‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 25 sur 40 · LE POUD · texte numérisé non relu

LE POUD

Tonblci. kopecks*

À l'entrepôt du Havre, de il à 440 francs les 400 kilogrammes, selon les qualités et les provenances ; moyenne des prix, 80 francs (2) = 3 26

A Londres, de 24 à 28 schellings le quintal, droit compris ; moyenne tirée de tous les prix, 34 schellings = 2 roubles 83 kopecks le poud.

Idem, à l'entrepôt, sucre jaune de la Havane, 47 ^ schellings le quintal =: 4 72

A Liverpool, en entrepôt, sucre du Brésil et de la liavane, de 43 à 24 ^ schellings le quintal ; moyenne de tous les prix, 47 -J schellings i= 1 74 *

A Amsterdam, de 48 à 40 florins les 400 kilogrammes ; moyenne de tous les prix, 25 ^ florins ( 4 florin des Pays-Bas = 52 i kopecks) s= 2 20

A Kotterdam, de 48 à 36 florins les 400 kilogrammes; moyenne de tous les prix, 24 florins t= 2 6

A Hambourg, de 40 î à 24 | marcs banco les 400 ^ livres ; moyenne de tous les prix , 45 marcs banco (4 marc banco = 47 kopecks ; 4 livre do Hambourg = 4, 484 livre de Russie) =1=2 38

Moyenne générale de tous les prix ci-dessus. 2 22

Cette dernière moyenne est inférieure de 76 kopecks par poud, ou de S5 7 pour 100, à celle tirée des prix courants

(1) Comme cette moyenne des prix courants exprime, non le prix en entrepôt, mais le prix de revient, pour la consommation intérieure, les droits compris» nous avons dû réliminer du calcul ci-dessus.

(2) La différence de la moyenne des prix d'un entrepôt & l'autre s'explique par les différentes qualités et provenances des sucres, qui Jouent le rôle prépon* dérant sur les marchés de tel ou tel entrepôt.

des années précédentes (page 258). Cette différence en moins peut provenir , non-seulement de la baisse des prix' de quelques espèces de sucre , mais aussi de la qualité et des provenances des arrivages , qui prédominaient sur les principaux marchés de l'Europe pendant les deux époques.

Ea additionnant les deux moyennes. . S roubles 9S kopecks. Et 2 » 22 »

On obtient , pour moyenne générale du prix des deux époques, 2 roubles 60 kopecks le poud, qui se rapproche beaucoup de la moyenne résultant de nos culculs {pages 11 et suivantes) y 2 roubles 55 kopecks le poud, basés sur les prix de revient dans les colonies augmentés par les frais de transports, commission, etc.

Or, la moyenne des prix de revient du sucre de betterave, calculée d'après les données statistiques sur les frais de production en France et en Bohême, étant de 2 roubles 94 kopecks le poud ( voir page 255 ) , il résulte de cette comparaison une différence de 34 kopecks par poud , ou de 13 pour 100 en faveur du sucre colonial.

On pourrait en conclure que, avec quelques progrès dans la fabrication, le sucre de betterave serait à même de soutenir la concurrence du sucre colonial sans aucune protection douanière, mais il n'en est point ainsi en réalité. Indépendamment de la grande variété des prix entre les diverses qualités et provenances des sucres coloniaux qui empêche d'en tirer un prix moyen parfaiteftient exact sur le total des quantités livrées au commerce, les résultats qu'ils donnent dans le raffinage au point de vue économique sont encore si variables qu'il est très-difficile, en prenant seulement le prix de revient pour base du calcul, de déterminer avec précision la limite, passé laquelle la concurrence de

la canne avec la betterave peut tourner en faveur de Tune ou de l'autre de ces plantes. Nous pouvons Téclaircir par un exemple. Admettons que le sucre blanc de telle ou telle colonie donne 88 pour 100 de sucre cristallisablc, tandis que le sucre de betterave de telle ou telle fabrique ne donnerait que 66 pour 100, ce qui présenterait une différence de 4 à 3, il ne s'ensuivrait pas que le fabricant indigène pût en obtenir un prix proportionné à cette différence de rendement du sucre raffiné ; de sorte qu'en supposant que le sucre colonial se vendît à Saint-Pétersbourg, le droit compris, 6 roubles, tandis que celui de betterave ne reviendrait au producteur qu'à 4 roubles , on ne pourrait pas en déduire que ce dernier, contenant, en sucre cristallisable, les trois quarts de la valeur du sucre colonial, devrait se vendre aussi pour les trois quarts du prix de ce dernier, c'est-à-dire pour 4 roubles 50 kopecks, et que, par conséquent, le fabricant jouirait encore d'une prime de 80 kopecks par poud ; car il se pourrait que , dans le raffinage, il fallût comparativement plus de combustible pour tirer les 66 pour 100 de sucre raffiné du sucre de betterave que pour avoir les 88 pour 100 du sucre colonial, ou qu'il y aurait d'autres frais de fabrication en plus. Le môme cas peut aussi se présenter en sens inverse, en prenant pour comparaison les sucres bruts de betterave des meilleures fabriques avec les sucres inférieurs des colonies; ce qui prouve qu'on ne peut pas établir un parallèle parfaitement exact sur la moyenne des prix des sucres coloniaux aux entrepôts et les prix de revient des sucres indigènes. Il est d'ailleurs suffisamment connu que les prix de revient du sucre indigène varient d'une fabrique à l'autre, et présentent des différences très-considérables, provenant tantôt de la qualité de la betterave, tantôt des procédés de la fabrication et d'autres circonstances locales ; aussi n'avons-nous cherché à établir la comparaison entre les deux industries, sur les

données statistiques qui précèdent, que pour avoir une indication générale qui pourrait jeter quelque lumière sur les chances à venir de l'industrie sucrière. Dans cette matière comme dans beaucoup d'autres questions analogues, c'est plutôt l'expérience qui doit servir de guide. Or, jusqu'à présent, la France seule est parvenue à résoudre ce problème d'une manière satisfaisante en faveur de l'industrie sucrière de là métropole, en ce qui concerne la concurrence de ses propres colonies; mais il ne faut pas perdre de vue : 1" que les colonies françaises se trouvent précisément au nombre de celles où les procédés de la fabricalion sont encore assez arriérés et les circonstances locales moins favorables à cette industrie que dans beaucoup d'autres contrées du tropique, et 2" qu'à l'égard des autres provenances, le sucre de betterave, comme celui des colonies françaises, est encore protégé par une surtaxe assez considérable de 13 à 30 francs par 100 kilogrammes = 61 à 122 kopecks par poud, selon les qualités et les provenances; de sorte que la moyenne de la prime revient à 91 i kopecks par poud.

En Allemagne, dans les États de l'association douanière, le sucre de betterave, imposé à 2 écus le quintal, tandis que celui des colonies paye 5 écus , jouit d'une prime de 3 écus par quintal =90 kopecks par poud ; mais cette prime nominale revient pour les bonnes exploitations à plus de i rouble par poud (1), ou en moyenne à environ 40 pour 100 de la valeur du^ucre colonial.

(1] Dans la supposition que 20 quintaux de betteraves ne donnent que 1 quintal de sucre brut, on a fixé la base de Timpôt à 3 silbergros par quintal de betterave, ce qui correspondrait à 2 écus par quintal de sucre brut; mais» comme, dans les fabriques bien organisées, on obtient 1 quintal de sucre de 15 quintaux de betteraves^ la taxe effectiveg^se réduit|, pour jces établissements, à 1 écu et 15 silbergros; de sorte qu'ils jouissent , en réalité, d'une jprime de 3 écus et 15 silbcr-< gros par quintal = 1 rouble 5 iiopecks par poud.

Quoi qu'il en soit, les faits acquis à rexpérience pendant les dix dernières années, relativement au progrès de la fabrication du sucre de betterave sur le continent européen, sont d'une grande importance, car ils constatent les forces vitales de cette industrie qu'on était loin de lui supposer il y a vingt ou trente ans.

En considérant :

Que, en France , l'industrie sucrière indigène s'est si vite relevée du coup qui lui fut porté, en 1843, par un système d'imposition, qui l'a mis graduellement au niveau du sucre des colonies françaises ;

Que la crainte delà libre concurrence, qui alarmait autrefois les fabricants français, au point qu'ils se résignaient à renoncer à cette industrie, moyennant un dédommagement de la part de l'État, et que beaucoup d'entre eux ont effectivement abandonné leurs établissements ; que cette crainte, disons-nous, a passé maintenant du côté des planteurs dans les colonies ;

Que, en Allemagne, sous le régime de l'imposition du sucre indigène qui date de 1842 (c'est-à-dire d'un terme qui a précédé d'une année la loi française déjà mentionnée), cette fabrication arrêtée momentanément dans son essort, comme en France, a repris immédiatement son mouvement ascendant au point que de 124,000 quintaux, produits pendant la campagne de 1842 à 1843, elle a été portée, pendant la campagne de 1848 à 1849, à 660,000 quintaux, c'est-à-dire que, dans l'espace de six ans, elle a plus que quintuplé ;

Que, avec la prime actuelle de 90 kopecks par poud ou d'environ 35 pour 100 de la valeur, même les fabriques médiocrement organisées font encore de bonnes affaires, et qu'il surgit constamment de nouveaux établissements (pendant la campagne de 1845 à 1846, il n'y avait, dans tous les États de l'association douanière, que 96 fabriques de

sucre , et, pendant la campagne de 1848 à 1849 , elles étaient déjà au nombre de 145) ;

On peut en inférer que, si l'industrie de la betterave n'a pas en elle-même, dans Tétat actuel des choses, assez de forces vitales pour soutenir à armes égales la concurrence de la canne , ce qui est encore une question, elle pourrait se maintenir sur le continent avec une protection inférieure à celle dont elle jouit maintenant, et qu'il n'y a que les établissements mal organisés , mal exploités, ou placés dans des conditions défavorables, dont le sort pourrait être compromis, soit par une augmentation de la taxe sur le sucre indigène, soit par le dégrèvement partiel du suore colonial. Mais en ce qui concerne le sort à venir de cette industrie, indépendamment des conditions très-différentes , mais d'une nature plus ou moins secondaire, dans lesquelles se trouvent placées dans ce moment les deux industries rivales, conditions que nous avons déjà exposées et qui tournent tantôt en faveur de l'une , tantôt en faveur de l'autre, il y a deux circonstances majeures qui peuvent jouer un rôle très-important dans cette question; telles sont la vigueur de la végétation des tropiques, qui donnent des récoltes très-abondantes et la supériorité de la canne, quant au contenu de la substance saccharine. On a vu, par les données statistiques qui précèdent (pages 239 ^i suivantes) ^qae le contenu des parties saccharines varie, dans le jus de la canne, entre 10 et 30 pour 100, et, dans celui de la betterave, entre 3 et 13 pour 100 , et que , après beaucoup d'expériences et d'analyses chimiques , les moyennes du contenu saccharin assez généralement adoptées, de l'avis des principales notabilités scientifiques, sont de 18 pour 100 pour la canne , et de 10 pour 100 pour la betterave. On a vu également que cette différence se modifie, en faveur de la betterave , par les circonstances suivantes : 1"* La canne ne contient que 90

pour 100 de parties liquides ou^aqueuses et 10 pour 100 de parties solides ou ligneuses , tandis que la betterave contient jusqu'à 95 pour 100 des matières de la première espèce; 2*" de la quantité susdite des substances liquides de la canne, on ne peut extraire, en moyenne, par les procédés usités jusqu'à présent, que 50 pour 100 (1), tandis que, depuis l'application de la presse hydraulique, on est parvenu, dans les derniers temps, à extraire de 75 à 85 pour 100 de la quantité totale de jus que contient la betterave.

Par suite de ces modifications, la différence entre la canne et la betterave, quant au contenu de la substance saccharine , qui est dans la nature de ces deux plantes » comme 9 est à 5, s'amoindrit considérablement dans le résultat de l'extraction.

Il est évident que cette conquête de l'industrie européenne sur celle des colonies , due aux progrès des sciences physiques et mécaniques , a puissamment contribué à mettre la fabrication du sucre de betterave à même de soutenir la concurrence des sucres coloniaux; mais peut-on espérer qu'il en sera toujours de même ?

Les progrès de l'industrie sucrière du continent ont été si rapides qu'elle est parvenue presque au point culminant, non quant à son développement, mais quant aux procédés de fabrication. Il est notoire qu'en Allemagne et en France, dans les établissements bien organisés, on est parvenu à extraire de la betterave 7 à 8 pour 100 de sucre brut , c'esUà-dire jusqu'à 80 pour 100 de la moyenne du contenu saccharin de cette plante, constatée par les

(0 Dans quelques colonies, on n'en exprime que 30 pour 100 ; mais, en revanche, dans quelques autres établissements coloniaux qui se servent de melllears appareils, on en obtient Jusqu'à 60 pour 100 ci au delà.

analyses chimiques ; de sorte que, sous ce rapport, il reste peu de marge pour les perfectionnements ultérieurs. On ne pourra jamais, par les procédés mécaniques ordinaires, quelque perfectionnés qu'ils soient, extraire de la betterave toute la substance saccharine qu'elle contient d'après les analyses de la chimie, et il est plus que douteux qu'on puisse parvenir à en retirer en moyenne plus que les ~ ou 9 pour 100 de la matière brute. Par contre, l'industrie de la canne, si négligemment et défectueusement exploitée jusqu'à présent , présente encore un vaste champ d'améliorations. Si une fois l'intelligence et les capitaux de l'Europe se tournent du côté de l'industrie sucrière des colonies, ce qui est au nombre des chances probables, et ce qui a même déjà eu lieu en partie; si l'on y introduit de grandes réformes tant dans les procédés chimiques et mécaniques que dans la partie économique des établissements coloniaux ; si beaucoup de ces établissements, qui se trouvent maintenant entre les mains de planteurs indolents ou dépourvus des fonds nécessaires pour entreprendre des améliorations sur une vaste échelle, passent à des industriels intelligents, entreprenants et munis de ressources pécuniaires suffisantes ; si, au lieu de se contenter, comme à présent , de tirer de la canne la moitié du jus qu'elle contient, on parvient à en extraire les | ou les 7 (on est déjà parvenu dans quelques établissements à en exprimer jusqu'à 60 pour 100 du jus), alors les colonies deviendront une concurrence beaucoup plus dangereuse pour l'industrie de la betterave qu'elles ne le sont maintenant ; surtout si l'on considère la vigueur de la végétation dans les tropiques et l'abondance des récoltes. On a vu, par les données statistiques consignées page 251 de ce volume, que, malgré toute la défectuosité des procédés actuels de fabrication, on récolte d'une dessiatine, dans les colonies, jusqu'à 373 pouds de sucre brut par an ; tandis

M6 INDIUSTRIB.

que le m(jmmum de la récolte en Europe (dans les départements du nord de la France) est de 136 pouds» et U faut encore y ajouter le bas prix des terrains dans les colonies» qui est aussi à Favantage de leur industrie sucriëre (voir les données statistiques , pages 247 et suivantes de ce volume).

Les renseignements les plus récents prouvent que déjà l'industrie européenne et Tesprit de spéculation ont porté leurs vues sur les plantations de sucre dans les colonies pour en améliorer la fabrication. On commence à y introduire des presses perfectionnées et les nouveaux procédés de la cuisson dans l'air raréfié.

L'exposition universelle de Londres a fait connaître Tinvention de M. Brunfault. qui consiste à tirer de la mélasse environ 50 pour 100 de sucre cristallisable.

Cette invention profitera sans doute aussi à la fabrica* tion du sucre de betterave, mais elle tournera encore plus à l'avantage du sucre des colonies dont la fabrication fournit beaucoup }dus de mélasse , et dont le sirop est de meilleure qualité et contient plus de sucre cristallisable.

Avec toutes ces améliorations et d'autres progrès, dont l'industrie de la canne est encore susceptible, les colonies pourraient, avec le temps, fournir leur sucre à un si bas prix que l'industrie de la betterave ne serait pas en état de soutenir la concurrence sans une forte protection doua* nière,

Toutes ces chances éventuelles appartiennent sans doute à un avenir assez éloigné ; mais en nous occupant de cette industrie au point de vue général, nous n'avons pas cru devoir les passer sous silence.

Nous devons également faire observer que, dans Téjat actuel des choses, indépendamment des droits assez élevés sur le sucre brut, l'industrie sucrière de la betterave est

encore protégée par la législation douanière du contilient , en ce qui concerne le sucre raffiné. Ce dernier est, dans la plupart des pays, si fortement imposé que les colonies ne peuvent concourir que pour le sucre brut, ce qui augmente les frais de transport par le poids de la mélasse, tandis que les fabriques de sucre de betterave font raffiner le sucre sur place dans leurs propres établissements , ou bien elles le vendent aux raffineries de la contrée, et dans ce dernier cas, elles tfont à supporter les frais de transport sur le sucre brut que pour de petites distances.

Quant à llndustrie sucrière de la Russie en particulier, ii nous semble que, à part la protection que le tarif douanier lui accorde contre la concurrence du sucre colonial, elle ne se trouve pas dans une situation beaucoup plus désavantageuse que dans d'autres pays. Son essort peut, il est vrai, être entravé par le manque de capitaux; les appareils nécessaires pour une fabrication perfectionnée coûtent chez nous plus qu'en Allemagne ou en France ; il est aussi plus difficile d'avoir des agents capables pour la direction et l'exploitation des grands établissements sucriers, surtout de bons surveillants pour la cuisson (siedmeister) et il faut leur accorder de plus forts salaires. En revanche, la main d'œuvre pour les travaux ordinaires coûte très-peu, et la rente de la terre étant, en général, très-modique, cela influe d'une manière favorable sur la culture de la betterave, en diminuant les frais de production ; de sorte qu'il y a compensation. On a vu, par les données statistiques consignées dans ce volume, page 247, que la valeur des terrains varie, en Allemagne, entre 260 et 1,740 roubles, et, en Belgique et en France, entre 536 et 667 roubles argent la dessiatine, tandis que, en Russie, le prix de 50 à 100 roubles pour une dessiatine de bonne terre arable, sans paysans attachés à la glèbe, est déjà considéré comme trèsélevé. Dans le midi de la Russie, la moyenne des prix est

de 10 à 20 roubles la dessiatine , par conséquent bien audessous même des plus bas prix dans les colonies {voir les données statistiques, page 247). D'un autre côté, Tachât des appareils et l'entretien des agents et surveillants de la fabrication peuvent, avec le temps, devenir moins dispendieux, lorsque les établissements pour la construction des machines auront acquis plus d'extension et qu'on parviendra à former, dans les instituts technologiques, de bons élèves qui auront reçu une instruction spéciale pour cette branche d'industrie. Mais il y a dans notre climat une circonstance très-contraire à l'industrie sucrière indigène et que nous avons déjà mentionnée ; ce sont les fréquentes sécheresses qui enlèvent souvent la majeure partie de la récolte des betteraves et mettent beaucoup de fabriques hors d'activité. Ces fréquents chômages forcés occasionnent des pertes sensibles sur les intérêts du capital de fondation et sur le capital de revirement ; ce qui fait que les fabriques de sucre doivent nécessairement se concentrer dans les contrées moins exposées à ce fléau. Souvent aussi les gelées précoces détériorent la qualité de la betterave, lorsqu'on n'a pas eu la précaution ou les moyens de faire la récolte en temps utile.

D'après les données officielles recueillies en 1848, le produit de la récolte des betteraves, pendant cette année, dans les ving^deux gouvernements, variait entre 278 pouds (dans le gouvernement de Minsk), et 1,604 pouds (dans le gouvernement de Kalouga) par dessiatine (1), et donnait pour moyenne générale 600 pouds par dessiatine {voir le tableau de la fabrication du sucre de betterave inséré dans le P' volume, page 205, et les observations qui

(1) Nous avons éliminé de ce calcul , comme récolte manquée, le produit de celle du gouvernement d'Orel qui n'a donné que 77 poi^ds par dessiatine. -

le suivent); tandis qu'on récolte en Allemagne de 1,300 à 1,900 pouds, et, dans les départements du nord de la France, 2,270 pouds par dessiatine ; de sorte que, en admettant même que la récolte effective excède de 20 pour 100 la quantité officiellement constatée , nos récoltes de betteraves seraient encore bien au-dessous de la moitié du produit brut de cette culture en Allemagne, et n'atteindrait pas un tiers de celle des départements du nord de la France.

Cette infériorité de nos récoltes doit être attribuée , non-seulement à l'influence du climat, mais aussi à une culture moins soignée, et qui peut s'améliorer avec le temps.

Quoi qu'il en soit, les progrès rapides de cette industrie en Russie prouvent l'importance qu'elle peut acquérir à l'avenir, et il ne s'agit que de concilier ses intérêts avec ceux des consommateurs et avec ceux des intérêts financiers de l'État.

C'est une question très-compliquée et très-difficile à résoudre d'une manière tout à fait satiskisante.

Il est certain , et nous l'avons déjà fait observer, que c'est l'élévation du droit d'entrée sur le sucre colonial , qui a donné la plus forte impulsion à la sucrerie indigène, et que, vu les difficultés contre lesquelles toute nouvelle industrie a à lutter en Russie, elle n'aurait pas pu prendre, sans ce puissant encouragement, le développement auquel elle est parvenue en très-peu d'années ; mais nous devons encore le répéter, cet encouragement a fait surgir beaucoup d'établissements mal combinés et placés dans des circonstances très-défavorables, et il est hors de doute que, dans l'état actuel des choses , l'État fait des sacrifices pécuniaires considérables en faveur de cette industrie, tandis que les consommateurs payent le sucre àjun prix beaucoup plus élevé que dans aucun autre pays. Pour tous les éta-

blissements mal organisés^ ces sacrifices sont, en majeure partie, tout à fait stériles, car ils ne profitent à persomie. Il y a tel fabricant de sucre qui ne gagne pas un rouble par poud, quelquefois à peine 50 kopecks , tandis que le fisc perd, dans ses perceptions douanières, 3 roubles 85 kopecks sur chaque poud de sucre qui se produit dans le pays (voiV ce que nous avons dit sur ce sujet, pages 232 et suivantes). Ne nous occupant ici de cette question quç sous le rapport des conditions dans lesquelles cette industrie se trouve maintenant en Russie, nous nous abstenons de porter, par anticipation, un jugement quelconque, relativement aux mesures que le Gouvernement pourra avoir à prendre à l'avenir, pour mettre la protection due à la sucrerie indigène plus en harmonie avec les intérêts des consommateurs et avec ceux des finances de l'Ëtat ; mais nous avons la conviction qu'on ne pourra jamais obtenir un état de choses plus naturel et plus rationnel, sans sacrifier^ comme cela est arrivé dans tous les autres pays, un certain nombre d'établissements mal organisés , qui ne peuvent soutenir leur existence précaire que par la protection d'une prime exorbitante.

Nous ajoutons ici quelques données plus récentes sur la statistique des fabriques de sucre en Russie :

On comptait , en 1849 , 390 établissements , distribués ainsi qu'il suit :

Gouvernement de Kiew . . 71 Report 302

Tschemigow .... 40 Tambow 43

Podolie 36 Orol 43

Royaume de Pologne ... 35 Wolhynie 42

Gouvernement^ de Kharkow. 27 Kalouga 40

Koursk 26 Minsk ...... 40

Toula 25 Ponza 8

Woronèje 24 Riazan ...... 5

PolUwa 24 Mohiiew |

À reporter» ... 302 A reporter. ... 877

tîi

Report. . .

SmdeDsk. • ^ Kherson, • .

Nijni-Nowgorod Grodno. • .

kepùrL

Witebsk Twer. .

Saratow.

Total comme ci -dessus 390

A reporter .

Sur 355 fabriques en activité, dans FEmpire, pendant Tannée 1849, il n*y en avait que 49 qui travaillaient avec des appareils à la vapeur (1) , dont 25 dans le gouvernement de Kiew, 7 dans celui de Podolie y 6 dans celui de Wolhynie, 2 dans celui de Kharkow, 2 dans celui de Toula et 7 dans ceux de Tschemigow, Woronèje, Tambow, Orel, Kalouga, Smolensk et Penza (1 établissement à la vapeur dans chacun de ces sept gouvernements).

On voit, d'après ces chiffres, que c'est le gouvernement de Kiew qui est le plus avancé dans cette fabrication ; car il possède le plus grand nombre d'établissements sucriers, dont plus d'un tiers travaille à la vapeur. Dans le gouvernement de Wolhynie, sur 12 établissements il y en avait 6 qui travaillaient avec des appareils à la vapeur (2).

Les presses hydrauliques étaient employées dans 266 établissements, et les presses à vis, dans 38 fabriques. II y avait, en 1849 , 80 établissements qui retiraient le jus par la macération, dont 69 à l'eau froide.

Pendant la campagne de 1848 à 1849, la production du sucre brut, officiellement constatée, dans les fabriques de l'Empire, était de 962,000 pouds, et, dans celles du royaume de Pologne, de 102,700 pouds, ensemble 1,064,700 poiids; mais, comme les chiffres officiels fondés sur la quantité de betteraves employées dans la fabrication , laquelle

(1) Le nombre d'étabUssements à la vapeur dans le royaume de Pologne ne noua est pas connu.

(2) En 1850, il y avait déjà soixante établissements à la vapeur, sans compter ceux du royaume de Pologne.

quantité n'est évaluée qu'approximativement d'après la dimension des appareils, sont toujours bien au-dessous de la production effective, on peut porter le produit de cette campagne au moins à 1,200,000 pouds, chiffre que nous avons adopté dans les évaluations précédentes. Pendant la campagne 1849 à 1860, la production a été officiellement évaluée à 1,000,000 pouds, sans compter les fabriques du royaume de Pologne. Pendant la campagne suivante, 1850 h 1851, on ne comptait que 800,000 pouds, mais pendant la campagne de 1851 à 1862, la production doit avoir été beaucoup plus considérable, à cause d'une bonne récolte de la betterave.

Le produit de cette fabrication est, en général, très-variable en Russie , comme nous l'avons déjà fait observer , à cause des fréquentes sécheresses, qui nuisent beaucoup à la culture de la betterave.

Les principaux établissements , soit sous le rapport de leur développement , soit sous celui de l'amélioration des procédés de la fabrication, sont ceux des comtes Bobrinski (3 établissements), Potocki, Branitski (3 établissements), de MM. Poniatowski et Holovinski et des négociants Jakhncnko et Simirenko , dans le gouvernement de Kiew ; du comte Bobrinski et de M. Chischkoff , dans le gouvernement de Toula; de M. Chcpelcff, dans le gouvernement de Kalouga; du prince Wassiltschikoff et du comte Chouwaloff , dans le gouvernement de Tambow ; de M. Tchélischtscheff, dans le gouvernement de Smolcnsk ; du prince Galitzine et de M. Rakhmanow, dans le gouvernement de Kharkow; du prince Dolgorouki et du comte Kousr cheleff-Bezborodko , dans le gouvernement de Tschemigow ; de MM. Gaïsmar et Soulatitski, dans le gouvernement de Podolie; du comte Branitski, dans le gouvernement de Wolhynie et du comte Kouscheleff-Bezborodko , dans le gouvernement de Woronèje.

Le compte-rendu d*une commission d'enquête, déléguée en 1849, dans plusieurs gouvernements, par MM. les ministres des Finances et des Domaines, pour constater l'état actuel de la culture de la betterave et de la sucrerie indigène, et leur influence sur notre économie rurale {voir le journal du ministère des Domaines du mois de décembre 1851 et du mois de janvier 1852), contient des renseignements détaillés et très-intéressants sur cette branche d'industrie , auxquels nous empruntons les données suivantes.

Dans le gouvernement de Kiew, la culture de la betterave se fait principalement sur les terrains appartenant aux propriétaires des domaines particuliers , assez rarement chez les paysans. Beaucoup de fabricants de sucre trouvent plus économique de cultiver la betterave sur des champs pris à ferme, et à l'aide d'ouvriers à gages, que d'en faire l'achat argent comptant. Ils affirment que le berkovetz (10 pouds) ne leur revient qu'à 1 7 rouble assignat, ou 43 kopecks argent (1 franc 5 cent, le quintal métrique) , tandis qu'en les achetant, ils devraient payer jusqu'à 2 roubles assignat ou 57 kopecks arg, le berkovetz. Les propriétaires qui ont des fabriques de sucre dans leurs domaines ne favorisent pas cette culture chez leurs paysans, car ces derniers cultivent de préférence la betterave sur des terrains bas et humides qui donnent des récoltes plus abondantes, mais inférieures en qualité. La betterave qui provient d'un sol humide contient plus de parties nitriques et moins de substance saccharine.

Il y a cependant, dans ce même gouvernement, des propriétaires d'établissements sucriers qui trouvent plus profitable d'acheter la betterave que de la cultiver pour leur propre compte. On voit que cela dépend beaucoup des circonstances locales.

Dans le gouvernement de Poltawa, la culture de la bet- 11. t8

terave est aussi beaucoup plus répandue chez les propriétaires de terres que chez les paysans.

Dans le gouvernement de Tschemigow, cette culture est répandue tant chez les propriétaires que chez les paysans , chez les cosaques , chez les bourgeois qui possèdent des champs et des jardins, et même chez les curés de village.

Dans le gouvernement de Mohilew, les betteraves sont cultivées chez les propriétaires qui possèdent en même temps des fabriques et chez leurs paysans. Les paysans des domaines de l'État commencent aussi, depuis quelque temps, à prendre part à cette culture.

Dans le gouvernement de Toula, ce sont exclusivement les paysans qui fournissent la betterave aux grands établis** semcnts des comtes Bobrinsky, d'après un prix convenu. Chaque famille consacre à cette culture 240 à 500 sagènes carrés (un sagène = 2,134 mètres). Un paysan avec sa famille ne peut pas cultiver au delà de j dessiatine de bet^ teraves , et il en retire un revenu de 8 à 10 roubles argent = 175 à 219 francs par hectare.

Pour les autres établissements , la betterave est principalement cultivée sur les champs des propriétaires. Cependant, tant dans ce gouvernement que dans celui de Riazan, cette culture se répand aussi chez les paysans , grâce aux encouragements que leur accordent les propriétaires, dont quelques-uns leur concèdent même, à cet effet, de nouveaux terrains , et les paysans des villages voisins appartenant aux domaines de l'État, commencent aussi à introduire chez eux celte culture.

Dans le gouvernement de Kharkow, cette culture est encore très-peu répandue chez les paysans. La culture de la betterave , sur les champs des propriétaires , se fait ordinairement en partie moyennant corvée, et en partie par des ouvriers à gages. La corvée seule ne suffit pas. On emploie ordinairement les ouvriers à gages pour le sarclage

INDUSTRIE. î'rS

et la récolte. Il y a eu des exemples , nommément dans le gouvernement de Kiew, que des fabriques de sucre sont tombées en décadence par la seule raison que tous les travaux des champs et ceux de la fabrique se faisaient par corvée. Cependant il y a encore assez d'établissements où la culture de la betterave se fait exclusivement moyennant corvée. Par contre il y a, dans le gouvernement de Kiew, des propriétaires qui trouvent préférable de n'employer à cette culture que des ouvriers à gages, en leur payant jusqu'au double de ce que coûte la journée de travail de corvée.

Dans le gouvernement de Tschernigow et de Poltawa, on cultive la betterave sur les terres des propriétaires exclusivement par la corvée, et l'on ne prend des ouvriers à gages que lorsqu'il y a manque de bras pour le sarclage etlaTécolte.

Dans les gouvernements de Toula et de Riazan la culture se fait, dans la plupart des cas, par des ouvriers gagés à l'année, et l'on y entrelient des bœufs et des chevaux pour cette culture. On paye, en outre, des femmes pour le sarclage et pour la récolte ; ce qui ne rencontre aucune difficulté , car ces opérations se font à des époques où cessent les autres travaux des champs.

Dans le gouvernement de Kiew, on récolte, en moyenne, 650 pouds de betterave par dessiatine (97 j quintaux métriques par hectare), et, sur les champs mieux cultivés, 850 pouds (127 | quintaux métriques par hectare). Dans quelques contrées, on obtient 1,000 jusqu'à 1,200 pouds par dessiatine. En comparant ces chiffres avec ceux que nous avons donnés, pages 248 et 249, sur les récoltes de la betterave en Allemagne et en France (1,559 à 2,672 pouds par dessiatine) , on voit dans quelle infériorité cette culture se trouve encore chez nous.

Dans le gouvernement de Poltawa, la récolte varie entre

GOO et 3,000 pouds, mais une récolle de 3,000 pouds appartient à des cas très-rares. La récolte moyenne est de 1,000 pouds.

Dans le gouvernement de Tschernigow, on récolte dans la partie septentrionale, sur les terrains précédemment cultivés en chanvre, jusqu'à 1,500 pouds d'une dessiatine, tandis que sur les champs cullivés en céréales , avec une culture alfernée, on n'obtient que 700 pouds, et en moyenne 600 pouds (1). Dans les parties méridionales, les paysans qui cultivent la betterave, pendant plusieurs années de suite, sur les mêmes champs, récoltent la première année 1,000, la deuxième, 800, et la troisième année, 600 pouds.

Dans le gouvernement de Toula et de Riazan , on récolte sur des terrains fortement engraissés jusqu'à 2,000 pouds de betterave, mais d'une qualité inférieure quant au contenu de la substance saccharine , ce qui n'est pas compensé par la quantité. On a observé que des betteraves de grande dimension, dont le jus marquait deux degrés seulement de moins à l'aréomètre de Baume, ne donnaient qu'un tiers du produit obtenu de petites betteraves de bonne qualité. Aussi les fabricants évitent-ils d'acheter de grosses betteraves provenant des champs fortement fumés.

Dans le gouvernement de Koursk, où cette culture ne date que de l'année 1845 , la récolle moyenne n'est que de 620 pouds par dessiatine.

Les frais de culture diffèrent beaucoup d'une localité , et môme d'une année à l'autre, de sorte qu'il est très-difficile d'établir une règle générale pour leur évaluation.

Dans une terre du gouvernement de Kiew, où M. Dupan,

(1) D'après les données recueillies chez un propriétaire de rarrondlssement de Sournge.

gérant des établissements du comte Bobrinsky, a introduit une comptabilité exacte des frais de culture , ces derniers se sont élevés à 95 roubles assignat ou 27 roubles argent par dessiatine , et d'après l'opinion de cet agronome , ils ne peuvent, en aucun cas, dépasser la somme de 30 roubles argent par dessiatine (110 francs par hectare), en y comprenant la remonte des instruments aratoires.

Un de nos propriétaires les plus versés dans celte matière , M. Chischkoff, donne le compte suivant des frais de culture d'une dessiatine :

32 journées de travail d'homme à 15 kopecks.

77 — — de femme à 8 kopecks.

4 8 j — — de cheval à 30 kopecks

Total 16 46

Le même propriétaire a encore fourni à la commission le compte suivant de la culture de 250 dessialines , pris sur une moyenne de sept années :

roubles, koprcks.

40,412 journées de travail d'homme à 15 kopecks. 1,561 80

roubles.

kfip^i ks.

— de femme, pour les semailles et le sarclage, à

8 kopecks

— de femme, pour la récolte.

à 8 kopecks ....

de l'emploi de chevaux à 30 kop.

— de paires de bœufs à

30 kopecks ....

Location de 250 dessiatines de terre à 6 roubles. .

Achats de semenrp.s. -

SM\Jm»%JLvi9 UW 0\/«AA^

^m^^^^^m^^ wv«->w>««a

Total

Ce qui donne 23 roubles 9 kopecks par dessiatine , dont 14 roubles 76 kopecks pour les travaux des champs. En admettant une récolte moyenne de 800 pouds , le poud de betteraves reviendrait d'après ce compte à 2 7 kopecks.

Le revenu net de la culture dépend naturellement beaucoup des distances qui séparent les champs de betterave des établissements sucriers.

L'expérience a prouvé que , passé 15 werstes , les bénéfices de la culture , ainsi que ceux des fabriques de sucre deviennent très-chanceux , et les établissements qui tiraient la matière première à une plus grande distance (ces cas sont d'ailleurs très-rares) ont presque toujours travaillé avec perte. Cependant il y a encore des établissements sucriers dans le gouvernement de Koursk , qui tirent la betterave des plantations éloignées de 40 et môme de 70 werstes.

Dans le gouvernement de Kiew on paye la betterave à un prix fixé d'avance : ordinairement à 57 kopecks le berkovetz , quelquefois de 50 à 55 kopecks , ou 5 à 5 7 kopecks le poud (1 fr. 20 cent, à 1 fr. 30 cent, le quintal métrique).

En recevant la betterave dans les fabriques , on compte 11, 12, et quelquefois môme 15 pouds pour 1 berkovetz, selon que la betterave est plus ou moins purgée de la terre qui s'y attache , et débarrassée des petites racines.

Les fabricants trouvent que ce surpoids est aussi nécessaire pour compenser la perte du poids par le dessèchement de la betterave pendant qu'elle reste en magasin , et pour ôlre à môme d'établir un calcul plus rationnel sur les résultats de la fabrication.

Dans le gouvernement de Tschernigow , pour épargner la peine du pesage, on reçoit les betteraves, à la mesure, en comptant 1 { tchetwert pour un berkovetz (10 pouds). On paye ordinairement le berkovetz à 60 kopecks ou 6 kopecks le poud (1 fr. 45 cent, le quintal métrique).

Dans le gouvernement de Toula, il y a très-peu de propriétaires qui cultivent la betterave pour la vente. Ceux qui possèdent des fabriques payent à leurs paysans de 60 jusqu'à 85 kopecks le berkovetz.

Les recherches faites par la commission d'enquête»

quant au revenu qu'on peut tirer de la culture de la betterave, en comparaison avec d'autres cultures, donnent les résultats suivants.

Dans le gouvernement de Kiew, une dessiatine consacrée À la culture de la betterave donne environ 30 roubles argent de revenu net, tandis qu'une bonne récolte de froment ne donne que 20 roubles ou un tiers de moins.

Dans la partie méridionale du gouvernement de Tschernigow et dans la partie septentrionale de celui de Poltawa, la culture du tabac tient là balance avec celle de la betterave , et cette dernière n'est plus profitable que là où les plantations de la betterave se trouvent dans la proximité des fabriques de sucre.

D'après un compte présenté à la commission d'enquête par M. Chischkoff , et fondé sur la moyenne des frais de culture et du revenu qu'on obtient dans les gouvernements de Toula et de Riazan, il se trouve qu'une dessiatine donne en betteraves un revenu net de 43 roubles 54 kopecks ; et une dessiatine consacrée à la culture des céréales , d'après le système des trois champs , ne donne , en moyenne , que 15 roubles 44 kopecks ; par conséquent il reste en faveur de la betterave une plus-value de 28 roubles 10 kopecks.

D'après un autre compte présenté par le même propriétaire, le produit moyen de sept années de ses propres plantations, dans le gouvernement de Toula, donnait, malgré les pertes partielles de la récolte , 65 berkovetz par dessiatine et un revenu net de 16 roubles 15 kopecks, en comptant le berkovetz à 60 kopecks ; mais en admettant le prix de 85 kopecks que payent les autres établissements de la contrée , la dessiatine aurait rapporté 32 roubles 50 kopecks , ce que ne peut jamais donner la culture d'aucune espèce de grains.

Dans la plupart des établissements sucriers, on n'emploie

âSO INDUSTRIE.

que du bois comme combustible , mais dans les contrées où le bois est très-cher, on y emploie aussi de la houille et de la tourbe, et dans le midi de la Russie, de la paille et même du jonc.

Les données, concernant la quantité relative de combustible employée dans les fabriques, sont très-divergentes, car cela dépend de la qualité du bois , du mode de fabrication et des appareils qu'on y emploie. Là où les forêts abondent, on ne tient pas un compte exact de la quantité de bois brûlée.

Dans le gouvernement de Kicw, où les forêts ne manquent pas , surtout dans les contrées où se trouvent con centrées les fabriques de sucre , on ne se sert que de bois comme combustible. Il s'en est suivi quelques destructions partielles des forêts , et un manque de bois dans quelques localités, là surtout où les propriétaires des fabriques n'ont pas proportionné l'extension de leurs établissements aux réserves de combustible dont ils pouvaient disposer. Il y a dans ce gouvernement des villes où le prix du bois a doublé depuis l'introduction des fabriques de sucre.

Le bois dur revient aux établissements sucriers avec les frais de transport à environ 6 ou 7 roubles argent le sagène cubique.

D'après ces données officielles, la consommation du bois pour les fabriques de sucre dans les arrondissements de Tcherkassk, de Tchihirinsk et de Zwenigorod du gouvernement de Kicw, s'élève à 40,000 sagènes cubiques , et la production de ces fabriques est évaluée à 272,000 pouds de sucre brut, ce qui donne 6 7 pouds de sucre pour un sagène cubique de bois , de sorte que le combustible revient à environ 1 rouble pour 1 poud de sucre brut.

Dans la partie septentrionale du gouvernement de Tschernigow, qui est assez bien boisée , les propriétaires des établissements sucriers tirent le bois de leurs propres forêts ;

INDUSTRIE. m

mais dans les contrées méridionales le bois commence à manquer, et son prix augmente d'une manière sensible avec les progrès de la fabrication du sucre. Les entrepreneurs des fabriques de sucre qui n'avaient pas bien calculé leurs ressources en combustible, et qui croyaient pouvoir suffire avec leurs propres forêts, sont maintenant obligés d'acheter du bois, après avoir épuisé les districts forestiers avoisinant leurs établissements (1).

Dans quelques établissements, on compte un sagène cubique de bois pour 100 pouds de betterave, et dans d'autres f à j sagène pour 100 pouds, ce qui donne pour moyenne trois quarts de sagène pour 100 pouds. D'après ces proportions, et en comptant le bois à 6 roubles le sagène cubique , le combustible reviendrait, avec un rendement de 3 pour 100 de sucre brut, à 150 kopecks' , avec un rendement de 4 pour 100, à 112 7 kopecks, et avec un rendement de 5 pour 100 à 90 kopecks par poud.

Le gouvernement de Poltawa se trouve, relativement au combustible, dans des conditions analogues à celles de la partie méridionale du gouvernement de Tschemîgow.

Dans le gouvernement de Toula, les fabriques de sucre s'approvisionnent en bois à une distance de 10 à 30 werstes, et un sagène cubique leur coûte de 7 jusqu'à 10 roubles argeni . Cette cherté du bois a obligé quelques propriétaires à recourir à l'emploi de la tourbe , et plusieurs grands établissements ne se servent plus maintenant que de ce combustible. Dans les contrées des steppes, on emploie de la paille dans toutes les opérations à feu , et l'on ne se sert du bois que pour la condensation du jus.

La quantité de combustible qu'on emploie dépend aussi

(1) Vu la cherté du bois, beaucoup de propriétaires ont eu recours à remploi de la paille, et même du jonc. Un poud de paille coûte \k^ kopeck.

beaucoup du mode d'extraction du jus de la betterave. Plus le jus est condensé, moins il faut de combustible. D'après les expériences faites par M. Chischkoff, il faut pour 10,000 pouds de betterave , lorsque le jus est obtenu par le pressurage, 30 sagônes cubiques de bois; lorsqu'on l'obtient par la macération à l'eau froide, 40 sagènes; et par la macération à l'eau chaude , 45 sagènes. Ainsi , avec un rendement de 3 pour 100, le combustible reviendrait, en comptant le sagène à 6 roubles, dans le premier cas à 60 kopecks , dans le second cas à 80 kopecks , et dans le troisième cas à 90 kopecks par poud de sucre brut ; avec un rendement de 4 pour 100, ce serait 45,60 et 67 7 kopecks, et avec un rendement de 5 pour 100, 36, 48 et 54 kopecks pour un poud de sucre brut. M. Chischkoff trouve aussi qu'on pourrait économiser beaucoup de combustible en améliorant la construction des fours , qui est encore trèsdéfectueuse dans la plupart des établissements.

Le charbon animal employé dans les fabriques de sucre est souvent tiré des endroits très-éloignés où l'on abat beaucoup de bétail.

Dans le gouvernement de Kiew, on paye 2 roubles assignat , ou 57 kopecks argent pour un poud d'os calcinés. Quelques établissements font venir les os dans leur état brut des ports de la mer Noire , qu'on paye 7 à 10 kopeks le poud , et avec les frais de transport ils reviennent aux fabricants à 10 jusqu'à 15 kopecks le poud.

Dans le gouvernement de Tschernigow, ce sont les juife qui fournissent aux fabriques les os qu'ils achètent en détail chez les paysans. On les paye en sucre brut, une livre de sucre pour un poud d'os ; quelquefois aussi en argent comptant.

Dans le gouvernement de Toula, ce sont les paysans des villages environnants qui fournissent les os aux établissements sucriers, mais en petites quantités , et l'on est obligé

de faire venir des os bruts de Moscou et d'autres villes. Le prix moyen d'un poud revient à 30 et à 35 kopecks.

M. Chischkoff a calculé que pour 1,000 pouds de betterave, il faut 250 pouds de poudre de charbon animal, ou une livre pour un poud, et pour 250 pouds de poudre de charbon 850 pouds d'os , dans leur état brut. D'autres propriétaires ne comptent que 7 à f livre de poudre de charbon pour un poud de betterave.

Les travaux de la fabrication se font en partie par corvée, et en partie par des ouvriers à gages. Il est assez rare qu'on n'ait pas recours à ce dernier moyen. Cela n'arrive que dans les cas où le domaine du propriétaire de la fabrique est très-considérable , en comparaison avec l'étendue de l'établissement. Dans les établissements appartenant à des industriels qui ne possèdent pas de terres, tous les travaux se font par des ouvriers à gages, et il y a même quelques fabriques appartenant à des propriétaires de terres, qui sont placées dans ces conditions.

Le nombre d'ouvriers dépend non seulement de l'étendue de l'établissement, mais aussi des procédés de la fabrication et de la distribution du travail.

D'après l'opinion de M^. Chischkoff, il faut, pour convertir en sucre 1,000 pouds dans l'espace de vingt-quatre heures, en travaillant jour et nuit, au moins cent ouvriers qui se relèvent à tour de rôle ; et comme la campagne dure trois à quatre mois, un établissement, qui emploie 1,000 pouds de betteraves dans les vingt-quatre heures, doit en consommer au moins 100,000 pendant la durée de la fabrication , ce qui donnerait 1,000 pouds de betterave pour un ouvrier. Mais on emploie ordinairement un plus grand nombre d'ouvriers. Ainsi, par exemple, la fabrique du eomte Kouscheleff-Bezborodko, dans le gouvernement de Tschernigow, qui consomme 1,000 pouds de betteraves dans les vingt-quatre heures , occupe deux cents ouvriers

pendant trois mois, ce qui donnerait environ 90,000 pouds pour toute la campagne et 450 pouds pour un ouvrier. La fabrique de M. Essimontowski , dans le même gouvernement, qui convertit en sucre 30,000 à 40,000 pouds de betteraves, emploie pendant la campagne 120 à 140 ouvriers, et 10 à 12 sont en permanence attachés à la fabrique, ce qui donne en moyenne 1 ouvrier pour 248 pouds.

Nous croyons qu'on peut compter en moyenne au moins un ouvrier pour 500 pouds de betteraves, et comme la production de 1,200,000 pouds de sucre brut suppose, avec un rendement de 4 pour 100, l'emploi de 30 millions de pouds de betteraves , on peut porter comme minimum le nombre total d'ouvriers occupés dans cette fabrication à 60,000 individus , dont les neuf dixièmes, à peu près , ou 54,000, y sont employés pendant trois à quatre mois, et un dixième, ou 6,000 l'année durant.

Le salaire des ouvriers se paye à la journée et le plus souvent au mois, et ne présente pas de très-grandes différences d'une contrée à l'autre, indépendamment des conditions différentes dans lesquelles se trouve la situation économique des différentes provinces.

Dans le gouvernement de Ki#w, on paye 15 kopecks par jour avec la nourriture pour douze heures de travail ; el lorsque le salaire se paye au mois, il n'est jamais au dessous de 3 roubles par mois.

Dans le gouvernement de Tschernigow, on paye 4 roubles par mois avec la nourriture, et 6 roubles sans nourriture.

Dans le gouvernement de Poltawa, on paye , dans quelques établissements, 28 roubles pour sept mois, et dans d'autres jusqu'à 4 roubles par mois avec la nourriture.

Dans le gouvernement de Toula, les ouvriers reçoivent, dans presque tous les établissements , 3 à 3 ^ roubles par mois.

Le montant des frais de la fabrication dépend de l'étendue de l'établissement, des appareils qu'on y emploie, et de la durée de la campagne.

D'après les données de M. Chischkow, ces frais s'élèvent, terme moyen, à 1 ^ rouble parberkovetz, ou à 15 kopecks par poud .

Voici le compte des dépenses de son propre établissement pendant sept ans, de 1842 à 1849, pour convertir en sucre 179,770 pouds de betteraves :

roubles argent*

Combustible (bois) 8339

Salaires des ouvriers dirigeants 4299

Id. des ouvriers ordinaires 5332

Louage de chevaux. . • • 495

Eclairage 395

Huile , goudron et graisse. . , 61

Charbon animal 3i93

Chaux, terre glaise et autres articles 424

Achats de tonneaux et de cercles 381

Transport et frais de la vente du sucre 1301

Ensemble. . . . 21217 La remonte de rétablissement 3109

Total 24326

Ce qui donne 13 { kopecks par poud.

On voit par ce compte que le combustible représente 347 pour 100, le salaire des ouvriers 27 pour 100, et le noir animal plus de 14 pour 100 du total des frais de fabrication.

roubles argent.

En ajoutant à la somme de 24326

La valeur de 179,770 pouds de betteraves à 6 kopecks le poud 10786

On obtient pour total de la dépense 35142

Les 179,770 pouds de betteraves donneraient :

de :tucre bruf.

Avec un rendement de 4 pour 100 7191 pouds

Et avec un rendement de 5 pour 100. ... 8988

Par conséquent , le sucre brut reviendrait i

Dans le premier cas à. . . i roubl. 88 kop. arg. le poud. Et dans le second cas à. . . 3 — 90 — —

La plupart des fabriques envoient leur sucre brut aux raffineries établies dans la province, qui les envoient à leur tour aux foires et dans les villes les plus proches. Dans quelques établissements , le sucre brut se vend sur les lieux de production. Les frais de transport varient selon les lieux et les saisons.

En 1849 , on payait, pour le transport du sucre raffiné de Kiew à Nijni-Nowgorod, 1 rouble argent par poud.

Dans les gouvernements de Poltawa et de Tschemigow, on paye ordinairement 10 kopecks argent par poud par 100 werslçs.

Dans le gouvernement de Toula, on paye, pour une distance de 300 à 350 wersles , en été , 25 à 35 kopecks par poud , et en hiver, 15 à 18 kopecks , quelquefois jusqu'à 20 kopecks.

Dans les conclusions de son compte-rendu, la commission d'enquête fait observer, entre autres choses , que la betterave n'exige pas un sol particulièrement fertile, qu'elle peut être cultivée partout où l'on cultive le seigle , mais que cette culture dépend beaucoup plus des influences atmosphériques, et que les récoltes deviennent très-chanceuses à mesure qu'on s'approche des régions très-froides; c'est la cause à laquelle la commission attribue l'insuccès de cette culture dans le gouvernement de Moscou, ce qui

prouve qu'elle aurait encore moins de chances dans les

contrées situées au nord et à l'est de ce gouvernement.

D'un autre côté, dans les climats humides et brumeux, la bctlerave donne d'abondantes récoltes , mais elle contient peu de substance saccharine.

Dans les contrées des steppes du midi de la Russie , le

climat, quoique assez chaud, est très-sujet à de brusques changements, et les sécheresses y commencent ordinairement dans la saison où la betterave, encore jeune, a besoin d'une chaleur humide ; de sorte que, dans ces contrées, la culture de la betterave devient très-problématique. La commission considère les contrées situées au sud-ouest du gouvernement de Moscou, qui ont un climat tempéré, et où les grandes sécheresses sont rares, comme les plus appropriées à cette culture. Le sol y a encore conservé assez de sa fertilité primitive pour n'avoir pas besoin de beaucoup d'engrais , ce qui est un grand avantage, car l'expérience de tous les pays a prouvé que la betterave réussit mieux sur un terrain qui n'a pas reçu d'engrais, mais qui a été bien labouré et bien préparé pour cette culture.

L'engrais communique toujours à la betterave des parties salines qu'il est très-difficile de séparer de la substance saccharine. Mais la possibilité de cultiver la betterave sans engrais commence aussi chez nous à s'amoindrir de plus en plus avec les progrès de la population , et elle n'existe presque plus pour les parties septentrionales de la région, où l'industrie sucrière est le plus répandue. Par celte raison, la commission considère les gouvernements de Kharkow, Poltawa et Kiew comme plus particulièrement favorables à la culture de la betterave.

Parmi les effets avantageux à notre économie rurale, qui se sont manifestés jusqu'à présent , à la suite des progrès de la culture de la betterave, la commission signale entre autres : que, pour étendre cette culture dans leurs domaines , nos propriétaires y ont introduit des instruments aratoires améliorés , et après avoir familiarisé leurs paysans avec l'usage de ces instruments , ils ont commencé à les employer également à la culture des céréales; que la betterave, s'adaptant facilement à toutes les combinaisons

d'une culture alternée , a rais les propriétaires sur la voie de maintes araéliorations dans leur syslèrae d'économie rurale , et que la fabrication du sucre fournit aux populations agricoles le moyen d'utiliser leur temps pendant la saison où vaquent les travaux des champs (1).

Il est à regretter que tous ces avantages se restreignent à quelques localités à l'cntour des établissements sucriers, et ne dépassent pas le rayon de 15 à 20 werstes.Toutlesol consacré jusqu'à présent à la culture de la betterave n'embrasse qu'une étendue de 35,000 à 40,000 dessiatines (2) , tandis que les dix gouvernements dans lesquels cette culture est la plus répandue (3) occupent une superficie de plus de 44 millions de dessiatines , dont 23 millions de dessiatines de terres arables.

Préparation de t amidon ^ du sirop et des autres produits de

la pomme de terre.

Nous nous référons, quant à ces branches d'industrie, aux notions générales consignées dans le chapitre concernant la culture des pommes de terre , où nous avons également fait mention des encouragements dont elles sont

(1) D'après les données recueillies par la commission d'enquête, les Balairet des ouvriers employés dans les fabriques de sucre s'élèvent annuellement à la somme de 1 ,800,000 roubles argent (le royaume de Pologne non comprli) à laquelle il faut encore ajouter 300,000 roubles pour le charbon animal, qnl passent aussi, pour la plupart, entre les mains des classes les plus pauvres, et pour un objet qui n'avait auparavant aucune valeur.

(2) La commission d'cnciuôte évalue à environ 30,000 dessiatines retendue des terrains affectés à cette culture, sans y comprendre toutefois le royaume de Pologne. Nous avons évalué approximativement dans notre premier volume retendue totale des terrains occupés par la culture de la betterave, tant dans l'Empire que dans le royaume de Pologne, à 60,000 dessiatines ; mais les données rccuellliea depuis nous ont convaincu que ce chiffre est trop élevé.

(3) Kiew, Toula, Tschcmigow, Polta^a, Blazan, Orel, Woronèje, Koursk» Ka- «m et Podollc.

Fobjet de la part du Gouvernement. Nous nous bornerons à faire observer ici que l'emploi des pommes de terre à la fabrication de Tamidon et du sirop qui était, il n'y a pas longtemps, inconnu en Russie, est devenu une branche d'industrie assez importante. Ce qui est la meilleure preuve du développement qu'elle a pris , c'est la baisse du prix de l'amidon et du sirop. Le premier de ces articles, dont le prix courant était auparavant de 2 à 3 roubles le poud, se vend maintenant 1 rouble et quelquefois 85 kopecks seulement. Le sirop, qui coûtait 4 ou 5 roubles, se vend maintenant 2 roubles et même 1 ^ rouble le poud.

Industrie linière.

Malgré les coups bien rudes qui lui ont été portés par l'usage de plus en plus général des cotonnades, l'industrie linière conserve encore en Russie le premier rang par son développement et son importance. Elle n'estpas concentrée, comme l'industrie cotonnière, dans de grands établissements qui frappent le regard par leur masse imposante, leurs appareils, leurs machines, et par le nombre d'ouvriers qu'ils réunissent dans leur enceinte ; mais elle est répandue dans de modestes chaumières sur toute la surface de l'Empire. Il y a peu de villages où l'on ne trouve quelques rouets, quelques fuseaux ou quelques métiers à tisser (1).

Ne possédant pas une statistique complète des métiers en activité dans toute la Russie , nous ne pouvons évaluer le

(1) Pour Vindustrie cotonnière, le tissage est fait aussi, en grande partie, dùu les villages par les paysans ; mais le filage, le blanchiment, l'apprêt, la teinture et l'impression des tissus sont concentrés dans de grands établissements.

produit de Tindustrie linière que d'une manière ^lUs ou moiqs approximative. -^

Les tissus de lin constittient un article de première nécessité dont aucun individu, riche ou pauvre, ne peut 9e passer entièrement. Si Ton ne comptait que deux chemisés par habitant, ce seul article supposerait déjà pour une population de 66 7 millions^ en comptant 4 archines pour une chemise, ilne consommatioti de 534 millions d'àrchines (1). Dans un article sur Texpositioti del^ produits dé PindUstrie russe à Moscou^ en 1848, publié dans le 95" numérôr de la Gazette de Commerce de la même année. M; WeretennîkofF porte eu moyenne à 20 archines la quantité de toile ordinaire que chaque habitant doit user en Russie , et il en évalue le total , à raison de 12 7 kopecks assignat Tarchine, à 150 millions de roubles assignat = 42,857,000 roubles argent. M. Scherer, en adoptant cette évaluation, dans son travail sur l'exposition des produits de l'industrie russe, à Sain^Pétersbou^g, en 1849, fait le calcul suivant sur les produits de l'industrie liniére : toiles ordinaires , 40 millions de roubles argent; autres tissus et marchandises fabriquées pour là cdhsdmmatioh intérieure, 20 millions; lin et tissus de lin livrés au commerce extérieur, SÔ millions, total, 80 millions de roubles argent.

Ce calcul donne lieu à quelques observations : La moyenne de 20 arcbines par habitant, ou de lOÔ archines par famille, par an, nous paraît être trop élevée, en considérant surtout que les tissus de lin sont beaucoup plus durables que ceux de coton. Elle suppose chez le bas peuple un certain degré d'aisance qui n'est pas assez général;

(1) On a besoin de beaucoup moins de toUe pour les chemises des enftmts au dessous de dix ou douze ans; mais, en revanche, ils en osent davantage, et, en somme, il faut, sans doute, plus de deux chemises par an par habitant.

Hiate', to ref àlfe5hé^ Id t>tfe de 12 7 kcTffeêks assignât == 3 { kopScks argent, Tarchine, est beaucoup trop bas. C'est le prix de lai toile à sacs la plus grossière. Une livre de fil de lin employée à la fabrication des toiles les plus ordinaires coûte 10 kopecks argent , et ne peut donner que tout au plus 3 archines; ce qui fait déjà, pour la matière mi-brute, 3 7 kopecks ; de sorte qu'il ne resterait pour le tissage que rj kopeck par archine. Encore fautril faire observer qu'indépéiifdifbitient de la toile ordinaire , avec laquelle sont confectionnées les chemisés des paysans , les femmes se servent j dans ta plupart des gouvernements , de mouchoirs et autres pièces de linge d'une toîle moins grossière^ Nous croyons, par conséquent, qu'on ne peut estifûèt en moyenne la toile ordinaire , à l'usage des basses classes de la population, à moins de 6 kopecks argent ràfdiîûe (1).

Eii partant du même point de vue, c'est-à-dire en prenant pcrur base la consommation des toiles pour les classes les plus nombreuses de la population j nous essaierons d'évaliier approximativement les produits de l'industrie linière par le calcul suivant :

Nous avons évalué la population de l'empire de Russie en Europe, pour l'année 1850 {voir notre calcul, page 92 du P' volume), à 56,500,000 habitants; mais, comme d'après les derniers recensements, achevés eh 1851 ^ le décroissement de la population, pendant les années du choléra, a été, dans beaucoup de gouvernements , plus considérable que noufs ne l'avions supposé , nous croyons, pour ne pas exa-

(1) La UsXkS dé inédàge \û pins ordinaire se vend au prix de 5 à 7 roubles assl^gnat la pièce de 30 archines; ce qui donne » pour 1 archine, le prix de 16 1 à 23 ^ kopecks assignat , ou 4 f à 7 ^ kopecks argent ( en moyenne , 6 kopecks argent). Encore faut-il observer que ces toiles ayant très-peu de largeur (7 à 8 verschoks], il en faut compter plus pour chaque pièce de linge.

tn INDUSTRIE.

gérer nos évaluations, devoir réduire ce chiffre à 54 millions (1).

babitants*

Ci 54,000,000

En y ajoutant :

4"" La population du Grand-duché de Finlande. . 4,500,000

2® Celle du royaume de Pologne , d'après les données officielles les plus récentes 4,800,000

3*^ La population des possessions russes en Asie (voir les calculs , pages 92 et 93 du I" volume). 5,200,000

On obtient, pour total de la population. . 65,500,000

Dans ce total, la population urbaine s'élevait :

Dans les villes de la Russie d'Europe (voir le calcul, pages 122 et 123 du l" volume), à 5,356,000 habitants et dans celles de l'Asie {pages 162 du P' volume ), à 340,000 habitants, ensemble 5,696,000 habitants, dont on peut décompter environ 10 à 12 pour 100 , pour cette partie des habitants des villes qui ont conservé leur mise et leurs habitudes rustiques, et qui appartiennent bien plus à la population rurale qu'à la population urbaine ou bourgeoise, proprement dile {voir nos observations page 143 du P' volume).

Pour arrondir nos chiffres, dans ce calcul , d'après les données qui précèdent, nous partagerons toute la population des possessions russes en Europe et en Asie de la manière suivante :

Population rurale, 60 { millions. Population urbaine » 5 millions.

On ne peut guère compter, en moyenne, pour le linge de corps , moins de deux chemises par an, ce qui exige

(1) C/est à peu près le chifTrc que donnait M. Kœppen pour 1846.

déjà 7 à 8 archines de toile par habitant. En y ajoutant les autres articles de vêtement pour hommes, femmes et enfants, le linge de lit, les essuie-mains, etc., on peut porter sans exagération la quantité de toile, usée en moyenne par un individu, à 10 archines (1); ce qui donne, pour la population rurale de 60 7 millions, 605 millions d'archines , qui représenteraient, au prix moyen de 6 kopecks l'archine, 36,300,000 roubles argent.

Si Ton considère que , sur les 60 7 millions , il y a au moins un dixième de la population masculine et un tiers de la population féminine qui se servent pour leur linge de corps d'une toile de qualité moins ordinaire que celle que nous avons taxée à 6 kopecks l'archine (2) , on conviendra sans doute que cette estimation est au-dessous de la réalité, et nous croyons pouvoir évaluer en bloc, sans exagération, les tissus de lin consommés par cette partie de la population, à 40 millions de roubles, c'est-à-dire à la même somme que nous trouvons dans les évaluations de M. Scherer (3).

(1] Dans les États de Tassociation douanière allemande, on évalue la consommation indigène des toiles à 406 millions d'aunes, pour une population de 29 millions, ce qui donne une moyenne de 14 aunes, ou environ 13 ^ archines par habitant.

(2) n y a beaucoup de femmes et de filles de paysans, surtout dans la Petite- Russie et dans les provinces polonaises, qui portent de la toile de 10 à 15 kopeclis l'archine et même d'un prix plus élevé.

(3) On pourrait nous objecter que , dans les possessions russes en Asie , et nommément dans les provinces transcaucasiennes , une partie de la population se sert de chemises de soie ; mais si Ton considère que cet usage ne concerne que js tout au plus de la population totale de l'Empire, que l'on n'emploie dans les provinces du Caucase que 6,000 à 7,000 pouds de soie tout au plus à la fabrication des tissus ordinaires à l'usage des basses classes de la population, et que, d'ailleurs, nous avons réduit la quantité présumée des tissus de lin que consomme, en moyenne, chaque habitant, ainsi que le prix de cet article, aux proportions les plus modérées possible, on conviendra, sans doute, que la différence qui peut provenbr de remploi des tissus de soie, chez quelques peuples de l'Asie, est tnfflsamment compensée par la modération de nos calculs.

Pour la population urbaine de 5 millions, dans laquelle se trouvent compris la noble^e» la bourgeoisie, le clergé, les employés et les officiers de tout grade, et toutes les classes plus aisées, qui usent plus de linge de toute espèce, et du linge beaucoup plus fin, nous comptons en moyenne 20 archines par habitant, en tout 100 millions d'archines à 20 kopecks Tarchine, représentant une valeur de 20 millions de roubles argent; ce qui donne, avec la somme précédente, 60 millions, auxquels il faut ajouter a^i moins 3 pour 100, ou 3 millions de roubles pour la fabrication du linge de table fin, des toiles à voile pour la marine, des bas et de tous les articles de bonneterie , ainsi que pour le fil employé à la couture ; ce qui donne en tout 63 millions , sans compter les tissus de lin livrés au commerce extérieur.

L'industrie des chanvres est bien inférieure , en impoFr* tance, à celle du lin. Dans l'article déjà cité, M. Scherer porte la valeur des produits de cette industrie à 50. millions de roubles argent ; mais nous croyons que cette évaluation est un peu exagérée, et voici les raisons sur lesquelles nous fondons cette opinion : on évalue la production de chanvre à 6 mjillions de pouds , sans compter celle du royaume de Pologne. Nous voulons bien admettre que ce chiffre est au-dessous de la réalité ; mais il est notoire, d'abord, que la culture du chanvre est beaucoup moins répandue que celle du lin ; puis, que l'industrie linière augmente la valeur de la matière brute dans une proportion beaucoup plus forte que ne peut le faire celle des chanvres. Les tissus de lin, même ceux de l'usage le plus ordinaire, représentent trois ou quatre fois la valeur de la matière première, et les tissus fins peuvent augmenter cette valeur dans la proportion de 1 à 20, et même davantage ; tandis que le chanvre n'étant employé, en majeure partie, qu'à la fabrication des tissus grossiers, tels que les toiles à voiles.

les toiles à sacs et les toiles d'emballage, la main-d'œuvre ne peut que doubler ou tripler la valeur de cet article dans son état brut; et, lorsqu'on l'emploie à la fabrication des câbles et des cordages, la façon n'ajoute que 50 à 100 pour 100 à la valeur de la matière brute. Il a été exporté, pendaot les années 1848, 1840 et 1850, dans le commerce avec Ffiurope, 8,424,000 pouds de chanvre et d'étoupe de chanvre, représentant, d'après les estimations officielles, 30^700,000 roubles argent, ce qui donne pour prix moyen 3 foubles 46 kopecks le poud, et 1,236,000 pouds de câbles eb«opdages, représentant une valeur de 3,511,000 roubles, ce qui donne pour prix moyen 2 roubles 84 kopecks le poud; de sorte que la valeur du chanvre était à celle des câbles et cordages, comme 100 est à 115, et que, d'après ce calcul, la façon n'ajouterait que 15 pour 100 à la matière brute. En admettant que tous les câbles et cordages exportés- n'eussent été fabriqués que de l'étoupe de chanvre, qui ne figure à l'exportation que pour le prix moyen de 1 rou- . bte 98 kopecks le poud, la valeur de la matière brute serait, dans ce cas, à celle de l'article manufacturé, comme 100 est à SS2. L'augmentation de la valeur peut être plus considérable dans la fabrication des toiles à voiles (1) ; mais en revanche, pour les toiles grossières dont on se sert pour l'emballage et la confection des sacs , la valeur des tissus doit être encore plus rapprochée de celle de la matière première. Encore fautril observer qu'une partie considérable des étoupes de chanvre est employée au calfatage des navires et des maisons, à l'emballage et à d'autres usages domestiques.

En combinant toutes ces circonstances, nous ne croyons pas pouvoir adopter en moyenne, pour toutes les industries

(1) La valeur du chanvre est à celle des toiles à voiles à peu près comme 10 est à a.

qui mettent le chanvre à Tœuvre, plus de deux fois et demie la valeur de la matière première.

On a exporté en moyenne, pendant les années 1848, 1849 et 1850, 2,808,000 pouds de chanvre et d'étoupe de chanvre , estimés en moyenne à 2 roubles 46 kopecks le poud. D'après cette estimation, on ne pourrait adopter, pour le chanvre employé sur place, que le prix de 2 roubles, tout au plus. Or, en admettant qu'on consomme dans le pays, déduction faite de l'emploi du chanvre pour les toiles à voiles et les cordages livrés à l'exportation, à peu près le double de la quantité exportée comme matière brute, ou 5,600,000 pouds, on obtient, en comptant à 5 roubles le poud de chanvre ouvré, 28 millions dp roubles pour la valeur totale des produits de cette branche d'industrie.

La valeur des produits de l'industrie linière consommés dans le pays ayant été portée , d'après les calculs qui précèdent, à 63 millions, ces deux sommes réunies font 91 millions de roubles, somme à laquelle il faut ajouter le lin, le chanvre, le fil, les toiles et les câbles et cordages, livrés au commerce extérieur.

La valeur moyenne de l'exportation de ces articles, pendant la période triennale de 1848-1850, donne les chiffres suivants :

roubles.

Lin et étoupe de lin 14,022,000

Chanvre et étoupe de chanvre ..*... 6,900,000

Fil de lin et de chanvre 238,000

Câbles et cordages 4,174,000

Toiles à voiles, ravendouk et tous les autres tissus

ensemble 4,552,000

Total 20,886,000

En ajoutant cette somme à celle de 91 millions, représentant la valeur des produits de lin et de chanvre consommés dans le pays, on obtient, pour total de la valeur de ces

deux branches d'industrie, environ 112 millions de roubles = 448 millions de francs, y compris la valeur de la matière première. C'est à peu près deux fois et quart la valeur totale des produits de l'industrie linière en France , que M. Schnitzler évalue à environ 200 millions de francs, y compris l'industrie des chanvres (1). Or, en déduisant la valeur de la matière première , que nous n'avons portée, dans nos évaluations des produits bruts {page 217 du I" volume), qu'à 36,523,000 roubles argent, il reste une somme d'environ 75 7 millions de roubles = 302 millions de francs que l'industrie linière, avec celle des chanvres, ajoute à la valeur brute des produits de notre agriculture; valeur qu'aucune autre branche d'industrie n'a encore pu atteindre jusqu'à présent.

Ces indications nous semblent plus que suffisantes pour démontrer l'importance de notre industrie linière, qui occupe le premier rang parmi toutes les branches du travail national, et mérite de préférence d'être protégée et encouragée, d'autant plus qu'elle n'emploie que les matières premières produites par notre sol, qu'elle se lie très-étroitement à la prospérité de notre agriculture, qu'elle est répandue dans les plus modestes chaumières, qu'elle ne détourne pas nos cultivateurs de leurs travaux champêtres, et qu'elle s'adapte plus que toute autre à la vie de famille et à l'organisation patriarcale de nos communes rurales. Il faut encore ajouter qu'elle alimente plusieurs petites industries subsidiaires, telles que la fabrication des rouets, des fuseaux et des métiers à tisser qui occupe un grand nombre de bras parmi nos populations des campagnes. Il

(1) En Autriche, les produits de Tindustrie linière, destinés au commerce tant intérieur qu'extérieur, sont évalués, dans la statistique officielle, à 31 millions de florins monnaie de convention == 19,530,000 roubles argent; mais dans cette évaluation, on n'a pas compris les toiles de ménage fabriquées et consommées par les populallons rurales et qui n'entrent pas dans le commerce.

qui mettent le chanvre à l'œuvre, plus de deux fois et demie la valeur de la matière première.

On a exporté en moyenne, pendant les années 1848, 1849 et 1850, 2,808,000 pouds de chanvre et d'étoupe de chanvre , estimés en moyenne à 2 roubles 46 kopecks le poud. D'après cette estimation, on ne pourrait adopter, pour le chanvre employé sur place, que le prix de 2 roubles, tout au plus. Or, en admettant qu'on consomme dans, le pays, déduction faite de l'emploi du chanvre pour les toiles à voiles et les cordages livrés à l'exportation, à peu près le double de la quantité exportée comme matière brute, ou 5,600,000 pouds, on obtient, en comptant à 5 roubles le poud de chanvre ouvré, 28 millions dp roubles pour la valeur totale des produits de cette branche d'industrie.

La valeur des produits de l'industrie linière consommés dans le pays ayant été portée , d'après les calculs qui précèdent, à 63 millions, ces deux sommes réunies font 91 millions de roubles, somme à laquelle il faut ajouter le lin, le chanvre, le fil, les toiles et les câbles et cordages, livrés au commerce extérieur.

La valeur moyenne de l'exportation de ces articles, pendant la période triennale de 1848-1850, donne les chiffres suivants :

roubles.

Lin et étoupe de lin 44,022,000

Chanvre et étoupe de chanvre ..'... 6,900,000

Fil de lin et de chanvre. ^ 238,000

Câbles et cordages 4,474,000

Toiles à voiles, ravendouk et tous les autres tissus

ensemble 4,552,000

Total 20,886,000

En ajoutant cette somme à celle de 91 millions, représentant la valeur des produits de lin et de chanvre consommés dans le pays, on obtient, pour total de la valeur de ces

deux branches d'industrie, environ 112 millions de roubles = 448 millions de francs, y compris la valeur de la matière première. C'est à peu près deux fois et quart la valeur totale des produits de l'industrie linière en France , que M. Schnitzler évalue à environ 200 millions de francs, y compris l'industrie des chanvres (1). Or, en déduisant la valeur de la matière première , que nous n'avons portée, dans nos évaluations des produits bruts {page 217 du I" volume), qu'à 36,523,000 roubles argent, il reste une somme d'environ 75 7 millions de roubles = 302 millions de francs que l'industrie linière, avec celle des chanvres, ajoute à la valeur brute des produits de notre agriculture ; valeur qu'aucune autre branche d'industrie n'a encore pu atteindre jusqu'à présent.

Ces indications nous semblent plus que suffisantes pour démontrer l'importance de notre industrie linière, qui occupe le premier rang parmi toutes les branches du travail national, et mérite de préférence d'être protégée et encouragée, d'autant plus qu'elle n'emploie que les matières premières produites par notre sol, qu'elle se lie très-étroitement à la prospérité de notre agriculture, qu'elle est répandue dans les plus modestes chaumières, qu'elle ne détourne pas nos cultivateurs de leurs travaux champêtres, et qu'elle s'adapte plus que toute autre à la vie de famille et à l'organisation patriarcale de nos communes rurales. Il faut encore ajouter qu'elle alimente plusieurs petites industries subsidiaires, telles que la fabrication des rouets, des fuseaux et des métiers à tisser qui occupe un grand nombre de bras parmi nos populations des campagnes. II

(1) En Autriche, les produits de Tindustrie linière, destinés au commerce tant intérieur qu'extérieur, sont évalués, dans la statistique officielle, à 31 millions de florins monnaie de convention = 19,530,000 roubles argent; mais dans cette évaluation , on n'a pas compris les toiles de ménage fabriquées et consommées par les populallons rurales et qui n'entrent pas dans le commerce.

qui mettent le chanvre à l'œuvre, plus de deux fois et demie la valeur de la matière première.

On a exporté en moyenne, pendant les années 1848, 1849 et 1850, 2,808,000 pouds de chanvre et d'étoupe de chanvre , estimés en moyenne à 2 roubles 46 kopecks le poud. D'après cette estimation, on ne pourrait adopter, pour le chanvre employé sur place, que le prix de 2 roubles, tout au plus. Or, en admettant qu'on consomme dans, le pays, déduction faite de l'emploi du chanvre pour les toiles à voiles et les cordages livrés à l'exportation, à peu près le double de la quantité exportée comme matière brute, ou 5,600,000 pouds, on obtient, en comptant à 5 roubles le poud de chanvre ouvré, 28 millions dp roubles pour la valeur totale des produits de cette branche d'industrie.

La valeur des produits de l'industrie linière consommés dans le pays ayant été portée, d'après les calculs qui précèdent, à63 millions, ces deux sommes réunies font 91 millions de roubles, somme à laquelle il faut ajouter le lin, le chanvre, le fil, les toiles et les câbles et cordages, livrés au commerce extérieur.

La valeur moyenne de l'exportation de ces articles, pendant la période triennale de 1848-1850, donne les chiffres suivants :

roubles.

Lin et étoupe de lin 44,022,000

Chanvre et étoupe de chanvre ..*... 6,900,000

Fil de lin et de chanvre. ^ 238,000

Câbles et cordages 4,474,000

Toiles à voiles, ravendouk et tous les autres tissus

ensemble 4,552,000

Total 20,886,000

En ajoutant cette somme à celle de 91 millions, représentant la valeur des produits de lin et de chanvre consommés dans le pays, on obtient, pour total de la valeur de ces

deux branches d'industrie, environ 112 millions de roubles = 448 millions de francs, y compris la valeur de la matière première. C'est à peu près deux fois et quart la valeur totale des produits de l'industrie linière en France , que M. Schnitzler évalue à environ 200 millions de francs, y compris l'industrie des chanvres (1). Or, en déduisant la valeur de la matière première , que nous n'avons portée, dans nos évaluations des produits bruts {page 217 du I" volume), qu'à 36,523,000 roubles argent, il reste une somme d'environ 75 7 millions de roubles = 302 millions de francs que l'industrie linière, avec celle des chanvres, ajoute à la valeur brute des produits de notre agriculture ; valeur qu'aucune autre branche d'industrie n'a encore pu atteindre jusqu'à présent.

Ces indications nous semblent plus que suffisantes pour démontrer l'importance de notre industrie linière, qui occupe le premier rang parmi toutes les branches du travail national, et mérite de préférence d'être protégée et encouragée, d'autant plus qu'elle n'emploie que les matières premières produites par notre sol, qu'elle se lie très-étroitement àla prospérité de notre agriculture, qu'elle est répandue dans les plus modestes chaumières, qu'elle ne détourne pas nos cultivateurs de leurs travaux champêtres, et qu'elle s'adapte plus que toute autre à la vie de famille et à l'organisation patriarcale de nos communes rurales. Il faut encore ajouter qu'elle alimente plusieurs petites industries subsidiaires, telles que la fabrication des rouets, des fuseaux et des métiers à tisser qui occupe un grand nombre de bras parmi nos populations des campagnes. Il

(1) En Autriche, les produits de Tindustrie linière, destinés au commerce tant intérieur qu'extérieur, sont évalués, dans la statistique offlcielle, à 31 millions de florins monnaie de convention == 19,530,000 roubles argent; mais dans cette évaluation, on n'a pas compris les toiles de ménage fabriquées et consommées par les populations rurales et qui n'entrent pas dans le commerce.

y a, dans plusieurs gouvernements , des villages entiers qui exereent ces petites industries. En général, on peut comp^ ter par millions les bras qui sont occupés dans les différ rentes branches de rindustrie linière.

Sur le total des quaiitités de lin que produisent toutes les possessions de la Russie, et qui doivent s'élever, diaprés une évaluation très-modérée, à environ 12 millions do poùds, il reste, déduction faite de l'exportation, à peu près 7 7 millions de pouds pour la consommation intérieure. En retranchant un quart pour le déchet et pour remploi dii lin à d'autres usages , il resterait encore 5,625,000 pouds à employer au filage, et, comme cette opération ne se fait, jusqu'à présent, chez nous, qu'à la main, on ne peut guère compter en moyenne, pour une fileuse, plus d'un tiers de livre par jour (1), ou, en comptant 240 journées de travdil , 2 pouds par an ; de sorte que le filage seul de 6,625,000 poudi^ occuperait 2,812,500 individus, chiffre qu'on ne peut pas trouver exagéré en considérant que le filage ne se faitordrnairement que par les femmes, pendant les heures que leur laissent libres leurs occupations domestiques , et souvent aussi par des enfants (2).

Le tissage occupe beaucoup moins de bras que le filage. Suivant les renseignements recueillis dans le gouveme-

(1) D'après les renseignements Recueillis par la commission d'enquête, dans 1^ gouvernement de larosïaw, on compte, pour une journée de travail d'nnë bonne fileuse, 18 zolotiUk ou moins de i livre ( 1 livre contient 06 loïoUi^) ^Riqjak se vend à environ 75 kopecles la livre]. Pour les flls plus grossiers, le travail de la journée peut aller jusqu'à j livre et au delà ; mais, en revanche , ponr les numéros plus fins, il faut quelquefois le double de temps. D'après cea données, nous ne croyons pas pouvoir compter, en moyenne, plus d'un tiers de livre.

(2) En Gallicie, qui n'a qu'une population de 5 millions , on comptait , d'après la statistique oillciellc, pubUée en 1843, 460,000 flleuses, ce qui donnait une fileuse sur 1 1 habitants, tandis que le chiiTre que nous avons adopté ne donne qu'une fileuse sur 23 habitants.

INDUSTRIE. â99

ment de laroslaw, un tisserand peut fabriquer, dans une journée , 3 à 6 archines , suivant la finesse , de ^tissu de qualité moyenne ; pour les toiles grossières , une journée entière de travail peut donner jusqu'à 10 archines ; niaisaoi oonsidérant qu'en Russie les femmes^ après les soins donnés à leur ménage , s-occupent aussi trèsHSouvent à tisser, on ne pourrait guère compter en moyenne plus de 7 i archines par jour, ou, pour 240 journées de travail (le tissage ne se faisant ordinairement que pendant les mois d'hiver et une partie du printemps), 1,800 archines par an, pour un tisserand , ce qui donne , pour 705 millions d'arcbines de toiles consommées dans le pays, 392,700 tisserands. En y ajoutant un surplus de 6 pour 100 ppur les toiles très-fines et pour les tissus livrés à Texportation, on peut porter, sans exagération, à 425,000 le nombre d'individus employés au tissage. Si l'on y ajoute les bras occupés, pendant une partie de la saison, des travaux préparatoires, tels que le rouiss^e, le teillage et le peignage, ainsi que de la confection des rouets^ des fuseaux, des métiers à tisser et d'autres outils aecessoires , on peut porter à près de 4 millions le chifft'e total de la population rurale qui trouve dans les dif^ férentes branches de l'industrie linière un emploi utile de son temps.

L'industrie du chanvre doit occuper , d'après un calcul approximatif, au moins un cinquième du nombre des bras engagés dans les différentes branches de industrie linière.

Ces calculs portent à près de 5 millions d'individus la population qui est plus ou moins intéressée à la prospérité de ces deux branches d'industrie.

Après cet aperçu sur l'importance de l'industrie linière, nous allons nous occuper de ses progrès , sous le rapport des procédés qui s'y rattachent, et de l'état où elle se trouve maintenant, en utilisant les données consignées dans le compte-rendu de la commission d'enquête instituée à cet

^n INDUSTRtB.

viettt, comme notis FavoTis déjà fait observer j heimé&ttp plus pi^o^e h la fabricalion de boîities toHes; tèlnt fines que dé qualité moyèntié ; 2" par te quantité d'étbupe et par \k qualité supérieure de celle qu'on obtient dû second peî^ gnafîc ; car, il est notoire que TétoUpe d'une bdnfië qua- Ktê, c'ést-'à-dire débarrassée des parties grosèflère* et de* filaments trop courts , se vertd quelquefois presque aussi cher que le lin de qualité supérieure, et donne du fil qui peut servir à la fabrication de botines toiles de nloyenne qualité , tandis que Tétoupe provenant du peignage ordinaire, avec des brosses j ne donne qu'uii fll très-médiocre qui n'est employé qu'à des tissus très-grossiers (1). En Russie , on n'emploie ordinairement que le lin à la fabrica^ tion des toiles flamandes , tandis que, en Aiigletérre et èti Belgique, on les fait avec de l'étoupe. Il faut encore y âj(St^ ter que le peignage avec des peignes métalliques donne une économie de plus de 2 pour 100 sur le déchet.'

La méthode que Ton Énit chez nous potir le pëlgnagë du lin peut, jusqu'à un ceirtain point, convenir à nos bultïvatcurs , à cause de l'économie qu'elle présente sur les outils'^ car les brosses de soie de porc se fabriquent dans les villages et coûtent fort peu; elle peut niême suffire à la fabrication des toiles de ménage à l'usage des populations rurales; mais il est certain qu'elle est un empêchement très-réel à tout progrès dans les régions supérieures de notre industrie linière. Il serait, par conséquent, à désirer que l'usage des peignes métalliques pût se répandre , de plus en plus, dans toutes les contrées qui produisent du lin en grande quantité , surtout dans celles où la fabrication des toiles pour le commerce a pris la plus grande exten-

(I) En Russie, Fétoupe est généralement de si mauvaise qualité qu'elle ne se vend que 1 rouble le pond; tandis que le bon lin coûte 3 h li \ roubles.

INDUSTRIE. , a03

sioDy ^t nominément dans les gouvernements de laroslow^ de Wologda et de - Kostroma* Le prik élevé del^ peignes métalliques est une des dreonstances pfineipiites qfUiSe i^ont opposées jusqu'à présent à rintroduetion de ce système de peignage perfectionné; car il j à très-peu d'Oûvriers qui s'iièeiipebt de la cDnfeêtion de ces outils. M. Kamevitseh fut le premier qui introduisit dans sa contrée (gouvernement de laroslaw) l'usage des peignes métalliques; mais l'ouvrier qui les confectionne se fait payer 40 roubles , et, ptrar les peignes les plus fins , jusqu'à 70 roubles assignat = 20 Iroublës argent la paire, ce qui fait quatre ou cinq fois le prii de. cet outil en ÂUeinagne. Un ouvrier diligent peut j avec un seul aide, éônfectionner une paire de pelgâes dans cinq ou six jours. Le matériel employé à la eoQfeMidn d'une paire de peignes ne coûte que 5 roubles ^ et iè reste du prix est représenté par la façoii. Ainsi, un ouvrier avec un aide gagne 85 roubles assignat ou 10 roubles It^geuteâcinq 6u six jours^ ce qui fait 1 rouble 70 kopecks â fli hHHbles argent = 7 a » fraifes par jour* Oh voit par là à (Jttelitofflt la main-d'œuvrte est chère .en Russie, dès qu'il s'agît d'une certaine capacité et d'un certain degré d'Instruction professionnelle , qui n'est pas assez généralement répatlâue; tandis que le salaire de l'ouVrier ordinaire n'est nUtte pan aussi bas;

C'est une des causés qui arrêtent les {(rogfès de Tindusttie dans plusieurs branches de là fabrication^ et qui rendent ebez nous si ehers la plupart des articles confectionnés, et surtout de ceux qui ne se fabriquent pas en grande quantité. Il est évident qu'avec un prix aussi exorbitant Tusage des peignes métalliques ne peut pas se généraliser parmi nos populations rurales. La commission d'enquête, plus d'une fois mentionnée, a eu l'occasion de se convaincre que les paysans du gouvernement de laroslaw, qui travaillent le lin, reconnaissent parfaitement la supériorité et

Tutilité de ces outils , mais qu'ils les trouvent trop coûteux pour leurs moyens. Il nous semble qu'il ne serait pas difficile d'y remédier, soit en établissant des ateliers pour la confection des peignes métalliques dans les principaux foyers de l'industrie linière , et en leur accordant quelques encouragements , soit en commandant ces outils à Moscou qui possède, pour des objets analogues, des établissements où ils pourraient être confectionnés en grande quantité et à un prix modéré, ou, enfin, en les faisant venir de l'étranger francs de droit (cette franchise est accordée par le tarif), et en fondant dans quelques villes de province des entrepôts de vente au prix coûtant. Cela pourrait s'exécuter, soit par l'intervention des sociétés agronomiques ou industrielles , soit sous les auspices du département des Manufactures. Le ministère des Domaines en a déjà pris l'initiative en envoyant des modèles des meilleurs peignes dans les contrées où l'industrie linière est le plus répandue. On pourrait aussi ranger la confection de bons peignes métalliques à un prix raisonnable , ainsi que les soins donnés par les industriels à la propagation de ces outils, parmi les objets pour lesquels le Gouvernement accorde des médailles et autres récompenses.

La seconde question , non moins importante pour Favenir de notre industrie linière, est celle de la filature. Depuis l'invention du filage à la mécanique, on s'est vivement préoccupé partout de l'influence de cette invention sur l'industrie linière en général et sur le sort des nombreuses populations qui s'occupent du filage à la main. En Russie, cette question est d'autant plus importante que cette branche d'industrie linière occupe , d'après les calculs qui précèdent, près de 3 millions d'individus.

Des considérations philanthropiques ont, pendant longtemps, révoqué en doute, sur le continent, l'utilité de la filature à la mécanique ; mais l'exemple de l'Angleterre a

donné aux idées, ainsi qu'aux intérêts qui se rattachent à l'industrie linière en général, une autre direction. L'expérience a prouvé que c'est uniquement au filage à la mécanique que l'Angleterre doit les progrès de son industrie et de son commerce de toiles , et que , sans le secours de cet agent puissant de la fabrication , l'industrie linière du continent ne pourrait pas, à la longue, soutenir la concurrence des toiles anglaises; car, outre l'économie sur les frais de fabrication, le filage à la mécanique donne aux tissus plus d'égalité et un plus haut degré de consistance. Les essais faits en Prusse, par ordre de la Compagnie du commerce maritime {Preussische Seehandlung)^ ont constaté que le fil filé à la main n'a que les deux tiers de la force de résistance du fil à la mécanique ; mais en revanche ce dernier est ordinairement couvert de plus de duvet; inconvénient qui sera peut-être écarté, avec le temps , par le perfeclionnement dont les machines à filer sont encore susceptibles , et qui disparait en partie dans Fapprêt des toiles.

Nous avons déjà fait observer, dans le chapitre sur la culture du lin {page 21), que l'Allemagne a perdu, dans les derniers temps, le tiers de ses débouchés , à l'étranger, pour les tissus de lin ; ce qui a occasionné plus d'une fois une grande misère dans plusieui's contrées , et surtout en Silésie. Cette pénible expérience a amené la conviction que l'industrie linière n'a aucune chance de se relever sans le concours du filage à la mécanique, et que, si elle continuait à reposer uniquement sur le filage à la main , elle courrait le danger d'une décadence complète , ce qui serait tout aussi pernicieux pour les fileurs que pour les tisserands, et que, par conséquent, ce serait une philanthropie mal entendue que de vouloir renoncer au secours puissant de la mécanique, par ménagement pour le filage à la main qui occupe encore partout un grand nom-

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