‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 30 sur 40 · VALEUR MOYENNE · texte numérisé non relu

VALEUR MOYENNE

des tissus de laine consommas par habitant.

roubles. kopecks«

En Angleterre 6 20

En France 2 66

Dans les États de l'Association

douanière allemande. ... \ 60

En Autriche 4 39

En Russie » 69

Ainsi, malgré rimmense étendue de nos pâturages, qui facilite l'éducation de la race ovine , et raalgré la rigueur de notre climat qui exige plus de vêtements chauds, la consommation relative des laines par tête , en Russie , est par rapport :

A celle de TAssociation douanière allemande comme 4 00 est à il G

A celle de r Autriche » i 00 » 124

A celle de la France » 100 » 183

Et à celle de rAngleterre » 100 » 466

Et la valeur des tissus de laine consommés en Russie :

A celle de l'Autriche comme 400 » 201

A celle de TAssociation douanière allemande » 100 » 232

A celle de la France » 100 » 387

Et à celle de l'Angleterre » 400 » 899

Ce qui prouve de quel développement l'élève des brebis et rindustrie de la laine sont encore susceptibles en Russie , indépendamment du commerce extérieur (1).

Dans le chapitre consacré à l'élève de la race ovine , pages 472 et suivantes du I" volume , nous avons signalé les défectuosités de cette branche de notre économie rurale et en même temps le manque de soins dans le lavage et l'assortiment de nos laines (2).

(1) Nous avons indiqué dans le I*' volume, page 488, les causes de rinfériorité relative de Fusage des tissus de laine en Russie.

(2) Depuis la publication du 1er volume de ce travail, un de nos grands propriétaires a réclamé contre ce reproche en me citant quelques troupeaux du midi de la Russie (c'est principalement Féducation de la race ovine dans cette contrée que nous avions en vue dans notre critique] où l'éducation de la race ovine est très-soignée et établie sur une base rationnelle. Nous n'ignorons pas que parmi nos propriétaires il y a plusieurs agronomes éclairés qui ont organisé leurs bergeries d'une manière parfaitement satisfaisante, et dont les laines jouissent d'une réputation justement méritée. On peut citer sous ce rapport les bergeries du duc d'Anhalt-Koelhen, des princes Wassillchikoff et Woronzoff, des comte Nés-

C'est , sans contredit , dans ces défectuosités que gisent les principales entraves aux progrès de notre industrie de la laine prise dans son ensemble.

Voici ce que dit à ce sujet M. Hagemeister, dans Y Aperçu sin^ l'Industrie manufacturière de la Russie , publié à Saint-Pétersbourg en 1845 :

« Dans nos laines, telles qu'elles sont livrées au com- « merce, on observe souvent les défauts ci-après signalés, « qui font beaucoup de tort à notre draperie :

« 1** Leur état do malpropreté qui est cause qu'elles « perdent dans le lavage beaucoup plus de leur poids que « les laines étrangères.

« 2** Leur peu de consistance , la sécheresse de la pointe « du poil et le mélange des poils, morts, ce qui est cause « que d'un poud de laine on obtient 7 pour 100 de drap de « moins que de la laine étrangère, car nos laines donnent « plus de déchet dans toutes les opérations de la dra- « perie.

« 3*" La sécheresse de la laine rend le fil laineux et inégal. « Le poil , étant roide et sans souplesse , se hérisse et le fil « ne se prête pas bien à la torsion.

« Les tissus, faits d'une matière première flasque et sans « consistance , n'ont pas de durée et ne supportent pas « bien l'apprôt , car le fabricant n'ose pas chardonner ni « tondre le drap autant qu'il serait nécessaire. Toutes les « matières étrangères, telles que les épines, les herbes

sclrodc et GouricfT, du baron Skicgittz, de M. Vassale, et quelques autres non moins importantes, et nous nous plaisons h rendre pleine et entière justice & cet honorables exceptions ; mais elles no constituent pas la règle générale , car toutes ces bergeries prises ensemble, bien que ce soient les plus considérables, fournissent à peine la vingtième partie de la masse de 700,000 à 800,orH) pouds de laines fines et demi-fines que produit la Russie, et nous persistons à croire que les observations que nous nous sommes permis de faire sont applicables à la grande ma* Ué de nos propriétaires de troupeaux.

LXDUSTRIE. 363

« sèches, les fils détachés des sacs d'emballage, etc., qui.se « trouvent dans la laine et s'amalgament avec le poil , ne « prennent pas la couleur ; on est obligé de les faire sortir « du tissu avec des pincettes et souvent aussi de faire dès « reprises aux trous qui restent après cette pénible ppé- « ration. Il est évident que la qualité du tissu en souffre et « que cela augmente les frais de fabrication ; car on paye, « pour ces opérations supplémentaires , jusqu'à 15 kopecks « par archinc et même au delà, La laine des bêtes mortes « n'a aucune consistance, et de même que les poils secs et « sans sève , elle ne prend pas bien la couleur. Les tissus « faits avec de la laine des bêtes mortes ont toujours une « teinte tachetée , ce qui se manifeste surtout dans la tein- « ture en bleu. Ces défauts de nos laines de mérinos, bien « plus que leur infériorité sous le rapport de la finesse , « sont cause qu'on n'en fabrique que des draps de qualité « moyenne, du prix de 3 à4 roubles argent l'archine (1). »

Toutes ces observations, bien qu'écrites il y a déjà neuf ans, sont encore applicables aujourd'hui à la plupart de nos laines et surtout aux troupeaux de mérinos du midi de la Russie, abstraction faite de quelques bergeries avantageusement connues, dont les propriétaires donnent un soin particulier à l'élève des bêtes à laine fine.

Mais , nous ne saurions trop le répéter, les améliorations désirables dans cette partie dépendent, avant tout, des allures de notre commerce de laines à l'intérieur.

Tant que ce commerce suivra ses anciens errements , tant qu'il restera entre les mains des marchands qui ne cherchent que les bas prij.jet n'accordent pas assez d'attention au lavage et à l'âssi/* ment des laines, tant qu'il se

(1) Ce Bont des draps qui correspondent en qualité aux draps étrangers du prix de 2 à 3 roubles l'archine, = 13 francs 50 centimes à 20 francs Faune de France.

{Note de Vauteur-)

fera en grande partie par des agents et des intermédiaires qui n'ont pas les connaissances suffisantes pour bien distinguer les qualités des laines et le degré de leur assortiment, il manquera de stimulant et d'encouragement pour engager la majorité des propriétaires de troupeaux à mellre plus de soins dans cette branche de leur économie rurale.

Pendant que nous tracions ces lignes , il nous est survenu quelques observations^ sur notre commerce de laines, de la part d'un honmie éclairé qui en connaît toutes les particularités , et nous croyons utile de les reproduire ici en substance :

« Nos fal)ricants préfèrent en général acheter la laine lavée à dos {péréyone); mais, comme la plupart d'entre eux se trouvent, faute de capitaux de revirement, hoi*s d'état de faire les achats directement chez les propriétaires, ce commerce est tombé entre les mains des trafiquants , qui l'exercent d'une manière aussi préjudiciable aux propriétaires qu'aux fabricants. Ces intermédiaires n'ayant en vue que le gain du moment, obtenu de quelque manière que ce soit, ont établi des lavages (cherstomoyki) dans plusieurs endroits du midi de la Russie où les laines bonnes et mauvaises, les toisons des béliers, des brebis mères et des brebis mortes sont mêlées ensemble et lavées à chaud, et ils appellent cette malheureuse manipulation « lavage et assortiment des laines ». Le lavage s'effectue avec de la terre glaise qui gâte la substance fibreuse, et ce soildisant assortiment n'est qu'une agglomération de laines de différentes espèces et provenances. Les fabricants sentent parfaitement les inconvénients de cet état de choses ; mais n'ayant pas toujours des fonds disponibles pour faire leurs achats directement chez les propriétaires, ils sont, bon gré, malgré, obligés d'avoir recours à ces enlremetteurs ([ui leur font crédit. Il n'y a que les grands manufacturiers.

tels que Wermann Lembke et Retchen , à Pirnau , en Livonie, Tchetwerikoff, Alexandroiv, Babkine et quelques autres, qui sont à l'abri de cette industrie Intermédiaire. Ils achètent leurs laines directement aux bergeries connues, et quelquesuns les font venir de l'étranger pour la fabrication des draps fins. Ce fâcheux état de choses, qui met des entraves au progrès de l'élève de la race ovine et de l'industrie des laines en général, ne pourra cesser qu'avec le temps, lorsque le commerce des laines sera régularisé par des mesures administratives, et c'est un objet qui a déjà plus d'une fois attiré l'attention du gouvernement.

« Les manufacturiers du royaume de Pologne se trouvent , sous ce rapport , dans une position tout aussi satisfaisante que ceux de la Saxe et de la Silésie , car le commerce des laines y est bien organisé , tant aux foires de Varsovie et de Kalisch que chez les propriétaires des bergeries qui font assortir les toisons à dos et vendent leur laine lavée à froid (1). »

Ces observations sont parfaitement justes et viennent à l'appui de tout ce que nous avons dit sur ce sujet.

Nous donnons ici en résumé les principaux arrangements sur lesquels repose l'organisation du commerce des laines dans le royaume de Pologne.

Pour faciliter aux propriétaires de bergeries l'écoulemcnt de leurs laines , et aux fabricants les moyens de les acheter de première main, ainsi que pour favoriser le commerce des laines avec les pays étrangers, on a institué deux foires principales : une à Varsovie et l'autre à Kalisch. Les époques de la tenue de ces foires, aux mois de mai et de juin , et leur durée sont combinées de manière à ne pas

(i) Dans le midi de la Russie, le manque de courants d'eau empêche souvent les propriétaires de bergeries de laver leurs laines à dos.

empocher les vendeurs cl les acheteurs de se rendre à temps aux foires de Breslau, de Posen, de Berlin et de Landsberg.

Avant le commencement de la foire , les autorités municipales font construire des carrés de planches sur lesquels on dépose les laines arrivées au marché, et qui sont disposés de manière à ce que l'acheteur ait un libre accès de tous les côtés, pour examiner la marchandise. Sur un point central se trouve un hangar avec plusieurs pesons , et le pesage se fait sous le contrôle des délégués du magistrat. Les vendeurs sont admis à faire peser leurs laines trois jours avant le commencement de la foire. On paye, pour le pesage et pour le certificat du poids, 5 kopecks par quintal de 100 livres, et lorsque, à la vente de la laine, un second pesage devient nécessaire , il se fait gratuitement.

Chaque envoi de laine doit être muni d'un certificat d'origine, délivré par l'autorité locale, et constatant que, dans la contrée de provenance , l'état sanitaire des troupeaux de brebis et du bétail en général est satisfaisant. Les maires des communes et les bourgmestres délivrent ces certificats sous leur responsabilité , pour l'exactitude de leur contenu.

Après avoir fait peser la laine , l'employé préposé au pesage est tenu d'inscrire sur le sac ou ballot le poids brut et l'indication de la provenance , si cette dernière n'a pas été marquée lors de l'expédition de la laine , ou de son arrivage à la foire , et il délivre à la partie intéressée un certificat constatant le poids brut de chaque ballot en particulier, et de tout le transport pris ensemble. Le duplicata de chaque certificat est inscrit sur un livre cordonné, qui sert de contrôle tant pour la perception de la taxe pour le pesage, que pour la quantité des laines arrivées à la foire.

Le produit de la taxe sur le pesage est versé dans la caisse municipale et destiné à couvrir les frais des arrangements nécessaires pour la foire.

Pour régulariser et faciliter les rapports mutuels entre les acheteurs et les vendeurs, on nommie pour le temps de la foire un comité, choisi parmi les personnes les plus familiarisées avec l'industrie et le commerce deô laines, et présidé , à Varsovie , par le directeur du département de l'Industrie , et à Kalisch , par le chef de la municipalité.

Indépendamment de son intervention, en cas de besoin, entre les vendeurs et les acheteurs,, ce comité recueille, avec l'assistance de l'autorité municipale, les renseignements nécessaires surles quantités des laines arrivées à la foire , et sur tous les revirements de ce commerce , et présente au gouvernement son opinion sur les moyens d'encourager l'éducation de la race ovine, et de favoriser le commerce des laines.

Pour faciliter et activer les opérations commerciales pendant les foires , la Banque de Pologne a établi des magasins d'entrepôts à Varsovie et à Kalisch, et elle fait des avances jusqu'à la moitié de la valeur à ceux des producteurs qui n'ont pas pu vendre leurs laines pendant la foire, en comptant les intérêts à { pour 100 par mois. Les frais de magasinage sont de 5 kopecks par quintal, pour les troië premiers mois, et de 2 7 kopecks, pour les mois suivants.

Les laines déposées dans les magasins de la Banque sont assurées contre l'incendie , et la prime d'assurance ne dépasse pas la proportion de 77 pour 100 pour trois mois.

Le commerce des laines se fait au poids brut , d'après l'unité adoptée aux foires des pays voisins , c'est-à-dire par quintal de 133 livres. Les sacs ou ballots ne doivent pas contenir plus de 429 livres ; ils ne doivent pas être rapiécés ni cousus extérieurement (cette précaution est nécessaire pour empêcher les fraudes et la substitution des laines de qualité inférieure).

Les prix se règlent d'après la qualité des laines, et surtout d'après le degré d'assortiment , d'après l'état de propreté dans lequel elles sont livrées au commerce , et môme de l'ordre qu'on a observé dans leur emballage.

Grâce à cette régularité du commerce des laines, tous les propriétaires de troupeaux ont compris combien il est dans leur intérêt d'accorder le plus grand soin tant à l'éducation de la race ovine qu'au lavage, à l'assortiment et à l'emballage des laines , et il s'est établi entre eux une salutaire émulation.

De tous les systèmes de lavage à dos, les fabricants préfèrent le lavage dans les eaux courantes. Les laines sales ne sont acceptées ni dans les foires , ni dans les ventes particulières.

Les brebis sont assorties avant le tondage soit par des classificateurs désignés à cet effet par le gouvernement, soit par des assortisseurs particuliers, choisis parmi les experts.

Dans l'emballage , on prend garde de disjoindre les toisons , on arrange séparément les laines des brebis mères et celles des agneaux, ainsi que les laines des pieds et les laines des brebis mortes. La qualité de la laine , établie d'après cette classification, ainsi que le nom de l'endroit d'où elle provient sont marqués sur le sac ou ballot.

Les avantages de cet état de choses, tant pour les propriétaires de troupeaux que pour les fabricants de draps et pour le commerce de laines avec les pays étrangers, sont tellement palpables qu'il serait superflu de s'étendre davantage sur ce sujet. Il est également incontestable que cette régularité du commerce des laines est une des principales causes des progrès de la draperie dans le royaume de Pologne , et qu'il est on ne peut plus désirable que des an*angements analogues puissent être introduits , avec le temps, dans le commerce des laines de la Russie niéri-

INDUSTRIE. m

dionale , avec les modifications que les circonstances locales pourraient exiger.

Plusieurs propriétaires des provinces méridionales de la Russie ont introduit dans leurs bergeries, comme nous l'avons déjà fait observer, un système plus rationnel , tant pour l'éducation de la race ovine que pour le lavage et l'assortiment des laines. Nous devons y ajouter que le baron Stieglitz et M. Weber avaient fondé, il y a déjà bien des années , l'un à Moscou et l'autre à Odessa , des établis" sements pour la classification et l'assortiment des laines , d'après toutes les règles adoptées dans les pays étrangers ; mais ces essais n'ont pas réussi , et le commerce de laines (en exceptant les provinces de la Baltique) se trouve encore en Russie, en majeure partie, dans des conditions très-peu satisfaisantes.

La Compagnie du commerce des laines de Kharkow a été instituée précisément dans le but de régulariser ce commerce ; mais il est à regretter que les résultats de ses opérations n'aient pas, jusqu'à présent, répondu aux espérances qui se rattachaient à son institution.

Aux défauts de nos laines viennent se joindre ceux de la fabrication même , qui retiennent encore notre draperie dans un état d'infériorité à l'égard de la draperie étrangère, en ce qui concerne la qualité et le prix de nos draps , surtout sous ce dernier rapport : cette infériorité provient tantôt de l'imperfection des mécaniques employées dans cette industrie, et tantôt du manque de connaissances spéciales , quelquefois aussi de la négligence de nos fabricants. L'emploi des machines défectueuses influe sur la qualité du fil , comme sur celle des tissus qu'on en fait , et c'est le point le plus important, surtout dans la fabrication des draps fins.

Dans les meilleures fabriques qui font venir des maciii-nés de l'étranger, le coût de ces machines et les gros salai-

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