‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 31 sur 40 · II. q · texte numérisé non relu

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res qu'il faut payer aux contre -maîtres pour en diriger habilement l'emploi , pèsent sur les frais de la fabrication , bien que l'acquisition de ces machines soit allégée par leur admission en franchise aux douanes de l'Empire. Le manque de soins et de connaissances spéciales » souvent aussi une économie mal entendue se manifestent plus ou moins, et sauf quelques honorables exceptions, dans toutes les opérations de la draperie.

M. Hagemeister, qui s'est beaucoup occupé de plusieurs branches de notre industrie, dit, entre autres choses, dans l'article déjà cité, que pour économiser sur la matière première et sur le travail , on tisse légèrement, on ne fait pas passer le drap autant qu'il faut au foulon, et que les tisserands n'étendent pas assez la chaîne , ce qui donne de Tinégalité aux tissus.

Pour amollir le drap par le décatissage , on Timprëgne si fortement de vapeur que le tissu en contracte une odeur désagréable. Dans le filage , on économise l'huile , tandis que nos laines ont précisément besoin plus que d'autres d'être bien huilées, à cause de leur sécheresse. Quelques fabricants laissent à dessein une partie du suint dans la laine pour épargner l'huile , et, en procédant à la teinture de la laine , ils ont recours à l'usage des acides mordante , en la faisant cuire , à tel degré que la masse de laine, jetée dans la chaudière , devient une espèce de brouet. On suit le môme procédé à l'égard du tissu , lorsqu'on ne parvient pas , faute de soin ou de savoir-faire , à en extraire , par le lavage au savon , l'huile qui en sort au foulon , ce qui arrive assez fréquemment.

Le tissage, le chardonnage et le tondage se font aussi très-mollement , ce qui doit être attribué en partie , comme on l'a déjà fait observer plus haut, à la qualité de nos laines ; et les draps de beaucoup de nos fabriques sont laineux et sans consistance. M. Hagemeister cite à ce sujet une

grande manufacture à Moscou, qui fabrique jusqu'à 100 pièces de drap par jour, avec 10 machines à chardonner-, et 23 machines à tondre, tandis qu'à Verviers il y a des fabriques qui ne font que 20 à 25 pièces par jour, et qui mettent en activité près de 40 machines à chardonner, et jusqu'à 80 machines à tondre ; ce qui prouve le peu de soins qu'on donne chez nous à la fabrication. C'est ce qui fait aussi qu'avec une laine du même degré de finesse , on fabrique des draps beaucoup plus ordinaires que ceux qu'on en obtiendrait à l'étrangei*. . D'après les données recueillies par le même auteur, la valeur de nos draps est, en moyenne , à la valeur de la laine qui y est employée , comme 2 est à 1 , tandis qu'en Prusse , la proportion du tissu à la matière première est comme 3 est à 1(1).

Tout en signalant les différentes défectuosités de notre draperie , nous n'en reconnaissons pas moins les progrès que cette industrie a faits en dernier lieu.

Depuis quelque temps, on assortit avec plus de soin les laines dans les fabriques les plus importantes, et on les approprie avec plus de discernement à la. qualité des tissus auxquels elles sont destinées. On commence aussi à utiliser, dans la fabrication > les pointes du poil et le déchet qui re3te après que la laine a passé par les machines à nettoyer (2).

. (1] En Autriche^ on adfnet dans les évaluations statistiques, pour le rapport de la valeur des draps à celle de la laine, les proportions suivantes :

Dans les draps ordinaires, comme 1S7 est à 100

Dana les draps de soldat, ou ce qu'on appelle en

allemand Komisstuch, comme 209 ~ à 100

Dans les draps de qualité moyenne 278 — à lOO

Dans les draps uns 210 •— à 100

Et dans les draps les plus uns 263 — à 100

(Voir la statistique officielle de TAutriche, publiée en 1846.) (2) Autrefois, il y a à peu près vingt ans, ces déchets étaient employés en gujsc

On a beaucoup amélioré les appareils de la filature et la partie mécanique en général. Plusieurs propriétairies de fabriques ont introduit des machines perfectionnées , pour les diverses opérations de la draperie. Les travaux sont maintenant distribués d'une manière plus rationnelle, et dans plusieurs fabriques , l'organisation technique et mécanique ne laisse rien à désirer. Il y a aussi quelques établissements séparés , tant pour la filature que pour l'apprêt des tissus , où les manufactures des draps envoient leurs marchandises, ce qui est un progrès très-important dans la partie économique de celte industrie ; car cela simplifie la fabrication dans les petites manufactures , en diminuant les frais d'entretien de leurs* établissements , et l'apprêt des tissus se fait beaucoup mieux. La filature s'est considérablement perfectionnée depuis l'introduction des Mull-Jenni et de la loquette continue. Les machines à tondre longitudinales et transversales sont, dans beaucoup de fabriques , absolument les mêmes que celles employées dans la draperie étrangère.

Depuis deux ans, la majeure partie de nos fabricants emploient déjà les métiers mécaniques à tisser de l'atelier de Hartmann, à Chemnitz, et depuis peu, on commence à les fabriquer chez Wregley et Kopper, à Moscou.

A l'exception des draps de paysan , qui sont tissés dans les villages , le tissage se fait ordinairement dans des établissements dépendants des fabriques. Pour les draps de qualité supérieure, la main-d'œuvre revient, à Moscou, jusqu'à S roubles assignat, ou 1 rouble 43 kopecks argent

d'cngralB, et on payait 80 kopecks la charge d'une charrette. IHus tard les apécu-^ lateurs étrangers achetaient ces déchets et les expédiaient principalement à DUoo, près de Verviers, où l'on on faisait de très^hons tissus. Maintenant on les paie Jusqu'à 3 roubles le poud, et on le» emploie en mineure partie danales mamiflietures indigènes.

par archine (= 9 francs 65 cent, par aune de France). On paie pour le filage 3 kopecks par paire d'écheveaux. Les tisserands reçoivent 7 à 12 kopecks argent par archine, selon les qualités , et gagnent de 8 à 12 roubles argent par mois. Pour le nettoyage il'une pièce, on paie de 50 kopecks jusqu'à 5 roubles assignat. Toutes les autres opérations sont faites par des ouvriers à gages, qu'on paie à raison de 18 à 30 roubles assignat (5 roubles 14 kopecks à 8 roubles 57 kopecks argent) par mois , outre la nourriture. Les enfants gagnent 2 roubles 50 kopecks à 3 roubles argent par mois.

Quelques propriétaires de terres se chargent du filage et du tissage dans leurs villages , pour le compte des fabriques de draps , à très-bas prix ; mais, comme on perd dans cet arrangement 5 à 6 pour 100 de la laine fournie , la plupart des fabricants de Moscou préfèrent maintenant, même pour les draps très-ordinaires, effectuer ces opérations en ville , dans les établissements qui se trouvent sous leurs yeux.

Dans les fabriques des villages, on fait du drap de paysan avec de la laine filée à la main. Le filage est fait ordinairement par les femmes des paysans qui reçoivent, pour carder et filer un poud de laine, 7 à 8 roubles assignat ou 2 roubles à 2 roubles 28 ~ kopecks argent par poud (48 à 56 centimes par kilogramme).

Indépendamment des draps de paysan, des draps de soldat et des draps de laine de mérinos pour le commerce intérieur, on fabrique en Russie une espèce particulière de draps destinés à la Chine, qu'on appelle draps de Mezeritsch et de Maslow, dénomination qui leur vient des deux petites villes où la fabrication de ces tissus a pris naissance. Maintenant on en fabrique aussi à Moscou et dans d'autres endroits.

Les draps de Mezeritsch contiennent 25 archines dans

une pièce, pesant 35 ou 36 livres de Russie ou 1 7 livre rarchine (0,97 kilogramme l'aune de France), et ceux de Maslow 40 archines, pesant 60 livres ou 1 7 livre rarchine. Les premiers avaient auparavant 1 archine et 10 werchoks et les seconds, 1 archine et 12 jusqu'à 14 werchoks. Maintenant on les fait de 2 archines et 2 à 4 werchoks de largeur, et là fabrication de ces tissus s'est beaucoup perfectionnée. Ces draps se vendent 80 roubles argent la pièce.

Depuis quelque temps , on fabrique aussi, pour le commerce de Kiakhta, mais en petite quantité, des demi-draps et des draps de dame, à l'instar de ceux que les Anglais envoient à Canton. Cette branche de notre industrie est encore très-arriérée, et les délégués du commerce qui ont accompagné, en 1843, l'ambassade de France à Canton et à Chang-Hai , tout en rendant justice à la bonne qualité de nos draps, qui pénètrent jusqu'aux villes du midi de la Chine, et qu'ils ont vus dans plusieurs magasins, ont trouvé que les draps de dame russes n'ont ni duvet ni apprêt, ce qui est très-vrai.

M. Hagemeister fait remarquer, au sujet de notre commerce de draps avec la Chine, que, par suite des changements survenus dans ce commerce, nos fabricants devraient porter leur attention sur les débouchés que nous pourrions trouver pour cet article en Turquie, où l'Allemagne envoie des draps légers de laine ordinaire, qui n'exigent pas de soins particuliers dans leur fabrication, mais des couleurs éclatantes recherchées par les Orientaux, et c'est précisément la partie de la fabrication dans laquelle notre draperie est le plus avancée. Cette observation se trouve reproduite dans le compte-rendu de M. Samoïloff sur l'exposition universelle de Londres.

M. Hagemeister donne, dans l'article plus d'une fois mentionné, publié en 1843, les proportions dans lesquelles les prix de nos draps avaient baissé depuis 1840, savoir :

pour 100

Pour les draps du prix de 4 à 2 roubles argent Varcbine de 5 à 4

— 4 à 5 — 20 à 25 Pour les draps de dame 25 à SO

Depuis cette époque les prix des draps ont encore baissé de 10 à 15 pour 100.

C'est un progrès très-satisfaisant,' on ne saurait le contester.

Sous le rapport de la perfection des tissus, les progrès de la draperie russe ont été les plus sensibles, depuis l'année 1845. Ces progrès -ont été constatés à l'exposition de SaintrPétersbourg de l'année 1849, et même, à l'exposition universelle de Londres, les draps de quelques-uns de nos fabricants ont figuré avec avantage. Le drap satin de M. Tchetwerikoff, fabricant de Moscou, à 3 ^ roubles l'archine, a été trouvé supérieur et moins cher que les tissus de la même qualité des fabriques de Brûnn, en Moravie, qui est un des principaux centres de la draperie autrichienne.

On voit également la preuve de ces progrès dans le chiffre décroissant de l'importation des draps, tant de l'étranger que du royaume de Pologne.

Voici le mouvement que cet article d'importation a suivi pendant les 25 années, 1826-1850 inclusivement :

Moyennes quinquennales. — Valeur en roubles argenU

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