Boiberg, Bibliothck der ncutestamentl. Aiwcryphen, t. I
Il est plus difficile de se prononcer sur la patrie (le la légende de la descente de Jésus-Christ aux enfers. Sous la forme qu’elle a dans la seconde partie de l’Evangile de. Nicodème, elle est empreinte d’une couleur judaïsante assez bien marquée. L’enfer qui y est supposé ne diffère en rien du Scheol. C’est bien là les demeures souterraines clans lesquelles les enfants d’Israël plaçaient ceux qu’ils perdaient; ce qui est dit dans cet écrit des révélations communiquées à Seth par l’archange, se rapporte à une tradition juive, peu connue sans doute en dehors de la famille de Jacob ; et il en était probablement de même de la tradition d’après laquelle Adam devait le premier ressusciter d’entre les morts.
Mais en quelque lieu que ces légendes se soient formées, un fait me paraît certain, elles ont pris naissance dans les classes populaires. On peut déjà le conjecturer de cette circonstance assurément fort remarquable, qu’on n’y trouve à peu près point de traces d’enseignement dogmatiquo. Je n’ignore pas qu’on a voulu découvrir dans plusieurs d’entre elles des intentions thêologiques, mais je ne sau-
p. 78, noie 33. Thilo, Codes apocryphus Novi Testament i, note sur le chap. 13 de Y Évangile de Thomas. Les Actes de Thomas, qui onl vraisemblablement pris naissance dans le même milieu que l’Évangile du même nom, onl été certainement composés en syriaque. Dictionnaire des apocryphes, l. II, col. 1021, note 1080.
rais partager ce sentiment. Quelques-unes ont été, il est vrai, alléguées plus tard comme des arguments polémiques contre certaines hérésies; mais elles ne se formèrent pas dans ce but. Qu’au xv0 siècle on ait trouvé dans la légende de la des- 'cente de Jésus-Christ aux enfers, une réfutation de l’opinion d’Apollinaire, que le Logos tient lieu d’âme humaine au Seigneur, je le veux bien ; mais au moment où elle naquit, on ne prévoyait certes pas la future doctrine des deux natures du Christ, et l’on ne pouvait songer à forger si longtemps à l’avance une arme contre l’apollinarisme *. Il no faut voir dans ces fables pieuses que ce qu’il y a, c’est-à-dire des récits naïfs destinés à exalter la sainte Famille et surtout le Sauveur.
On est confirmé dans l’opinion qu’elles naquirent au sein de la foule, quand on considère la profonde ignorance qu’elles supposent dans leurs auteurs. Ce n’est pas aux puérilités qui y abondent que je fais ici allusion : il est inutile de les signaler; l’analyse que j’ai présentée des Evangiles apocryphes orthodoxes les a mises suffisamment en relief. Je veux parler ici des incroyables méprises historiques et géographiques qu’on y rencontre. Chaque fois qu’il y est question d’histoire ou de géographie, on est assuré d’y trouver autant d’erreurs que
1. On verra plus loin que la seconde partie de l’Évangile de Nicodème n’a pas de but dogmatique.
ÉVANGILES APOCRYPHES ORTHODOXES 297 de mots. Il suffira d’en citer quelques exemples.
Dans les Actes de Pilate, le mont des Oliviers, au pied duquel était Béthanie, bourg situé à une demiheure de Jérusalem *, est placé dans la Galilée *. Dans le prologue de ce même écrit, Joseph et Caïphe sont présentés comme les deux grands-prêtres des Juifs, quand on sait qu’il n’y avait jamais qu’un seul grand-prêtre. Au chapitre premier de l’Évangile arabe de l’Enfance, l’historien juif Josèphe est confondu avec le grand-prêtre Caïphe, erreur étrange dont il est difficile de découvrir l’origine. Dans l’Histoire du charpentier Joseph, cet époux de la Vierge, tout en étant de la tribu de Juda et de la famille de David, est un des prêtres du temple du Seigneur 3, au mépris de la loi de Moïse et de la coutume constante des Juifs, d’après lesquelles ceux là seuls pouvaient exercer le sacerdoce qui étaient de la tribu de Lévi. Dans le Livre de la mort et de l'assomption de Marie, il est parlé d’un roi d’Égypte qui régnait alors et qui s’appelait Sophrin *. On y trouve aussi que le fils du préfet de Jérusalem, après avoir été guéri de douleurs d’entrailles par la sainte Vierge, se hâta d’aller à cheval, de cette ville à Rome, pour y raconter aux chrétiens les