H tel. du charpentier Joseph, chap. 2, 6 et
4. Liber de Iransitu, chap. 3. Dictionnaire des apocryphes , t. II, col. 518.
nombreux miracles opérés par la mère du Christ *.
Il est évident que des erreurs aussi grossières n’ont pu être commises que par des hommes complètement étrangers à toute culture littéraire.
Enlin la vulgarité de ces légendes est un indice certain du milieu dans lequel elles prirent naissance. Ce n’est pas la naïveté, comme on l’a souvent répété, qui en est le caractère dominant, c’est bien plutôt une conception commune, vulgaire, parfois grossière. 11 y a absence totale de cette simplicité touchante et de cette profondeur de sentiments que recouvrent, sans les cacher, les formes rudes et incultes des chants des peuples primitifs. Elles ne diffèrent presque en rien des noéls et des mystères du moyen-ôge, dont elles sont en réalité les antécédents, et qui d’ailleurs n’en sont d’ordinaire que des imitations.
On peut donc regarder comme un fait certain que les légendes recueillies dans les Évangiles apocryphes orthodoxes n’ont pas pris naissance dans le monde lettré où la doctrine chrétienne se formait et se débattait. Elles constituent ce qu’on pourrait appeler le christianisme d’en bas, de la foule peu capable de comprendre le spiritualisme chrétien et
1. Dictionnaire des apocryphe», t. Il, col. Bï!. L’auteur de co récit s'imaginait sans doute qu'on pouvait aller de Jérusalem h Rome comme on allait à Damas ou aux frontières de l’Arabie.
ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 293 qui le remplaçait par des fables pieuses. Mais c’est là précisément une des raisons qui les recommandent à notre étude. Ces légendes, expression de la manière dont la masse des fidèles entendait le christianisme, sont les seuls documents qui nous permettent de nous faire' une idée de l’état religieux des chrétiens des premiers siècles. Les livres des écrivains ecclésiastiques ne nous font connaître que le christianisme d’en haut, je veux dire des lettrés et des savants. Qu’y avait-il au-dessous de cette couche qui naturellement ne descendait pas trèsbas? La foi aux prodiges, aux miracles, aux légendes, et cette foi ne différait en rien de celle du moyen-âge.
C’est surtout à cause de l’influence extraordinaire que ces légendes ont fini par exercer sur les croyances et les pratiques de .l’Eglise, qu’il importe de les considérer de près. Les écrivains ecclésiastiques antérieurs au iv° siècle n’en ont qu’une connaissance très-imparfaite. Quelques-uns d’entre eux ont entendu parler de la tradition qui fait naître Jésus dans une caverne aux environs de Bethléhem. Justin Martyr, Origêne et Tertullien savent que le Seigneur descendit aux enfers après
ÉTUDES S UK LES ÉVANGILES sa mort, mais ces détails n’ont pas à leurs yeux une importance telle qu’il faille les introduire dans les symboles ecclésiastiques. Les choses changèrent de face vers le milieu du ivc siècle.
Le christianisme devenu la religion de l’État, l’Église se trouva dans de nouvelles conditions d’existence. Il fallut parler publiquement à la foule, l’entretenir dans la foi, répandre l’instruction et surtout l’édification. La chaire chrétienne fut dressée, et il se forma parmi les chrétiens un nouveau genre de littérature, la prédication, qui eut pour mission de mettre à la portée des fidèles les conceptions métaphysiques des théologiens. On ne pouvait le faire qu’en leur parlant le langage qu’ils comprenaient et' qu’en ‘tenant compte de ce qui était leur nourriture religieuse la plus habituelle, c’est-à-dire les légendes répandues dans les classes ignorantes qui formaient naturellement le plus grand nombre.
Les nécessités de la prédication tirèrent sans doute toutes les légendes du cercle des classes peu éclairées au sein desquelles elles avaient pris naissance et ôtaient restées renfermées jusqu’alors. Ce qui peut le faire croire, c’est que plusieurs docteurs de l’Église continuèrent à faire peu de cas de ce cycle de fables longtemps encore après qu’il avait été comme sanctionné par la poésie et l’éloquence. Mais si le niveau intellectuel n’avait
ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 301 pas baissé, si l’étude de la philosophie antique n’avait pas été de plus en plus délaissée par les directeurs des Églises, si le tlot de la superstition n’avait pas monté, le christianisme d’en bas n’aurait pas si facilement envahi, submergé le christianisme d’en haut, et les légendes populaires remplacé les conceptions plus spiritualistes des Clément d’Alexandrie et des Origène. La plupart des fictions dont elles ne sont que des développements étaient déjà des croyances générales ou allaient le devenir. Les docteurs de l’Église apportaient avec eux, du sein do la masse des fidèles, d’où en définitive ils sortaient, la croyance à la constante virginité de Marie, à la descente de Jésus-Christ aux enfers, à l’assomption de la sainte Vierge. A mesure que le sentiment chrétien perdait de son spiritualisme primitif, il inclinait davantage vers les conceptions concrètes dont les légendes étaient l’expression.
Quoi qu’il en soit, au milieu du ive siècle, du moins dans l’Orient, les fables pieuses que nous trouvons recueillies dans les Évangiles apocryphes orthodoxes sont partout accueillies sans défiance et môme avec faveur.
Bien différent d’Irénée, qui repoussait comme une invention des hérétiques tout ce qui n’était pas constaté par la tradition écrite ou du moins par une tradition bien établie, et quoique écrivant.
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comme lui, contre les hérésies, Epiphane ne voit aucun inconvénient à admettre que le père de Marie s’appelait Joachim1 2, et sa mère Anne*. Il ne s’arrête pas à ce détail qui, quelque insignifiant qu’il fût en lui-même, ouvrait cependant la porte à bien d’autres fables. 11 n’est pas éloigné d’admettre que la sainte Vierge n’est pas morte, comme le commun des humains 3. 11 sait, comme l’enseignait la légende, que Joseph était plus qu’octogénaire, quand il épousa Marie 4, qu’il ne fut son mari qhe nominalement , qu’il avait eu d’abord six enfants d’une première femme 5 6.
Grégoire de Nysse fait un usage immodéré des légendes. On retrouve dans un de ses sermons sur la naissance de Jésus-Christ G la plupart de celles qui ont été recueillies dans les Évangiles de l’Enfance. Il y raconte que la sainte Vierge fut élevée dès ses jeunes ans dans le temple 7. Il y assure