‹ Études sur les forces productives de la Russie (volume 2)Chapitre 7 sur 40 · II · texte numérisé non relu

II

ÔO AGRICULTURE.

riore la qualité (1), en la rendant inégale et remplie de nœuds. La préparation de la soie par le moulinage se fait sur des rouets d'une dimension démesurée, de 9 à 10 archinés de circonférence ; le fil s'étendant trop se rompt trèssouvent, et la soie, ainsi préparée en longs écheveaux, ne s'adapte pas bien aux mécaniques usitées dans les filatures. 11 résulte de cette mauvaise manipulation des cocons et de la soie, d'un côté, un déchet considérable dans le filage, qui atteint la proportion de 20 à 25 pour 100; tandis que, sur la soie bien préparée à l'européenne , il n'est que de 2 à 3 pour 100; et de l'autre, une grande perte de temps et de travail pour les opérations préparatoires. C'est par toutes ces raisons que la soie du Caucase est peu estimée, qu'elle trouve rarement à s'écouler dans le commerce extérieur et qu'elle se vend à vil prix. On paye pour les meilleures espèces 80 à 100 roubles le poud, et pour les qualités inférieures 40 à 60 roubles = 10 à 15 francs le kilogramme. Les fabricants russes ne se servent, pour la plupart,' de la soie du Caucase que pour la trame, et rarement pour la chaîne. On a commencé, depuis quelque temps, à expédier, du Caucase à Moscou, des cocons comprimés, ce qui fera éviter aux acheteurs russes Iqs inconvénients du mauvais dé vidage.

M. Nebolsine évalue à 30,000 pouds l'emploi de la soie dans les diverses branches de la fabrication des tissus en Russie, et il porte la production de la soie dans les provinces transcaucasiennes à environ 33 ou 34,000 pouds. En comparant ces deux chiffres avec ceux de l'importation et de l'exportation de la soie, que M. Nebolsine reproduit dans son ouvrage sur le commerce extérieur de la Russie, on trouve de deux choses l'une, ou que l'évaluation de la

(1) Il est notoire que, dans la préparation de la 8ole à Teuropéenne , la bourre de soie, qui reste comme déchet, fait 20 à 25 pour 100 du produit des cocona.

AGRICULTURE. Sl

quantité de la soie, consommée en Russie, doit être audessous de la réalité (à moins que l'auteur n'ait porté en compte que la soie consommée uniquement dans les provinces de la Russie d'Europe) (1) , ou bien que celle de la production de cet article dans les provinces transcaucasiennes est un peu exagérée.

Cette dernière étant évaluée par M. Neboisine à environ 33,000 ou 34,000 pouds, nous prendrons le minimum de 33,000 pouds.

En déduisant de ce chiffre celui de la moyenne triennale de l'exportation pendant les années ^ 844-4 846 3,058(2)»

U resterait pour la consommation intérieure. . 29,942 »

En y ajoutant la moyenne triennale de Timportation de la soie tant écrue que filée, pendant la même période, montant à 42,902 pouds.

Le total de la soie employée dans les diverses branches de la fabrication en Russie s'élèverait à 42,844 »

OU, en y ajoutant la production d'environ 200 pouds dans les provinces méridionales de la Russie d'Europe, à plus de 43,000 pouds, au lieu de 30,000 pouds.

Or, les renseignements statistiques d'une date plus récente nous autorisent à rectifier ces chiffres de la manière suivante :

D'après les dernières données les plus authentiques sur la production de la soie dans les provinces transcaucasiennes, nous en avons porté la récolte annuelle à 30,000 pouds. La moyenne de l'exportation de la soie écrue, pen-

(1) Cette supposition vient de nous être confirmée par Tauteur.

(2) Dans ce chiffre n'est pas comprise rexportation pour le commerce avec l'Europe, qui se compose presque exclusivement de bourre de soie et qui s'est élevée en moyenne, pendant les années 1844-1 84G, à 845 pouds, représentant une valeur de 18,498 roubles argent.

dant la période triennale de 1848 à 1830, était de 3,566 pouds, et la moyenne de Timportation : soie écrue, 8,731 pouds ; soie filée, 9,653, ensemble 18,384 pouds. Ces chiffres donnent, pour la consommation intérieure, les résultats suivants :

Soie produite dans les provinces transcaucasiennes et dans les provinces méridionales de la Russie d'Europe, environ 30,000 »

A déduire Foxportation 3,566 »

Reste 26,434 »

En y ajoutant Timportation de la soie .... 48,384 »

La quantité totale de la soie consommée on Russie s'élèverait à 44,818 »

dont environ 6,000 à 7,000 pouds dç la soie du Caucase sont employés, sur les lieux, à la fabrication des tissus usités dans ces contrées, et dont le reste trouve son emploi dans les ifabriques de Moscou. Cette quantité se répartit, quant aux pays de provenance, de la manière suivante :

Ponds. Pour 100

Soie indigène, déduction faite de Texportation. 26,434 ou 59,

Soie importée de provenance européenne. . . 40,442 » 22, 6

Soie de Perse et de Turquie 8,242 » 18, 4

Total comme ci-dessus 44,848

représentant une valeur de 5,482,200 roubles, savoir :

roubles argenl. Pour 100

Soie importée dans le commerce avec FEu-

rope, d'après les estimations officielles

fondées sur les prix courants .... 3,247,000 ou 60, Soie indigène , d'après une évaluation établie

sur les prix courants de chaque province,

et déduction faite de Texportation ... 4 ,586,000 » 29, 2

A reporter 4,833,000 »

roubles argeul. Pour 400

Report 4,833,000 >

Soie importée de la Perse et de la Turquie d'Asie, d'après les estimations officielles. . 589,200 » 40,8

Total comme ci-dessus. . . . 5,422,200 »

Oa voit, par le rapprochement de ces chiffres , que la soie des provinces transcauôasiennes , employée dans les manufactures indigènes, représente presque les 1 quant à la quantité , et moins de ~ quant à la valeur, tandis que la soie importée de l'Europe ne représente qu'un peu plus de V, quant à la quantité, et environ 1, quant à la valeur. La soie de la Perse et de la Turquie entre pour moins de ^ dans les quantités consommées en Russie , et ne représente que 7 , à peu près, de la valeur, ce |qui prouve la grande supériorité des soies de provenance européenne, sur les soies de l'Asie (1).

Il est bien difficile de prévoir jusqu'à quel point la soie du Caucase pourra remplacer, avec le temps, les soies que nous tirons de l'Italie et des autres contrées de l'Europe. Il est même plus probable que, pour certains tissus, nos fabricants ne pourront jamais se passer entièrement des meilleures qualités de soie d'Italie; mais il est hors de doute que la soie du Caucase, préparée avec un peu plus de soin , pourrait remplacer entièrement les soies persanes et turques qu'on importe encore , en assez grande quantité, de Ghilan et de Broussa. Mieux préparée, la soie des provinces transcaucasiennes pourrait aussi devenir

(1) L'importation de cet article, dans le commerce avec l'Europe, se compose principalement des soies ûlées, ce qui en augmente beaucoup la valeur. Si l'on prend seulement les soies écrues pour point de comparaison, on obtient pour les prix de vente, d'après les estimations ofllcielles, les résultats suivants :

Soie de provenance européenne 172 roubles argent.

— de Perse et de Turquie 73 »

— du Caucase 47 »

un article de commerce assez important pour ces provinces, dans leurs rapports avec les pays étrangers, car elle serait recherchée à cause de son bon marché, au moins pour les tissus ordinaires. Avec la facilité du débit et un peu plus de soin apporté à l'éducation du ver à soie , la production actuelle pourrait être doublée en peu d'années, et l'on pourrait en exporter 25 à 30,000 pouds, qui rapporteraient, au prix moyen de 100 roubles le poud, 2,500,000 à 3,000,000 roubles argent, tandis que l'exportation actuelle, d'environ 3,500 pouds , qui se compose principalement de bourre de soie, ne représente qu'une valeur de 164,000 roubles (1).

La sériciculture, dans les provinces transcaucasiennes, est un objet constant de la sollicitude de l'administration de ce pays ; aucun moyen d'encouragement n'a été épargné ; une société, spécialement instituée à cet effet, s'occupe à y introduire les améliorations nécessaires ; et les mesures prises dans ce but et appropriées aux circonstances locales ont commencé , dans quelques contrées, à produire leur effet; mais, dans ce pays, les progrès en tout genre d'industrie ne peuvent se manifester que lentement , car on a beaucoup a lutter contre l'ignorance des populations et souvent aussi avec leur indifférence pour les réformes les plus utiles.

Nous ne ferons ici mention que de quelques-unes des mesures les plus importantes qui ont été prises, en dernier lieu, par ordre du prince Woronzoff, lieutenant de l'Empereur dans ces provinces :

l'* On a fait venir d'Odessa de nouvelles machines à dévider, qui ont été distribuées aux principaux producteurs

1) C'est la valeur moyenne de l'exportation triennale, pendant la période de 48-1850, d'après lea estimations ofllcleUes.

AGMCULTURE. 65

de soie, et envoyées comme modèles aux autorités locales, dans les contrées où Téducation du ver à soie est le plus répandue ;

2* On admet à Técole pratique de la culture du mûrier et de l'éducation du ver à soie, à Tsar-Abad, des boursiers de l'État, choisis dans différentes classes de la population ; et ceux qui ont achevé leurs cours d'étude reçoivent gratuitement une machine à dévider. On accorde également des récompenses de 50 à 100 roubles argent à ceux qui préparent les quantités les plus considérables de soie, à la manière européenne ;

3* Comme le trésor reçoit de quelques cultivateurs la soie en nature, à titre d'imposition, on accorde des remises sur la quantité fixée par la loi à ceux qui fournissent la soie dévidée à l'européenne, en écheveaux plus courts;

4* On envoie dans différentes contrées des œufs de vers à soie des meilleures espèces et des semences de mûriers, et l'on distribue gratuitement des ouvrages élémentaires sur l'éducation du ver à soie.

Viticulture.

D'après les recherches historiques de M. Koeppen, la culture de la vigne en Russie date de la moitié du xvi*' siècle. Quelques anciennes chroniques la reportent même au XIV* siècle ; mais l'industrie vinicole proprement dite, c'est-à-dire la préparation du vin, ne s'y est introduite que vers le milieu du xvii^ siècle , aux environs d'Astrakhan, d'où elle s'étendit successivement sur les bords du Terek, du Don et de la Kouma, ainsi que dans plusieurs autres contrées de la Russie méridionale.

Depuis Pierre le Grand, le gouvernement n'a pas discontinué d'encourager cette culture dans toutes les pro-

vinces où elle est plus ou moins favorisée par le climat et par la qualité du sol. Des terrains ont été concédés, h cet effet, aux colons et autres cultivateurs. On a fait yenir, à plusieurs reprises, des ceps de la Hongrie, de FAUcmagne, de la France, de l'Espagne et de l'Italie. De nombreuses plantations de vignes ont été faites dans les établissements horticoles de la Couronne; et, pour améliorer la culture de la vigne et la préparation du vin, on a fait venir également des vignerons cl des cavistes de l'étranger. Ces mesures administratives, secondées par quelques grands propriétaires qui, de leur côté, introduisirent maintes, améliorations dans cette branche de l'économie rurale, et lui donnèrent une plus grande extension, ont posé les premiers fondements de l'industrie vinicole . en Russie ; mais cette dernière n'a acquis une certaine importance que depuis le commencement de ce siècle, et ses progrès les plus notables ne datent que de 20 ou 30 ans. Persuadé que, indépendamment des encouragements accordés à la culture de la vigne, il était indispensable de propager, parmi les vignerons, les connaissances nécessaires à cette culture, le Gouvernement a institué, à cet effet, deux écoles spéciales, dont une a été fondée en Crimée, en 1804, et l'autre l)rès de Kizliar, dans le gouvernement de Stavropol, en 1807. On a fait venir, pour ces établissements, des maîtres vignerons et des cavistes de la Franco , ainsi que dos ceps de différentes espèces et des modèles de pressoirs perfectionnés. Indépendamment des pensionnaires de la Couronne, on y reçoit aussi des élèves particuliers de toutes les classes. En même temps , d'autres mesures ont été prises pour encourager et améliorer la viticulture. De nouvelles concessions de terrains ont été faites, de nouvelles colonies vinicoles ont été fondées, des ceps ont été distribués gratuitement aux nouveaux colons, des secours d'argent ont été accordés tant aux contrées vinicoles, qui

avaient souffert des inondations qu'aux établissements de nouvelle fondation. Des fonds ont élé affectés à la construction de caves. Un capital de 120,000 roubles, provenant de la vente des établissements horticoles et vinicoles de la Couronne en Bessarabie, a été affecté aux encouragements et à l'amélioration de la culture des vignes et des jardins fruitiers, dans la Nouvelle- Russie.

Secondée par toutes ces mesures, qui stimulèrent l'industrie privée, et favorisée, en outre, par l'augmentation des droits sur les vins étrangers , la culture de la vigne a pris; dans les derniers temps, une très-grande extension.

Nous en avons constaté les progrés par les données statistiques consignées dans le I" vol., pages 207 et 208. Ces données portent la production actuelle à 13,830,000 vedros = 2,009,600 hectolitres ; c'est à peu près ^7 de la production de la France, évaluée par M. Schnitzler, d'après les données officielles, à 43 millions d'hectolitres, et -^ de la quantité produite dans toute la monarchie autrichienne, qui est portée, dans la statistique officielle de 1846, à 39,492,900 eimer = 180,482,333 vedros (1 eimer = 4. 57 vedros). Les progrès rapides de celte culture, pendant les vingt-cinq dernières années, dans les pro\inces méridionales de la Russie d'Europe, peuvent donner la mesure de rimportance qu elle doit acquérir avec le temps. La production actuelle se répartit de la manière suivante :

Fro;<m««a

Provinces UaoscaacaBeBiies 8.354.420 53,8

Province en deçi du Caocase (gonverDemect

deSUvropci] 3.îW-<M>0 20

Bessarabie ZJM.Wi 19

Toutes fcs autres province» enseiLUe ... • .îT-xOW* H. 2

Total 15,82^^^

Ainsi, les provinces en deçà et au delà du Caucase donnent plus de -rr do la production totale. Dans ces provinces, le climat est si favorable à la vigne et la culture en est si facile qu'il ne manque que des bras et des débouchés pour doubler et tripler, en peu d'années, la récolte actuelle. Sur tout le versant méridional du Caucase, la vigne croît à l'état sauvage avec une vigueur de végétation qu'on trouve rarement dans d'autres contrées ; le tronc a quelquefois un demi-pied de diamètre, et les ceps qui s'enlacent autour des gros arbres atteignent une longueur de 8 à 9 toises (sagènos). On y récolte, d'un seul pied, un vedro de vin et souvent davantage (1).

La culture de la vigne s'étend en Russie jusqu'à 49** latitude septentrionale ; mais les contrées favorables à l'industrie vinicole proprement dite ne dépassent pas le 48'. De l'avis de Pallas et de Fribé, la vigne ne peut être cultivée, passé ce degré, que comme fruit de jardin. On xîonsidèrc généralement comme limite naturelle de cette culture, dans la Russie d'Europe, la ligne de l'Ukraine, qui s'étend sur une distance de 268 verstcs, depuis le confluent de rOrel avec le Dnieper, au-dessus de Verkhnodnieprowsk, en remontant la petite rivière Berestovaïa, et sur la rive droite de celte rivière jusqu'au confluent de la Bereka avec le Donetz, à quelques lieues à l'ouest de la ville Izioum. L'expérience a prouvé, dit Pallas dans ses MémoircH , que la vigne peut être cultivée sur les bords du Volga, jusqu'à Tsaritsine; sur les bords du Don, jusqu'à rembouchure de laMiedviednilza; sur les bords du Donetz, jusqu'à Tshougouïew, à quelques lieues au sud-est de

(1) Ces données, ainsi que plusieurs autres renseignements liistoriques sur la culture do la vigne en Russie, sont tirées de Touvragc de M. Koeppcn, publié sur ce sujet en 1832.

Kharkow; sur les bords du Dnieper, jusqu'à Kiew, et sur les rives du Boug jusqu'à Olviopol. Mais, pour faire du bon vin, on ne peut étendre cette culture qu'au sud de la ligne de Tsaritsinc, sur les rives du Don et du Donetz, pas plus haut que le confluent de la Lougane et sur les rives du Dnieper, jusqu'à la ligne de l'Ukraine. En suivant la première de ces lignes de démarcation et en la prolongeant vers l'ouest, la région plus ou moins favorable à la culture de la vigne embrasserait toute la Bessarabie et la Podolie, la plus grande partie du gouvernement de Kiew, la partie méridionale des gouvernements de Kharkow et de Poltawa , les gouvernements de Kherson , d'Ékalhérinoslaw, de Tauride et de Stavropol , la majeure partie du gouvernement d'Astrakhan et à peu près les trois quarts du pays des Cosaques du Don ; en tout, un territoire de 13,000 à 14,000 milles carrés géographiques.

Il est bien entendu qu'on ne peut pas considérer tout le sol arable, compris dans ce territoire, comme propice à la culture de la vigne , car cette culture dépend, non-seulement de la situation géographique, mais aussi de la qualité du sol et de la situation topographique. Il est notoire que bien souvent la vigne ne réussit pas dans des contrées trèsméridionales, lorsque le terrain atteint une certaine élévation au-dessus du niveau de la mer, ou qu'il n'est pas bien garanti contre les vents du nord , ou que la qualité de la terre végétale n'est pas favorable à cette culture , tandis qu'elle est cultivée avec succès dans des contrées favorisées sous tous ces différents rapports, quoique situées dans une latitude beaucoup plus élevée. Il faut aussi considérer la situation continentale de la Russie , en général, en la combinant avec la situation longitudinale des contrées comprises dans cette délimitation qui est formée par une ligne à peu près parallèle au méridien, tandis que, par des raisons suffisamment connues, la température s'abaisse et le

climat devient plus rude, dans les mômes latitudes, à mesure qu'on avance vers l'est {voir nos observations sur la situation continentale de la Russie et sur l'influence qu'elle exerce sur le climat, pages 12 et suivantes An l^'wohimc).

Par ces mômes raisons, qui sont très-péremptoires sous le rapport du climat, la vigne doit réussir, sur le Dnieper, sous l'influence des mômes circonstances locales, dans une latitude beaucoup plus élevée que sur le Volga. Aussi voyons-nous, par exemple, que le gouvernement d'Astrakhan, où laculturc de la vigne est bien plus ancienne que dans les autres provinces de la Russie d'Europe (1), ne produit que 8,000 à 10,000 vedros, tandis que le gouvernement de Podolic, où cette culture date d'une époque beaucoup plus récente, et dont les contrées vinicoles sont situées dans une latitude beaucoup plus élevée, en produit environ 15,000 vedros.

Les contrées les plus favorables à l'industrie vinicole, en Russie, sont sans contredit les provinces transcaucasiennes et la partie méridionale de la Crimée. Ces contrées peuvent produire, non-seulement de bons vins de table ordinaires, mais aussi des vins liquoreux et capiteux. Après ces provinces, viennent se ranger, en première ligne, le gouvernement de Stavropol, le pays des Cosaques du Don et la Bessarabie.

En Crimée, comme dans les provinces du Caucase, la vigne pousse sans culture avec une grande vigueur. Elle y provient, sans doute, d'anciennes plantations faites par les colonies grecques. Du temps de la domination turque, la viticulture ne s'y maintenait que dans un état très-précaire. Dès l'acquisition de celte province, le gouvernement

(1) Pierre le Grand ayant en vue d'améliorer la cullurc de la vigne, qui existait déjà ii cette époque dans ce gouvernement, y a fait venir au commencement du xviiie siècle des ceps de la Hongrie et du Rhin et des vignerons étrangers.

s'est occupé des moyens de l'étendre et de Taméliorer. Le prince Potemkine y a fait venir des ceps du Tokay ; mais ce premier essai n'a pas été très-heureux, car les plantations ont été faites dans des localités mal choisies et exposées aux vents du nord, ce qui a, dans le temps, fait accréditer l'opinion que le vin de Tokay ne pourrait pas s'acclimater en Crimée. Peu de temps après la fondation de l'école des vignerons de Soudak , en Crimée (en 1804), qui fut plus tard supprimée et remplacée par celle de Magaratch, établie, en 1828, dans une contrée plus favorable à la viticulture, le conseiller de commerce Rouvier a fait venir, pour cet établissement, des ceps et deux vignerons de Malaga ; mais l'expérience ayant prouvé que la vigne de Malaga a besoin d'un climat plus chaud que celui de la vallée de Soudak, le même Rouvier entreprit d'établir, sur la côte méridionale de cette presqu'île , une plantation de vignes provenant des climats chauds, et il reçut à cet effet du gouvernement une avance de 12,000 roubles, avec l'obligation de faire venir de l'étrang'er des ceps des meilleures espèces, d'en vendre chaque année aux planteurs particuliers jusqu'à 20,000 pieds , à un prix très-modéré, et d'instruire gratuitement un certain nombre d'élèves dans les connaissances nécessaires à la culture de la vigne et à la préparalion du vin.

Plus tard (en 1826), des colonistes allemands, arrivés des bords du Rhin et déjà familiarisés avec la culture de la vigne, établirent de nouvelles plantations dans le district de Melitopol, gouvernement de Tauride, et leur exemple a été suivi par d'autres. Peu à peu, cette branche de l'économie rurale attira aussi l'attention de quelques riches propriétaires qui firent l'acquisition de terrains en Crimée et dans les autres parties du gouvernement , et y établirent des plantations considérables, en faisant venir de l'étranger des ceps des contrées vinicoles les -plus renommées. Mais

c'est surtout à partir de Tannée 1823, époque où le prince, alors comte Woronzoff, fut nommé gouverneur générai de la Nouvelle-Russie, que la viticulture a fait les progrès les plus sensibles tant en Crimée que dans les autres contrées méridionales de l'Empire. Indépendamment des établissements, fondés dans les propriétés dont il a fait l'acquisition en Crimée, qui peuvent servir de modèles, les soins éclairés et l'infatigable activité de cet homme d'État, pour tout ce qui concerne le bien-être des provinces confiées à son administration, donnèrent aussi une très-forte impulsion à l'industrie vinicole, tant sous le rapport de son développement que sous celui des améliorations nécessaires dans la culture même çt dans la préparation des vins.

Parmi beaucoup d'autres mesures utiles^ le gouvernement fit, en 1830, sur la présentation du comte Woronzoff, dans le rayon de l'ancien village nommé Magaratcb, une distribution de plus de 200 dessiatines de terrains, divisées en petits lots , qui furent concédés pour la culture de la vigne, avec affranchissement de tout impôt foncier, mais avec l'obligation de la part des concessionnaires de planter au moins 2,400 ceps sur chaque dessiatine. Par suilc de ces concessions le village de Magaratcb, habité par des pâtres grecs qui étaient venus s'y établir dans le xviii" siècle, s'est converti en une colonie de vignerons laborieux et intelligents.

Tous ces encouragements, secondés par l'activité persévérante d'une administration éclairée, agirent tant par leurs effets matériels que par leur influence morale sur l'extension et l'amélioration de l'industrie vinicole , en Crimée comme dans les autres parties du gouvernement de Tauride, là où elle est plus ou moins favorisée par les conditions topographiques. De nouveaux établissements vinicoles y surgissent par centaines, et cette branche de l'économie rurale s'y trouve maintenant dans une situation si

satisfaisante qu'elle autorise les meilleures espérances pour l'avenir. Il y a déjà maintenant , dans le gouvernement de Tauride, plus de 2,800 vignes, qui donnent près de 1 million de vedros de vin (1), et les progrès de cette culture, pendant les vingt-cinq dernières années, permettent d'espérer que, dans un avenir peu éloigné, cette production pourra monter à 2 ou 3 millions de vedros. En 1832, on ne comptait encore, dans tout le gouvernement, que 5,846,000 ceps, et, en 1848, il y en avait déjà 35,677,000; de sorte que le nombre en a plus que sextuplé dans l'espace de 16 ans. La Crimée produit toutes sortes de vins de table, blancs et rouges, des vins mousseux, et même des vins liquoreux. M. Koeppen donne, dans son ouvrage déjà cité, la nomenclature des différentes espèces de vignes qu'on y cultive, et dont il porte le nombre à plus de cinquante. Ces différentes espèces proviennent des ceps de la Bourgogne, de la Champagne, de l'Espagne, du Portugal, de la Grèce, de l'Italie, du Rhin et de la Hongrie. Les meilleurs vins rouges de la Crimée se rapprochent le plus, pour le goût, des vins de Bourgogne ; et les vins blancs, de ceux de la Hongrie et du Rhin. De toutes les contrées vinicoles de la Russie, la Crimée est sans contredit la plus avancée , tant sous le rapport de la culture de la vigne que sous celui de la préparation des vins, et l'industrie vinicole y est constamment en progrès. Plusieurs espèces des vins de Crimée réunissent les qualités de bons vins étrangers, et on s'en sert même pour corriger les vins des autres provinces , et pour leur donner plus de corps.

Les vins de la côte méridionale sont en général très-capiteux, et, par là, peu propres à remplacer les vins de table

(1) En 1848, année médiocrement favorable à la culture de la vigne, on a EécoHé 822,^30 vedros.

ai AGIUGULTURE.

légers. Il faut s'y accoutumer pour pouvoir en apprécier la qualité. Ceux qui n'y sont pas habitués leur trouvent ce qu'on appelle un goût de terroir. Les prix varient selon les qualités et les espèces , de 25 kopecks à 10 roubles le vcdro = de 7 francs 85 centimes à 312 francs 70 centimes l'hectolitre ( 1 vedro = 0,127 hectolitre). AMagaratch, les meilleurs vins de liqueur se vendent 15 roubles le vedro (=468 francs l'hectolitre) et 1 rouble la bouteille, et même plus cher. Nous devons cependant faire observer que dans l'établissement vinicole de Magaratch , la vente des vins n'est qu'un objet secondaire. L'objet principal de cet établissement consiste à y élever de bonnes espèces de ceps, pour les distribuer aux propriétaires de vignes , à essayer les mélanges de] différentes espèces de vin , à en éprouver les qualités sous le rapport de la conservation et du temps dont ils ont besoin pour être mûrs; enfin, à former des élèves pour la culture de la vigne et la préparation des vins. D'après le rapport officiel de l'Inspecteur de l'Économie rurale, dans la Russie méridionale, ces prix se trouvent, à l'égard des quantités produites, dans les rapports suivants :

vedros.

Vins de liqueur vendus au prix do 8 A 4 roubles le vedro = 250 à 312 fr. rhoctolitro, environ. . . 100

Vins de la côte méridionale de 2 à 3 roubles le vedro

(62 fr. 50 c. à 93 fr. 75 c. Thectolitre ), environ. 120,000

Vins de qualité moyenne de 70 kopecks à 4 rouble

le vedro (22 fr. à 31 fr. 50 c. l'hectolitre), environ. 200,000

Le reste de la récolte, ou environ 700,000

se vend au prix de 25 à 40 kopecks le vedro (7 francs 85 centimes à 12 francs 60 centimes l'hectolitre), ce qui représente une valeur d'environ 700,000 rouble = 2,800,000 fr. Les vins les plus estimés sont ceux des vignes d'Aloupka, de Marsanda et d'Aï-Danil, appartenant au prince Woronzoff; ceux des vignes du général Schaliloff et de M. Hartwiss ; ainsi que les vins de dessert de l'établissement vi-

nicole de Magaratch, déjà mentionnés. Toutes ces vignes sont situées sur la côte méridionale de la Crimée. Le vin mousseux des vignes du prince Woronzoff, préparé à l'instar du vin de Champagne, se vend, à PétersBourg et à Moscou, 1 rouble, et même 1 rouble 25 kopecks == 5 francs, la bouteille.

Comme une partie delà population de la Crimée est musulmane , la consommation , dans l'intérieur de cette province, est très-limitée. Les progrès de l'industrie vinicole y dépendent donc essentiellement des rapports commerciaux avec les autres provinces de l'Empire. Le commerce des vins de la Crimée étant autrefois très-limité, les vignerons se hâtaient de se défaire de leurs récoltes, et vendaient leur vin très-nouveau et à vil prix aux marchands arrivés de l'intérieur, qui les revendaient pour des vins étrangers. Les vins des vallées de l'intérieur de la Crimée étaient transportés en hiver et on les vendait, gelés, au poids, par poud, ce qui leur a fait donner le nom de vymorozki ( qui ont passé la gelée ). Pour régulariser et activer ce commerce en familiarisant les consommateurs avec le goût des vins de la Crimée, et en les faisant connaître sous leurs vrais noms, le département de l'Économie au ministère des Domaines a entrepris, depuis 1843, d'établir des entrepôts de ces vins provenant des vignes de la Couronne dans les principales villes de l'Empire. Le premier envoi de 188 vedros des vins de Magaratch à Saint-Pétersbourg, qui eut lieu en 1843, fut si promptement vendu, que, l'année suivante, la quantité fut portée au double, et, en 1845, à 875 vedros ; mais celte dernière quantité étant trouvée insuffisante pour satisfaire aux demandes , le commissionnaire chargé de ce débit en fit venir pour son compte 4,000 vedros , achetés en partie aux magasins de la Couronne , et en partie chez des propriétaires particuliers. En 1846, les envois des vins de la Crimée à Saint-Pétersbourg atteigniir. 5

rent le chiffre de 5,287 vedros , et l'année suivante à peu près la même quantité, sans compter un millier de bouteilles de vins mousseux provenant des vignes du prince Woronzoff. Eh 1848, les envois se sont bornés à 2,000 vedros. Malgré le succès de ces premiers essais, il y a, il nous semble, peu de chances pour un débit très-étendu des vins de Crimée à Sain^Pétersbourg ; car étant chargés des frais considérables d'un transport lointain par voie de terre, ils y ont une concurrence difficile à soutenir avec les vins étrangers auxquels les habitants delà capitale, comme de toutes les côtes de la Baltique, sont habitués de bien longue date, et dont les qualités inférieures, quoique fortement imposées à l'entrée, s'y vendent à des prix assez modérés, grâce à la facilité des communications maritimes. Il arrive aussi, depuis quelque temps, des vins de Crimée par mer. Un marchand de la capitale en a reçu, en 1851, une cargaison entière. Ces communications directes avec la Crimée ont rendu inutile l'intermédiaire des commissionnaires, et peuvent donner à ce commerce une meilleure direction. Quoi qu'il en soit, les débouchés les plus naturels pour les vins de la Crimée se trouvent dans les gouvernements de l'est, plus éloignés des ports de mer et des confins de l'Empire du côté de l'Europe. C'est ce que l'administration des Domaines ne tarda pas à reconnaître , et elle dirigea vers ces contrées ses opérations commerciales pour le débit des vins de la Couronne. Les premiers envois de ces vins, en 1845, à Nijni-Nowgorod, Kazan et Saratow, s'écoulèrent très-promptement et provoquèrent des demandes si considérables, en 1846, que, pouçy satisfaire, le département de l'Économie rurale fut obligé d'en faire des achats chez des particuliers. En 1848, des envois de ces vins ont été expédiés pour Oufa et Orenbourg , et, pour en faciliter le débit dans tous les gouvernements de l'est, on établit des enU^epôls à Taganrog et à Kazan. L'exemple de ces heureuses opérations commet-

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ciales donna une impulsion très-favorable aux propriétaires particuliers, et, à partir de l'année 1847, on commença à faire des envois considérables de vins de la Crimée à Rostow, sur le Don, d'où on les expédie pour différents gouvernements. Ce commerce s'étend de plus en plus, et Ton envoie maintenant environ 300,000 vedros des vins de la Crimée dans différentes villes de l'intérieur de l'Empire.

Dans le gouvernement de Stavropol, la viticulture a pris, d'ancienne date , une grande extension dans les environs de Kizliar et de Mozdok, sur le Terek, dont les rives sont très-favorables à cette culture. On y comptait déjà, du temps de l'empereur Paul, 1,100 vignes qui produisaient plus de 200,000 vedros. Depuis èelte époque, différentes mesures ont été prises par le gouvernement pour encourager, étendre et améliorer, dans cette contrée, la culture de la vigne et la préparation des vins. Parmi ces mesures, une des plus importantes, sans contredit, fut l'institulion, déjà mentionnée, de l'école des vignerons, près de Kizliar. On y a introduit la culture de différentes espèces de vins, en faisant venir des vignerons et des cavistes étrangers, ainsi que des ceps du Rhin, de la Bourgogne et d'autres contrées. On accorda des secours à la colonie des Arméniens du Derbent, qui vinrent s'établir vers la fin du xviiï' siècle, dans le district de Kizliar, et s'y adonnèrent à la culture de la vigne.

Par suite de tous ces moyens d'encouragement, l'industrie vinicole prit un accroissement de plus en plus grand, et le gouvernement de Stavropol produit maintenant, comme on l'a vu par les données statistiques qui précèdent, environ 3,200,000 vedros de vins de différentes espèces; mais la plupart de ces vins sont de qualité très-inférieure, et ne servent qu'à la distillation de l'eau-de-vie, à l'instar du cognac, qui constitue une des principales branches de revenu pour les populations de ces contrées. Le centre de cette fabrication se trouve dans le district de Kizliar ; aussi l'eau-

de-vie de cette provenance est- elle connue dans le commerce sous le nom d'eau-de-vie de Kizliar. On la vend aussi sous le nom d'eau-de-vie de France. La production annuelle était déjà évaluée, en 1830, à 200,000 vedros, et elle doit être maintenant beaucoup plus considérable. Il y a cependant quelques espèces de vins rouges de table du Terek qui sont assez estimés. On prépare aussi, dans les environs de Kizliar, des vins mousseux de moyenne qualité. On envoie du gouvernement de Stavropol 150,000 à 200,000 vedros de vin dans l'intérieur de l'Empire , et particulièrement à Nijni-Nowgorod, d'où il se répand dans plusieurs gouvernements de l'est ; mais il se vend ordinairement à des prix très-modiques. Les marchands de Moscou et de laroslaw qui les achètent à la foire de Nijni, les préparent au moyen de différents mélanges , à l'instar des vins exotiques, et la plupart des vins, qui se vendent à bon marché dans les villes de l'intérieur sous le nom de Madère, de Sauterne et de Saint-Julien, sont fabriqués avec des vins de Kizliar. L'infériorité des vins du Terek est attribuée aux causes suivantes : le raisin n'est pas bien assorti ; on môle plusieurs espèces , sans égard aux différents degrés de maturité , et souvent sans en rejeter les grappes à moitié pourries. On se sert quelquefois de vieux tonneaux qui contenaient déjà d'autres liquides (1). On manque aussi de bonnes caves pour la conservation des vins, ce qui est cause que les vignerons sont pressés de s*en défaire à tout prix et les vendent trop nouveaux. Ces inconvénients ne peuvent dispa-

(1) Ces négligences, dont la dernière proTenalt autrefois de la dlfliculté de se procurer des tonneaux, avaient déjà été signalées à la fin du dernier siècle, à la suite d'une enquête faite sur ce sujet par ordre du gouvernement ( à cette époque les vins du Terek se vendaient au prix de 10 à 30 kopecks le vedro, et pour un vieux tonneau on donnait la contenance d'un tonneau de vin de la mémo dimension); mais elles se reproduisent encore maintenant assez fréquemment.

raître qu'avec le temps, avecles progrès de l'industrie agricole et du bien-être de ces contrées , et à mesure que les connaissances , que l'institution de l'école des vignerons a en vue de répandre, se propageront davantage dans le pays. En Bessarabie , et nommément dans la partie méridionale de cette province, la culture de la vigne prend un développement de plus en plus grand. Nous voyons, par le compte-rendu du département de l'Économie rurale au ministère des Domaines, publié en 1849 , que les plantations augmentent dans une très-forte proportion. Les colonistes allemands et bulgares plantent, chaque année, environ 200,000 nouveaux ceps. Dans les environs d'Akermann, on en plante à peu près 100,000 pieds, et dans les environs de Kischenew, 50,000; de sorte qu'on peut compter, en tout, environ 400,00Q nouveaux ceps ajoutés chaque année aux anciennes plantations. On compte maintenant, chez les colonistes bulgares, plus de 4 millions de ceps qui donnent environ 500,000 vedros, et la récolte totale de la Bessarabie est portée à 3 millions de vedros, à peu près autant que dans le gouvernement de Stavropol. Mais les progrès, sous le rapport de l'amélioration de l'industrie vinicole, ne sont pas aussi satisfaisants que ceux de son extension. Les vins de la Bessarabie sont généralement d'une qualité très-mé-diocre. Les meilleures espèces qu'on récolte aux environs de Soroki et d'Akermann se vendent de 70 kopecks à 1 ^ rouble le vedro (22 à 47 francs l'hectolitre), et les autres espèces, 50, 40 et 30 kopecks, quelquefois même 12 et 15 kopecks le vedro (= 3 francs 75 xîcntimes à 4 francs 70 centimes l'hectolitre). En revanche, les récoltes sont si abondantes qu'une dessiatine de vigne, aux environs d'Akermann , donne 750 vedros , et, dans d'autres contrées, jus. qu'à 1,200 vedros. En comptant les vins d'Akermann à 40 kopecks, et les autres à 30 kopecks seulement, cela donne par dessiatine, dans le premier cas, un revenu brut

(Je 300 roubles, et dans le second 360 roubles. Les frais de culture ne s'élevant qu'à environ 30 roubles par dessialine, il reste un revenu net de 270 à 330 roubles par dessiatine = 989 à 1,208 francs par hectare. C'est ce qui explique les progrès rapides de la viticulture sous le rapport de son développement. Le climat et le sol lui sont d'ailleurs si favorables, dans cette province, qu'on pourrait aisément y améliorer la qualité des vins, si l'on apportait plus de soins à leur culture et à leur préparation. C'est ce que prouvent plusieurs échantillons envoyés, en 1847, à l'exposition des produits agricoles, à Kischenew, par quelques propriétaires qui ont pris à tâche d'améliorer cette branche de leur économie rurale ; mais malheureusement ces exemples sont encore de rares exceptions. On exporte maintenant de la Bessarabie, dans les autres provinces de l'Empire, environ 500,000 vedros, dont la majeure partie est envoyée à Odessa et dans les gouvernements de Podolie et d'Ekathérinoslaw ; on en fait aussi quelques envois dans le gouvernement de Kiew. Cette exportation pourrait être portée au double et même au triple , et on obtiendrait des prix beaucoup plus avantageux, si l'on améliorait la qualité des vins. Les observations que nous avons énoncées, quant aux causes de l'état arriéré de l'industrie vinicole dans le gouvernement de Stavropol, s'appliquent aussi en partie à la Bessarabie. Ce qui fait, entre autres causes , beaucoup de tort au coniqierce des vins de cette province, c'est que, faute de bonnes caves pour conserver les vins, et, en partie aussi, à cause du manque de capitaux qui oblige les propriétaires de réaliser promptement le produit de leurs récoltes, on les livre très-jeunes à la consommation. Vu l'abondance des récoltes, on pourrait aussi en convertir une bonne partie en eau-de-vie, à l'instar de ce qui se pratique à Kizliaf, et créer ainsi une branche de commerce trèsproductive. On n'en distille maintenant que très-peu, et

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seulement pour la consommation locale , et pour bonifier les vins qui commencent à se gâter. En général, le produit des vignes de la Bessarabie, qui représente une valeur d'environ 1 7 million de roubles, pourrait, avec un peu plus d'industrie de la part des propriétaires, être porté en peu de temps à 3 ou 4 millions.

Âpres les trois provinces de la Russie méridionale que nous venons de nommer, il faut placer le pays des Cosaques du Don, pour le développement de l'industrie vinicole. La culture de la vigne, pour la préparation du vin dans cette province, date de la moitié environ du xviii^ siècle ; mais c'est surtout depuis à peu près trente à trentecinq ans qu'elle a commencé à acquérir de l'importance, à la suite des mesures prises par l'administration militaire pour y encourager et améliorer l'industrie vinicole. On y cultive maintenant 15 à 20 espèces de raisins qui ont le plus d'affinité avec ceux de Champagne et de Bourgogne . La récolte actuelle est évaluée, en moyenne, à environ 100,000 vedros (1). La majeure partie des vins du Don est préparée en vins mousseux. Les meilleures espèces, provenant du district militaire de Symlansk (Symlanskoe), se vendent de 1 ^ à 3 roubles le vedro (47 à S4 francs l'hectolitre), et toutes les autres, de 80 kopecks à 2 roubles le vedro (25 à 63 francs l'hectolitre). On exporte de cette province, d'après les renseignements recueillis par le

(i) M. Koeppen la portait, en 1832, à 150,000 vedros ; mais, depuis cette époque, les vignes du Don ont beaucoup souffert du froid pendant plusieurs hivers rigoureux. Le département de l'Ëconomie rurale au ministère des Domaines n'évalue la production actuelle qu'à 80,000 vedros de vin et 2,500 vedros d'eau-de-vie ; mais ce chiffre nous semble en discordance avec le produit de la vente des vins de cette province que le département évalue à 380,000 roubles, ce qui porterait le prix moyen à plus de 5 ou 6 roubles, en décomptant les quantités consommées surplace et qui n'entrq[it par conséquent pas dans le commerce. Par cette raison nous croyons que la production effective doit être plus considérable.

département de rÉconomie rurale, 60,000 vedros, qui se vendent dans les gouvernements de Kharkow, Woronèje, Poltawa, Koursk etNijni-Nowgorod, et dans les deux capitales. Il se vend chaque année, à la foire de Nijni, environ 175,000 bouteilles des vins du Don. Le produit de toute la vente des vins et du raisin est évalué à 380,000 roubles, ce qui fait plus que le cinquième de la valeur vénale de toutes les productions de cette province, qui s'élève à 1,850,000 roubles argent.

Dans le gouvernement de Kherson, les premières plantations ont eu lieu à la fin du dernier siècle, aux environs d'Odessa sur la Moldavanka, aux environs de Kherson, et en général sur les bords du Dnieper, de l'Ingoul et de ringouletz. Elles y ont pris une assez grande extension, dans la partie occidentale de cette province, et surtout chez les colonistes allemands et bulgares dans les districts d'Odessa et de Tiraspol, et chez les paysans de la Couronne, dans plusieurs villages situés sur le Dniester. Les vins de ces contrées sont, pour la plupart , d'une qualité très-inférieure. Ils se vendent de 30 kopecks à 1 rouble le vedro (9 fr. 40 cent, à 31 fr. 40 cent, l'hectolitre), et se consomment presque entièrement sur place. Cependant, on y trouve aussi quelques vins moins ordinaires. Dans les propriétés du général Narischkine, près d'Odessa, on prépare environ 80,000 bouteilles de vîn mousseux d'assez bonne t qualité. Le total de la production s'élève à environ 150,000 vedros, dont 100,000 vedros sont récoltés par les colonistes, et 30,000 par les paysans de la Couronne (1). On y produit en outre environ 3,000 vedros d'eau-de-vie de vin. Dans le gouvernement d'Astrakhan , l'industrie vinicole

(1) D'après le compte-rendu du ministère des Bomaines pour 1849, la récolte de cette année a été do 180,000 vedros.

a fait très-peu de progrès, bien queJa culture de la vigne y soit beaucoup plus ancienne que dans toutes les autres provinces de la Russie d'Euj'ope. Elle y date de la moitié du XVII* siècle. Plusieurs habitants d'Astrakhan avaient fait venir, en 1640, un vigneron allemand pour y introduire cette culture, et depuis, elle s'étendit graduellement aux environs de cette ville. Le voyageur Strauss y trouva déjà, en 1669, un assez grand nombre de vignes qui fournissaient à la cour du tsar environ 200 tonneaux de vin et 50 vedros d'eau-de-vie de vin. Cette contrée vinicole attira sur elle l'attention de Pierre le Grand, qui y fit venir un vigneron de la Hongrie et des ceps du Tokay et du Rhin, et donna la première impulsion au développement et à l'amélioration des établissements horticoles et vinicoles de la Couronne sur le Volga, qui furent ensuite cédés à la ville d'Astrakhan avec l'obligation à sa charge d'approvisionner la cour en fruits de table, et passèrent plus tard entre les mains de particuliers par voie de vente aux enchères. Les vignes d'Astrakhan produisent en abondance d'excellents raisins qu'on envoie, en quantités considérables, dans presque toutes les parties de l'Empire. Il en arrivait autrefois à Sainl>-Pétersbôurg des envois considérables, mais dans les derniers temps, ils ont été remplacés par le raisin de Malaga, vu la facilité des transports par mer. Quant à la préparation des vins, elle y a fait peu de progrès. Les vins de cette contrée sont généralement médiocres et se vendent sur place de 1 rouble 25 kopecks à 1 rouble 55 le vedro (39 à 48 francs l'hectolitre). Le total de la récolte ne s'élève qu'à environ 10,000 vedros (1).

(1) Voici ce que dit M. de Huml)oldt au sujet du raisin d'Astrakhan : « Nulle part « dans le monde, pas même en Italie ou dans les iles Canaries, je n'ai vu mûrir « de plus belles grappes de raisin qu'à Astrakhan, près des hords delà mer

Dans le gouvernement de Podolie, la viticulture n'a acquis jusqu'à présent quelque importance que dans les environs de la ville de Mohilew sur le Dniester, et dans le domaine de Tarouga appartenant à la Couronne, situé entre lampol et Mohilew, mais elle pourrait réussir dans beaucoup d'autres endroits, surtout dans les contrées riveraines du Dniester. La terre de Kaminka, appartenant à la princesse Wittgenstein dans le district de lampol, produit du bon vin de table qui se vend 60 kopecks la bouteille, et du vin mousseux, à 1 rouble la bouteille. Cette province produit en tout 15,000 vedros.

Dans les gouvernements de Kiew et d'Ekathérinoslaw, la vigne est cultivée plutôt pour le raisin , comme fruit de table, que pour la préparation du vin.

Il résulte de l'ensemble de ces données historiques et statistiques que, sous le rapport de l'industrie vinicole, il y a, dans les provinces méridionales de la Russie d'Europe, un fond de production susceptible d'un grand développement, dont les progrès dépendent, d'un côté, de ceux de la population et de l'activité industrielle des classes agricoles de ces contrées, et de l'autre, de leurs rapports commeifCiaux avec les provinces de l'intérieur et de la facilité des communications. Les améliorations dont l'industrie vinicole, dans les contrées méridionales de la Nouvelle-Russie, est encore susceptible , pour bonifier les

« Caspienne ( temp. moyenne de l'année seulement) lO» 2); et cependant, dans « ce même lieu , et plus au sud, à Kizliar, à l'embouchure du Terek ( dans la « latitude d'Avignon et de Riminl), on voit souvent descendre le thermomètre i< centigrade en hiver à 25o et 30» au-dessous de zéro. Aussi à Astrakhan, où, ^ pendant des étés aussi ardents que les étés de la Provence et de la Lom- « bardic, la force de végétation est excitée par Tirrigation artiflcielie d'un sol « imprégné de muriate de soude , est-on obligé d'enterrer les ceps de vigne «> à une très-grande profondeur. » ( Asie Centrale, par A. de Uumboldt, lU'' vol., p. 32*33).

vins de ces contrées et les rendre plus propres à la conservation, faciliteraient nécessairement leur débouché dans les auU*es parties de l'Empire , et vice versa , la facilité du débit encouragerait la production et aurait une influence bienfaisante sur l'extension de cette branche de l'économie rurale. Ces améliorations sont surtout désirables pour les petits vins de table, qui pourraient se vendre à des prii modiques de 1 7 à 2 roubles le vedro ; car, quelque avantageuse que puisse être , pour quelques propriétaires de vignes, la préparation des vins fins et liquoreux, le développement et la prospérité de la viticulture, dans ces provinces, dépendront toujours beaucoup plus du débit de ces vins de qualité moyenne qui se consomment en grande abondance , lorsque les prix en sont accessibles aux classes moins aisées de la population.

Dans les provinces transcaucasiennes, la culture de la vigne, très-favorisée par le climat et la qualité du sol, a déjà acquis, comme on l'a vu par les données statistiques insérées dans le I" vol. pages 208 et209, une très-grande extension. Elles produisent au delà de 8 millions de vedros, c'està-dire plus que toutes les provinces de la Russie d'Europe prises ensemble. La plupart de ces vins sont d'une qualité très-inférieure et ne supportent pas bien un long transport. Les vins de la Colchide, gouvernement de Coûtais, se vendent sur place au prix de 15 à 60 kopecks le vedro (4fr. 70 c. à 15 fr. 70 cent, l'hectolitre), et ceux de l'arrondissement de Samourzakane, à 10 kopecks même le vedro (3 fr. 15 cent, l'hectolitre) ; mais ils sont très-susceptibles d'amélioration. Il ne faut , pour cela, qu'un peu plus de soins dans la culture de la vigne et dans la préparation des vins qui se font très-négligemment. Le raisin est mal assorti, le pressurage se fait souvent dans des espèces d'auges construites en briques , dont le ciment introduit dans le vin des substances calcaires qui en allèrent le goût. Ce qui contribue aussi

beaucoup à le détériorer , c'est qu'on le conserve et on le transporte dans des outres.de cuir. Quelques propriétaires de vignes, en Kakhetie, commencent cependant à améliorer cette culture, et l'on trouve, dans le gouvernement de Tiflis, plusieurs vins rouges et blancs de très- bonne qualité et très-capiteux, qui se vendent sur place, au prix de 1 à 2 roubles le vedro (31 à 62 francs l'hectolitre), et au delà. Les vignes du Caucase donnent d'abondantes récoltes. On plante ordinairement 5,000 ceps sur une dessiatine qui donnent environ 400 vedros = 4,649 litres par hectare. C'est presque le produit le plus élevé des récoltes en France, où le minimum de la production est de 500 à 700 litres et le maximum de 4,500 à 5,500 litres par hectare. Les 400 vedros, évalués au prix minime de 25 à 50 kopecks le vedro , donnent un revenu brut de 100 à 200 roubles argent, par dessiatine. Aussi cette culture es^elle très-profitable, surtout dans les environs des villes où le débit est facile.

Les données historiques, recueillies avec beaucoup de soin par M. Koeppen, prouvent que, déjà sous Pierre le Grand, le gouvernement s'est occupé des mesures propres à améliorer la culture de la vigne dans les possessions russes au delà du Caucase, et nommément dans le Derbent. On y a fait venir, au commencement du xviii* siècle, des ceps de la Hongrie et des environs de Chiraz , qui se sont encore conservés, dans quelques contrées, jusqu'à nos jours, et les vins provenant de ces ceps sont les plus estimés. De toutes les provinces transcaucasiennes, ce sont les gouvernements de Tiflis et de Coûtais qui récoltent les plus grandes quantités de vins. Us fournissent plus des sept huitièmes de la production totale. La viticulture y est encore susceptible d'une très-grande extension et né dépend que de la facilité des débouchés, qui sont encore très-limités par les circonstances locales et par la situation

géographique de ces contrées. Les musulmans , qui sont nombreux dans ces provinces, ne faisant pas usage du vin, la consommation de cet article est restreinte aux populations chrétiennes, dont les besoins sont satisfaits parla production actuelle. Par la même raison, le commerce avec l'Asie n'offre aucune chance de débouché. Il ne reste donc, pour toute ressource, que le commerce de ces contrées avec les possessions de la Russie en Europe. Or, la difficulté des communications et la qualité de la plupart des vins du Ca;^case, qui ne supportent pas bien un transport lointain, présentent encore de grands obstacles à ce commerce qui ne peut offrir de chances que pour les meilleures qualités.

Dans son ouvrage sur la production et le commerce des vins en Russie, publié à Saint-Pétersbourg, en 1832, auquel nous avons emprunté plusieurs des données historiques qui précèdent, M. Kôeppen a signalé les mesures qui lui paraissaient nécessaires, à cette époque , pour étendre la viticulture en Russie. 11 fallait, selon lui :

1** Instituer, ne fûtrce que pour un certain temps, deux ou trois nouvelles écoles de vignerons et nommément, dans les provinces transcaucasiennes et dans les provinces du sud-ouest, en Bessarabie ou à Odessa et sur le Don ;

2** Établir , dans plusieurs endroits , des pépinières de ceps de qualités supérieures, surtout de celles dont les raisins mûrissent dans une saison peu avancée , pour être distribués à ceux qui désireraient en propager la culture ;

3" Faire des publications en langues russe, allemande, tarlare, arménienne, géorgienne et grecque moderne sur la culture de la vigne et la préparation des vins ;

4" Propager les plantations de liège sur la côte méridionale de la Crimée et dans les provinces transcaucasiennes ;

5* Encourager l'établissement de verreries, surtout dans les contrées qui viennent d'être indiquées ;

6* Encourager rétablissement des fabriques de vert-degris dans les contrées vinicoles ;

T Proposer des récompenses pour les essais et l'introduction de l'emploi des résidus du raisin dans les tanneries, à la place de l'écorce de chêne ;

8** Écarter entièrement l'influence nuisible du système des fermes d'eau-de-vie sur le débit des vins, tant en gros qu'en détail ;

9** Accorder les plus grands allégements à ceux qui s'occupent de la distillation de l'eau-de-vie , surtout dansiles contrées où cette fabrication ne peut pas entraver les améliorations nécessaires dans la préparation des vins mêmes ;

1 0** Établir des caves d'entrepôts pour les vins destinés à la vente dans l'intérieur de l'Empire , et nommément à Kiew, Kharkow, Astrakhan, Nijni-Nowgorod, et dans les provinces transcaucasiennes, près de la mer Noire ou de la mer Caspienne (1) ;

1 1** Accorder des récompenses considérables aux vignerons et aux tonneliers qui se distingueraient , les uns par une plantation bien ordonnée des meilleurs ceps ou par la préparation des bons vins, et les autres par la bonne construction des tonneaux ;

12^ Enfin , augmenter les droits d'entrée pour les vins étrangers , surtout à leur importation dans les ports de la mer Noire, de la mer d'Azow et de la mer Caspienne (2) et par la frontière sèche du midi et de l'ouest.

La plupart de ces propositions reposent sur des idées

(1) Après avoir pasfié Fhlver dans ces entrepôts, les vins des provinces méridionales pourraient, dit M. Koeppen, être expédies avec facilité dans les autres contrées et même dans les provinces septentrionales de l'Empire ; tandis que, maintenant, à défaut de bonnes caves, la mineure partie des vins destinés à Tintéricur de la Russie se gâtent, pendant ies grandes chaleurs ou les fortes gelées.

(2) On n'importe pas de vinft par la mer Caspienne. (Note de Vauteur.)

Irès-justes. Quelques-unes, comme, par exemple, celles énoncées sous les numéros 2, 3, 10 et 12, ont déjà été, au moins en partie, mises à exécution depuis que M. Koeppen a publié son ouvrage sur l'industrie vinicole en Russie. Parmi les autres, il y en a dont l'application dépend beaucoup plus de l'industrie privée que des mesures administratives, comme, par exemple, celles qui concernent la fabrication du vert-de-gris et l'emploi des résidus du raisin dans les tanneries.

Parmi les mesures proposées par M. Koeppen , celle de rétablissement de caves d'entrepôt, à laquelle le département de l'Économie a déjà donné un commencement d'exécution, nous semble être une des plus recommandables et des plus urgentes.

Quant à la protection douanière, réclamée dans le temps par M. Koeppen, pour les vins indigènes, elle est maintenant plus que suffisante. Notre tarif est, pour cet article, le plus élevé de tous les tarifs de l'Europe, après celui de la Grande-Bretagne, quant aux vins importés en cercles. Pour les vins de Champagne , il excède même le tarif anglais, presque dans la proportion du triple au simple, et, pour tous les autres vins en bouteilles, dans la proportion de 5 à 3.

Le droit actuel de 48 roubles par oxhoft de 240 bouteilles revient, pour les vins de table de moyenne qualité, à environ 100 pour 100 de la valeur, et, pour les qualités ordinaires, à 200 pour 100; les droits de 90 kopecks par bouteille, pour les vins mousseux, et de 50 kopecks, pour tous les autres vins en bouteilles, reviennent aussi à environ 100 pour 100 et au delà. Les vins de Moldavie, de Valachie et de Grèce (à l'exception du vin de Chypre) ne sont, il est vrai, imposés à leur entrée dans les ports de la mer Noire et de la mer d'Azow, ainsi que par la frontière de la Bessarabie, qu'à 24 roubles par oxhoft, mais ce sont des

a AGRICULTURE.

vins d'une qualité si inférieure que ce droit revient encore à environ 75 pour 100 de leur valeur et au delà.

Les vins d'Autriche et de Hongrie ne payent, à leur importation par la frontière sèche, que 15 roubles par oxhofl, ce qui revient, pouj* les petits vins de table de qualité moyenne, à environ 50 pour 100 de la valeur (1).

Pour juger de l'influence que ces droits doivent exercer sur la concurrence des vins étrangers avec les vins indigènes, il faut aussi prendre en considération les prix auxquels se vendent , en Russie , les vins du pays , les quantités des vins importés, et celles des vins que les provinces méridionales fournissent à la consommation intérieure.

Établissons d'abord le rapport numérique qui existe entre les droits perçus sur les vins étrangers, selon leur provenance, et le prix vénal des vins indigènes sur place :

V le droit de 15 roubles par oxhoft, prélevé sur les vins d'Autriche et de Hongrie, importés par la frontière sèche, revient à 83 kopecks par vedro (1 oxhoft = 18 vedros).

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