répond le gouvernerhent, il ; a nécessité. Hé bien, si cette malheureuse nécessité existe, il n’est pas naturel que les journaux irlandais aient la liberté d'écrire comme ils écrivent,et les députés irlandais de parler comme ils parlent—qu'ils aient la liberté d’enflammer et de pousser à l'exaspération l'esprit d’un peuple séditieux et de provoquer la continuation de cette malheureuse nécessité. —La nécessité de l'application de L'acte des Crimes implique la nécessité d’un gouvernement absolu. Avec notre système rapiècé d'administration, nous cherchons à faire croire que l'Irlande est gouvernée constitutionnellement. Mais elle n’est pas gouvernée “nstitutionnellement, et, personne ne suppose 4 l’elle l’est, si ce n’est ce gobeur-né de toutes les mauvaises plaisanteries, le Philistin britanuique. Les Irlandais eux-mêmes, qui sont les
Personnages absolument intéressés dans cette affaire, ne s’y laissent pas prendre, nos subterfuges ne font pas naître chez eux le moindre mouve ment de gratitude et ne produisent pas le moindre adoucissement. Et, de ce fait, les difficultés qu'éprouverait un gouvernement absolu se trouvent centuplés.
Le fonctionnement de nos institutions étant ainsi entravé, est-ce que le fonctionnement de nos esprits sur cette matière est plus aisé et plus naturel? Je me représente un Américain, —ses institutions et ses habitudes de pensée étant ce que nous avons vu—nous écoutant parler politique et discuter la situation tendue qui prévaut en Irlande. ‘ Certainement, dirait. il, ces gens-là sont en presence de considérables difficultés, mais ils ne les envisagent jamais directement, ils ne pensent pas avec rectitude.” Qui n’admire pas les hautes qualités de Lord Spencer? Je suis tout-à-fait prêt, pour ma part, à admettre que pendant une période déterminée, il peut non seulement requérir la mise en force de l’Acte des Crimes, tel qu’il a été voté, mais encore des pouvoirs de répression plus efficaces our une Période déterminée ; oui!—Mais après? Lord Spencer a-t-il une claire vision des considérables et profonds Changements qui devront être effectués en
Irlande, avant qu’un type de société prospère puisse s’y développer ? A-til seulement un plan pour l'avenir, un idéal, ou, se contente-t-il de rêver qu'un temps viendra, alors qu’il pour- Ta aller rendre visite À Lord Kenmare ou à quelqu’autre grand propriétaire foncier de ses amis; y trouver tous les fermiers prospères, déférents, payant ponctuellement leurs rentes, et la société irlandaise rétablie sur son ancienne base? Il peut tout aussi bien espérer voir Strongbow revenir à la vie! Qui de nous n'aime pas et n’estime pas M. Trevelyan et n’augure pas les plus grandes choses d: son avenir? Comme tous ses amis ont applaudi lorsque, se retournant vers les exaspérants députés irlandais qui avaient l’injure à la bouche, il leur a dit qu’il était “un gentleman anglais”! Si l’on y songe, cependant, il a dit simplement aux députés irlandais qu’il appartenait à cette caste que l'Irlande ne désire pas avoir chez soi et qui ne peut lui faire aucun tien. L’'Angleterre, la chose est certaine, a donné à l’Irlande beaucoup de ce qu’elle a de pire, mais elle a aussi donné, sans parcimonie, de ce qu’elle a de mieux. L’Irlande a eu une quantité suffisante de nos gentlemen anglais, avec leur honnêteté, leur courage personnel, leur imposante tenue, leurs bonnes intentions
et leur horizon borné. Ce dont elle a besoin, c’est d'hommes d'état ayant justement les qualités que le gentleman anglais typique ne pos- -sède pas : souplesse, esprit ouvert, appréciation large des hommes et des choses,
Partout, nous trouverons daus notre entendement, une sorte de protubérance qui l’incline à côté du champ réel de sa vision et lui enlève, ainsi, toute sa valeur. De la catégorie moyenne des Pairs qui écrivent au Times, sur la Réforme de la chambre des Lords, on ne peut guère s'attendre peut-être ‘ à ce qu’ils comprennent les signes du temps présent. ” Mais, le duc d’Argyle, lui-même, €Xposant sa manière de voir au sujet de la question agraire en Ecosse, fait l'effet de quelqu'un qui voit, pense et parle dans une autre planète que la nôtre. Un homme,
enfin, aussi bien doué que M. John Morley, s’en prend à la chambre des Lords, et déclare carrément qu’il est absolument opposé à l’existence d’une seconde chambre ; or,—si telle chose existe qu’une démonstration -n politique—le fonctionnement du sénat sinéricain démontre qu’une seconde chambre bien composée, est le besoin urgent et la sauvegarde d'une démocratie moderne. Et, n'est-ce pas une tournure d'esprit bizarre, chez un homme -de la force intellectuelle de M. Frederic Har.
rison, que celle qui l’a porté—pas tant, peutêtre, dans l’exubérance de l'énergie juvénile, à se peser pour la course de la vie, en prenant sur ses épaules un grotesque vieux pédant fran. çais—mais, d’avoir, en son âge mûr, insisté pour se charger également des protestants dissidents, et, maintenant qu’il devient vieux. de ne rien trouver de mieux à faire que d'ajouter à ce fardeau, celui de la Société de la Paix! Et quelle perversité encore chez M. Herbert Spencer, au moment même où les négligences du passé et les besoins du présent amène:t les hommes à coopérer, et portent un ensemble de citoyens, en son caractère collectif et corporztif d'Æfat, à agir en vue du bien public ; queile perversité de saisir cette occasion, pour promulguer une doctrine extrémiste de l'indivi. dualisme, et, non seulement de traîner luimême ce cheval mort, le long de la voie publique, mais de persuader à M. Auberon Herbert, de consacrer ses jours à le fouetter !
Ainsi, nous pensons d’une manière inexplicable, parce que nous vivons dans une situation tendue et qui n’est pas naturelle. Nous sommes semblables à des gens dont la vision est faussée, parce qu’ils regardent à travers une atmosphère trouble et dissolvante ; ou, dont les mouve- -ments sont disloqués par des crispations résul-
tant d’une contrainte contre nature. Demandons-nous maintenant, nous plaçant au point de vue de gens qui désirent tout simplemert découvrir la vérité, comment des hommes qui verraient clair et penseraient juste agiraient, comment un Américain, par exemple—dont ia vision et le jugement ont, je l’ai dit, sinon sur tous les sujets, au moins, en général, sur ce qui se rapporte aux questions sociales et politiques, ces qualités de clarté et de justesse—comment, dis-je, un Américain agirait relativement aux trois confusions que j'ai mentionnées comme échantillons des nombreuses confusions au milieu desquelles nous nous débattons : la confusion de nos affaires étrangères, la confusion de notre : ‘ambre des Communes, la confusion
de i':‘lnd:. Quand nous aurons découvert la marière noturelle de procéder dans ces trois Cas, Consrdlousnrous, avec la même sincérité, d'où jrovii1: rite lésion de l'esprit qui empé-
Che la pr": d'entre nous d’y voir juste, et aussi, où se trouve le remède.
L'affaire Angra Pequena a été dernièrement, la cause de nombreuses et amères récrimimations, et cela de tous côtés, contre Lord Granville, chargé de la direction de nos affaires ‘étrangères. Je n’augmenterai pas le nombre des critiques. Rien n'est arrivé que ce qui
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Tance derrière son intelligent égal. Si ignorante
devait arriver. Il y a longtemps, j'ai fait remarquer que ce n’est pas Lord Granville luimême qui décide de ia direction à imprime à notre politique étrangère et qui donne la formule des déclarations du gouvernement à ce sujet, mais un pouvoir derrière Lord Granville, Lui et ses collègues appelleraient ce pouvoir, le pouvoir de l'opinion publique. En réalité, c’est l'opinion de cette grande classe qui dirige chez nous et sur la: 1elle, jusqu’à présent, les Souvernements libéraux ont toujours compté pour se maintenir.—J’ai nommé les Philistins, ou la classe moyenne. Ce n’est pas, je le repète, avec Lord Granville, dans son état naturel, et conscient de sa force, que les gouvernements étrangers ont affaire, mais avec Lord Granville attendant pieusement pour voir comment le chat va sauter—et ce chat, c’est le Philistin britannique. Lorsque le prince de Bismark a des questions à régler avec Lord Granville, il s'aperçoit que leurs relations ne sont pas celles. d’un esprit avec un autre esprit, qu’il n’a pas affaire à un égal intelligent, mais à un chaos de préférences et d’antipathies, de craintes et d’espoirs, d’intrigues de bourse, d'intérêts de missionnaires et de journaux, d'intérêts de tous genres—qu’il a affaire, en somme, à de Pigno-
que soit notre classe moyenne, ses volitions relativement à la politique étrangère, seraient plus intelligibles et plus consistantes, si elles étaient énoncées Par un porte-parole appartenant à la même classe. Dans la bouche d’un noble comme Lord Granville, qui n’a ni la manière de penser, ni les habitudes, ni les idéaux de la classe moyenne et qui, tout de même, veut agir comme son représentant, elles ont tous les désavantages; le noble Lord ne peut pas même rendre justice à Pesprit phi. listin, tel qu’il est, et dont il s’est fait l’interprète, ii ne le comprend pas bien et le traduit Sans conviction et sans effet, Alors que la maison et la parenté des Murdstone tonne contre lui, du Cap, (et encore, avec Lord Derby comme interprète) et que l’inexorable prince de Bismark tonne contre lui, de Berlin, il arrive tout naturellement, comme conclusion,
que Lord Granville tord ses mains adroites et S’écrie d’un ton lamentable : « Tout cela n’est
qu’un malentendu !”. Plus pitoyable encore,
peut-être, a été le cas de Lord Kimberly, après
le désastre de Majuba Hill. Qui pourra jamais
l'oublier, le pauvre homme, étudiant les figu-
res des représentants des intérêts dissidents et s’exclamant : “ Une pensée me frappe tout à coup! Ne nous rendrons-nous pas coupables .
a ren rreneneeaemmnnasr gempemnpnrem mms iumesqnomrennnn
du péché d’effusion de sang?” Voilà où nous ont conduits la tradition de Lord Somers, l’oligarchie wkig de 1688, et tout le Panthéon de Lord Macaulay.
J'ai dit qu’une source de force pour l’'Amétique, dans les questions politiques et sociales, était le caractère homogène de la société américaine. Un homme d'Etat américain interprète avec d'autant plus d'effet, l’esprit de ses compatriotes, qu’il est en sympathie :.vec cet esprit, qu il le comprend et qu’il en est luimême animé, Il faut bien admettre que si, dans notre pays, la classe moyenne est réellement l’inspiratrice de notre politique étrangère, cette politique serait au moins soutenue avec plus d'énergie, si elle avait un Philistin pour pote parcls, Je crois donc que la vraie morale à tirer de ce que je viens de dire, pourrait peut-ître se formuler ainsi; notre politique étrangère setait améliorée, si toute notre société était homc: ère.
Quant à la confusion qui règne dans notre chambre des Communes, à quelles causes, en dehors de règles défectueuses de prc:édure, peut-on l’attribuer? D'abord et surtout, au tempérament et à la manière d’agir des députés irlandais, cela ne fait aucun doute: Mais, en laissant de côté, pour un instant, cette cause
de confusion, tout le monde peut voir que la. chambre des Communes est beaucoup trop nombreuse et qu'elle se charge d’une foule d’affaires qui sont plutôt du ressort d’assemblées locales. Ce qui fait que la confusion ne fait qu'augmenter, car la population devient de plus en plus dense et plus éveillée à l’idée de ses intérêts, les affaires se multiplient et le nombre des membres de la chambre, qui se senteut portés à s’en mêler, devient de plus en plus grand. Est-ce que le remède à ce mal ne serait pas de suivre l'exemple des Etats- Unis, d’avoir une chambre des Communes beaucoup moins nombreuse et d’abandonner une grande partie de sa besogne à des assemblées locales, élues, comme la chambre des Communes le sera elle-même, désormais, par le suffrage des citoyens ayant feu et lieu?
J'ai souvent répété qu’il semble que nous ayons surtout besoin, en Angleterre, à l'heure qu’il est, de trois choses : plus d'égalité, de l'éducation pour la classe moyenne et un système municipal complet, Un système de législatures locales n’est que le complément naturel d’un système municipal. Ces assemblées seraient élues, comme il convient, par des circonscriptious ni trop étendues, ni trop restreintes, ni nécessairement de populations
égales, mais qui posséderaient certains caractères communs les rendant suffisamment homogènes et cohérentes, Ces unités nous viennent tout de suite à l’esprit, dans les provinces de l’Irlande, les Terres-Hautes (Æighlands) et les Basses-Terres (Zowlands) de l’Ecosse, le nord et le sud du Pays de Galles, les groupes de comtés anglais, tels ceux qui forment actuellement les circuits judiciaires ou ceux qui Sont connus sous les noms de £Zas/ Anglia, et, Midlands., Personne ne Supposera que j'aie la prétention de fixer des limites définitives de districts ; j’indique seulement telles unités qui pourront faire concevoir au lecteur, sur quelles bases, les législatures locales dont je parle seraient établies. Les affaires de ces districts seraient réglées plus avantageusement et avec plus de connaissance de cause, dans des chambres de ce genre qui constitueraient, en outre, des écoles excellentes pour ceux qui se destinent à la vie publique et dont le nombre va toujours croissant ; enfin la chambre des Communes se trouverait allégée d’une partie de sa besogne, |
: La tension qui règne en Irlande s'apaiserait aussi ; et cela, par des moyens sûrs et naturels. Il y a des Irlandais qui, désespérés de l’état actuel de leur pays, réclament une Irlande
indépendante et autonome, ayant son parlement à Dublin, son ministère des affaires étrangères et sa diplomatie, son armée et Sa marine, Son Cours monétaire et son tarif. Ceci est manifestement impraticable. Mais, ici encore, Voyons ce que fait un peuple qui, dans la politique, voit clair et voit juste, observons ce qui se passe aux Etats-Unis. Le Souvernement de Washington se réserve les affaires d'intérêt général et concernant la nation tout entière, telles que celles que je viens d'énumérer et qui ne peuvent être abandonnées sans que l’on renonce, en même temps, à l’unité de l'empire, Il ne permet pas à son vaste sud et à son immense ouest de se constituer en parlement méridional et en parlement occidental. Des Provinces trop étendues, comme la Virginie, Par exemple, ont été divisées, Les différents Etats n’en forment Pas moins des unités réelles et importantes, chacun possédant sa législature et le contrôle libre, en dedans de ses frontières, de toutes les affaires qui ne tom£e.. +. pas sous l'autorité du parlement fédéral. Le Souvernement des Etats-Unis n'intervient, en dernier ressort, que pour maintenir l’ordre.
Supposons qu’un système semblable soit appliqué à l'Irlande, I] y a là quatre provinces formant quatre unités naturelles ou peut-être 12)
—si l’on jugeait avantageux d’unir Munster et Connaught—trois seulement. Le parlement ‘de l’Empire serait toujours à Londres, et l'Irlande y enverrait des représentants. Mais, en même temps, chaque province irlandaise aurait sa législature et le contrôle de ses propres affaires. Le Zandlord anglais, dorénavant, ne déciderait pas la question de la tenure des terres, dans une province irlandaise ; le protestant, britannique n’interviendrait plus dans les questions relatives à l'Eglise et à l’école. En dehors des questions d’un intérêt général pour l'Empire et, aussi longtemps qu’il ne surviendrait pas de désordres pouvant nécessiter l'intervention militaire, le gouvernement de Londres laisserait l'Irlande se gouverner seule. Lord Spencer et M. Campbell Bannerman reviendraient en Angleterre. Le château de Dublin serait le palais législatif de la province de Leinster. La question des terres, les lois de chasse, la police, les affaires ecclésiastiques, l'éducation, tout cela, pour la province de Leinster, serait décidé et réglé par le peuple et la législature de Leinster ; et ainsi pour Ulster, Munster et Connaught. En Angleterre et en Ecosse, ce serait la même chose relativement aux mêmes questions, les législatures en disposeraient.
Mais il ya plus. Tout homme qui observe le fonctionnement de nos institutions, voit quelle tension et quelles frictions y créé, actuel-
lement, le fait que nous possédons une seconde
chambre composée presque exclusivement de grands propriétaires
notre vie actuelle, Personne, sûrement, ne son- &erait jamais à établir une chambre sur de telles bases. Mais NOUS nous permettrons de faire mieux que d’énoncer simplement ce truisme, nous oserons nous demander quelle.
espèce de seconde chambre, un peuple qui ver. rait clair et juste, organiserait tout naturelle. ment, dans les conditions de l’époque moderne. et de notre vie actuelle. Et, nous trouverons, grâce à l'expérience des Etats-Unis, que les. législatures locales qui seraient, ainsi que nous. venons de le voir, Je remède naturel à la confusion qui règne à la chambre des Communes et à la confusion qui règne en Irlande, auraient encore ce mérite de nous fournir la meilleure base possible Pour la constitution d’une seconde Chambre, Le Sénat des Etats-Unis est peutêtre, de toutes les institutions de la grande République, la plus heureusement organisée,
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celle dont le fonctionnement est le plus parfait, La législature de chaque Etat de l’Union élit deux sénateurs, à la seconde Chambre du Congrès national de Washington. Les Sénateurs sont les Lords—nous pourrions conserver ce titre, pour désigner les membres de notre seconde chambre, cela vaudrait mieux sûrement ; il nous est familier depuis tant de générations.—Chacune des législatures de la Grande Bretagne et de l’Irlande élirait les membres de la Chambre des Lords. Les législatures colouiales y enverraient aussi des députés, et ainsi, de la manière la plus simple et en même temps la plus efficace, nous nous rendrions au désir actuel et de l'Angleterre et de ses colonies, d'entrer dans une union plus étroite, en même temps qu’à celui des colonies de se trouver représentées au Parlement impérial. Il est
probable qu’on trouverait expédient de trans-
férer les représentants des universités à la seconde Chambre. Aucun plan pour la création d’une seconde Chambre, au temps présent, ne tiendra debout, à moins qu’il ne soit basé franchement sur l'élection et la représentation. Tout projet de former une seconde chambre, dont les membres seraient nommés, soit par la Couronne, soit par l'élite de la noblesse, les hauts fonctionnaires, les grands négociants et
dE. d
= 169 … les banquiers, les hommes éminents dans les sciences et les lettres, tout projet de ce genre serait fantastique. Il ne résulterait, probable. ment, de ces nominations, aucune seconde chambre acceptable. Mais, certainement, le Pays n’en serait pas satisfait et ne lui donnerait Pas sa confiance ; Conséquemment on déclare.
rait que l'institution est futile et impropre à fonctionner.
Ainsi, nous avons découvert ce qui paraîtrait à quelqu’un qui verrait clair et penserait juste, le meilleur moyen de sortir de nos pires embarras. Mais il est fort Peu probable qu’on reconnaïsse dans notre pays, l'excellence de ce moyen et qu’on le mette en pratique ; et pourquoi cela? Parce que, en tant que nation, ous avons si peu de lucidité, nous voyons si peu clair et pensons si peu juste, Kt Pourquoi, encore, en est-il ainsi ? C’est Parce que notre société est si peu homogène, Notre basse classe a encore à montrer ce qu’elle r21:: faire en politique. Les politiciens à l'étas ae estionnel, commencent déjà à la flatter avec une assiduité servile, leurs éloges, toutefois, sont prématu rés, la basse classe est trop peu connue : notre huite classe et notre classe moyenne, nous les couraissons. Elles ont, chacune, leurs prétendis intérêt: qui sont bien différents des intérêts généraux de la
nation. Le seul fait d’être divisés en classes obscurcit notre vision. En l’époque moderne, nous vivons avec un système si intense de castes, une société si compliquée, à l’encontre de l’ordre naturel, que toutes les opérations de notre esprit en sont entravées et faussées. Je retourne à ma vieille thèse : l'inégalité est notre fléau. Les grands obstacles dans notre route vers le progrès, ce sont l'aristocratie et le protestantisme dissident. On pensera que ceci est une épigramme ; hélas, c’est bien plutôt un truisme.
On dit souvent que c’est d’une société aristocratique comme la nôtre, que les artistes et les hommes de lettres ont le plus à gagner. Mais une institution ne doit pas être jugée, en raison des bénéfices que tel ou tel individu peut en retirer, elle doit l'ître d’après l'idéal qu'elle propose, L’aristocratie anglaise — s'il m'est permis de revenir à des paroles qui, bien que répétées souvent, ont toujours leur valeur, parce qu’elles sont vraies—l’aristocratie anglaise propose un faux idéal qui matérialise notre classe supérieure, vulgarise notre classe moyenne et brutalise notre basse classe. Elle entraîne les jeunes gens dans une fausse voie, elle rend les mondains, plus mondains, les esprits bornés, plus bornés, les attardés, plus
attardés, Même aux imaginatifs, pour lesquels lord John Manners croit qu'elle est une amie sûre, elle constitue plutôt un obstacle qu'un secours. Johnson a bien dit: “ Zowt ce qut S'ait prédominer le passé, le lointain ou | 'avenir sur le présent, nous avance dans la dignité d'êtres pensants.” Mais, qu'est-ce qu’un duc de Norfolk ou un comte de Warwick, vêtu d’un complet de drap ou d'étoffe ordinaire, et se rendant à ses affaires ou à ses plaisirs, dans un cabriolet ou en chemin de fer, tout comme chacun de nous ? L’imagination elle-même les prierait de débarrasser la voie et de nous laisser les Norfolk et les Warwick de l’histoire.
Je dis ceci, sans une ombre de haïne, et, au contraire, avec de l'admiration, de l'estime et de l'affection pour plusieurs membres de l’aristocratie. Mais l’action du temps et des cir- ConStances est fatale. Si l’on recherche ce qui est réellement désirable, ce qu’il est expédient de faire, on ne se contentera pas de substituer une seconde chambre élective, à la chambre des Lords actuelle, on ira beaucoup plus loin. Toute confiscation, toute atteinte portée à ce qui est légitimement possédé, (hors les cas d'abus graves) est condamnable, Mais on souhaïiterait, si l’on se mettait À souhaiter, l’extinction des titres après la mort des titulaires et le
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partage de la propriété par une rigoureuse loï de succession. Notre société, alors, serait homogène et, ce n’est que par ce moyen qu’elle peut le devenir.
Mais l'aristocratie ne court pas grand danger. “—Je suppose, Monsieur, me disait l’autre jour. un ministre protestant dissident, que vous avez trouvé, lors de votre séjour en Amérique, que ce que j’on nous envie le plus, là-bas, c’est uotre grande aristocratie. ” C'était son opinion sincère, que les Américains nous envient notre aristocratie ; et, c’est probablement l’opinion sincère de notre classe moyenne, en général—ou, tout au moins, que si les Américains ne nous envient pas cette possession, ils devraient nous l’envier.—Et mon ami, un membre du grand parti Libéral qui maintenant, je suppose, a presque fini de jeter dans le désarroi, la sœur
- de son épouse défunte, pauvre femme : (1) mon ami, dis-je, a la main et le cœur remplis,
en autant qu’il s’agit de politique, de la question de l'abolition de l’église établie, Il a hâte de se mettre à l’œuvre, afin d'amener un
(1) Allusion probable à la loi sur les mariages entre beaux-frères et belles-sœurs, qui se discutait à la Chambre des Communes, croyons-nous, au temps où cet article de M. Arnold a paru dans le Nineteènth Century (N. à. T.)
changement qui, s’il était était désirable, (je ne Crois pas qu’il le soit) est encore loin de la frontière des réformes réellement urgentes.
M. Lyulph Stanley, le professeur Stuart et Lord Richard Grosvenor attendent, prêts à lui venir en aide, et peut-être que M. Chambetlain lui-même, dirigera l'attaque. J’admire M. Chamberlain comme homme politique, parce qu’il a le courage—et c'est uu courage plein de sagesse—d’indiquer, dans toute leur étendue, les réformes dont nous avons besoin, au lieu de les atténuer. Maïs, comme Saul avant sa conversion, il ne respire que menaces et carnage contre l’église établie et peut-être conduira-t-il à l’assaut contre elle. C'est un formidable assaillant, cependant, je crains qu’il ne se brise les ongles contre les murs de la place, Si l'Eglise épiscopale a Pour elle la majorité, elle se maintiendra nécessairement, Dans tous les cas, cette institution, avec toutes ses fautes, à. le mérite qui fait la grande force des institutions—elle propose un idéal noble et attachant, l'égalité est ce qu’elle professe, si elle ne la pratique pas toujours. Elle inspire une vaste et
Profonde affection et possède, en conséquence, une force immense, Elle ne subsistera probablement pa- dans le Pays de Galles; elle ne se Maintiendra Pas, non plus, probablement, en