IV. — de J'c«t
y. — du midi
Total général*
popuum
en
pmiTÉs
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poBBes ée terre
UDéei en
18ft7.
tobetwertt.
UIAiniTÉS
MBiUles NV
UbiUiU.
tobeiwerti.
On voity par ce tableau, que la culture de la pomme dd terre est le plus répandue dans les gouvernements de Touesty où la moyenne des semailles» en 1847» donne plus de ^ tchetwert par habitant , et dans les gouvernements du nord , où Ton comptait en moyenne -h tchetwert par
tête. Dans le nombre des gouvernements de la première de ces deux catégories , la minimum des semailles était de moins de — tchetwert, et le maximum, de plus de 7 tchetwert par tête, et, dans les gouvernements da nord, le maximum, de près de 7 tchetwert, et le minimum, de 7— tchetwert. Dans les gouvernements du centre, cette culture a déjà acquis une extension assez considérable, puisque la moyenne des semailles donne près de 777 tchetwert, le maximum, près de 7 ej le minimum, près de ~ tchetwert, par habitant. Mais elle est encore très-arriérée dans les gouvernements de l'est où l'on ne comptait, en moyenne, que rb à peu près, et dans ceux du midi, où la moyenne des semailles ne donne que 7^ tchetwert par habitant. La récolte de cette même année a donné :
la. temtilU^ P«r babitaïu.
Dans les gouv** du nord 3 | de fois. ^' tchetwert.
» du centre, près de . 4 » ~ »
» de Test, près de. . 4 »
» de l'ouest, près de . 3 »
» du midi , près de. . 4 f »
Culture du m^ïs.
Cette culture est très-appropriée au climat et au sol du midi de la Russie, mais elle n'a acquis, jusqu'à présent, de l'importance qu'en Bessarabie, où le maïs constitue un des principaux aliments du peuple. Cependant elle commence aussi à s'étendre dans d'autres provinces de la Nouvelle-Russie, et elle est encouragée par le gouvernement.
Voici^ d'après les données recueillies par le département de rËconomie rurale, les quantités de blé de Turquie, qui ont servi à ensemencer les donjaines de la Couronne,
dans les gouvernements de Kherson , Tauride et Ekathérinoslaw, pendant les années 1844 à 1848 :
En 1844 2,059 tchetwerts.
En admettant, à peu près, les mêmes quantités pour les domaines des particuliers, on peut évaluer maintenant le total des semailles à environ 5,000 ou 6,000 tchetwerts. Quelque insignifiante que soit encore cette culture, comparativement à l'étendue de ces trois provinces, elle peut, à Tavenir, acquérir de l'importance , en persistant dans la voie des progrès, quoique lents, mais soutenus qu'elle a faits dans le court espace de quatre années.
Culture de la betterave.
La culture de la betterave, comme plante saccharîfère, ne date, en Russie, que de vingt-cinq ou trente ans. Avant cette époque, la betterave n'était cultivée qu'en petite quantité, et, principalement dans la Petite-Russie et dans les provinces de l'ouest, comme légume destiné à la nourriture du peuple et, dans quelques contrées, aussi à l'alimentation du bétail. En 1825, il n'existait, dans tout l'Empire, que deux fabriques de sucre qui ne produisaient pas plus de 1,500 pouds de farine de sucre; en 1848, on en comptait déjà 337 qui employaient plus de 30 millions de pouds = 490 7 millions de kilogrammes de bettertives, et produisaient plus d'un million de pouds = 16,350,000 kilogrammes de sucre brut. C'est 2 fois i le produit de toutes
les fabriques de sucre de la monarchie autrichienne (environ 400,000 pouds), 1 fois 7 le produit de cette fabrication dans tous les États de l'association douanière allemande (environ 700,000 pouds), et un peu plus de ^ de la quantité produite en France en 1850 (65 millions de kilogrammes).
En nous réservant de traiter plus en détail , dans le chapitre suivant, l'importante question de l'industrie sucrière, nous nous bornerons à retracer ici, sommairement, d'après Topinion énoncée dans le compte-rendu du département de l'Économie rurale, au ministère des Domaines, les avantages de cette industrie, au point de vue des intérêts de Tagriculture, en général, et dans ses rapports avec la situation agricole de la Russie, en particulier.
En servant à la fabrication d'un produit qui a un prix élevé, la betterave met en circulation des capitaux considérables; elle fournit un moyen d'alimentation au bétail, et, d'après les nouveaux procédés, les valves peuvent servir, après l'extraction de la substance saccharine , et avec un mélange de farine de seigle, à la préparation d'un pain très-bon et très-sain ; elle n'épuise pas beaucoup le sol et elle s'adapte très- avantageusement au système de la culture alternée, dont l'extension est si désirable en Russie. La culture de la betterave favorise la destruction des mauvaises herbes, tandis que les feuilles de cette plante servent d'engrais. Elle augmente le revenu des terres et le prix de la main-d'œuvre, surtout dans les contrées où le blé est à bas prix, à cause de l'éloignement des marchés. Elle rapporte ordinairement 50 à 100 pour 100 de plus que la culture des céréales. Le débit de la récolte est plus prompt et plus assuré. La betterave se vend ordinairement à l'époque où les propriétaires ont à payer leurs impôts; lorsque les grains ne sont pas encore battus et les prix du marché non encore fixés. La livraison des os, dont l'emploi n. 8
iU AGRICULTURE.
était presque inconnu dans rintérieur de la Russie , le transport du bois, du charbon et de la tourbe, de môme que du sucre brut, et les travaux exécutés dans les fabriques de sucre, activent h l'entour de ces fabriques la circulation monétaire et répandent le bien-être parmi les classes agricoles en leur offrant le moyen d'utiliser avantageusement leur temps et leur travail. Les paysans des domaines de l'État prennent aussi une large part dans les avantages de cette industrie, en vendant aux établish aen^ents sucriers les os d'animaux, le bois, le charbon et la chaux, et en travaillant aux champs de betteraves appartenant aux fabriques de sucre.
Sans contester aucun des avantages qui viennent d'6tre énumérés , nous nous permettons seulement de faire observer que ces avantages, bien réels pour certaines localités» sont très-limités dans leur influence générale sur Tétat actuel de notre agriculture. L'industrie sucrière se rattache à certaines conditions qui ne se trouvent pas toujours réunies dans les mêmes localités ; elle exige avant tout un sol bien approprié à la culture de la betterave sur une grande échelle (cette culture réussit le mieux sur un sol léger de moyenne qualité, ou ce qu'on appelle en Allemagne une bonne terre à orge, eingntei* Gerstenboden) et une contrée assez peuplée pour avoir, dans certaines saisons et contre un salaire modéré, le nombre nécessaire de bras pour le sarclage et la récolte. On voit aussi que, dans tous les pays où cette industrie a acquis un grand développement, comme, par exemple, en France et en Allemagne, elle s'est conoentrée de préférence dans les contrées qui réunissent ces avantages. H en est à peu près de même ea Russie. Sur le total de 27,141,541 pouds de betteraves qui ont été fournis en 1848, d'après la statistique officielle, aux établissements sucriers de l'Empire et du royaume de Pologne, le gouvernement de Kiew seul en a récolté
12,713,600 ou près de la moitié. Il y a d'ailleurs une circonstauce qui empêche l'extension de cette culture dans une grande partie de la Russie ; ce sont les fréquentes sécheresses, provenant des influences climatologiques déjà mentionnées dans le P' volume , et qui s'étendent ordinairement sur une immense surface embrassant un territoire de quinze ou vingt gouvernements à la fois ; mais, en supposant même à cette culture tout le développement imaginable, elle ne pourra jamais, il nous semble, exercer une Influence très-prépondérante sur l'ensemble de notre économie rurale. D'après les données de la statistique officielle, la récolte moyenne serait de 600 pouds de betteraves et la moyenne du rendement du sucre brut 3 j pour 100 {voir nos calculs, page 206 du I" volume) ; mais cette dernière proportion doit être au-dessous de la réalité, et, avec les progrès de la fabrication, on doit obtenir, en moyenne, au moins 4 7 pour 100. (En France, on obtient, dans les établissements bien organisés, 6 pour 100 et au delà), ce qui donnerait 27 pouds de sucre brut pour une dessiatine. La production actuelle est d'environ un million de pouds et la moyenne de rîmportation était, pendant la période triennale de 1847 à 1849, de 1,926,260 pouds, ce qui donne pour total de la consommation, en y ajoutant l'impcft'tation du sucre brut dans le royaume de Pologne, qui n'est pas comprise dans ce dernier chiffre, environ 3,100,000 pouds. Admettons que le sucre indigène remplace entièrement, avec ie temps, le sucre colonial, et portons la consommation de cet article à 10 millions de pouds (plus que le triple de la consommation actuelle). Dans cette supposition, la plus brillante qu'on puisse adopter pour l'industrie sucrière, la culture de la betterave occuperait, en comptant 27 pouds de sucre pour le produit d'une dessiatine, 307,000 dessiatines, ou 7 pour 100 du sol arable de toute la Russie d'Europe. Dans le gouvernement de Kiew , où la culture
de la betterave est le plus répandue , elle n'occupe que 21 à 22,000 dessiatines, ou moins de 1 pour 100 de l'étendue du sol arable de ce gouvernement (2,344,000 dessiatines). Quoi qu'il en soit, les avantages de cette industrie pour les contrées, où elle est favorisée parles circonstances locales, n'en sont pas moins réels et incontestables, et elle mérite, à tous égards, d'être protégée et encouragée dans de justes limites, c'est-à-dire sans pousser celte protection au delà des bornes, passé lesquelles elle pourrait porter préjudice à d'autres intérêts non moins importants. Nous aurons d'ailleurs, par la suite, l'occasion de revenir sur ce sujet, en nous occupant des industries qui se rattachent plus directement aux intérêts agricoles de notre pays. Les observations et les calculs qui précèdent n'ont eu d'autre but que d'assigner à cette culture, sans en exagérer l'importance, la place qui lui appartient dans l'appréciation générale des forces productives du pays.
À mesure que la fabrication du sucre indigène prend de la consistance et de l'extension, il devient de plus en plus désirable de faire propager la culture de la betterave chez les paysans. Nos populations rurales ont encore une certaine répugnance pour cette culture, dont elles ne savent pas apprécier les avantages, et la plupart des établissements sucriers ne sont alimentés que par leurs propres plantations; mais à la suite des mesures d'encouragement prises par l'administration des Domaines, elle commence déjà à s'introduire chez les paysans des domaines de l'État, nommément dans les gouvernements de Smolensk, Tschernigow, Podolie et Penza, aux environs des établissements sucriers de ces gouvernements. Les profits qu'ils en retirent, par le débit prompt et facile de leurs récoltes de betteraves, serviront de stimulant, et il y a tout lieu d'espérer que cette culture s'étendra de plus en plus dans les contrées où le sol lui est propice et où l'industrie sucriëre
est en outre favorisée par d'autres circonstances locales, comme, par exemple, dans la Petite-Russie, en Lithuanie et en Pologne, où l'on cultivait, déjà d'ancienne date, la betterave en assez grande quantité, comme légume et pour la préparation d'une soupe aigre, connue sous le nom de borschtschf dont nous avons déjà fait mention.
Culture du houblon.
La culture du houblon ne peut prospérer que dans les contrées où l'on fabrique beaucoup de bière. Aussi n'a- ^elle acquis de l'importance que dans le royaume de Pologne, dans quelques provinces de l'ouest et dans quelques gouvernements du centre de l'Empire. Elle exige beaucoup de soins, et les résultats de la récolte sont très-chanceux, car ils dépendent, plus que beaucoup d'autres, de l'influence de la température. Dans les contrées où la culture des céréales prospère, le houblon n'est cultivé que dans le cas où cette culture est particulièrement favorisée par un débit facile et avantageux. En Russie, cette culture est encore plus chanceuse que dans beaucoup d'autres pays. Les récoltes y manquent plus fréquemment à cause de la grande variabilité du climat, et lorsqu'il en arrive une très-abondante, les prix tombent d'autant plus bas que la consommation de cet article dans les brasseries est très-limitée; désavantage très-préjudiciable au producteur ; car c'est un article qui ne peut pas se conserver longtemps pour attendre de meilleures conjonctures. La petite culture* du houblon pour le besoin local des ménages est assez répandue; mais comme objet de commerce, les houblonnières les plus importantes de l'Empire se concentrent dans les gouvernements de Moscou, de Riazan, de Wladimir et de Nijni-Nowgorod ,
dans la partie sud-oucsl du gouvernement de Kostroma et dans la partie nord-ouest du gouvernement de Kazan. Dans ce dernier gouvernement, ce sont presque exclusivement les Tschouwasches qui s'occupent de cette culture. Les principales houblonnières se trouvent dans les con*trées des gouvernements de Moscou et de Riazan, le long des petites rivières Gousslitza et Nerskaïa et de leurs affluents, où le sol léger et sablonneux, arrosé par une infinité de petits ruisseaux, paraît être particulièrement favorable à cette culture. Il faut ajouter que ce sont des contrées bien boisées qui garantissent les houblonnières de l'influence pernicieuse des vents du nord et de l'esté et fournissent en même temps à peu de frais les perches nécessaires à cette culture.
Cette culture, exigeant des soins continus et beaucoup de travaux manuels, est rarement entreprise en grand par les propriétaires ; ce sont presque exclusivement les paysans qui s'en occupent pour leur propre compte; et> comme les procédés usités pour sécher le houblon leur sont pour la plupart inconnus, cette opération est abandonnée à des individus qui en font profession. Autrefois, on se servait de bois pour sécher le houblon» ce qui communia quait à ce dernier l'odeur de la fumée, et qui donnait aussi un goût désagréable à la biëre% Dans ces derniers temps, on se sert plus généralement du charbon pour oètte opération. C'est un progrès important pour la culture du houblon, mais il s'y est glissé en même temps un -abus nuisible par l'emploi du soufre qu'on môle au charbon pendant le séchage. En Angleterre, on ne s'en sert que pour le séchage des houblons de mauvaise qualité afin de leur ôter une certaine odeur nauséabonde» tandis que dans les houblonnières des environs de la Gousslitza, le mélange du soufre a été généralement adopté.
Aux environs de la Gousslitza, on récolte en moyenne
70 pouds, et dans les autres contrées, 60 pouds de houblon par dèssiatine. Le bon houblon se vend à 5 toilbles et 5 roubles 10 kopecks le poud. En Bohême, on ne récolte que 55 à 56 pouds ; en France, 80 pouds, et en Angleterre, environ 60 pouds par dèssiatine. Nous avons tiré ces chiffres d'un opuscule publié, en 1851, à Moscou , par M. Jeleznow , sur la culture du houblon dans la Russie centrale, qui contient des renseignements statistiques et agronomiques très-intéressants sur cette culture. Il donne en même temps un calcul détaillé des frais de la culture aux environs de la Gousslitza^ avec un tableau comparatif du revenu net qu'on en retire dans cette contrée et dans d'autres pays. Il résulte de ces calculs qu'on obtient d'une dèssiatine un revenu net 1
roubles. k(»pecks.
En Bohême, de 92 58
. En Ffance, de 300 »
En Angleterre, de 254 68
Et aux environs de la Gousslitza . * . . 422 94
Ces données prouvent que la culture du houblon est très-profitable là où elle est favorisée par les circonstances locales, et qu'elle pourrait devenir très - importante en Russie^ si l'usage de la bière y était plus répandu.
Le commerce du houblon avec Tes pays étrangers est eii général assez insignifiant; cependant, l'importation de cet article a considérablement augmenté dans les derniers temps (en 1844, on n'en avait importé que 495 pouds, et, en 1849, 1^763 pouds); tandis que l'exportation a diminué (en 1844, on en avait exporté 1,369 pouds, et, en 1849, seulement 349 pouds). On en exportait, il y a quinze ou vingt ans, plus de 20,000 pouds pour le royaume de Pologne; mais cette exportation a successivement diminué des deux tiers, bien que la fabrication de la bière ait con-
sidérablement augmenté dans le royaume, ce qui semblerait prouver qu'on y a donné, dans les derniers temps, plus de développement à la culture du houblon.
Culture du tabac.
Quelque incomplètes que soient les données que nous possédons et que nous avons consignées dans le I" volume, page 218, sur les progrès delà culture du tabac, elles n'en prouvent pas moins qu'elle a déjà acquis un haut degré d'importance, surtout dans les gouvernements de Tschernigow, de Saratow et de Poltawa. Elle a aussi commencé, dans les derniers temps, à s'étendre dans plusieurs provinces de la Nouvelle-Russie, dans le gouvernement de Stavropol, en Podolie, dans quelques gouvernements du centre de l'Empire et même dans quelques contrées de la Sibérie. Dans les provinces transcaucasiennes, les plantations de tabac ne sont pas très-considérables (la récolte n'est que de 25 à 26,000 pouds), bien que le climat y soit très-favorable à cette culture. La majeure partie du tabac qui se récolte en Russie est d'une qualité très-ordinaire, et se vend au prix de 40 à 80 kopecks le poud, et c'est précisément le bon marché de cet article qui en a répandu le goût dans les basses classes de la population et même chez les peuples nomades du gouvernement d'Astrakhan et de la Sibérie et chez les habitants des îles Aléoutes. Jusqu'à Tannée 1842, la culture des tabacs de qualité supérieure se bornait à quelques essais isolés qui eurent au moins l'avantage de senir dlndicationpour le choix des espèces qui convenaient le mieux aux différentes contrées. Pour encourager ces essais et pour leur donner un plus grand développement, le département de FÉconomie rurale fait venir périodiquement des semences de tabac de la Havane, de
Marylandy de Virginie, de la Perse et de la Turquie, qui sont distribuées gratuitement, chaque année, dans toutes les contrées où les habitants témoignent le désir d'introduire les plantations de tabac, et surtout aux planteurs les plus connus et aux colonistes de la Nouvelle-Russie. Dans FeBpace de cinq années, on eh a distribué au delà de 600 livres; quantité qui peut servir à l'ensemencement de 12,000 dessiatines (1). En même temps des ouvrages et des notions très-utiles sur la culture du tabac ont été publiés, avec le concours de l'administration des Domaines, et distribués à grand nombre, pour l'instruction des cultivateurs.
Dans le but de faciliter le débit du tabac indigène, le département de l'Économie rurale a, par son intermédiaire, mis en rapport les producteurs avec les principaux fabricants du pays. Il a aussi, en dernier lieu, envoyé à l'étranger un agronome distingué, avec la mission de parcourir la Turquie , l'Egypte, le midi de l'Europe , les États-Unis d'Amérique et l'île de Cuba, pour étudier dans ces pays la culture du tabac, et de visiter, à son retour, la Hollande, les contrées du Rhin et les parties centrales de l'Allemagne pour y examiner les divers modes de préparation des tabacs à fumer et à priser. Cet agent est, en même temps, charge d'engager en Allemagne un cultivateur de tabac expérimenté, qui l'aiderait ensuite à introduire les meilleurs procédés de culture, tant dans les écoles agronomiques dépendantes du ministère des Domaines que chez les planteurs de tabac. En attendant, on a introduit des plantations d'essais dans toutes les fermes modèles et dans les établissements horticoles de la Couronne, en donnant une attention
(1) On emploie ordinairement 4 à 5 zolotnil^s pour Tensemencement d'une dessiatine (mie liyre = 96 zolotnliLs].
m AGRICULTURE.
particulière à la ferme de Kharkow destinée à propager les notions d'une culture bien entendue du tabac dans la Petite- Russie, où l'on en récolte déjà environ 2 millions de pouds. Cette contrée ne produit maintenant, en majeure partie^ que des qualités très-ordinaires, mais oti pourra avec le temps y donner une plus grande extension à la culture des qualités supérieures.
Ces mesures sages et rationnelles ne peuvent pas manquer de produire, avec le temps, les meilleurs résultats, et leur bienfaisante influence se fait déjà sentir par les progrès des plantations de tabac et par l'amélioration de la culture. Ces progrès ont été le plus sensibles pendant les cinq ou six dernières années, dans la Nouvelle-Russie, en Bessarabie et dans les gouvernements de Podolie, de Kiew et de Poltawa. En Podolie, les propriétaires de plantations qui ont mis le plus de soins à leur culture ont obtenu des semences d'Amérique du tabac de très-bonne qualité, dont les feuilles ont été reconnues propres à la fabrication des cigares, et, en Bessarabie, les paysans de la Couronne de l'arrondissement de Khotin ont commencé à en cultiver des qualités supérieures.
Sous le rapport des quantités récoltées, c'est le gouvernement de Tschernigow qui occupe le premier rang. Oti y récolte de 800,000 à 1 million de pouds. Après ce gouvernement vient celui de Saratow, où le tabac est cultivé exclusivement dans les colonies allemandes voisines du Volga et dans quelques villages petits-russiens. Ce gouvernement en produit environ 500,000 pouds. La culture dU tabac a, il est vrai, l'inconvénient d'épuiser le sol plus que beaucoup d'autres plantes, mais ce désavantage est balancé par l'abondance de la récolte. Une dessiatine donne ordinairement de 80 à 100 pouds, ce qui présente, en comptant seulement 60 kopecks (prix moyen des tabacs les plus ordinaires), un revenu brut de 48 à 60 roubles par dessia-
tine = 175 à 220 francs par hectare. Cette culture est surtout avantageuse dans les contrées qui abondent en bonnes terres arables et qui ont peu de débouchés pour leurs récoltes de céréales. Dans ces contrées, les plantations de tabac n'enlèvent aux autres cultures qu'une portion comparativement très-minime du sol productif. Ainsi, par exemple , dans le gouvernement de Tschernigow, où ces plantations sont le plus étendues et donnent environ 1 million de pouds, elles n'occuperaient, en comptant seulement 80 pouds par dessiatine, que 12,500 dessiatines, ou moins de - pour 100 de l'étendue des terres arables de ce gouvernement (3,190,600 dessiatines). En admettant que la production du tabac, dans toute la Russie d'Europe, soit portée à 10 millions de pouds, plus du triple de la récolte actuelle , cette culture n'occuperait, tout au plus, que 125,000 dessiatines, ou 7^ à peu près de l'étendue totale du sol productif (90 millions de dessiatines). Nous croyons donc pouvoir en conclure que la culture du tabac a de bonnes chances pour l'avenir, tant sous le rapport de son extension que sous celui de l'amélioration des espèces.
La Russie produit maintenant environ 3 millions de pouds de tabac. Cest un cinquième de plus que la récolte totale de l'Autriche, qui est d'envirou3,500,000 pouds (1), et près du double de la production de tous les États de l'association douanière allemande pris ensemble, qui s'élevait, en 1847, à 518,732 quintaux (2) = 1,586,023 pouds.
L'exportation de cet article de la Russie est de peu d'importance, et elle a même considérablement diminué dans le cours des quinze dernières années ; voici les moyennes triennales de cette exportation à partir de 1835 :
(1) En 1844, il a été récolté, en Hongrie et dans toutes les autres provinces de l'empire d'Autriche, 712,000 quintaux = 2,436,810 pouds.
(2) Voir Statistîsche Uehersicht von IHeterici, 4* partie, page 258.
n'est assurément pas une supposition très-hasardée, comparativement aux progrès que les plantations de tabac ont faits chez nous dans les derniers temps et en considérant Faccroissement rapide de la consommation de cet article dans d'autres pays , cela porterait au double, dans l'espace de vingt ans, les quantités qu'on en récolte maintenant (3 millions de pouds).
Quant aux qualités supérieures, il y a sans doute peu de chances que nos tabacs puissent remplacer entièrement eeux qui nous viennent maintenant de rÂmérique, de la Turquie et d'autres contrées ; mais les essais faits jusqu'à présent ont prouvé que la culture de ces tabacs peut réussir, au moins jusqu'à un certain point, dans plusieurs contrées de la Pe« tite-Russie et des provinces méridionales , en la poursuivant d'une manière rationnelle, et en ayant soin de renouveler souvent la semence pour empêcher la dégénération des espèces. Les meilleures plantations de la Grimée et des gouvernements de Kherson, de Tschernigow et Saratow produisent déjà des tabacs de très-bonne qualité, qui se vendent au prix de 6 à 12 et même jusqu'à 15 roubles le poud == 3 francs 65 cent, le kilogramme, ce qui est déjà un prix Irès-élevé. Ces exemples, secondés et encouragés par le Gouvernement, ouvrent à la culture du tabac, en Russie, un vaste champ d'amélioration et de progrès qui ne peut pas rester stérile. Les circonstances du dehors sont d'ailleurs favorables à cette culture. Les progrès de la consommation du tabac à fumer et surtout des cigares sont si rapides, dans tous les pays de l'Europe, que les plantations d'oulre-mer onlde la peine à suffire aux demandes du continent. Les bonnes espèces de cigares de la Havane deviennent de plus en plus rares, et on les remplace par les cigares fabriqués, en Allemagne, des feuilles de la Havane mêlées avec des feuilles plus ordinaires, soit exotiques, soit indigènes, ce qui facilite la concurrence des planta-
lions de tabac du continent, parmi lesquelles celles de la Russie occupent déjà aujourd'hui la première place sous le rapport de l'étendue. Pour profiter de ces circonstances, il ne s'agit que de s'appliquer à améliorer les espèces. Si les progrès qu'ont faits sous ce rapport, dans les derniers temps, quelques-unes de nos plantations, se soutiennent et ne restent pas à l'état d'exceptions isolées, on peut espérer que les tabacs indigènes remplaceront au moins les tabacs de qualité moyenne, importés jusqu'à présent de l'étranger, et il n'est pas impossible qu'avec le temps l'exportation de eet article, qu'alimentait seul, jusqu'à présent, le bon marché âes tabacs tout à fait ordinaires et qui tombe même en décadence, reprenne un mouvement ascendant par l'in^ traduction dans le commerce de meilleures qualités que |M)us pourrons aisément fournir à des prix modiques, si nos plantations sont cultivées d'une manière plus intelligente. Si, par exemple, sur les 3 millions de pouds de tabac que nous produisons déjà et qui ne représentent actuellement qu'une valeur d'environ 2 millions de roubles argent, les planteurs indigènes parvenaient à récolter, dans la proportion de — seulement, ou 300,000 pouds de tabac de qualité supérieure, qui pourraient se vendre au prix de 5 ou 6 roubles, cela augmenterait de 1,300,000 à 1,600,000 roubles le produit actuel, indépendamment de l'extension dont cette culture est susceptible.
Élève de la volaille.
C*est une branche de l'économie rurale qui peut encore, en Russie, prendre un grand développement, surtout dans les gouvernements qui abondent en grains. Elle dépend beaucoup des progrès du bien-être parmi certaines classes d'habitants et de la facilité des communications. C'est dans
les villes que se concentre principalement la consommation de la volaille. Lorsque, sur les voies de communication qui aboutissent à ces principaux marchés des produits agricoles, les moyens de transport sont faciles et peu coûteux, le rayon qui les approvisionne s'étend de plus en plus, et le bon marché de la volaille élargit en même temps le cercle des consommateurs de cet article ; comme, dans le cas contraire, ce cercle se rétrécit par la cherté de la denrée. Or, sous ce rapport comme sous tant d'autres, les éléments de la production ne se trouvent pas toujours, en Russie , en rapport satisfaisant avec les moyens de les utiliser. Dans plusieurs contrées où l'élève et Tengraissement de la volaille seraient favorisés par l'abondance des moyens d'alimentation , les débouchés ne sont pas suffisants pour encourager cette branche de l'économie rurale et pour la rendre profitable.
A ces causes matérielles et locales viennent se joindre quelques influences morales, auxquelles on peut aussi attribuer , au moins en partie, l'état encore assez arriéré de cette industrie.
L'élève de la volaille exige beaucoup de soins, qui sont, dans tous les pays, confiés aux femmes. C'est une industrie essentiellement féminine; elle constitue une des principales occupations des bonnes ménagères de la campagne. Or, dans bien des contrées, les femmes de la campagne ne s'occupent ordinairement que des affaires de ménage les plus urgentes et les plus indispensables; et beaucoup de petites industries, qui se rattachent à Féconomie rurale, leur échappent ou ne se pratiquent qu'avec une certaine négligence ; c'est ce qui s'applique aussi à l'élève de la volaille. On a souvent l'occasion de voir la différence qui se manifeste à cet égard entre les colonistes étrangers et les populations indigènes qui les entourent, car dans les mêmes contrées où cette branche de l'écono-
mie rurale est devenue pour les uns une industrie importante et profitable, elle est chez les autres entièrement négligée. D'un autre côté, beaucoup de nos agronomes et surtout les petits propriétaires terriens, pour lesquels Télève de la volaille pourrait former une branche de revenu assez considérable, ne lui accordent aucune attention, même dans les contrées où elle serait favorisée par les circonstances locales. Sauf quelques districts isolés, l'élève et l'engraissement de la volaille n'existent, comme objet de commerce, que dans le voisinage des grandes villes, et encore y sont-ils si restreints que la volaille devient, à cause de sa cherté , un article de consommation de luxe réservé aux classes peu nombreuses de la population.
Parmi les populations rurales, qui se distinguent sous ce rapport, les colonistes Mennonites du gouvernement d'Ekathérinoslaw méritent une mention particulière ; ils élèvent une très-grande quantité de volaille, dont ils font mi commerce assez étendu. Cette branche de l'économie rurale est sans contredit une de celles qui gagneront beaucoup par le développement et l'amélioration de nos voies de communication.
Éducation des abeilles.
Nous avons présenté, dans le I" volume , pages 265 et suivantes^ quelques données statistiques sur l'état actuel de cette branche de l'économie rurale. Elle a beaucoup souffert, dans quelques provinces, de la destruction des forêts, car il est notoire que l'abeille cherche de préférence les contrées boisées, bien garanties contre le vent. Il y a aussi, comme nous l'avons déjà fait observer, plusieurs circonstances d'une influence plus générale, qui ont entravé les progrès de cette industrie, et nommément la baisse du prix de la cire et du miel qui ont été, en grande partie, rem-
placés, dans la consommation , par la stéarine et par les sirops de pomme de terre , ce qui est aussi cause de la décadence de notre commerce de cire et de miel avec les pays étrangers. L'éducation des abeilles repose maintenant presque exclusivement sur la fabrication des cierges pour les cérémonies religieuses et sur la consommation du miel, pendant le carême, qui remplace le sucre chez les stricts observateurs des jeûnes. Le gouvernement, de son côté, protège et encourage cette branche de l'économie rurale, qui fournit, dans beaucoup de contrées, aux classes agricoles une source de revenu indépendante de ses autres occupations champêtres. Différentes mesures ont été prises dans ce but. Pour propager parmi les paysans des domaines de l'État les connaissances nécessaires h l'éducation des abeilles, on a établi des ruches et un cours d'instruction pratique dans plusieurs fermes de la Couronne, et oii envoie tous les ans, aux frais du Gouvernement, des élèves à l'école spéciale, fondée à cet effet, en 1828, par le lieutenant Prokopowitsch, dans le gouvernement de Tschernigow. Après avoir fini leur cours d'études, les élèves sortant de cet établissement peuvent entrer comme instructeurs dans les écoles dépendantes du ministère des Domaines, ou exercer ce métier pour leur propre compte. Ils jouissent aussi d'une exemption temporaire du service militaire, et ceux d'entre eux qui établissent des ruches pour leur compte, obtiennent du département de l'Économie rurale des secours d'argent à titre de prêts. Pour faciliter les progrès de cette branche de l'économie, le ministère des Domaines a accordé aux paysans la permission d'établir des ruches d'abQilles dans les forêts de la Couronne, avec les précautions nécessaires pour garantir les bois contre les / incendies. Des articles instructifs sur l'éducation des abeilles se publient dans le journal du ministère des Domaines et dans la gazette agricole, sous les auspices du
département de TÉconomie rurale , qui encourage aussi la culture des plantes mellifères et en distribue gratis les semences parmi les populations agricoles. Tous ces encoufagements favoriseront sans doute les progrès de Féducatioû des abeilles , sous le rapport des améliorations dont elle est susceptible ; mais cette branche de l'économie n*a plus dé grandes chances d'avenir sous le rapport de son eittetisioii, depuis que le commerce du miel et celui de la cîre Oiit perdu de leur importance tant à l'intérieur qu'à TeXtérieur, par suite des causes déjà signalées.
Sylviculture.
On a vu par la classification statistique du sol, contenue dans le premier volume, que, sous le rapport de la végétation forestière, la Russie se trouve dans une situation particulière et tout exceptionnelle. Prise dans son ensemble, elle est le pays le plus boisé de l'Europe, si l'on en excepte quelques petits États de l'Allemagne, tels que le duché de Nassau et les grands-duchés de Bade et de Hesse-Darmstadt, et pourtant il n'y a pas de pays où l'on rencontre d'aussi vastes plaines entièrement dépouillées d'arbres.
Le tableau que nous avons donné, page 75 du P*^ volume, fait voir en détail l'extrême inégalité de cette répartition de la végétation forestière entre les différentes provinces. Nous voyons, à la tôte de ce tableau, sept gouvernements du nord , ceux de Wologda , Wiatka, Olonetz, Kostroma, Perm, Nowgorod et Saint-Pétersbourg (1), embrassant une étendue de 115,924,500 dessiatines =22,997 milles carrés
(1) Dans le tableau sus-mentionné, le gouvernement de Pskov se trouve aussi an nombre de ceux dont les forêts occupaient, à Tépoque des anciens arpentages, plus de la moitié de leur superficie ; mais, depuis cette époque , l'étendue des foréta de ce gouvernement a considérablement diminué.
géographiques, ou près d'un quart de la superficie totale de la Russie d'Europe, où le sol forestier occupe plus de la moitié, et, en prenant tous ces gouvernements ensemble, 74 pour 100 de leur étendue territoriale. Dans un de ces gouvernements , celui de Wologda , les forêts occupent plus de Tj de la superficie. Par contre, dans neuf gouvernements du midi, ceux de Saratow, Woronèje, Bessarabie, Stavropol, Tauride, Ékathérinoslaw, Kherson, Astrakhan et le pays des Cosaques du Don , qui se trouvent rangés à la fin du môme tableau , et qui embrassent une étendue de 89,434,800 dessiatincs = 17,742 milles carrés géographiques, ou près d'un cinquième du territoire de la Russie ^d'Europe, le sol forestier n'occupe pas 7 pour 100 et, dans S tous les neuf gouvernements pris ensemble, il n'occupe que ^87 pour 100 de toute leur superficie. Dans ce nombre, il y / en a cinq , ceux de Stavropol , Tauride , Ékathérinoslaw, Kherson et Astrakhan embrassant une étendue de46,423,440 dessiatines ='9,210 milles carrés géographiques, qui sont y presque entièrement déboisés; car le sol forestier n'y oc- I cupe pas 2 pour 100 de la superficie. Dans les autres gouy vernemcnts, au nombre de trente-six, l'étendue relative ) des forêts varie entre 10 et 30 pour 100.
/ L'élcnduc relative du sol forestier, par rapport à la population (woiV le tableau page 180 du I"'' volume), présente des disproportions non moins remarquables. Il y a quatre gouvernements du nord, ceux d'Arkhangel, Wologda, Olonetz et Perm , embrassant une étendue d'environ 28,000 milles carrés, avec une population de 1,365,000 habitants, où l'on compte plus de 10 dessiatines de forêts par tête, et, en les prenant tous ensemble, la moyenne est de 67 dessiatines par habitant, et dix gouvernements du midi, ceux de Kharkow, Stavropol, Tauride, Poltawa, Khoursk, Bessarabie, Podolie, Woronèje, Ékathérinoslaw et Kherson, embrassant une étendue de 11,892 milles carrés géographi-
ques, avec une population de 12,133,000 habitants, où Ton ne trouve pas 7 dessiatine de bois par habitant. Le sol forestier de tous ces dix gouvernements, pris ensemble, donne une moyenne de ^ dessiatine par habitant, et dans ce nombre il y en a deux où elle n'est que de -^ dessiatine par tête. Dans tous les autres gouvernements, au nombre de trentesept, rétendue relative du sol forestier varie enU'e 7 et 7 | dessiatines par habitant.
Des disproportions non moins grandes se rencontrent souvent entre les différentes parties territoriales des mêmes provinces ou gouvernements, de sorte qu'il y a des contrées : assez étendues qui souffrent du manque de bois, dans des \ gouvernements qui , pris dans leur totalité , peuvent être \ considérés comme très-fortement boisés. ^
A ces inégalités naturelles de la végétation forestière sont venus se joindre, dans bien des contrées, les incendies et la dévastation des forêts par des coupes entreprises sans ordre ni prévoyance aucune. Ces dévastations, dont nous avons eu déjà occasion de faire mention dans le I" volume, ont principalement eu lieu :
l^Dans la proximité des villes, ainsi que des usines et fabriques qui font une grande consommation de conabustible ;
2** Dans les contrées avoisinant les fleuves et les rivières navigables, où des coupes fréquentes de bois "ont lieu, tant pour le commerce intérieur et extérieur que pour la construction de barques ; surtout dans les gouvernements riverains du Volga et de ses affluents. M. Brinken évalue à 10,000, au minimwriy le nombre des barques qui descendent le Volga pour porter au midi les productions du nord de l'Empire, et qui ne servent qu'à un seul transport. On trouve aussi sjur cette matière des données très-intéressantes dans les publications périodiques de MM. Baer et Helmersen {Beitrttge zur Kenntniss des russischen Reiches), q\ib nous avons déjà citées dans le I" volume, pages 222 et 229 ;
hU AGRICULTURE.
3" Dans les contrées où, avec les progrès rapides de la population, le manque de terres arables a provoqué de nombreux défrichements de bois qui ont surtout eu lieu dans les forêts de chênes dont le sol est ordinairement très-fertile et très-propre à la culture (1).
La grande consommation du bois de chauffage qu'exige notre climat, pour alimenter les énormes poêles qu'on trouve * dans toutes les chaumières, la constructiou des maisons de villages et de la plupart des maisons de villes, qui sont ordinairement bâties avec des troncs d'arbres ou des poutres; la préparation du goudron et de la potasse , ainsi que la confection des chaussures et des nattes en écorce de tilleul (2); toutes ces circonstances, enfin, contribuent beau-^ coup à la destruction des forêts. 11 en est résulté que dans beaucoup de contrées, autrefois très-bien boisées, beaucoup de villes, de villages et d'usines sont maintenant obligés d'aller chercher leurs provisions de bois à une distance de 6 à 8 milles et au delà. La reconstruction seule de la ville de Moscou, après l'incendie de 1812, a occasionné la destruction d'une grande partie des forêts avoisinant cette capitale.
Il n'y a que les gouvernements d'Arkhangel , Wologda, Olonetz, Wialka, Perm et Koslroma, et une partie des gouvernements de Nowgorod, Minsk, Wilna, Grodno etWo- Ihynie qui peuvent encore être considérés comme très-richement boisés. Outre ces gouvernements, dans lesquels
(1) Voici ce que dit M. Slorch dans son ouvrage intitulé liussland unter Alexander I (H* volume, pageiid): « En 1785, le voyageur Sauer, qui accompagnait l'expédition de tiillung , a traversé les plus magnifiques forêts de chênes dans le gouvernement de Kazan, et lorsqu'il revenait, en 1704, do la Sibérie, par la même roule , il a trouve ces forêts tellement détruites qu'il n'en restait plus de vestiges. »>
(2) On évalue à environ 40 millions le nombre des nattes qui se confectionnent chaque année en Russie, et, comme l'écorce d'un arbre ne donne que 15 ou 20 nattes, cela suppose un abattis de 2,000,000 à 2,606,000 arbres.
se trouvent concentrées les forêts les plus étendues, la surabondance de bois ne se rencontre que partiellement dans quelques contrées des provinces de la Baltique, du gouvernement de Sain^Pétersbourg ^ de la Russie-Blanche, de la Petite-Russie et des gouvernements de Riazan, Nijni-Nowgorod et Penza. Dans les gouvernements de Moscou, Wladimir et Tambow, il y a manque de bois, à côté d'une grande surabondance de végétation forestière dans quelques parties de ces mêmes provinces. Dans la partie septentrionale des steppes, qui est d'ancienne date très-fortement peuplée, les plus belles forêts de chênes , de hêtres et d'érables ont été détruites par les défrichements qui ont ponctré de ces contrées plus avant dans le centre de l'Empire.
Voici ce que dit le journal forestier au sujet de l'inégalité de la répartition des forêts sur le territoire de la Russie d'Europe :
<( Les forêts , dont la Russie est si abondamment pour- « vue, en font, sans contredit, un des pays les plus boisés « du globe. Sous ce rapport, ses richesses dépassent de « beaucoup ses besoins. Telle est du moins l'opinion uni- « verselle ; opinion qui , au point de vue général , ne man- « que certainement pas d'exactitude : il suffit, pour s'en « convaincre, de comparer la superficie totale du sol foresi< tier que possède la Russie avec le nombre de ses habi- « tants, ainsi que le résultat de la recroissance annuelle « des végétaux ligneux , avec la masse de ces mêmes pro- « duits consommés chaque année dans toute l'étendue de « l'Empire. Mais, pour peu que l'on examine isolément les « diverses parties du pays, on reconnaît aisément que la « distribution des bois y est partout fort irrégulière : dans « certaines contrées, ils surabondent ; dans d'autres, ils ne i( suffisent pas même aux besoins des localités, et souvent « manquent complètement.
« Ainsi, au nord, huit gouvernements, ceux d'Arkhangel,
« Olonetz, Wologda, Kostroma, Wiatka, Perm, et, en par- « tie, de Kazan et de Nowgorod, forment, en quelque sorte, « une seule forêt immense, continue, coupée, par inter- « valles , de plaines étroites , semblables à des trouées , « dans lesquelles s'est concentrée la population. Par con- « tre, à l'extrémité opposée, vers le sud et le sud-est de la « Russie , on voit des contrées d'une très-vaste étendue , « peuplées sur certains points, désertes (steppes) sur d'au- « très, mais presque partout absolument dénuées de bois. « Elles occupent les gouvernements de Poltawa, Khcrson, « Ékathérinoslaw, les parties septentrionales du gouvcrne- <( ment de Tauride et de la province de Bessarabie, le pays « des Cosaques du Don, le gouvernement d'Astrakhan, la « plus grande partie du gouvernement de Saratow , celui « d'Orenbourg , au sud-ouest , et partiellement le gouver- « nement de Simbirsk. Rarement on y rencontre des ter- « rains boisés, et encore ceux-ci ne sont-ils couverts que de « simples massifs d'arbres forestiers, jeunes pour la plupart. « Le pays compris entre ces limites extrêmes participe « au caractère des deux régions avoisinantes, et présente « le passage gradué de Tune à Taulre. Effectivement , si, « prenant pour point de départ les contrées du nord-est, qui « contiennent la plus grande masse de forêts, on se dirige <( à travers les parties centrales et occidentales de l'Empire, « l'on remarquera, en descendant vers le sud, que les bois « décroissent progressivement : ils s'éclaircissent, se rami- « fient, s'amoindrissent enfin , pour faire place aux terres « livrées à la culture ou occupées par la population. On est « surtout frappé de l'irrégularité avec laquelle ils sont dis- « tribuéset disséminés sur le sol. Ainsi, d'immenses forêts « couvrent la surface des gouvernements de Kostroma et de « Wologda; elles décroissent subitement danslegouverne- « ment adjacent de laroslaw ; puis reprennent une nouvelle « vigueur dans les gouvernements de Wladimir, Moscou et
« Toula. Ici le district de Wéniew possède encore des bois « assez étendus ; mais ils diminuent à partir du district de « Bogorodsk, et disparaissent presque totalement dans ceux « de Jéfrémow, Novosil et Tscherne. Tout auprès, dans le « gouvernement de Kalouga (district de Jizdra et de Ko- « zelsk), les forêts abondent de nouveau. Le même con- <c traste se répète sur les limites occidentales et peu boisées « des gouvernements de Poltawa et de Kiew : au premier « succèdent les bois du gouvernement de Tschcrnigow, « situés entre la Dcsna et le Dnieper ( district d'Oster ) ; au « second sont contiguës les vastes forêts de Wolhynie.
« Quelquefois il arrive qu'on trouve, dans les provinces « les plus riches en sol forestier, certaines localités entiè- « rement dépourvues de forêts. Tels sont le district de No- « linsk (gouvernement de Wiatka) et celui de Wologda. « Celui-ci est réduit à s'approvisionner de bois, soit dans le i< district voisin de Kadnikow, soit dans le gouvernement « de Nowgorod (district de Kirilow).
« Les faits prouvent généralement que la diminution des « forêts correspond toujours directement à l'accroissement .« de la population. Ainsi, par exemple, dans le district de « Tétuschi (gouvernement de Kazan), à l'époque de l'ar- « pentage général, les forêts couvraient une surface de « 113,205 dessiatines, tandis que maintenant elles n'occu- « pent pas au delà de 80,000 dessiatines. Cependant la « population de ce même district, dans l'intervalle de la « septième à la huitième révision, ne s'était augmentée « que de 32,581 à 42,808 individus. La ville de Wiatka, « chef-lieu d'un gouvernement, se trouvait, il y a quelques « dizaines d'années à peine, entourée de toutes parts de « forêts compactes, qui couvraient le district entier, et au « milieu desquelles les terrains défrichés n'occupaient que « fort peu d'espace. Maintenant ces forêts ne suffisent plus « aux habitants de la localité ; ils sont obligés de se pour-
438 AGRICULTUIIE.
« voir de bois dans le district de Slobodsk. Simultanément « la population s*est augmentée au point de devenir exu- « bérantc, circonstance qui occasionne, parmi les agri- « culieurs, de fréquentes migrations dans les districts limi- « trophes.
« Du reste, pour arriver à la même conclusion , il suffit « de comparer entre eux les divers gouvernements de la « Russie européenne sous le double rapport de leur popu- « lation et de leur importance relative dans Téconomie fo- <( reslièrc de l'Empire.
« Ces gouvernements, selon le chiffre de leur population, « dont l'évaluation est duc h l'académicien Koeppen, se « groupent dans l'ordre suivant :
<( Quatorze contiennent de 16 à 705 individus par mille « carré. Dans ce nombre, les gouvernements d'Arkhangel, « d'Olonetz, d'Orenbourg en partie, do Perm, de Wologda, « do Wialka, de Nowgorod, de Kostroma et de Minsk « appartiennent à la région boisée (1); ceux d'Astrakhan, (( de Saratow, de Kherson, certaines parties des gouvcrne- <( menls d'Orenbourg et de Tauride, enfin le pays des Co- « saques du Don rentrent dans la région des steppes.
« Quinze contiennent de 700 à 1,200 habitants par mille « carré. Les gouvernements d'Ékathérinoslaw , de Saint- « Pétcrsbourg, d'Esthonie, de Pskow, de Witebsk, de Li- « vonie, de Simbirsk, de Mohilew, de Twer, de Wolhynie, « de Courlande, de Wilna, de Smolensk, de Kazan et la « province de Bessarabie.
« Huit renferment de 1,200 à 1,500 habitants par mille
(1) Parmi ces neuf goiivcmcmenta les plus riches en forôU, ceux d'ArkhangcI, Olonctz, Wologda, Orcnhourg (en partie) , tiennent le premier rang. Lo gouvernement de Kostroma, d'après lo chiirre de sa population (7()6)> apparlicnt à la seconde catégorie , et n'a été inclus dans celle-ci que parce qu'il se distingue par rétendue de ses bois.
« carré ; les gouvernements de Kowno, de Grodno, de Nijni- « Nowgorod, de Woronèjc, de Tauridc, de Wladimir, de <c Tambow et de Kharkow.
« Sept contiennent de 1,500 à 2,000 individus par mille « carré; les gouvernements de laroslaw, de Penza, d'Orol, « de Kalouga, de Kiew, de Riazan et de Poltawa.
« Quatre enfin contiennent de 2,000 à 2,323 habitants « par mille carré, les gouvernements de Koursk, de Podo- « lie, de Toula et de Moscou.
« Par conséquent, la presque totalité des forêts se trouve « être concentrée dans les contrées de l'Empire les plus « faiblement peuplées; les gouvernements de Kowno, de « Grodno et de Nijni-Nowgorod font seuls exception à cette « règle. On ne peut méconnaître que les bois ne se soient « conservés exclusivement dans les localités qui , soit à « cause de leur éloignement du centre de l'Empire , soit « par suite de certaines influences du climat et du sol, of- « fraient le moins de conditions favorables à l'accroisse- « ment de la population.
« Cette inégale répartition des forêts sur le territoire de « la Russie européenne fait croire, avec quelque raison, « que le régime forestier ne saurait y être établi partout « sur des bases uniformes. Tandis que, dans certaines lo- « csJités, la surabondance de bois autorise des coupes plus « ou moins irrégulières, souvent nécessaires, dans l'intérêt « de l'agriculture; il s'en trouve d'autres où la conserva- « tion des forêts, et même le reboisement du sol exigent, <( outre les mesures de surveillance indispensables, l'in- « troduction de méthodes d'aménagement perfection- « nées (1). »
(1) Cet article se trouve dans le Journal de Saint-Pétersbourg du iO-22 mars 1850.
La conclusion de l'auteur de cet article, relativement à l'influence que doit avoir cette inégale distribution de nos forêts sur le régime forestier, est parfaitement juste. Ce régime ne saurait être uniforme, et doit nécessairement être adapté, dans ses principes et leur application, aux circonstances locales et aux intérêts qui prédominent dans telle ou telle contrée.
Sur rétendue totale des forêts, qui est d'environ 180 millions de dcssiatines ( voir nos données statistiques sur la classification du sol, pages 51 et 52 du I" volume), les bois des domaines de l'État occupent plus de 115 millions de dessiatines (l), sans compter les forêts des Apanages et celles qui se trouvent sous l'administration spéciale de l'Amirauté, de sorte que les deux tiers, à peu près, du sol forestier appartiennent à l'État. Il est donc évident que l'administration des forêts de l'État doit exercer la plus grande influence sur toute l'économie forestière du pays. La tâche de cette administration n'est certainement pas facile, si l'on ne considère que l'immense étendue de la surface sur laquelle elle doit exercer son action et sa surveillance, indépendamment d'autres difficultés dont nous aurons , par la suite, l'occasion de faire mention. Cette tâche peut, il nous semble, se résumer de la manière suivante :
1" Favoriser dans une certaine mesure , et d'après un plan régulier, les défrichements des forêts dans les contrées le plus fortement boisées, et où il n'y a pas assez de sol arable pour les besoins de la population. Ces défrichements bien dirigés peuvent, avec le temps et peu à peu, ouvrir la voie à l'exploitation des forêts encore vierges du nord de l'Empire; mais c'est une question qui se rattache à celle de
(1) D'après le compte-rendu du ministère des Domaines pour 1840, 115,343,411 dessiatines.
AGRICULTURE. m
la colonisation, que nous avons traitée dans le I" volume, piiges 103 et suivantes ;
2" Régulariser les coupes de bois dans toutes les contrées forestières livrées à l'exploitation, et empêcher la dévastation des forêts avoisinant les villes, les usines, ainsi que les voies fluviales, surtout le long du Wolga et de ses affluents ;
3* Reboiser les contrées du midi partout où le sol n'est pas entièrement contraire à la sylviculture.
Le gouvernement a depuis longtemps reconnu toute l'importance de cette branche de l'économie rurale pour l'avenir de la Russie, et il lui a donné une sérieuse attention. Il existait déjà anciennement des lois pénales assez sévères contre la dévastation des forêts ; mais ce n'est que sous Pierre-le-Grand que furent posés les premiers fondements de réconomie forestière. On détermina certaines contrées avoisinant les voies fluviales , et certaines espèces de bois dont la coupe fut interdite, tant dans les forêts de l'État que dans celles des particuliers, sauf permissions spéciales. Le sol forestier fut ainsi partagé en forêts interdites ou réservées, et en forêts libres. Dans ces dernières, y compris les forêts non réservées de la Couronne, la liberté des coupes a été accordée sans restriction. L'interdiction établie dans des forêts réservées avait d'abord principalement pour but la conservation des bois de construction pour la marine ; mais elle fut plus tard étendue, non-seulement à plusieurs autres espèces de bois nécessaires aux différents établissements de la Couronne , mais aussi aux bois de construction pour les bâtiments ordinaires, et même au bois de charronnage et de menuiserie. Les bois destinés aux besoins de l'État étaient coupés indistinctement dans les forêts de la Couronne et dans celles des particuliers sans aucun dédommagement pour ces derniers.
On nomma des commissaires et des inspecteurs pour Ta-
ménagcmcnl des forôls réservées. Le service forestier rc • çut, en 1722, une nouvelle organisation, basée sur ces principes, et toutes les forêts de l'Empire furent placées sous la haute direction de FAmirauté. Peu de temps après, les nouveaux règlements du service forestier, ayant été reconnus comme trop onéreux pour les propriétaires de forêts , furent modifiés par un ukase de Fimpératrice Catherine I, qui parut en 1726 et qui adoucit considérablement les dispositions restrictives concernant les forêts réservées, en supprimant en môme temps les postes de maîtres des forêts, et en confiant la surveillance de ces forêts aux propriétaires terriens, aux anciens des villages ou chefe de communes {Starostjj) et aux autorités administratives ordinaires. Mais, à la suite de ce relâchement de la surveillance et des mesures restrictives , la destruclion des forêts prit un tel développement qu'un ukase, de 1729, de l'empereur Pierre III, remit en vigueur des dispositions plus sévères, surtout en ce qui concernait la coupe des bois de chêne C'est aussi à partir de cette époque que la Couronne commença à payer aux projiriétaires les bois coupés dans leurs forêts pour les besoins de l'État, et qu'elle s'assura, en même tem])s, un certain revenu de ses propres forêts, en prélevant une taxe sur les bois exportés.
Pendant les années 1730 à 1732, on termina la descriplion to])ographiquo des forêts, dans les gouvernements de la Russie centrale, qui avait déjà été commencée pendant les é|)oques précîédentes, et qui sei^vit à constater l'état peu satisfaisant de l'administration forestière; ce qui provoqua la remise en vigueur, sauf quelques modifications, des instructions tracées par Pierre I" pour le grand-maître des forêts. Plus tard, vers la moitié du xviir siècle, on entreprit et termina, en quelques années, la description d'une partie des forêts du nord, à partir des bords de la Dwina et de ses affluents, jusqu'à la ville d'Oustioug. Vers la même
AGRICULTURE. 4i3
époque, on appela de l'étranger des maîtres des forêts allemands, pour former des apprentis forestiers, ainsi que pour faire des plantations de bois de construction, et surtout de bois de chêne, dans les endroits bien appropriés à ces reboisements ; mais on s'est plaint que les principes d'économie forestière allemande , mis en pratique par ces étrangers, étaient peu applicables au climat, au sol et aux autres circonstances locales particulières à la Russie, et qu'en général les mesures prises jusque-là par le gouvernement pour arrêter la dévastation des forêts n'avaient pas atteint leur buti
Sous le règne de l'impératrice Catherine II , plusieurs changements importants ont eu lieu dans le personnel du service des forêts, et, en 1780, toute l'économie forestière de l'État fut assise sur de nouvelles bases. Jusque-là, l'administration des forêts avait principalement pour objet d'assufer les approvisionnements de la marine impériale en bois de construction ; mais à partir de cette époque , on songea sérieusement à en tirer des ressources financières pour l'État, et l'on commença à prélever une certaine taxe sur le bois coupé dans les forêts de l'État et dans celles des paysans des Domaines. Par contre, on restitua aux propriétaires particuliers le droit de disposer librement de leurs forêts, de sorte que la Couronne ne pouvait ordonner de coupes dans ces forêts particulières, que moyennant des accords de gré à gré avec leurs propriétaires.
M. Heirmann remarque, dans son ouvrage sur l'économie forestière en Russie, que les propriétaires particuliers, abusant de cette liberté illimitée , relativement à l'exploitation de leurs forêts , les ont entièrement dévastées ou laissées dépérir.
L'empereur Paul I" publia plusieurs ordonnances, ayant pour objet d'améliorer l'économie forestière, et de compléter la description topographique des forêts. Les forêts par-
liculières, propres à fournir des bois de construction pour la marine, furent soumises à \» surveillance de l'Amirauté, et l'on détermina, dans les forêts de l'État, les différentes espèces et qualités de bois destinées à cet emploi. On régla en même temps les taxes à prélever sur les bois coupés dans les forêts de l'État pour les usages particuliers.
Un ukase fixa à 25 arbres, pour chaque maison, le bois de construction à délivrer gratuitement aux paysans , sur les forêts de l'État. Cette ordonnance est encore jusqu'à présent en vigueur, dans ce sens qu'on délivre aux paysans dont les maisons ont été incendiées, dans les contrées qui n'ont pas beaucoup de forêts, 25 arbres ; dans les contrées bien boisées, 50 arbres, et dans les gouvernements les plus richement boisés , autant qu'il en faut, sans détermination précise.
Sous l'empereur Alexandre I", l'administration des forêts fut réunie, en 1802, au ministère des Finances , et Ton nomma, en 1803, trois comités qui furent installés dans les gouvernements de Saint-Pétersbourg, d'Olonetz et de Kazan, ayant pour mission spéciale d'examiner la situation des forêts, de séparer les bois de l'État de ceux des paysans et des propriétaires particuliers, de concéder une certaine étendue de sol forestier aux paysans qui ne possédaient pas assez de terrains, et de réserver, en revanche, la cinquième partie des forêts des paysans comme bois destinés aux constructions de l'État.
Les bois réservés, dans les gouvernements avoisinantles ports de mer, ont été mis à la disposition de la marine \m^ périalc, et dans les autres gouvernements, ils ont été en partie affectés à différents services de l'État, et en partie destinés à subvenir, dans certains cas, aux besoins des paysans des Domaines.
A la suite de la séparation des biens-fonds, affectés à l'entretien des membres de la famille impériale, les forêts y ap-
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partenant ont été placées sous la régie du département des Apanages, institué en 1808. Le département des Domaines faisant alors partie du ministère des Finances reçut , en 1811, son organisation définitive, et l'administration des forêts lui fut incorporée.
En 1828, fut créé, au ministère de la Marine, un département séparé pour l'administration des forêts affectées au service des constructions navales. En 1837 , l'administration des forêts de l'État (à l'exception de celles des Apanages et des forêts affectées au service de la marine impériale), ainsi que de celles appartenant aux villes et au clergé, fut transférée au ministère des Domaines, institué à cette époque, et reçut, en 1843, une nouvelle organisation. Elle forme maintenant un département de ce ministère, et tout le personnel du service forestier est placé sous les ordres d'un inspecteur en chef qui est en même temps directeur du département. Tout le sol forestier est partagé en six arrondissements, dont chacun est placé sous la direction d'un vice-inspecteur. Le département est également partagé en six sections, dont la première s'occupe de tout ce qui concerne l'inspection des forêts ; la seconde, de l'administration proprement dite ; la troisième, de l'exploitation des forêts ; la quatrième, de l'introduQtion d'un système rationnel d'économie forestière ; la cinquième , de l'aménagement des forêts ; et la sixième du contrôle de toute l'administration. Il y a également, auprès de ce département, un auditoriatf pour les enquêtes et les affaires contentieuses, et un comité spécial pour tout ce qui concerne les projets d'amélioration à introduire dans cette branche du service. C'est à ce comité qu'aboutissent, pour y être examinées, toutes les communications qui arrivent du comité scientifique institué auprès du ministère des Domaines. Dans les provinces, l'administration des forêts est confiée aux chambres des Domaines instituées dans chaque gouvernement, et qui sont