A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
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PRÉFACE
Le christianisme se divisa, dès ses premiers moments, en un grand nombre de sectes. On ne saurait s’en étonner, si l’on considère, d’un côté, les circonstances au milieu desquelles il apparut, et, de l’autre, les hautes et difficiles questions qu’il soulevait.
Il en fut de l’enseignement de Jésus à peu près comme il en avait été, quatre siècles auparavant, de celui de Socrate. Les nombreux disciples qui se pressaient autour du philosophe grec, différents d’âge, de caractère, de culture, d’opinions, ne comprirent pas tous sa doctrine de la même ma-
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nière. Les uns n’en saisirent que ce qui répondait à leurs aptitudes et à la tendance d’esprit particulière à chacun d’eux, les autres que ce qui pouvait servir à fortifier, perfectionner ou réformer, en une certaine mesure, leurs propres systèmes 1 . Le christianisme se répandit au milieu d’éléments encore plus hétérogènes; il se produisit à une époque de fermentation religieuse, telle que le monde n’en a jamais connue de plus générale et de plus puissante.
Les vieux cultes se mouraient ; la philosophie épuisée avait fait place à une stérile érudition ; la liberté avait disparu ; les mœurs avaient baissé avec les caractères ; la décadence était générale. Étaitce la tin? Beaucoup le croyaient4, et tandis que,
1 . Rilter, Histoire de la philosophie ancienne, t. I, p. 67-71 .
2. Virgile, dans ses Gèorgiques, i, 468, fail allusion à cette crainte généralement répandue de son temps :
Impiaque æternam timuerant sæcula noctcm.
Lucain est plus positif :
Hos, Cæsar, populos, si nunc non asserit ignis,
Uret cum terris, uret cum gurgite ponti.
Communis mundo superest rogus.
Pharsal., vnt, 812-814.
El Ovide dit également :
Esse quoque in fatis reininiscitur affure tempus
PHÉFACE ni
dans ce sentiment, les uns tournaient vers le ciel des regards qui ne rencontraient plus sur la terre que des sujets d’affliction, d’autres, fatigués du vide au milieu duquel ils traînaient une existence décolorée, se créaient un monde fantastique qui leur offrait du moins l’image de la vie, et cherchaient dans les rêves de la théosophie un aliment aux besoins de leur cœur et de leur esprit. Quant à la foule, toujours superstitieuse au sein môme de l’incrédulité, elle demandait à des dieux nouveaux pour elle, aux sombres divinités de la Chaldée, de la Phrygie, de l’Égypte, des émotions religieuses et des consolations qu’elle ne trouvait plus aux pieds des autels de la religion nationale
Ce mouvement religieux, ce n’est pas le christianisme qui le provoqua ; il ne le précéda même pas. 11 suffit, pour s’en convaincre, de remarquer que, dès ses premiers pas, il se trouva en présence de théosophes qui enseignaient, comme lui, une
Quo mare, (juo tellus, correptaque reftia cœli Ardeat, et mando moles operosa laboret.
ifetamorph., i, 256-258.
4. Benj. Constant, la Religion, t. I, p. 50 et suiv. (dans la deuxième édition, p. 41 et suiv.). Du Polythéisme romain, t. II, p. 404-428.
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doctrine de la délivrance, et dont la plupart le saluèrent et l’accueillirent comme une conception religieuse analogue à celles qu’ils prêchaient euxmêmes. Dans la Samarie, ce fut le goèt Simon disciple peut-être des Esséniens des montagnes d’Éphraïm; à Antioche, ce furent des disciples de Jean-Baptiste qui ne connaissaient encore que la régénération par l’eau du baptême * ; à Éphèse, à Colosse, à Philippe, ce fut une secte juive qui répandait des théories spéculatives sur les émanations divines, et sur les rapports de Dieu et des hommes par des puissances intermédiaires, et qui, après avoir entendu les apôtres, donna au Christ une place dans son système 3; à Alexandrie, ce furent des disciples de Philon qui n’eurent que quelques mots à ajouter à leur doctrine ou à y changer pour de-