DÉCRET DE GÉLASE CONTRE LES APOCRYPHES
Ce qu’on désigne sous le nom de décret de Gélase contre les apocryphes est la troisième et dernière partie d’une pièce qui est donnée pour une décision prise par un concile tenu à Rome en 494 et composé de soixante-dix évêques. Les deux autres parties ont pour but de déterminer, la première, quels sont les livres
m ÉTUDES SUH UES ÉVANGILES
canoniques refus par l'Église, et, la seconde, quels sont les divers ouvragos des écrivains chrétiens qu’elle approuve, custodienda et recipienda opéra. Mais ce qui est fort singulier, c'est que le catalogue de cas derniers écrits est donné sous ce titre : De apocry— phis scripluris. D’un autre côté, la troisième partie, c’est-à-diro celle qui donne le catalogue des écrits réellement apocryphes, mentionne un assez grand nombre d'ouvrages qui no sont nullement apocryphes et qui *ont bien des auteurs dont ils portent les noms; mais il faut ajouter que la plupart de ces auteurs ne passent pas pour orthodoxes aux youx de l'Église. Lo mot apocryphe est pris, dans la secondo partie de cette pièce, dans un autre sens que dans la troisième. Dans le premier cas, il signifie évidemment des ouvrages qui no font pas partie do l'Écriture Sainte, mais qui sont conformes à la saine doctrine, cl dans le second des ouvrages qui no font pas partie de l'Écriture Sainte et qui, de plus, sont contraires à la foi de l'Église.
L’emploi de ce terme en deux sens tout à fait différents, dans cette pièce, prouve, ce me semble, qu’elle n’est pas tout entière de la môme main. 11 est probable que, sans parler des nombreuses interpolations qu’elle a reçues, après qu’elle eut pris la forme sous laquello elle nous est parvenue, elle fut composée en trois moments distincts. Elle ne devait comprendre, dans le principe, que la liste des livres saints. On trouva convenable, plus lard, do joindre au cataloguo des écrits canoniques l’indication des principaux ouvrages des écrivains ecclésiastiques. Plus tard encore, on jugea utile d’indiquer les livres non approuvés par l’Église et, en un certain sens, dangereux pour la foi, à côté de ceux qui y étaient conformes et qui étaient propres à la défendre et ô la fortifier.
La première partie, celle qui contient la nomenclature des livres saints, est-elle l’œuvre d’un concile romain tenu en 494 ? C’est possible. Cependant Baluze fait observer qu’il n’est pas parlé de ce concile avant le îv siècle, et que Jean de Ferrières, llincmar de Rheims, et Nicolas 1er sont les premiers qui en fassent mention. Lo décret contre les apocryphes offre encore plus d’incertitude. Baluze fait également remarquer qu’il n’en est question nullo part avant la môme époque; que ni Gennade, ni saint Isidore, ni Ilonorius d'Autun n’en ont rien dit; que Denis le Petit ne le cite pas dans sa collection des papes; enfin qu’il y
APPENDICE
a des manuscrits dans lesquels ce décret porte le nom do Damase, et d’autres dans lesquels il est attribué à Ilormisdas 1.
Quoi qu'il en soit, je crois utile de le mettre sous les yeux du lecteur. Je le transcris tel que le donnent Labbe et Cossart dans leur Sacrosanrta concilia, t. IV, col. 1*60-1*66.
Voici d'abord le titre général de la pièce elle-même :
Conciliant Romanum l 71 10 a L. XX episcopis libri sancti <mtbenlici ab apocryphis sunt discreti sub Gelatio, anno Domini CCCCXC1V, Asterio alque Prasidio consulibus.
Immédiatement après vient la liste des livres del'Antien-Testament sous cette rubrique : Ordo librorum veteris Teslamenli 7 item sancta et catholica romana suscipit et veneratur Erclesia, digeshu a bealo Gelasio papa I, rum septuaginta episcopis. Puis vient la liste des livres du Nouveau-Testament, avec ce litre : Idem ordo seripturarum novi et a'terni'Testamenti.
La seconde partie porto ce titre particulier : Gelasii papte de~ cretum rum septuaginta episcopis babitum de apocrypliis scriitturis.
Enfin la troisième partie, qui est celle que je rapporte en entier, est conçue en ces termes :
NOT1TIA LtanOHUU APOCaïPUORUM QUI NON HECIPIU.NTUK.
In primis ariminensem synodutn a Constantin Conslanlini augusti lilio congregalum, medianle Tauro præfeelo, ex tune et nunc et usque in æternum confilemur esse damnatum.
Item ilinerarium nominc Pétri apostoli, quodappellalur sancti Clementis libri octo, apocryplium.
Aclusnomine Andreæ apostoli, apocryplium.
Aclus noniinoTliorom apostoli, apocryplium.
Actus nomine Pétri apostoli, apocryplium.
Aclus nomine Philippi, apocryplium.