‹ Études sur les forces productives de la RussieChapitre 14 sur 33 · QUANTITE · texte numérisé non relu

QUANTITE

retatÏTB

par tête, lirres.

Ainsi, sur treize gouvememenis producteurs de la sie d'Europe , il y en a sept dont la production n'a pas la moyenne de la consommation (8, 2 livres de par tête), calculée sur le nombre de leurs habitants (

Ces sept gouvernements, embrassant une populati 8,674,000 habitants, auraient besoin (en adopta moyenne ci-dessus de la consommation général 1,778,000 pouds de fonte, et, comme ils ne prodi ensemble que 713,000 pouds, ils devraient recevoi autres gouvernements producteurs 1,005,000 pouds,

Les possessions russes en Asie, qui embrassent ui pulatioii d'environ 5 millions, auraient besoin, d'af moyenne générale de la consommation, de 1,02 pouds ; mais, vu l'état arriéré de îa plus grande par cette population et vu l'insuffisance de quelques do sur la production effective des mines de l'Altaï et de schinsk, nous mettrons cette partie de l'Empire en d de notre calcul, dont nous restreindrons l'applicatio! gouvernements de la Russie d'Europe.

Le gouvernement de Saint-Pétersbourg et les prov de la Baltique, qui embrassent une population de 2,72 habitants, n'auraient besoin, d'après la moyenne gér de 8, 2 livres , que de 3b8,000 pouds ; mais , en coi rant l'état avancé de leur industrie et les besoins de

(I) Il est derlain que la conaommation relative, par léte, ne peut pas ■même pour touB les gouTememenls. Ceux où le bien-*lro des habitants ( avancé, oit l'Industrie est plus développée, consomment plue de fsr qi qui sont, plus arriérés sous Fun «t l'autre rapport ; auaai n'avons-nous la moyenne générale de 8 , 2 livres par tête que comme un point de d'un calcul qui ne peut être consldérf que comme plus ou moins appro: Encore faul-ii observer que les contrées où l'industrie est pius développi que les gouvernements de Moscou ,Wladimir, Sainl-Pélerebourg et lespr de la BalUipie, reçoivent plue de fers ouvrés en machines, outils, menu, etc., ce qui modifie la dlSËrence quant à la coniommatlOD du f produit dans le pays.

pitale, nous ne croyons pas pouvoir compter moins du double de cette proportion ou 16 livres par tête, ce qui exigereait 1,088,000 pouds. Ces contrées reçoivent de la Finlande, en moyenne, 68,000 pouds de fonte et 97,000 pouds de fer, correspondant à 136,000 pouds de fonte, ensemble 204,000 pouds de fonte. De sorte que les mines de l'intérieur de la Russie devraient leur fournir 884,000 pouds.

Les gouvernements de Wilna, de Grodno et de Wolhynie, avec une population de 3,285,000 habitants, comportent, d'après la moyenne générale, une consommation de 673,000 pouds de fonte.

Or, ces gouvernements recevant du royaume de Pologne, en moyenne, 87,000 pouds de fer, ce qui correspond à 122,000 pouds de fonte , devraient encore recevoir, de Fintérieur de la Russie , 550,000 pouds de fonte ou l'équivalent en fer forgé.

Le gouvernement de Moscou, où se trouve le centre de notre industrie, avec une capitale de 350,000 habitants, doit réclamer au moins le double de la moyenne générale de la consommation ou 16 livi'es par tête, ce qui donne, pour une population de 1,540,000 habitants, 616,000 pouds qu'il doit recevoir des mines de l'Oural.

Les autres gouvernements non producteurs, au nombre de vingt-neuf, avec une population d'environ 30 { millions, qui comporteraient, d'après la moyenne générale, une consommation de 6,100,000 pouds de fonte ou une quantité correspondante de fer, ne peuvent également les recevoir que des principaux gouvernements producteurs et nommément des mines de l'Oural.

Il résulte, de ce calcul approximatif, que les six gouvernements producteurs de Perm, Orenbourg, Wiatka , Nijni- Nowgorod, Kalouga et 01onetz,qui embrassent une population de 8,300,000 habitants, sur une étendue de 19,580 milles carrés géographiques, doivent fournir :

1" 1,065,000 pouds aux sept gom ernements di logda, Wladimir, Tarabow, Toula, Riazan, Penza e qui ne produisent pas assez de fer pour leur consom et qui embrassent une superficie de 11,900 railles géographiques ;

2" 884,000 pouds aux gouvernements de Saint-I bourg et aux provinces de la Baltique, qui sont, en approvisionnés par les importations de la Finlande embrassent une étendue de 2,695 milles carrés géoj ques;

3° 550,000 pouds aux gouvernements de Wili Grodno et de Wolhynie, qui occupent une étendue ron 2,760 milles carrés géographiques ;

4" 616,000 pouds de fonte au gouvernement de M qui occupe une étendue de^90 milles carrés géograpli

5' 6,100,000 pouds aux autres vingt-neuf gou ments non producteurs, qui ne reçoivent leur fer r Finlande ni du royaume de Pologne , et qui occupt semble une superficie de près de 52,600 milles carn graphiques.

Toutes ces quantités présumées, d'après un cali proximatif, que les six principaux gouvernements p leurs de Perm, Orenbourg, Wiatka, Nijni-Nowgoro lougaetOlonetz, doivent fouruir aux autres gouverne forment un total de 9,215,000 pouds. Ces gouvem produisent 12,263,000 pouds de fonte (environ 95 p( de la production totale ), dont il faut déduire :

1° La quantité ci-dessus de 9,215,000 pouds, qu'i nissent en fonte ou en fer aux autres provinces de l'E

2° Environ 750,000 pouds de fer, livré au cou d'exportation, ce qui correspond à 1,050,000 po fonte , ensemble 10,265,000 pouds ; de sorte qu'il terait 1,998,000 pouds pour leur propre consommai qui donne, pour une population de 8,300,000 bal

9, 6 livres par tête ou 1 , 4 livre de plus que la moyenne générale de la consommation.

Ainsi, en déduisant de la production totale de ces six gouvernements (12,268,000 pouds) environ 2 millions depouds pour leurs besoins intérieurs, il reste plus de 10 millions de pouds de fonte ou une quantité correspojidante de fer, qui se répandent sur toutes les autres contrées de la Russie d'Europe, c'est-à-dire sur une superficie de plus de 70,000 milles carrés géographiques. Encore faut-il observer que, sur les six gouvernements producteurs, il n'y en a que deux, 4îeux de Kalouga et de Nijni-Nowgorod (produisant 1,636,000 pouds de fonte ou environ 12 ^ pour 100 du total de la production), qui occupent une position plus ou moins centrale, tandis que les quatre autres, Perm, Orenbourg, Wiatka et Olonetz, qui fournissent environ 10,627,000 pouds ou 82 pour 100 de la production totale, sont situés aux extrémités orientales et septentrionales de la Russie d'Europe (1).

Une pareille concentration de l'industrie métallurgique et une distribution aussi inégale du fer, qui est un objet de première nécessité, ne se rencontrent dans aucun autre pays. En France, sur quatre-vingt-six départements , dont l'étendue n'atteint pas souvent la moitié de celle d'un grand nombre de nos arrondissements, il y en a soixantequatre qui produisent du fer de toute espèce, fin Autriche, il n'y a qu'une province, celle de Venise, qui ne produise pas de fer. La Prusse est partagée, sous le rapport des mines, en cinq districts, qui embrassent toute la monar-

(0 Nous sommes loin de vouloir attacher à ces calculs approxiinaUfs sur la consommation relative des fers dans les différents gouvernements, plus d'importance qu'ils n'en ont effectivement , en les considérant uniquement comme le point de départ d'un aperçu général sur la situation géographique de nos mines , et sur les rapports statistiques des contrées qui produisent le fer avec ceUes qa'«lle8 approvisloonent de ee métal.

chie ; le grand-duché de Posen est la seule provinc* ne produise pas de fer.

Les circonstances, qui résultent de cette analyse si tique et géographique de la production et de la con mation des fers en Russie, jointes à la difficulté des i munications, expliquent suffisamment ces énormes t renées dans les prix de ce métal, qui ne se rencon dans aucun autre pays ; mais il s'y joint encore d'ai circonstances, qui se rapportent à notre commerce def à l'intérieur.

Par suite de la situation géographique de nos pr pales mines de fer, celles de l'Oural, la foire de Nijr devenue non-seulement le marché central , mais presqi seul marché important pour nos fers ; de sorte qu commerce se trouve concentré entre les mains de ta poration des marchands de Nijni et de quelques négoci de Moscou et de laroslaw, qui se trouvent souvent eu sition de pouvoir faire la loi tant aux consommateurs ceux des producteurs qui n'ont pas de capitaux SufiÎE en réserve, et pour lesquels chaque retard dans la rer des fonds, qui constituent leur capital de revirement, amener des embarras et une certaine gêne dans l'ex] tation de leurs usines, et, malheureusement, plusieur nos propriétaires de mines se trouvent dans ce cas.

Le fer arrivé à Nijni, durant la navigation , ne pan ordinairement qu'au bout de quelques mois dans les gou nements éloignés, et souvent même il n'arrive à sa desi tion qu'avec la navigation de l'année suivante et déjâchj de gros intérêts que compte le marchand pour ses avan

Encore faut-il y ajouter que Nijni , étant le seul entr pour le commerce de fer en gros, cet article passe beaucoup de petits marchands et débitants en détail, a' d'arriver au coDsommateur dans les provinces éloigi des principaux foyers de production.

m INDUSTRU:.

La cherté du fer est un mal très-sensible pour l'agriculture et pour beaucoup, on pourrait même dire pour toutes les branches d'industrie. C'est une vérité si généralement reconnue qu'elle est devenue banale à force d'être reproduite.

Il a été également constaté par l'expérience de tous les pays qu'il y a bien peu d'articles dont la consommation soit aussi élastique que celle du fer. Elle se règle principalement sur le prix de ce métal.

Nous voyons que dans les pays où le fer est à très-bon marché, comme , par exemple , en Angleterre et dans les ports libres de l'Allemagne , il remplace le bois et la pierre dans beaucoup de constructions ; tandis que, dans les pays où il est très-cher, c'est le bois qui remplace le fer, même dans les emplois où l'application de ce métal est la plus naturelle, dans l'intérêt de la solidité des constructions. Ainsi, par exemple, dans nos provinces de l'ouest, on remplace, dans les constructions des bâtiments ruraux, les clous de fer par les clous de bois, et même chez des propriétaires qui, sans être riches, jouissent d'une certaine aisance , les serrures et les verrous aux portes d'enclos et de jardins et quelquefois même à celles des granges et des étables sont i'emplacés par des loquets en bois, et les gonds par des cercles en osier qui attachent les portes aux poteaux. Ceux des propriétaires qui, jouissant d'une fortune plus considérable, emploient plus de fer dans leurs constructions, se ressentent bien de la cherté de ce métal. Dans une grande partie de l'Empire, les.chevaux de la campagne et les roues des charrettes ne sont pas ferrés ; les essieux sont en bois , les pelles de jardin et les pelles de terrassier sont également en bois avec une lisière en fer ( ceci est presque général en Russie). Il y a même des contrées où le soc des charrues est en bois avec une pointe en fer. Nous en avons vu à l'exposition des produits agricoles à SaintrPétersbourg, en 1850.

Les partisans du système prohibitif prétendent que , dans beaucoup de provinces de la Russie, le ferrage des chevaux et des roues des charrettes et des voitures de paysan est tout à fait superflu, à cause de la qualité du sol. Il y en a même qui prétendent que des charrettes ferrées seraient un embarras pour les populations rurales de ces provinces ; mais ces assertions nous semblent si étranges que nous ne croyons pas devoir les réfuter dans un ouvrage sérieux (1).

Tout en reconnaissant le fait incontestable que la consommation du fer se règle principalement sur le prix de ce métal , nous n'en sommes pas moins persuadé qu'elle dépend aussi, en partie, dans chaque pays, du degré de civilisation de ce dernier et des progrès de l'industrie et du bien-être de ses habitants.

Or, voici les données que nous avons pu recueillir sur ce sujet, tant pour la Russie que pour les principaux États de l'Europe.

On a vu, par le calcul que nous avons donné page 197, que la production moyenne de la fonte dans la Russie d'Europe (sans la Finlande et le royaume de Pologne), s'élevait, en 1846, considérée comme année normale, à lâ,985,000 pouds de fonte :

Poads de Conte.

Ci 12,985,000

Les mines de la Sibérie (de Nertschinsk et de T Altaï') donnent environ 120,000

La moyenne de Timportation de la fontej de la Finlande était, pendant les années 4843-4850, de 68,000

A reporter 43,473,000

(1) Sur un sol mou où il n'y a que des chemins naturels , on peut sans doute se passer jusqu'à un certain point du ferrage des roues et des chevaux , pendant la bonne saison; mais qu'arrive-t-il en hiver lorsqu'il y a du verglas ou que faute de neige le chemin devient dur et raboteux ? Les roues sans fer se cassent , et les chevaux non ferrés n'avancent pas.

Poatls Ù.O fonfe.

Report 43,173,000

Et la moyenne de l'importation du fer de la Finlande et du royaume de Pologne, 484,000 pouds, ce qui correspond en fonte à 258,000

La moyenne de Timportation de Facier et du fer ouvré, pendant les années 4 849-4854 , s'élevait à 469,000 pouds, oe qui correspond (à 4 40 p. 4 00), à 237,000 pouds.

Et celle de l'importation de machines à une valeur de 2,299,000 roubles , ou ( en comptant 8 roubles pour un poud), à .287,000 »

Ensemble 524,000

Total 43,955,000(1)

Nous croyons pouvoir adopter en bloc 14 millions de pouds , ce qui donne , pour une population de 60 millions (de la Russie d'Europe et de ses possessions en Asie ; mais sans la Finlande et le royaume de Pologne), 9 ^ livres de Russie de fonte, ou 6 f livres de fer par tête.

Si du chiffre total de 60 millions d'habitants on déduisait environ 2 millions pour une partie de la Sibérie orientale, et pour les populations nomades du gouvernement d'Orenbourg (2), on obtiendrait, pour moyenne de la consommation par tête, 9, 66 livres de fonte, bu 6, 89 livres de fer forgé , ce qui est encore une proportion bien minime , surtout si l'on considère la grande quantité de fer employée aux arsenaux et aux armements des forteresses de la flotte et d'une nombreuse armée.

(1) N'ayant pas de données complètes sur les quantités de fonte employées à la fabrication du fer en barres, pour le moulage et à d'autres usages, nous avons dû réduire le tout en fonte pour rendre nos comparaisons plus exactes.

(3) En retranchant 2 millions pour toutes ces populations nomades très-arriérées sous le rapport de la civilisation, nous croyons faire une large concession dans nos évaluations, car bien que ces populations n'aient besoin de fer ni pour la charrue ni pour le ferrage des chevaux et des charrettes , elles consomment cependant une certaine quantité de fonte , ne fût-ce que pour les chaudières dans lesquelles elles préparent leurs aliments pendant leurs bivouacs«

En Autriche, la production delà fonte à fer et de la fonte à moulage était arrivée , en 1847 (1), à 3,594,787 quintaux , dont il faut déduire l'excédant de l'exportation de fer en barre et de fer ouvré montant à 322,524 quintaux, de sorte qu'il resterait, pour la consommation intérieure, 3,272,263 quintaux = 11,199,320 pouds, ce qui donne, pour une population de 36 ^ millions, 12 j livres de fonte par tête.

En Prusse, la production de la fonte, pendant les années 1846-1848, s'élevait, en moyenne, à 2,480,686 quintaux, et l'expédant de l'importation de la fonte, de fer en barres et de fer ouvré, le tout réduit en fonte, était de 2,422,385. quintaux, ce qui fait ensemble 4,903,071 quintaux (poids de la douane), = (à 122, 3 livres de Russie) 14,991,140 pouds, laquelle quantité, répartie sur la moyenne de la population , pendant les trois mêmes années ( 16,525,000 habitants), donne 36 ^ livres de Russie de fonte par tête.

En France , la production de la fonte est parvenue , en 1846 , à 5,223,850 quintaux métriques. En y ajoutant 111,390 quintaux métriques de fer obtenu dans les hauts fourneaux des Pyrénées par la méthode directe, qui correspondent à 155,946 quintaux de fonte, on obtient, pour la production totale, 5,379,796 quintaux métriques de fonte.

qnintaux métriques.

L*excédant de l'importation de la fonte ( les ouvrages en fonte compris) a été, pendant la même année, de . . 839,024

L'excédant de l'importation du fer forgé de toute espèce, 70,505 quintaux, correspondant en fonte à . . 98,707

Ensemble A reporter, 937,734

(1) Comme les troubles intérieurs, et surtout la guerre de Hongrie, ont amené une grande perturbation dans l'exploitation des mines de fer^ nous avons dû prendre la dernière année avant la révolution de 1848. L'exploitation actuelle a déjà dépassé le chiffre de 18i7.

t09 INDUSTRIE.

quintaux, métriques.

Report , . 937,734

Dont il faut déduire Texcédant de Texportation des fers ouvrés montant à 348,439 quintaux, et correspondant en fonte à U,539

Reste 893,492

En ajoutant cette quantité à la production indigène ( 5,335,240 quintaux métriques ) , on obtient , pour total de la consommation , 6,273,000 quintaux métriques = 38,343,640 pouds , ce qui donne , pour une population de 35 millions, 43, 8 livres de Russie par habitant.

En Angleterre , la production de la fonte a été évaluée , en 1851 , à 2,500,000 tonneaux (1), dont il faut déduire Texcédant de l'exportation, tant en fonte qu'en fer de toute espèce et en fer ouvré, qui s'élève (le tout réduit en fonte) à environ 1 million de tonneaux , de sorte qu'il reste , pour la consommation intérieure, 1,500,000 tonneaux (à 1,000 kilogrammes) ==91,687,500 pouds, ce qui donne, pour une population de 26 7 millions , 138, 4 livres de Russie par habitant.

RécapitulaUon des données cûdessus. •— Production totale

de la fonte.

pouds.

Angleterre, 2,500,000 tonneaux à 4 ,000 kilogrammes = 4531,842,500 France, 5,379,796 quintaux métriques ...:.= 32,859,000 Russie sans la Finlande et le royaume de Pologne. . 43,4 05,000 Russie avec la Finlande et le royaume de Pologne. . 4 5,000,000

Autriche, 3,594,787 quintaux 1= 42,303,000

Prusse, 2,480,686 quintaux = 7,584,700

(1) Voir : Die Vergleichende Statixtik der Eisen^Industrie ron mVielrn Oechelhauser, page 144.

Production de la fonte répartie sur la populationpar kabilan

Angleterre 234

France 37, I

Prusse la; <

Aulriehe <3, !

Itussie sans la Finlande et le royaume de PDl<^e. S , '

Consommation de la fonte par habitant :

liv»> d. I

Angleterre <38,

France 43,

Prusse ... ; 36,

Autriche 19,

Russie ■ . - . . 9,

Ainsi, sous le rapport de la quantité absolue de h duclion du fer, nous occupons le troisième rang ou 1 mière place après l'Angleterre et la France, ou, en d'. termes, la production de la fonte en Russie ( la Finlai le royaume de Pologne compris) est :

A celle de l'Angleterre comme 100 est à 4,0

— de la France. » 400 » 3

— deHutriche ...... » 100 »

— de la Prusse n , 4 OO »

Mais pour la production relative, proportion gard la population, de même que pour la moyenne de If sommation par habitant, nous occupons la toute de place dans celte échelle comparative,

La moyenne de la production de la fonte , par hah est, en Russie ,

A celle de l'Angleterre comme 40 est A 3

— • de fa France » 40

— de la Prusse » 10 »

— doi'Aulriche » 10 • »

El la moyenne de la consommation , par tête ,

A celle de TÂngleterre comme 40 esta 443

««- de la France » 40 » 45

— de la Prusse » 40 » 37

r^ derAutriche » 40 » 43

Ces données comparatives présentent des résultats qui méritent d'être remarqués :

Ainsi , par exemple , on voit qu'en Angleterre , où le fer abonde et où il est à très-bon marché , la consommation relative de cet article est plus de trois fois aussi considérable qu^en France.

La France produit plus de quatre fois autant de fer que la Prusse, et la production relative , proportion gardée du nombre des habitants , y est deux fois plus forte ; et pourtant la consommation relative de ce métal n'excède que de 20 pour 100 celle que nous voyons en Prusse, malgré remploi très-étendu du fer en France , pour les besoins d'une industrie très-développée , pour la flotte , -pour les armetnents maritimes et pour une marine marchande très nombreuse. Cela provient de ce que ce métal y est enchéri par des droits protecteurs beaucoup trop élevés et même prohibitifs pour certaines espèces de fer.

Par contre, en Prusse, où, proportion gardée de la population, la production indigène n'est que de 35 pour 100 plus forte qu'en Autriche , la consommation moyenne , par habitant , est trois fois plus considérable que dans ce dernier pays, où, grâce au système prohibitif, qu'on vient d'abandonner , les prix du fer étaient jusqu'à présent beaucoup plus élevés qu'en Prusse.

Tous ces exemples prouvent ce que nous avons déjà eu l'occasion de faire observer, que l'extension de l'emploi du fer dépend essentiellement et avant tout du prix auquel on peut se le procurer.

Dans la comparaison de la consommation relative du

INDUSTRIE, m

fer en Russie et dans les autres pays , il faut sans doute prendre en considération l'emploi de ce métal à la construction et à l'exploitation des chemins de fer. C'est sans contredit une considération très-importante ; mais voyons si, dans la consommation totale, l'emploi du fer à ce nouveau système de communication prend effectivement une part aussi considérable qu'on est généralement disposé à le croire , lorsqu'on ne juge que d'après Tapparence des faits qui frappent les regards.

La construction des chemins de fer a commencé, en Allemagne, vers l'année 1834 (1), et, jusqu'à la fin de 1849, il y avait déjà, en Prusse, 383 milles d'Allemagne de chemins de fer en exploitation dont 83 à double voie, ce qui égale 466 milles à voie simple, ou, en comptant 14, 4 milles pour 100 verstes, 3,236 verstes* Dans l'emploi du fer pour les voies ferrées, les rails jouent le rôle principal. Or, on compte ordinairement 3,800 pouds de rails pour une verste de chemin de fer à voie simple , ce qui donne > pour 3,936 verstes , 12,296,800 pouds. Nous y ajoutons 20 pour 100 ou un cinquième , ce qui est, il nous semble, largement compté, pour la construction des locomotives et des wagons , ainsi que pour le renouvellement des rails usés, ce qui nous donne 14,756,160 pouds, et nous admettons, en somme ronde, 15 millions de pouds. En répartissant cette quantité sur les quinze années, pendant lesquelles les chemins de fer de la Prusse, achevés jusqu'à la fin de 1849, étaient, en partie, en construction et, en partie , déjà ea exploitation , nous obtenons 1 million de pouds de fer par an employés à cet usage* Nous admettons que, pendant les trois dernières années 1847-1849, la con-

(1) Le premier chemin de fer, celui de Gmunden à Llnz et Budwela, en Autriche, a été construit beaucoup plus tôt.

struction ayant été poursuivie avec plus de célérité et Tusage du fer pour l'exploitation des chemins déjà construits étant plus étendu , l'emploi de ce métal dans cette branche d'industrie était deux fois et demie plus considérable que la moyenne des quinze années; ce qui ferait 2,500,000 pouds de fer, ou , en comptant 140 pour 100, 3,500,000 pouds de fonte, et comme la moyenne de la consommation de la fonte en Prusse , pendant ces trois années , était de 14,991,140 pouds, les chemins de fer n'en auraient absorbé que 23 { pour 100. En déduisant ces 3,500,000 pouds de la consommation totale, il reste 11,491,140 pouds pour les usages ordinaires , ce qui donne , pour une population de 16,525,000 habitants, près de 28 livres de Russie par tête, ce qui fait encore à peu près trois fois autant que la consommation moyenne du fer en Russie.

On voit, par ce calcul, que, même en évaluant aussi largement que possible l'emploi du fer à la construction et à l'exploitation des voies ferrées , la consommation de cet article dans les autres pays, pour les besoins ordinaires, excède encore, dans de fortes proportions, celle qu'on en fait chez nous. Après la Russie, c'est l'Autriche qui eslle plus en arrière , sous ce rapport , à cause du système prohibitif qui y a prévalu jusqu'à la fin de Tannée 1851.

Ici se présentent , pour la Russie , deux questions trèsimportantes qui se lient très-étroitement Tune à Tautre : 1" Nos propriétaires de mines peuvent-ils donner une plus grande extension à leur exploitation et produire beaucoup plus qu'ils ne produisent maintenant? 2" Peuvent-ils produire à meilleur marché et baisser le pri^ des fers ?

Quant à la première question, toutes les inves^tigations géologiques, faites jusqu'à présent, ont constaté la grande étendue de nos mines de fer de l'Oural, qui contiennent encore des réserves de minerais pour un temps indéfini, et dont l'exploitation n'est limitée que par

le degré d'abondance du combustible dans la sphèi ressources qui se li-ouvent à leur portée.

Il ne s'agirait donc que de constater avec pré« l'étendue de ces ressources; mais malheureusenu n'existe pas, sur ce sujet, de données assez coraplè assez exactes pour baser là-dessus un calcul rationne droit de propriété des mines de l'Oural appartenant particuliers provient, en majeure partie, des dont faites par Pierre-le-Grand, auxquelles se joignait tou la concession d'un sol forestier dont l'étendue était pi moins proportionnée à l'importance des mines abai nées aux concessionntdres, et le nombre des hauts neaux ét^t limité d'après l'étendue des forêts comt dans le rayon de ces dotations qui n'étaient pas d'ail précédées, dans la plupart des cas, d'un arpentage lier ni suivies d'une délimitation très-précise. Cet él choses s'est maintenu jusqu'à présent et l'on ne poi pas non plus de renseignements très-exacts sur actuel des forêts appartenant aux mines et sur leurs d' talions partielles, soit par des coupes irrégulières, so les incendies ou par d'autres causes. La grande été de ces forêts rend la tâche d'un arpentage exact trèsteuse et très-difficile.

Aussi les avis sont-ils très-parlagés sur la question i voir si nos mines de l'Oural possèdent assez de ressourt combustible pour donner à leur exploitation un plus j développement. 11 a été constaté que, dans certmnes lités , les usines sojïl obligées d'aller chercher leurs a| visionnements de cqmbustible à une distance de 100 vf {36 lieues de France) et môme au delà ; mais ce sont d( isolés, car il y a, en revanche, des districts de mines < forêts abondent; ainsi, par exemple, nous pouvons cit mines de Nijni-Tiaguilsk , les plus importantes de to appartenant à MM. Demidoff. L'arpentage de tout le

toire appartenant à ces mines, qui a été fait, depuis peu , aux frais des propriétaires , a prouvé qu'elles ont un surcroît de sol forestier propre à donner un plus grand développement à leur exploitation. Enfin , d'après toutes les données que nous avons pu nous procurer sur ce sujet, nous nous croyons autorisé à admettre qu'un certain développement de cette industrie est encore possible et même sur une échelle assez considérable.

Dans le temps où fut publié l'ancien code des mines qui date de Pierre-le-Grand, et dont les principales dispos^itions servent encore de base à la législation actuelle, on ne tenait pas compte , dans la délimitation des forêts concé* dées aux mines , du bois de bouleau qui abonde dans plu* sieurs contrées de l'Oural et qui était alors considéré comme un combustible non propre à l'usage de la fonte du minerai , et le nombre des hauts fourneaux , que chaque propriétaire avait le droit d'ériger, fut réglé en conséquence. Depuis une vingtaine d'années on a eu lieu de se convaincre que le charbon de bois de bouleau est un combustible excellent et très-propre à l'usage de la métallurgie ; ce bois présente encore le grand avantage qu'il se reproduit dans l'espace de quarante ans , tandis que la reproduction des autres arbres feuillus et des arbres conifères exige dans nos climats un intervalle de soixante ans. C^est donc une nouvelle ressource, et ime ressource importante, qui est maintenant acquise à notre industrie des fers , et qui peut en favoriser le développement. On vient aussi de découvrir à l'Oural des gisements de charbon de terre. Cette découverte de fraîche date, dont l'importance semble déjà suffisamment constatée , doit également avoir une grande influence sur l'avenir de cette industrie ; mais il y a encore une autre circonstance dont nous devons faire mention.

Comme l'arpentage et la délimitation des forêts coûcé-

dées aux mines avaient été faits, dans le temps, d'une m$r nière très- incomplète , il a été. statué, dans l'ancien code des mines, que s'il se trouvait qu'un des concessionnaires eût plus de bois que n'en comporte son exploitation, d'après le nombre déterminé de hauts fourneaux, il serait obligé d'en céder une partie à celui qui pourrait en manquer. Il en est résulté que bien souvent ceux qui possédaient un surplus de sol forestier, hésitaient à le déclarer pour obtenir la concession de nouveaux hauts fourneaux, de crainte d'être dépossédés d'une partie de leurs forêts en faveur d'autres concessionnaires. Si des cas de ce genre existent effectivement encore, comme on nous en a assuré, il y sera sans doute avisé à la première révision de la législation des mines, qui aurait pour objet de l'approprier davantage à la situation actuelle de nos mines et aux progrè,s de l'art métallurgique , qui ont entièrement changé les conditions de cette industrie.

D'un autre côté, les nouveaux procédés employés dans la fabrication des fers, qui commencent, quoique encore t)ien lentement, à s'introduire aussi chez nous, ont amené une grande économie de combustible ; de sorte qu'avec la même quantité de charbon on obtient aujourd'hui une quantité de fer beaucoup plus considérable que celle qu'on produisait il y a quinze ou vingt ans, ce qui donne aussi une marge à notre industrie des fers pour augmenter le produit de sa fabrication.

Toutes ces circonstances nous semblent justifier l'opinion que nous avons énoncée , que nos mines de l'Oural peuvent fournir, avec le temps, une quantité de fer beaucoup plus considérable que celles qu'elles produisent maintenant; et nous ne partageons pas l'opinion trop absolue de ceux qui croient que, sans l'emploi du combustible minéral, nos mines de fer ne pourront pas faire de grands progrès. La France nous donne la preuve du con-

traire; car à côté d'un grand développement qu'on y a donné depuis trente ans à l'application du combustible minéral, la production de la fonte au bois y a été portée, (Jepuis 1819, de 1,105,000 quintaux métriques, à plus de 3 millions de quintaux. Elle était déjà de 2,826,830 quintaux en 1846 , de sorte qu'elle a presque triplé dans l'espace de trente ans. Mais tant que les prix du fer ne baisseront pas chez nous, la consommation en sera toujours trop restreinte pour provoquer l'accroissement de la production dans les limites des progrès dont l'exploitation actuelle pourrait être susceptible. Ici nous touchons à la seconde question, celle de savoir si nos propriétaires de mines peuvent fournir le fer à meilleur marché.

Pour résoudre cette question , il faut se rendre compte des conditions dans lesquelles se trouve placée notre industrie des fers.

Nous avons déjà fait observer que les concessions des mines de l'Oural faites par l'État ont été , dès le principe, accompagnées de dotations en forêts proportionnées à l'importance de ces établissements ; de sorte que les propriétaires de ces mines sont, sous le rapport du combustible, dans une situation plus favorable que beaucoup de propriétaires d'usines dans d'autres pays, qui se trouvent souvent dans la nécessité d'acheter ou le combustible ou bien les forêts ou les mines de charbon qui peuvent leur en fournir, ce qui augmente le montant du capital de revirement dont les intérêts pèsent sur les frais de production.

^ Les mines concédées par l'État sont également dotées d'une population attachée à leur exploitation, à la charge du concessionnaire de pourvoir à sa subsistance. Cette population s'élevait, en 18S1, à 587,000 individus des deux sexes qui ne fournissaient que 150,000 ouvriers environ. Les ouvriers qui travaillent dans les mines reçoivent un

salaire, ordinairement 5 kopecks (20 centimes) parj de travail et des vivres pour eux et leur famille p toute l'année. Les propriétaires de mines sont, en obligés de pourvoir à l'entretien des églises, des é( des hôpitaux.

Ce sont, sans contredit, 'des charges consid inconnues aux établissements de mines dans d pays.

Avec cet arrangement particulier , qui n'est ce qu'à notre industrie métallurgique, il est très-diffi faire une compardson exacte entre les frais de pro( en Russie et ceux des autres pays. Cependant la si de nos mines, telle qu'elle résulte des faits que nous d'exposer, présente, à côté des charges extraordi plus d'une compensation qui peut les balancer. Ain exemple, la paye de 150,000 ouvriers, à 5 kopecks pi fiwt, pour 250 journées de travail, 1,875,000 roui gent, et l'achat des provisions de bouche pour eux famille s'élève, année moyenne, d'après un calcul des données authentiques, à 2,700,000 roubles, en 4,575,000 roubles; de sorte que la journée de tra\ vient à 12 7 kopecks.

L'impôt de la capitation de 86 kopecks par tête, ( du recrutement qui s'élève, en moyenne, à 2 roubles pecks par tête sur toute la population mâle , font ( 7 roubles 50 kopecks pour un ouvrier avec sa farai comptant cinq individus mâles pour deux ouvrie â kopecks par journée de travail. Tous ces frws en portent la journée de travail à 15 7 kopecks ou 6 times; ce qui ne fait pas la moitié de ce que reç( gent comptant, l'ouvrier ordinEÙre des mines er magne ou en France. 11 y a, par conséquent, sur la d'œuvre, une économie qu'on peut évaluer au n 4 millions de roubles argent et qui peut, bien ce

ment, compenser les dépenses pour Tentretien des églises, des écoles et des hôpitaux pour une population de 587,000 habitants.

D'un autre côté , la possession gratuite des forêts , qui fournissent le combustible nécessaire, est, comme nous Favons déjà fait observer, un grand avantage , dont sont privés beaucoup de propriétaires de mines en Allemagne et en France.

La taxe prélevée par le gouvernement, de 3 7 kopecks argent pour un poud de fonte, n'excède que dans une très-faible proportion le droit régalien payé au fisc dans d'autres pays (1), et la redevance de 60 roubles par haut fourneau , répartie sur le total de la production , donne à peine 1 kopeck par poud.

En combinant foutes ces circonstances, nous ne pouvons pas admettre que les frais de production soient, en général, plus considérables pour nos usines que pour celles des autres pays, et encore moins que cette augmentation de frais soit une conséquence des conditions naturelles dans lesquelles ces établissements se trouvent placés^. il y a, d*ailleurs, un fait déjà cité, qui prouve le contraire ; car, d'après les calculs comparatifs, que nous avons établis sur des données statistiques authentiques (pages 192-198), la fonte revient, à nos propriétaires d'usines de l'Oural , à plus de 40 pour 100 moins cher qu'aux usines de l'Allemagne , et elle pourrait , sans doute , être obtenue encore à meilleur marché , si Ton mettait à profit tous les perfectionnements trouvés par la science pour ménager le combustible. Par conséquent, les fers de toute espèce

(1) En Autriche, le fisc prélève sur rexploitation des mines appartenant à des partiouliers , en Camiole et en Garinthie , 6 kreutzet par quintal , ou un peu moins de ^ kopecks argent par poud de fonte; dans le Tyrol, 2 ) kopecks ) et en St^rie» Z kopecks par poud.

devraient être fournis, à Nijni-Novgorod, les frais de transport compris , à un prix beaucoup moins élevé que celui auquel il est vendu en Allemagne, sur les lieux de production ; ce qui n'est cependant pas le cas , au moins en ce qui concerne les fers assortis et affinés, et cela provient, comme nous l'avons déjà fait observer, de rinsuffisance des moyens mécaniques et de certaines défectuosités dans la fabrication et l'affinage des fers, souvent aussi de quelques arrangements défectueux dans l'administration des usines, sous le rapport économique, ou du manque de connaissances techniques de la part de ceux qui dirigent ces établissements.

Beaucoup de nos propriétaires d'usines manquent aussi des capitaux nécessaires pour introduire dans leur exploitation des mécaniques perfectionnées et pour réorganiser leurs établissements sur de meilleures bases , en adoptant les nouveaux procédés de fabrication , dont Futilité a été constatée dans d'autres pays. Ils sont même souvent obligés de recourir à un crédit onéreux pour faire marcher l'exploitation, et de vendre, en même temps, leur fer contre des lettres de change à longue échéance, de douze à dix-huit mois, dont l'escompte, entre particuliers, ne se fait qu'à un taux très-élevé.

Nous sommes loin de vouloir contester les louables efforts qui ont été faits, dans les derniers temps, pour améliorer cette industrie. Plusieurs de nos principaux propriétaires des mines de l'Oural, qui se trouvent dans une situation pécuniaire plus avantageuse et qui administrent bien leurs usines , ont introduit d'importantes améliorations dans leurs établissements métallurgiques; ce qui les a aussi mis à même d'augmenter leur production et de réduire en même temps les frais de fabrication; mais ces améliorations, qui ne constituent que des faits isolés, n'ont eu, jusqu'à présent , aucune influence sur les prix de nos

220 INDUSTRlli.

fers ; ce qui est assez naturel, car ceux, dont les établissements se trouvent dans des conditions plus avantageuses et dont les produits sont toujours recherchés, n'ayant rien à appréhender de la concurrence de ceux qui produisent chèrement, par suite des causes déjà signalées, n'ont aussi aucun motif de baisser leurs prix (1). Il faut encore ajouter que les plus considérables de nos producteurs, comme MM. Demidoff, propriétaires des mines de Nijni-Tiaguilsk, et MM. Jakowleff, vendent la majeure partie de leurs fers et de leur tôle (2) pour l'exportation , et, pouvant à peine suffire aux demandes qui leur sont adressées, ne livrent souvent que le rebut au commerce intérieur.

De tout ce qui précède, nous croyons pouvoir tirer la conclusion que nos mines sont susceptibles, non-seulement de produire beaucoup plus qu'elles ne produisent maintenant, mais aussi de fournir le fer à meilleur marché, surtout lorsqu'on fera un usage plus étendu du combustible minéral, dont on vient de découvrir, à l'Oural, des gîtes assez étendus. Mais, pour atteindre ce but, il faut, en général, améliorer, non-seulement l'organisation des usines et les procédés de l'affinage, pour obtenir une économie dû combustible , mais aussi les procédés de la carbonisation du bois , qui se fait encore , sauf quelques exceptions peu nombreuses, d'une manière très-négligée et

(1) On pourrait nous objecter que la mise considérable de fonds pour réaliser ces améliorations exige des rentrées qui empépbent la réduction des prix ; mais cet argument n'a qu'une valeur relative «t temporaire^ car avec une bonne organisation technique et économique, la plus-value de la production, obtenue avec le même nombre d'ouvriers et avec la même quantité de combustible, doit compenser en peu de temps les intérêts du capital employé à cet effets et donner encore un surplus de bénéfices pour l'amortissement successif du capital même, dont on ne peut pas raisonnablement exiger ki rentrée immédiate pendant les premières années.

(2) La grosse tôle de M. Jaliowlcff est très-estimée et très-recherchée tant en Angleterre qu'aux États-Unis d'Amérique.

Irès-peu rationnelle. Il est suffisamment connu qu'avet bon système de carbonisation, dont l'exécution doit bien surveillée, on obtient de la même quantité de une quantité beaucoup plus considérable de charbon, dans le cas où celte opération se idii d'une manière n( gée ou défectueuse. C'est un point que nous considéi comme très-important, car il nous semble peu vraisem ble que, dans les mines de l'Oural, le combustible min puisse jamais remplacer entièrement le cbarbon de b qui demeurera, très-probablement, dans ces contrées, [ un temps indéfini, la ressource principale de l'indu: métallurgique. On sait, d'ailleurs, que le fer au cbarbo bois est, pour plusieurs usages, bien supérieur au fer paré à la houille ou au coke.

Ces différentes améliorations, qui ont déjà été en gti partie réalisées dans quelques usines, ne pourront se néraliser autant que ce sérail à désirer, que lorsque nombre des établissements en exploitation passeront i une meilleure administration et seront pourvus des pitaux nécessaires pour être organisés sur un mell pied.

Il serait très-difficile de calculer avec quelque préci jusqu'à quel point le prix de nos fers peut baisser gui lieux de production, lorsque toutes les améliorations i quées seront réalisées sur une vaste échelle ; mais i croyons ne pas nous tromper en admettant que cette bf ne pourra pas aller au delà de 25 ou 30 pour 100 du actuel.

Ce serait, sans doute, un résultat très-favorable en même et qui donnerait plus d'extension à l'emploi di dans toutes les contrées plus ou moins rapprochées centres de production; mais il serait encore très-peu i sible pour les provinces plus éloignées, où le fer en bf de l'usage ordinaire, se vend à environ 2 roubles le \

et au delà , et nous avons vu » par les données statistiques qui précèdent (pajfelOS), qu'il y a dix gouvernements, embrassant une étendue de 9,830 milles carrés géographiques (plus que toute la superficie de la France), avec une population de près de 10 millions ^ qui se trouvent dans ce cas.

Le prix du fer en barre , dans ces dix gouvernements , varie entre 1 rouble 90 kopecks et 2 roubles 16 kopecks argent le poud^ et la supputation d^ tous les prix donne, pour moyenne, 2 roubles et 2 kopecks.

QVf une réduction de 25 pour 100 ou de 25 kopeokn par poud sur le fer en barre, à Nijni-Novgorod, ne ferait descendre cette moyenne qu'à environ 1 rouble 75 kopecks, ce qui est un prix encore trop élevé pour donner une grande extension à l'emploi de ce métal et pour que la consommation relative de cet article puisse , sinon atteindre, au moins approcher celle que nous voyons dans d'autres pays. I

Nous avons déjà fait observer que la difficulté des com- y

munications et les conditions dans lesquelles se trouve notre commerce de fer, qui passe par beaucoup de mams intermédiaires, contribuent en grande partie à renchérissement de ce métal dans les provinces éloignées des principaux centres de production.

Or, il faudra encore beaucoup de temps, non-seulement pour écarter entièrement ces inconvénients , mais même pour en atténuer l'effet d'une manière sensible, et l'on ne doit pas se dissimuler que les immenses distances, qui séparent les lieux de production des lieux de consommation, sont par elles-mêmes une cause suffisante d'enchérissement pour restreindre la consommation des fers en deçà des limites naturelles, tracées par les besoins de l'agriculture et de l'industrie.

Ainsi, par exemple, le fer provenant des mines du gou- .

vernement de Perm, qui fournissent les trois cinquièmes du total delà production, doit faire un trajet de 2,500 verstes (600 lieues de France) et au delà pour arriver à Minsk, Wilna ou Riga. Un transport aussi lointain d'une matière brute, comme le fer, doit excéder, dans bien des cas, la valeur de l'objet transporté. Nous voyons, en effet, par le compte rendu de la compagnie de l'exploitation des mine» de Souksoune, dans le gouvernement de Perm, que le fer en barre y revenait, en dernier lieu, à 74 kopecks le poud, tandis que le fer de l'Oural se vendait plus de 2 roubles dans les gouvernements de l'ouest, c'est-à-dire presque le triple de sa valeur sur les lieux de production. Encore faut-il ajouter que les mines de Souksoune appartiennent aux moins favorisées sous le rapport de la richesse de leur minerai, ce qui augmente beaucoup les frais de production.

Il résulte de toutes ces circonstances un état de choses qui n'est pas naturel, et nous ne croyons pas qu'on puisse finalement en sortir autrement qu'en admettant la concurrence des fers étrangers, qui serait tempérée par des droits d'entrée assez élevés pour ne pas évincer nos fers sur les marchés intérieurs, partout où ces derniers pourraient airiver, sans être chargés des frais de transport, qui en doubleraient le prix vénal sur les lieux de production. En tout cas, cette ressource nous semble au moins indispensable pour la fonte; car, si le fer affiné peut encore supporter, jusqu'à un certain point, un transport lointain, ce n'est guère le cas pour la fonte de l'Oural, dont la valeur vénale serait triplée et quadruplée avant d'arriver aux établissements qui en ont besoin-

Les grands ateliers mécaniques, qui se trouvent principalement à Saint-Pétersbourg et ceux des provinces de la Baltique, sont réduits à 60,000 ou 70,000 pouds de fonte très-médiocre, qui arrive de la Finlande, et dont le prix

monte oulre mesure, dès que les demandes de cet article augmentent.

Il est notoire que la production et l'emploi de la fonte à moulage jouent , maintenant y un rôle très-important dans llndustrie de tous les pays,

Ainsi , par exemple , en Prusse , le total des produits de rindustrie des fers, provenant tant des mines du pays que de la fonte importée de l'étranger, s'élevait , en 1850, à 4,100,508 quintaux, dont 927,748 quintaux ou 22 ^ pour 100 en fonte.

En Autriche, sur le produit total des hauts fourneaux, qui s'élevait, en 1848, à 3,660,917 quintaux, les objets en fonte, coulés directement à la première fusion du minerai {Gusseisenwaaren aus Erzen), figuraient pour 443,871 quintaux ou pour plus de 12 pour 100, et une certaine quantité de fonte à fer, qui n'est pas indiquée dans les tableaux statistiques, a été également employée au moulage des articles d'un travail moins grossier, de sorte qu'on peut admettre que, dans ce pays aussi, un cinquième à peu prés de la fonte est employé à cet usage. Chez nous, la fabrication des grosses pièces de mécanique en fonte est trèsinsignifiante, et l'on est obligé de les tirer en majeure partie de l'étranger.

La Russie est, aujourd'hui, le seul pays où le fer et la fonte soient encore prohibés à leur importation par mer. En France, sous le régime d'un tarif, qui est le plus prohibitif du monde entier, le fer est frappé de droits très-élevés ; mais la fonte brute est admise, dans tous les ports de mer (par navires français) avec un droit de 7 francs par quintal métrique, ce qui fait 28 kopecks par poud. La France est, après l'Angleterre, le pays le plus riche en fer. Elle en produit deux fois et demie autant que la Russie, et pourtant elle consomme jusqu'à 85 millions de kilogrammes ou près de 5,200,000 pouds de fonte étrangère ; ce qui prouve

à quel point cet article est reconnu utile et nécessaire pour l'industrie nationale, même dans les pays tributaires du système prohibitif le plus sévère.

Quant à la question des conséquences que pourrait avoir pour les mines de TOural Fimportation de la fonte et des fers étrangers en Russie, nous nous permettons d'énoncer ici notre opinion, qui se résume dans ces termes :

Par les raisons déjà indiquées, l'Oural ne peut pas fournir à nos établissements industriels du nord, du midi et de Touest la fonte dont ils pourraient avoir besoin, car elle reviendrait trop cher; par conséquent, la prohibition de cet article, très-gênante pour beaucoup de branches de notre industrie, ne tourne pas au profit des usines de cette contrée.

L'admission de la fonte étrangère donnerait une grande impulsion aux ateliers mécaniques et à la construction des machines, qu'on est obligé maintenant de faire venir à grands frais de l'étranger (l'importation de cet article s'élève maintenant à près de 3 millions de roubles), ce qui serait un très-grand avantage pour notre industrie.

Quant aux fers anglais , dont l'invasion est la plus à craindre pour nos usines, à cause de leur bas prix, un droit bien proportionné les empêcherait de faire concurrence à nos fers dans l'intérieur de la Russie ; car, plus ils s'éloigneraient des ports de mer et plus ils seraient chargés de frais et reviendraient trop cher, vu surtout leur qualité très-inférieure, pour être préférés aux nôtres, dont la supériorité est reconnue.

Pour beaucoup d'emplois, dans les métiers et les différentes branches d'industrie, nos fers, dont nous vendons encore, jusqu'à présent, 700,000 à 800,000 pouds sur les marchés étrangers, seraient préférés, même avec une différence de prix de 20 à 30 pour 100, aux fers anglais, auxquels ils feraient concurrence, même dans les provinces III. ^ô

i2S INDUSTRIE.

fesler, d'une manière plus positive, dans la fabrication de tous les objets dans la valeur desquels la matière première entre au moins pour un tiers , et devenir de plus en plus sensible à mesure que cette proportion augmente.

Ainsi, par exemple, notre coutellerie est très-avancée et ses produits se vendent à des prix raisonnables, souvent même à très-bon marché, tandis que le prix des outils ordinaires et des gros produits des forges sont comparativement beaucoup plus chers.

La coutellerie est une de nos industries qui ont fait Je plus de progrès depuis une vingtaine d'années.

Un des principaux sièges de cette industrie se trouve dans deux villages : Pawlow et Worsma, appartenant au comte Cheremetieff, dans le gouvernement de Nijni-Nowgorod. On n'y fabriquait, il y a vingt-cinq ans, que de la coutellerie ordinaire ou de moyenne qualité , tandis que , maintenant , on y confectionne des couverts de table jusqu'au prix de 25 roubles argent (100 francs) la douzaine et toute espèce de coutellerie fine. Les produits de ces deux villages occupent le premier rang dans cette branche d'industrie, tant sous le rapport de la qualité que sous celui du bon marché. Chaque coutelier a son établissement, avec 10 et même 30 ouvriers, et fournit des marchandises de 5,000 jusqu'à 15,000 roubles argent (60,000 francs).

Tous les deux villages s'occupent presque exclusivement de cette branche d'industrie. Une grande partie de leurs produits se vend à la foire de Nijni, pour le commerce avec l'Asie. Les petits ouvriers font colporter leurs marchandises dans les villes voisines et dans les villages qui se trouvent sur la grande route de Nijni. Nous avons vu, chez ces colporteurs de village , de très-jolis canifs , des ciseaux, des tire-bouchons et des couteaux de poche d'un prix extrêmement modéré, qui ne le cédaient en rien, vu surtout la modicité du prix, aux meilleurs articles de ce

genre de fabrication étrangère. L'acier employé dans cette industrie provient principalement de deux usines établies dans ces villages mêmes, qui en produisent environ 50,000 pouds, et, pour les articles les plus fins, on emploie de l'acier fondu tant anglais que russe. On n'y est pas encore parvenu à faire d'aussi bons rasoirs qu'en France ou en Angleterre , ce qui tient encore à quelques imperfections dans les procédés de la trempe ; mais on a remarqué aussi sous ce rapport des progrès sensibles dans les derniers temps, et ce qui a beaucoup contribué à ces progrès, c'est que les ouvriers des villages de Pawlow et de Worsma ont reconnu, depuis quelque temps, la nécessité de mieux partager le travail entre eux; de sorte que tel ouvrier ne fabrique que des couteaux et tel autre s'occupe principalement de la fabrication des rasoirs ou des ciseaux.

On fabrique aussi beaucoup de coutellerie à Toula, qui est notoirement le siège principal de notre fabrication de toute espèce d'objets en acier, ainsi que d'armurerie et de fourbisserie ; mais la coutellerie de Toula est bien inférieure à celle de Worsma et de Pawlow. On y emploie souvent du fer, auquel on donne une trempe particulière, qui prend l'apparence et le poli de l'acier sans en avoir les qualités intrinsèques.

En général, la fabrication de Toula n'a pas fait, dans les derniers temps, des progrès très-marquants sous le rapport des produits de fer et d'acier. Ainsi, entre autres articles, les tabatières et autres objets de Toula, en acier damassé ou incrusté d'or, qui étaient auparavant très-estimés en pays étrangers, sont, maintenant, mieux travaillés en, France, en Angleterre et en Allemagne.

La fabrique de Zlatooust , qui est la meilleure que nous ayons pour les armes à feu et les armes blanches, fournit aussi de la coutellerie d'assez bonne qualité.

Le plus grand établissement pour la fabrication de la

coutellerie est celui de la veuve Jakowleff, dans le gouvernement de RiaZan, appartenant autrefois à la comtesse de Broglio, qui occupe environ 200 ouvriers-maîtres et plus de 300 ouvriers ordinaires, en tout une population de plus de 500 individus, et produit annuellement pour environ 100,000 roubles argent de coutellerie et d'instruments chirrurgicaux. L^acier employé dans la fabrication est préparé à rétablissement même, d'après un procédé qui est tenu secret. La coutellerie de cette fabrique ne lef cède en rien à celle de Worsma et de Pawlow et la surpassé même pour quelques articles ; mais le prix en est d'environ 20 pour 100 plus élevé. On y fabriqua, entre autres objets, des couteaux avec manche en écaille et incrustation en or jusqu'au prix de 70 roubles =280 francs la douzaine ; mais, en général, le \ prix de notre coutellerie a considérablement baissé depuis 1843, ce qui doit nécessairement en étendre le débit.

Nous devons encore citer^ parmi les établissements connus par la bonne qualité de leurs produits, la fabrique de l coutellerie de M» Jouline, en Finlande, dont les produits \ ont figuré parmi les meilleurs à l'exposition de 1849. l

Il y a aussi plusieurs bons fabricants de coutellerie et x d'instruments chirurgicaux à Moscou et à Saint-Pétersbourg; mais, pour cette dernière partie, c'est la fabrique du gouvernement qui occupe le premier rang» Elle fournit des instruments de chirurgie aux hôpitaux civils et militaires.

La fabrication des instruments aratoires et des machines^ employées dans l'économie rurale^ a fait des progrès sensibles, qui sont dus principalement aux soins persévérants de nos sociétés agricoles , secondées par la protection du gouvernement. L'établissement de l'Institut technologique, à Saint-Pétersbourg, y a également beaucoup contribué en formant de bons ouvriers mécaniciens et en faisant construire des modèles de machines, qui ont figuré à

plusieurs de nos expositions de l'industrie. On a également remarqué, à la dernière exposition des produits agricoles , qui a eu lieu , à Moscou , en 1852 , des modèles de différentes machines de nouvelle invention à l'usage de l'économie rurale, dont deux, pour faucher le blé, ont particulièrement attiré l'attention des connaisseurs.

Parmi les instruments aratoires , les faux et les faucilles sont ceux dont la fabrication est encore restée le plus en arrière des autres branches de l'industrie métallurgique.^ Aussi, ne pouvons-nous encore nous passer de l'importation de cet article de l'étranger, et nommément de l'Autriche, d'où nous en tirons au delà de 90,000 pouds, et cette importation augmente presque d'année en année.

La moyenne triennale de l'importation, qui était, pendant les années 1840-1842, de 483,000 roubles argent» s'est élevée, pendant les années 1849-1851, à 681,000 roubles.

La fabrication des faux et faucilles est une industrie très-difficile. Elle dépend, non-seulement de la qualité du métal qu'on y emploie, mais aussi du procédé de la trempe. Ce qui le prouve le mieux, c'est que, jusqu'à présent, on n'est parvenu, dans aucune des usines de l'Allemagne» d'égaler en qualité les faux de la Styrie. On a cependant consacré, depuis quelque temps, plus de soins à la fabrication de cet article en Russie.

On fabrique des faux et des faucilles à l'établidsemf^at de Zlatooust et dans plusieurs usines de l'Oural, entre autres dans celles de MM. Demidoff et Ghepeleff. Dans les usines de MM. Ghepeleff, on a cherchée imiter les procédés de fabrication usités en Styrie.

Il existe aussi des fabriques de faux et de faucilles dans le royaume de Pologne.

Ce que nous venons d'observer relativement aux faux et aux faucilles s'applique également à presque tous le$

ÎU INDUSTRIE.

outils usités dans différents métiers et professions, dont la fabrication est encore très-arriérée.

Le siège de cette industrie se trouve à Toula , qui en poun'^oit toute la Russie ; mais elle n'y est encore parvenue qu'à un degré très-inférieur, sous le rapport de la qualité de ses produits et laisse beaucoup à désirer. On en fabrique aussi à Zlatooust, où cette industrie a surgi à répoque où les relations avec l'Angleterre étaient interrompues par suite des guerres maritimes.

La plupart des outils de Zlatooust sont supérieurs en qualité à ceux de Toula, où l'on remplace souvent l'acier par le fer aciéré. Les outils grossiers , tels que haches , marteaux, etc., se fabriquent dans plusieurs usines.

Parmi les outils, les limes et les scies jouent le rôle principal, tant par leur importance dans différents métiers, que par la difficulté de leur fabrication.

Un bon choix de la matière première et un assortiment très-soigneux des différentes espèces d'acier, selon l'usage auquel les limes sont destinées , en sont les principales conditions. Nos limes ont, en général, le défaut ou de s'émousser très-vite ou de casser très-facilement. Ce dernier défaut provient de l'emploi d'un acier trop sec. Pour la fabrication de l'acier destiné à la confection des limes, comme à beaucoup d'autres usages, on emploie, en Angleterre , plusieurs espèces de fer, et, le plus souvent, le fer russe, de MM. Demidoff, avec le fer de Suède. On ne fabrique bien, chez nous, que des limes grossières et on n'a pas pu, jusqu'à présent, remplacer les limes anglaises et françaises pour tous les ouvrages qui exigent une certaine précision.

On a réussi, depuis quelque temps, dans quelques établissements, à fabriquer des limes à la manière anglaise; mais ce ne sont, jusqu'à présent, que des essais isolés, qui prouvent seulement qu'avec du soin et de la persévérance

on peut parvenir à fonder cette industrie en Russie. Les premières limes russes, qui n'avaient pas les défauts ordinaires qu'on remarque dans cet outil, lorsqu'il provient des fabriques indigènes, sont celles dès usines de Nijni- Tiaguilsk, qui ont paru à l'exposition de 1843. Elles né le cédaient en rien aux limes anglaises; mais on a trouvé alors que le prix en était trop élevé.

Les usines de Nijni-Tiaguilsk sont le plus à même de perfectionner cette fabrication , parce qu'elles produisent du fer excellent, qui est très-estimé en Angleterre pour la fabrication de l'acier.

La serrurerie, bien qu'elle soit en général assez avancée et très-répandue, laisse encore, sous quelques rapports, beaucoup à désirer. Nos serrures et nos cadenas sont en général ou trop lourds ou confectionnés avec peu de soin et se gâtent facilement. Les ressorts en sont ordinairement très-défectueux.

Cette industrie se trouve principalement concentrée dans le village de Pawlow, déjà cité et renommé pour sa coutellerie (gouvernement de Nijni), à Toula, Jaroslaw, Moscou et Saint-Pétersbaurg.

On fabrique, à Pawlow, des serrures et des cadenas du prix de 2 kopecks jusqu'à 20 roubles argent la pièce ; mais la grande fabrication consiste principalement en cadenas ordinaires, de 2 à 35 kopecks la pièce ; on en envoie beaucoup en Asie.

La serrurerie fine de Saint-Pétersbourg, fabriquée principalement par les ouvriers allemands, est la meilleure de toutes, mais ses produits sont encore trop chers.

Parmi les autres objets en acier, nous devons encore faire mention d'une fabrique d'aiguilles, de M. Poltaratski, dans le gouvenement de Riazan, dont la production a été portée, en dernier lieu, à la valeur de 170,000 roubles argent. Nous avons vu, à la dernière foire de Nijni, Aes as-

sortîments d'aiguilles , jusqu'à des numéros très-fins, qui dénotent un grand progrès dans cette fabrication < C'est la seule fabrique d'aiguilles, en Russie, dont nous ayons connaissance, et, tout en rendant pleine justice aux perfectionnements introduits dans cet établissement par son propriétaire actuel, nous n'oserions pas présager en gênérai un grand avenir à cette branche d'industrie, qui exige non-seulement des mécaniques très-perfectionnées, qu'il faut faire venir des pays étrangers, ce qui augmente beaucoup les frais de production, mais aussi des ouvriers trèshabiles et une surveillance très-soutenue de tous les détails de la fabrication. Chez nous, ces établissements devraient se borner à produire des aiguilles ordinaires et des numéros moyens, dont l'usage est le plus répandu, au lieu de pousser la fabrication jusqu'aux numéros les plus fins,pour lesquels il est très-difficile de soutenir la concurrence de l'Angleterre et des autres pays où cette industrie a pris racine d'ancienne date. Cette branche d'industrie ne peut même pas être très-efficacement protégée par le tarif douanier, car un droit , au poids , très-élevé , ne ferait qu'encourager la contrebande, qui est si facile pour cet article, et un droit modéré devient peu sensible pour des aiguilles très-fines, dont une livre contient 10 à 12,000 pièces.

Il ne nous reste que peu de mots à dire sur la fabrication des objets en fonte et la construction des machines, cette branche de l'industrie métallurgique , qui est le grand levier de toutes les autres^ étant encore très-arriérée chez nous, sous le rapport de son importance relative. Pendant longtemps, et à l'exception des usines de la Couronne* à Lougansk, Ekatherinbourg, Zlatooust, Wotkinskj Goroblahodatsk et Olonetz, qui travaillent principalement pour les besoins de l'armée et de la flotte, nous n'avions qu'un seul établissement considérable pour le moulage des grosses pièces de fonte, celui de M. Berth, à Saint-Péters*

INDUSTRIE. tSÔ

bourg. Ce n'est que depuis peu, qu'il en a surgi quelques autres, dont les principaux sont celui qui vient d'être entrepris, sur une grande échelle, sous le patronage de S* A* I. feu M^*" le duc de Leuchtenberg, ainsi que ceux du général Ogaroff et de M. Nobel* à Saint-Pétersbourg; le» fonderies de MM. Chepeleff, dans le gouvernement de Nijni-Nowgorodj et celle de M. Maltzow, dans le gouver* nement de Wladimir. Une des compagnies de la navigation à vapeur sur le Volga a fondé, tout récemment, un établissement de machines à vapeur, près de Nijni, qui est parfaitement bien organisé. Il serait seulement à désirer qu'on pût lui donner une plus grande extension. Moscou possède un grand établissement pour des constructions mécaniques, dépendant de l'Institut des Orphelins, et quelques autres ateliers, organisés sur une plus petite échelle, dont le principal est celui de MM. Wreglei et Hoj>per et de M. Boutenopp. Il y a aussi quelques fabriques de machines à Riga ; mais elles ont de la peine à prendre un grand développement, vu la cherté du fer et faute de pouvoir se procurer, en tout temps, de la fonte en quantité suffisante et à bon marché. Quelques-uns ont même succombé sous le poids des efforts infructueux, comme, piar exemple, la fabrique de Hecker et Pikhlau, à Riga, qui a été fermée il y a quelques années ^

Les établissements de Riga s'approvisionnaient, pendant quelque temps, pour la matière première, par la fusion des vieux canons provenant encore du temps des Suédois; mais lorsque cette ressource s'est épuisée , ils ont éprouvé de la gêne dans leur exploitation»

Une des industries de fer qui est également très-arriérée en Russie, c'est la ferblanterie, c'est-à-dire la fabrication de la tôle étamée, qui y est encore si inférieure que, pour tous les objets, en tôle de meilleure qualité, oti est obligé de tirer cet article de l'Angleterre, et, malgré un droit très-

élevé de l'ancien tarif, 4 roubles 50 kopecks par poud (1 franc 10 centimes par kilogramme), qui revenait à plus de 100 pour 100 de la valeur, on en importait, jusqu'à la fin de l'année 1850, pour plus de 43,000 roubles (172,000 francs), et, à la suite de la réduction de ce droit à 2 roubles par poûd, ce qui revient encore à près de 50 pour 100, rimportation s'est élevée, en 1851, à 162,000 roubles (648,000 francs).

Pour ce qui concerne la valeur de tous les produits de notre industrie des fers, nou5 ne pouvons en donner qu'une estimation plus ou moins approximative.

On a vu, par les données statistiques qui précèdent, que la production des mines de fer de la Russie d'Europe et de la Russie d'Asie s'élève, maintenant, à 13,100,000 pouds de fonte«

Dans le royaume de Pologne, la production des fers, évaluée en fonte, est d'environ 1,500,000 pouds (1). La Finlande produit près de 500,000 pouds, ce qui donne pour total environ 15 millions de pouds. Sur cette quantité, on peut admettre environ 1,500,000 pouds qui auront ^ été employés comme fonte de moulage, et le reste, c'esl-adire 13 { millions, aura été converti en fer forgé, en tôle et autres produits de fer.

Gomme on ne fabrique, chez nous, que de gros articles en fonte, nous ne croyons pas pouvoir admettre, pour l'estimation de ces produits des usines, qu'un prix moyen de 1 rouble 50 kopecks par poud, ce qui donnerait, pour 1,500,000 pouds, 2,250,000 roubles, argent. Les 13 { millions de pouds de fonte, convertis en fer, peuvent donner,

(1) C'est par erreur, que dans la première édition du premier volume (p. 299),^ celte production avait été évaluée à 3,320^410 pouds. Elle a d'ailleurs diminué dans les derniers temps.

INDUSTRIE. m

d'après la proportion généralement admise, de 100 pour 140, 9,643,000 pouds de fer de différentes espèces forgé, laminé et affiné. Nous admettons en somme ronde, 9,700,000 pouds.

Le fer forgé en barre, pour l'usage ordinaire, se vend, au marché central de Nijni, au prix moyen de 1 rouble le poud. Le prix moyen des fers assortis et affinés varie, selon les espèces, entre 120 et 180 kopecks, ce qui donne, pour moyenne générale, 1 rouble 50 kopecks ; le fer préparé pour l'acier se vend environ 140 kopecks, et la tôle environ 2 roubles 50 kopecks.

D'après tous ces prix, nous croyons pouvoir admettre pour valeur moyenne des fers forgés, assortis, affinés et laminés, pris ensemble, 1 rouble 50 kopecks par poud, ce qui donne, pour 9,700,000 pouds, une somme de 14,550,000 roubles argent.

La valeur moyenne de l'exportation des fers de toute espèce , pendant les années 1849-1851 , s'élevant à 1,078,000 roubles, il en resterait, pour la consommation intérieure, 13,472,000 roubles. Nous admettons en somme ronde, 13,500,000 roubles.

Il reste à déterminer maintenant la valeur que la façon et la main-d'œuvre ajoutent à ce métal dans ses diverses applications.

Il est bien entendu qu'il ne peut pas s'agir ici d'une esr timation très-précise, mais seulement d'une évaluation tarit soit peu approximative , que nous essaierons d'établir par le calcul suivant, en admettant pour base les prix des diverses marchandises en fer, adoptés en Autriche, à la suite des investigations qui ont précédé le nouveau tarif, publié en 1851.

Voici, d'après ces estimations, les prix moyens de différents articles en fer, réduction faite en poids et en monnaie de Russie , ainsi que la valeur, en pour 100 , que la

façon ajoute à la matière brute, en comptant, selon les articles , le fer en barre, de l'usage ordinaire , à 1 rouble le poud et les fers affinés et assortis à 1 rouble 50 kopecks :

LE POUD

AfIQVBNTATiOpl

roubles.

kopecks.

de valeur.

490 pour 400

70 plus

de 400

Gros produits des forges tels que : enclumes, ancres, gros marteaux, etc.

Qoqg

Fers à cheval

Instruments aratoires . . . . i .

Faux et fnncilles

Cerdes et autres objets pour le ferrage des voitures

Ustensiles ordinaires de cuisine. . .

Outils tels que limes, scies, forets, fers à rabots, couteaux et fourchettes, ciseaux et moucbettes

Serrurerie, vis et écrous. . . * .

Nous omettons les autres articles fins en acier, dont la valeur monte jusqu'à 300 roubles le poud ; mais qui ne jouent, surtout en Russie, qu'un rôle très-secondaire dans l'ensemble de la fabrication des objets en fer.

En combinant ces différents prix avec les quantités relatives de cbaque article, fabriquées dans le pays et caleur lées par à peu près, nous croyons pouvoir admettre que la façon et la main-d'œuvre ajoutant à la valeur du fer consommé dans le pays environ 250 pour 100, ce qui porterait cette dernière à 47,250,000 roubles argent.

Voici, d'après ce calcul, l'évaluation générale de tous les produits de notre industrie des fers :

roubles «rgent.

Objets coulés en fonte 2,250,000

Valeur du fer exporté 4,078,000

Valeur des objets en fer fabriqués dans le pays. . 47,250,000

Total, , , • 50,578,000

Pour réduire nos* évaluations au taux le plus modéré possible, nous admettons en somme ronde 50 millions. En déduisant de cette somme la valeur de 15 millions de pouds de fonte brute, comptés à 30 kopecks, ce qui fait 4,300,000 roubles, il reste une valeur de 45,500,000 roubles ^ que les diverses industries, qui travaillent lé fer> ajoutent annuellement à la richesse nationale.

Les usines de l'Oural occupent , d'après les données ôf* ficielles, 150,000 ouvriers, et, en y ajoutant toutes les autres usines, tant de l'Empire que du royaume de Pologne et de la Finlande, on peut en porter le nombre, d'après le total de la production des fers, à 226,000. Les différents métiers et professions, qui mettent le fèr en œuvre, peuvent occuper, d'après un calcul établi par analogie sur les quantités de fer mises en œuvre et le nombre d'individus employés dans ces métiers dans d'autres pays, environ 100,000 ouvriers, ce qui donne en tout 925,000 ouvriers.

Cuivre.

La fabrication de divers ustensiles de ménage en cuivre, tels que chandeliers , lampes , cuvettes , bouilloires, cafetières, balances, etc., est une des plus anciennes et des plus avancées; et la plupart de ces articles, surtout ceux dont l'usage est répandu d'ancienne date en Russie, sont d^un prix assez modéré. Nos samovars (bouilloires au charbon) sont connus dans tout le nord de l'Allemagne (1), et ils sont si répandus en Russie que même , dans les villages, les paysans un peu aisés en font usage.

(1) Ces bouilloires, très-commodes pour les petits ménages, ont une grande supériorité sur les bouilloires à Fesprlt de vin, car avec une très-petite quantité de charbon Teau froide y arrive à Fétat d'ébullition dans l'espace de quelques pinutes«

îiO INDUSTRIE.

C'est à Teula que se trouve le siège principal de cette industrie ; mais on fabrique aussi des objets en cuivre daas la plupart des grandes villes de l'Empire, surtout à Moscou et à Saint-Pétersbourg.

La fabrication des bronzes se trouve dans des conditions . bien différentes et bien moins avantageuses que celle de tous les autres objets en cuivre. Cette industrie de luxe ne doit son existence en Russie qu'à des droits presque prohibitifs, sans lesquels elle n'aurait jamais pu soutenir la concurrence avec les produits de l'industrie française qui se concentre à Paris.

L'industrie parisienne des bronzes a formé une école spéciale de dessin qui lui a donné ce cachet artistique qui la distingue de. toutes les autres , et lui fournit abondamment des modèles en tous genres , en suivant tous les caprices du goût et de la mode.

Comme en Allemagne et dans d'autres pays , on se bornait pendant longtemps, chez nous, à copier les modèles français, et ce n'est qu'à l'exposition de 1843 qu'on vit figurer, pour la première fois, des ornements et des groupes faits d'après des dessins originaux. Depuis, ceUe industrie a pris une allure plus indépendante, et l'on rencontre maintenant beaucoup plus de bronzes en tout genre moulés d'après des modèles composés par des artistes russes. Les écoles de dessin fondées à Moscou et à Pétersbourg n'ont pas peu contribué à ce progrès. Nos meilleurs fabricants mettent beaucoup de soins à donner à leurs bronzes un certain degré de fini qu'on ne trouve pas même toujours dans les produits similaires de l'industrie étrangère. La composition du métal est à peu près la même que dans les bronzes français : 57 7 à 62 7 pour 100 de cuivre, 32 7 à 37 7 pour 100 de zinc, environ 4 pour 100 d'étain, et f pour 100 de plomb. La proportion du cuivre au zinc varie, selon la couleur que l'on veut donner au bronze, et

selon que les objets sont ou non destinés à être dorés. La dorure est en général très-bonne; elle égale celle des bronzes français, et quelquefois même la surpasse; mais le prix de nos bronzes est en général très- élevé, surtout celui des petits objets. La différence du prix, relativement aux bronzes français, est souvent de 100 pour 100 et au delà, mais elle diminue considérablement pour les objets de plus grande valeur.

M. Boutowski avait observé, il y a dix ans {vair son compte rendu de l'Exposition de 1843), que pour les grandes pièces, dont la valeur dépassait 250 roubles argent (1,000 francs), nos fabricants pouvaient soutenir la concurrence des bronzes français, mais nous' nous permettons quelque doute sur l'exactitude de cette observation, même en l'appliquant à l'état actuel de notre industrie des bronzes , et , comme d'ailleurs ce sont précisément les objets de moindre valeur qui forment la majeure partie de la consommation, cet avantage, quand même il existerait , effectivement , ne compenserait pas rinfériorité de notre industrie sous le rapport des frais de fabrication, au point de vue général.

Cette infériorité tient à plusieurs causes qui ont déjà été signalées par M. Boutowski, dans son compte rendu de l'Exposition de 1843 et dont les principales sont que l'industrie parisienne des bronzes, vu l'élégance de ses formes, la richesse et la variété de ses modèles , a le monde entier pour marché , et que chaque objet nouveau se vend par centaines, et quelquefois par milliers; tandis qu'un fa- • bricant russe réussit rarement à en placer plus de quinze ou vingt, ce qui fait que le fabricant français peut livrer ses produits à beaucoup meilleur marché. D'un autre côté, ce grand développement de l'industrie parisienne a donne lieu à une meilleure distribution du travail. Il y a, en

France, tel établissement où l'on ne fait que couler les iii. 46

pièces de bronze, tel autre qui ne a'occupe que de la ciselure , et tel autre de la dorure seulement ; cette division du travail procure une grande économie 6ur les frais de production.

Il y a encore une autre circonstance moins importante, que nous ne citons que comme une curieuse particularité. Pour tnouler les objets en bronze d'un travail très-fini, on a besoin d'un sable très-fin, qu'on trouve rarement aux environs de Pétersbourg^ siège principal de cette industrie, et les meilleurs fabricants de la capitale sont obligés de le faire venir de Paris. Un tonneau de ce sable leur revient à environ 17 roubles argent (1).

Vu*toutes ces circonstances^ nou3 croyons que la fabri^ cation des bronzes n'acquerra jamais chez nous un haut degré d'importance au point de vue commercial, et qu'elle restera toujours au rang des industries plus ou moins secondaires.

M. Bôutowski évaluait, en 1843, les produits de cette industrie à 3 millions de roubles assignat ( 860,000 roubles argent), et nous croyons qu'on peut les porter maintenant à 1,500,000 roubles argent (6 miUions de francs). Lès meilleures fabriques de bronze sont celles de Stangué , de Tegelstein , de Chopin , et l'ancienne fabrique de Schreiber (maintenant Guizo et Lyndruss) à Saint-Pétersbourg, et de Kroumbigel, à Moscou. Les produits de ce dernier fabricant, et ceux de Stangué, ont figuré avec avantage à l'exposition universelle de Londres. Mais le plus important de tous les établissements de ce genre est sans contredit celui de la fabrication et de la dorure des bronzes par le procédé galvanique, fondé il y a sept ans à

(1) On trouve ce sable aux enyii'ons de Paris, prés de Fontenay-aux-Roses [voir le compte rendu de TExposition de 1843 par M. Bouto^i^ii pttge :289)i

INfiOSÎfllÈ. 443

Pétersbourg, et agrandi en dernier lieu, soiis Fâùguiste patronage de feu S. A* L motii§iigiièuf le dUc de Leuehtenberg. Il n'existé ^ â flôti'e eoftnaijssâflee > dans aucun pays, une fabrique de ce genre, organisée âUr Uîie àiissi grande échelle* Cet étftblissétnent réunit eîî ihêttie temps une fonderie de fer ddnt nous avons déjà fait méntiôii. Oii y coule en bronze des objets de toute êsi^èée ^ depuis les statues leë plus Colossales jusqu'aux plus petits objets usuels, qui unissent l'élégance dès formes à la côfrectioti des dessins et ati fini de l'exéGUtiOtti

Parmi lés produits des autres fabriquée^ téUxdeM; Chopin ont attiré l'attention particulièfe dê§ ôonnaisseujrs àtiX dernières expositions. On a également vtl figurer avêd avantage i à l'Exposition de Saint-Pétersbourg ^ en 1849, les bronzes de la fabrique Minter^ à Varsovie «

Outre les fabriques de bronze qUé nous Venons de citer, il y a à Pêtérsbourg> â Moseou , à Varsovie , et datis quelques autres grandes Villes de TEhipirej un nombre assej^ considérable d'établissements qui s'occupent plus spécialement de la fabrication de lâmpéS. Dans cette branche d'industrie , le premier rang noUs semble appartenif jusqu'à présent aux fabriques de Stattgué , de Knopp et de Gaïe^ski, à Saint-Pétersbourg.

La fabrication des boutons métalliques , quoique d'une importanee secondaire , oceUpe cependant quelques mll-^ liers d'ouvriers. Cette industrie se concentre principalement dans les deux capitales.

Les meilleures fabriques de boutons, à Saint-Pétersbourg, sont celles de Volkhoff et des frères Bouch. Un industriel de Libau^ M. Harm^en, a établi dans cette ville, en 1841, une fabrique de boutons de toutes espèces, qui se range maintenant parmi les établissements les plus importants de cette catégorie , et dont les produits ont figuré aveq avantage à l'Exposition de 1849,

Les produits de la fabrication des objets en cuivre , ou dans la composition desquels ce métal joue un rôle important, peuvent être évalués approximativement de la manière suivante :

Nous produisons environ 350,000 pouds de cuivre (la moyenne de la production, pendant les années 1849-1851 , était de 349,194 pouds), et nous en exportons plus de 100,000 pouds (la moyenne de l'exportation des années 1849-1851 était de 103,000 pouds), de sorte qu'il reste , pour la fabrication intérieure , près de 250,000 pouds représentant, au prix moyen de 9 roubles le poud, une valeur de 2,250,000 roubles argent, à laquelle il faut ajouter la valeur de 40,000 à 45,000 pouds de zinc importés du royaume de Pologne (1), et employés principalement à la fabrication du laiton ou cuivre jaune. En portant cette dernière à 100,000 roubles, on obtient pour valeur totale de la matière première, 2,350,000 roubles, et l'on peut porter au triple , ou à 7 millions de roubles , la valeur de j tous les objets en cuivre et en laiton fabriqués dans le | pays. On en vend pour environ 700,000 roubles argent (2,800,000 francs) à la seule foire de Nijni. En y ajoutant la fabrication de ces objets en Finlande et dans le royaume de Pologne , nous croyons pouvoir porter la valeur totale \ des produits en cuivre et en laiton à 7 7 millions de roubles (30 millions de francs), et en déduisant un tiers pour la matière première, on trouve que les différentes industries I qui travaillent le cuivre ajoutent 5 millions de roubles à la richesse nationale.

Le nombre d'ouvriers qui travaillent le cuivre et le bronze peut être évalué approximativement à environ 7,000 à 8,000 individus. \

(1) La moyenne de rimportalion , pendant les années 1848-1860, étail de 44,92G pouds.

Orfèvrerie et bijouterie.

Cette industrie est assez perfectionnée en Russie. Son siège principal est dans les deux capitales. La bijouterie de Saint-Pétersbourg peut rivaliser, sous le rapport de la perfection du travail, avec celle de Paris, mais la façon en est beaucoup plus chère. Pour la monture des pierres précieuses, nos bijoutiers ne le cèdent en rien à ceux de l'Angleterre et de la France. L'orfèvrerie est moins avancée. Elle laisse encore beaucoup à désirer sous le rapport des formes et du fini du travail, et le prix de la façon est aussi beaucoup plus élevé.

La valeur de l'argenterie et de tous les produits de l'orfèvrerie et de la bijouterie peut être fixée approximativement au moins à environ 7 7 millions de roubles argent, dont à peu près 2,500,006 sont représentés par la façon.

Fabrication des objets en argent plaqué.

Cette industrie a pris , depuis quelques années , une assez grande extension. Les lustres, les candélabres et autres ornements d'église y jouent un rôle très-important. On en vend- à la seule foire de Nijni pour plus de 100,000 roubles argent, et nous croyons pouvoir en porter la valeur totale à environ 1 million de roubles argent , dont à peu près la moitié est représentée par la main-d'œuvre et la façon. Cette industrie se concentre principalement dans les deux capitales de l'Empire et à Varsovie.

Nos articles en argent plaqué étaient pendant longtemps d'une cherté exorbitante , mais depuis quelques années le prix en a considérablement baissé. Cependant il est encore beaucoup plus élevé qu'en France et en Allemagne. La fabrique de M. Fragé, à Varsovie, a été la première à perfectionner cette industrie sous le rapport des frais de

la fabrication. Elle a un dépôt de ses marchandises à Pétersbourg , et elle en fait des. envois considérables à la

foire de Nijiii*

Parmi les principales fabriques russes , on doit citer au preinier rang celles de Borisspw et de Ppt?» à Moscou, et de Doubinine et Kondratipff, h Saiot-Pétersbqurg, dont le^ produits ont figuré avec avantage aux dernièrçîs expositions. Ceux de Borissow, un des plus ancieus fabricant! russes daus ce genre d'industrie , se recommaudeut par leur solidité jointe à la modération des prix.

L'orfévierie, la bijouterie et la fabricatioij de» objçts en argent plaqué, prises ensemble, doivent p6eupQr« d'aprèi^ un calcul plus ou moins approximatif» au moins éiQOO ouvriers.

Poteries.

On comprend sous cette dénomination générale la poterie commune de terre et de grès , la poterie en terre de pipe, la faïence et la poreelaine.

Poreetaiiie.

La fabrication de la porcelaine a fait en Russie, dans h% derniers temps, des progrès très-satisfaisants sous le rapport de la qualité de ses produits , mais elle est encore loin de pouvoir rivaliser avec les manufactures de l'étrangôr sous le rapport des prix ; aussi n'a^t^elle acquis , jusqu'à présent, qu'une importance très-secondaire au rang des industries nationales, bien qu'elle ait été introduite chez nous depuis cent ans et protégée par la prohibition. :; L'usage des objets en poroelaine étant par lui-même très- j restreint, on n'a pu donner en Angleterre, en France et en Allemagne une plus grande extension à cette industrie

qu'en baissant le prix par les perfectionnement» des pro-* cédés de la fabrication, au point de les rendre accessibles aux classes moins aisées, et de remplacer, en grande partie, Tusage des poteries plus ordinaires, et nommément de la faïence. C'est aussi la tendance que devraient avoir nos fabricants , et ils commencent à le comprendre. On rencontre maintenant , dans le commerce , plus d'articles en porcelaine de fabrication russe d'un prix modéré, mais en général notre porcelaine est encore très-chère en comparaison des prix de la porcelaine étrangère.

Dans un article sur l'Exposition de 1843, M. Kiber explique très-bien les causes de la grande différence des prix entre notre porcelaine et celle de l'étranger. Noug en signalons ici les principales. En France et eii Angleterre, les principales manufactures de porcelaine se trouvent dans des localités qui leur fournissent la matière première ; tandis que les manufactures russes , établies aux environs de Moscou , sont obligées de faire venir du gouvernement de Tschernigow (district de Gloukhow) l'argile ou terre à porcelaine , et de Finlande le quartz et le spath dont on a besoin pour cette fabrication. Le transport de la, terre glaise dej&loukhow à Moscou revient à 80 jusqu'à.90 kopecks assignat par poud (environ 6 francs le quintal métrique), et le transport du quartz de la Finlande à 1 rouble assignat le poud (pfès de 7 francs le quintal métrique).

L'ouvrier russe qui travaille à la tâche , dans les manu-^ factures de porcelaine, reçoit pour 1,000 assiettes jusqu'à 20 roubles assignat = 22 francs 85 centimes, tandis qu'en France un ouvrier qui en fait 1,000 en deux jours ne reçoit pas plus de 4 francs par jour, ou 8 francs pour 1,000 assiettes.

Or, cette augmentation des frais, d'abord sur la matière première , et ensuite sur la main-d'œuvre , moins sensible pour des porcelaines peintes d'un prix très-élevé, pèse

d'autant plus sur les articles de l'usage ordinaire qui font le gros de la consommation.

A ces causes d'enchérissement viennent se joindre souvent l'ignorance et l'incapacité de ceux qui entreprennent cette fabrication , une dé celles qui exigent des connaissances pratiques en chimie, tant pour la composition de la matière première et du vernis que pourl'application des couleurs.

M. Kiber indique les améliorations dont cette industrie serait encore susceptible chez nous.

Depuis que ce technologue distingué a publié ses observations, notre fabrication de porcelaine a fait quelques progrès , et les prix de quelques-uns de ses produits ont éprouvé une baisse assez sensible sans descendre toutefois au niveau de ceux de la porcelaine étrangère.

Nous n'avons que très-peu de fabriques connues, appartenant à des particuliers, qui aient acquis quelque importance, et la valeur annuelle de leur production ne dépasse pas 200,000 roubles. La plus ancienne est celle de Gardner, fondée en 1754 dans le district de Dmitrow, gouvernement de Moscou. Cette fabrique et celles des frères Karnilow, à Ssdnt-Pétersbourg, et de Popow, dans le gouvernement de Moscou, se sont beaucoup perfectionnées. Les porcelaines ornées de peinture de MM. Karnilow ont obtenu le suffrage des connaisseurs aux dernières expositions. Les fabriques de Gjel fournissent les porcelaines les plus accessibles, par leur bon marché, pour l'usage ordinaire.

Pour les objets de luxe, la manufacture impériale de porcelaine, à Saint-Pétersbourg, a pris le rang qui lui appartient parmi les premiers établissements de ce genre ^ en Europe. Indépendamment des beaux vases et autres j pièces d'une grande valeur et d'une beauté remarquable qui ont fait l'ornement de toutes nos expositions, on y

fabrique aussi beaucoup de petits objets de fantaisie d'un prix assez modéré , ce qui prouve les progrès de la fabrication sous le rapport des frais de production. Celle fabrique fait venir la terre à porcelaine , en partie de Gloukhow (gouvernement de Tschernigow), et en partie de France (pâte de Limoges). Elle produit maintenant pour environ 100,000 roubles argent, et occupe 180 individus, dont 14 artistes et 53 maîtres ouvriers et contremaîtres.

Faïence.

Cette branche de la poterie est encore chez nous dans un état très-arriéré, on pourrait dire dans l'enfance (à quelques exceptions près), malgré les droits très-élevés qui la protégeaient pendant longtemps. Jusqu'en 1845, cet article payait à son importation : la faïence blanche, 4 roubles 65 kopecks par poud (= 1 franc 13 centimes par kilogramme), et la faïence peinte, ou avec bordure, 12 roubles par poud (=5 2 francs 93 centimes par kilogramme) ; ce qui fait, pour Tune et l'autre espècon à peu près trois fois la valeur de la faïence anglaise, et, malgré ce droit qui pouvait être considéré comme prohibitif, on en importait, sous le régime de l'ancien tarif, par la voie légale , pour plus de 50,000 roubles (200,000 francs). Ce droit a été successivement réduit, pour la faïence blanche, ou d'une seule couleur, à 2 roubles par poud à l'importation par mer, et à 80 kopecks à l'importation par voie de terre ; et, pour la faïence avec peinture, bordure ou dorure, à 4 roubles par poud. Par suite de cette réduction, l'importation a augmenté jusqu'à la valeur de plus de 170,000 roubles (680,000 francs), bien que le droit actuel revienne encore à plus de 100 pour 100 de la valeur, ce qui prouve rétat arriéré de cette industrie chez nous, comparativement

aux autres pays. Mai» ce qui mérite surtout d'être remarqué , c'est que le peu de progrès que la fabrication de la faïence a fait dans les derniers temps^ coïncide à peu près avec l'époqae où l'on a commencé à diminuer les droits d'entrée sur la faïence étrangère. Le même fait s'est produit en Autriche, lorsque la prohibition qui frappait cet article a été levée.

Notre faïence n'est autre chose que de la mauvaise terre de pipe, qu'on a depuis longtemps abandonnée pour cette fabrication dans d'autres pays. Cette espèce de terre n'a pas de consistance , ce qui fait aussi que notre faïence est souvent deux fois aussi épaisse que la faïence anglaise; elle est très-fusible, et, par cette raison, peu propre à recevoir un bon vernis, car il est suffisamment connu que le vernis doit être fusible à un degré de température moin^ élevé que la massa à laquelle il est appliqué, et voilli pourquoi on y emploie, pour nos faïences, vu la mauvaise composition de la masse, jusqu'à 80 pour 100 de plomb.

L'emploi d'une forte quantité de plomb, qui s'oxyde facilement par l'action des acides , est en outre très-nuisible àfla santé. Le vernis de nos faïences a, par la mémo raison , si peu de dureté , qu'il se coupe avec le couteau comme un corps organique.

A ces défectuosités dans la composition de la masse et du vernis viennent se joindre encore quelques iiégligences dans le travail. La masse n'est pas assez bien préparée ; elle ne présente pas un corps compacte, à grain fin, mais un composé de différents éléments mêlés ensemble, dont on distingue les couches en examinant les morceaux cessés. Le vernis qui devrait former une enveloppe très-fine est appliqué en couches épaisses qui se détachent facilement.

Quelques-uns de nos principaux fabricants ont fait, depuis quelque temps, de louables efforts pour améliorer

leur industrie ; mais ils ne pourront jamais arriver au degré de perfection nécessaire, sans changer entièrement l'emploi de la matière première, c'est-à-dire la composition de la înasse , en imitant la» proeédés miles m France et en Angleterre,

L'induptrie anglaise a été la première à améliorer cette fabrication en employant à la composition de la masse plu-^ sieurs ingrédients qui entrent dans la fabrication de k porcelaine et nommément du kmlin ou deg argiles qui en P-pproçhent le plus (1).

L'argile de Gloukhow qui sert à la fabrication de nos poreelaineu pourrait, selon l'avis de M. Kiber, remplacer avec avantage le kaolin, et ce savant technologue dit avec raison que partout ou l'on fabrique de la porcelaine on peut mm produire de la bonne faïence. Il n'y a pas de raison majeure pour qu'on ne puisse pas fabriquer chez nous d'aussfi bonne vaisselle en faïence qu'à l'étranger. M^i» c§ qui manque h h plupart de nm fabricants., c'est la eonnaissanee du métier en ce qui concerne la composition chimique de» matières qu'ils emploient,

Les meilleureîi faïenees sont celles des fabriques de por^ celaine de MM. Gardner, Auerbaeb et Guintéi». On peut encore citer les fabriques de faïence de Terikow et de Kissilew dans le gouvernement de Moscou, Ces fabriques, et surtout les deux premières , sent, h notre connaissance, presque les seules qui aient fait des progrès depuis quelques années et dont les produits approchent le plus des faïences anglaises; mais le prix en est encore beaucoup plus élevé.

(1) Le kaolin est une espèce d'argile qui semble provenir de la décomposition lente de certaines roches feldspathiques. Les Chinois ont été les premiers à l'employer dans la fabrication de leurs poteries.

2o2 INDUSTKIE.

Poterie ordinaire.

Si la fabrication de la faïence n'est pas encore bien avancée en Russie, celle de la poterie ordinaire l'est encore beaucoup mbins. Il est difficile de se figurer quelque chose de plus grossier que la poterie de Gjel, village situé dans le district de Bronnitsk, gouvernement de Moscou, que M. Kiber appelle le Staffordshire de la Russie,

On y fabrique aussi beaucoup de faïence ordinaire, tout ce qu'il y a de plus commun dans ce genre de fabrication, mais d'un prix on ne peut plus modéré. Une douzaine d'assiettes se vend 80 kopecks assignat, moins de 2 kopecks argent la pièce ; ce qui s'explique par l'extrême bon marché du combustible. Une sagène (2,J34 mètres) de bois d'une longueur de cinq quarts d'archine (0,74 aune de France) ne coûte que 3 roubles assignat (3 francs 23 centimes), et, d'après un calcul fait par M. Kiber (1), la quantité de bois qui remplace la force de chaleur que donne un poud de houille ne revient, à Gjel, qu'à 17 kopecks assignat, tandis qu'en Angleterre le poud de charbon de terre revient à 30 kopecks assignat et en France à 60 kopecks.

Il est à regretter qu'avec cette facilité de produire à bon marché, les paysans de Gjel ne s'appliquent pas davantage à améliorer leur industrie pour la tirer de cet état primitif où elle se trouve ; mais cela s'explique , en partie , par la pauvreté des classes auxquelles ces produits sont destinés et qui préfèrent une marchandise , même moins durable et moins bonne, lorsqu'elle ne coûte pas cher. Cela tient aussi, plus ou moins, aux mœurs et aux habitudes de ces classes en Russie , qui emploient plus volontiers leur argent à

(1) Voir le compte rendu de TËxposition de 1843, pagf 348.

leurs vêtements ou à quelques ornements extérieurs qu'à l'achat d'objets usuels , en meilleure qualité , pour leurs ménages. Aussi l'industrie de la poterie, prise dans son ensemble, présente-t-elle un certain contraste avec beaucoup d'autres. Ainsi, par exemple, pour les tissus et les étoffes de toutes espèces, la fabrication s'améliore davantage à mesure qu'on descend aux articles de l'usage ordinaire, tandis que, dans la poterie, c'est l'inverse, La fabrication de la porcelaine est plus avancée que celle des faïences et cette dernière l'est beaucoup plus que la poterie ordinaire.

Poterie de grès.

Cette branche de poterie , qui est très-importante pour plusieurs industries, est plus avancée que la poterie ordinaire et la faïence ; mais elle n'est pas encore assez développée. Il n'y a que peu de fabriques qui s'en occupent. Les plus connues sont celles de Guinter à Saint-Pétersbourg et de Poskotchine dans le gouvernement de Wladimir bù se trouve la meilleure argile pour ce genre de poterie.

Nous ne croyons pas pouvoir évaluer tous les produits de la poterie , la porcelaine comprise , à plus de 2 millions de roubles (8 millions de francs). C'est à peu près le quart de la valeur de cette industrie en France, qui s'élève à plus de 30 millions de francs (1).

Le nombre d'ouvriers employés dans celte industrie doit être d'environ 6,000.

En France, la fabrication de la porcelaine produisait, en 1836, plus de 11,500,000 francs (2,875,000 roubles), et occupait plus de 10,000 ouvriers.

(1) On révaluait déjà, en 1836, à 27,418,000 fr. (t^otr Schnilzler, StaUstique générale de la France, tome Hî, page 209).

Briqueterie.

La statistique de notre population , qui compté à peine un habitant de ville pour dix habitants de village, tandis qu'en Allemagne on en compte à peu pi*és 2 sur î du total de la population , et Tétât matériel de nos villes , dont la plupart sont bâties en bois (i), indiquent suffisamment que Tindustrie de la fabrication des briques, quelque considérable qu'elle soit en elle-même , est loin d^avoir, comparativement, le rang d'importance que cette industrie occupe dans d'autret pays. En France, les fabriques de tuiles et de briques produisaient déjà , en 1836 , une valeur de 28,112,000 francs, les fabriques de chaux 23,827,000, et celles de plâtre 14,714,000 ; ensemble 66,653*000 francs = 16,664,000 roubles argent (2).

Avec les progrès que font les constructions des villes en France ^ la briqueterie seule doit excéder ^maintenant Ja valeur de 8 millions de roubles argent (32 millions de francs).

Pour la Russie nous ne croyons pas pouvoir porter la valeur totale des produits de cette industrie à plus de 2,000,000 ou 2,500,000 roubles. Elle se trouve principalement concentrée autour des deux capitales où elle est aussi le plus perfectionnée.

Les briqueteries de Moscou et de Saint-Pétersbourg fournissent au moins les deux cinquièmes de la production

(1) ËQ 1840, on comptait, dans toutes les Tilles de la Russie d'Ëur6|ie, avec la Finlande et le royaume de Pologne, près de 600,000 maisons, dont 22,167 en briques ou en pierres, ce qui donne à peu près la proportion d'une maison en pierres ou briques contre vingt-deux en bois {voir le tableau statistique, page 146 du l*"^ volume).

(2) Schnitzler, StaMiq^e généralo de la France, tome HI, page 212»

totale, et les briques qui en proviennent sont, en général, de très-bonne qUalitéi mais d'un prix très-élevéi On paye, à Saint-Pétersbourg , les briques de grosse construction de 16 jusqu'à 23 roubles le raille; tandis qu'en France les briques de raême dimension se vendent de 25 à 30 francs. s= 6 roubles 25 kopecks à 7 roubles 50 kopecks le mille*

Cette industrie laisse beaucoup à désirer sous le rapport de l'économie du combustible, laquelle dépend principale-^ ment de la construction des fours (1). Les améliorations dans cette partie sont* d'autant plus désirables que le bois devient de plus en plus cher dans les contrées où se trouvent les principales briqueteries (Moscou et Saint-Pétersbourg).

La fabrication des objets en terre cuite , tels que statuettes, bas-reliefs et autres ornements d'architecture, a commencé , depuis peu , à s'introduire en Russie. Cette industrie^ dont les produits, surtout pour les décorations architecturales extérieures, sont si appropriés à notre climat^ peut acquérir, avec le temps, un certain degré d'importance. Les principales fabriques, pour ce genre de produits, sont celles de M. Préfontaine et de M. Reimers, à Saint-iPétersbourg.

En ajoutant à la briqueterie la fabrication de la chaux et du plâtre et les autres industries qui s'y rattachent, nous croyons pouvoir en évaluer le produit annuel à 5 millions de roubles argent. Toutes ces industries, prises ensemble,' doivent occuper, d'après un calcul approximatif, environ 15,000 ouvriers (2).

(1) Voir ce que dit à ce sujet M. Kiber dans le compte rendu de rExposition de 1843, paget 353 et suivantes,

(2) En France, la briqueterie et la fabrication de la chaux et du plâtre produlfiaient » en 1836 « une valeur de 66^653^000 fr., et occupaient 48,600 ouTriers (Schnîtjsler, SUitistiqxiQ d,e Iq Fronce, tome lUtP^ge 213)«

Verrerie, cristallerie et fabrication des gla^ces,

La verrerie et la cristallerie ont fait en Russie, depuis dix à quinze ans, des progrès très-marquants. On a surtout perfectionné , dans quelques-unes de nos meilleures verreries, la fabrication des cristaux avec les matières qui font les éléments constitutifs des verres ordinaires, sans l'emploi de l'oxyde de plomb {minium)^ ce qui produit une économie sensible dans les frais de production.

Les perfectionnements de la fabrication ont fait baisser d'une manière sensible le prix de notre verrerie en général et des cristaux en particulier; mais malgré cette baisse les prix actuels sont encore beaucoup plus élevés que ceux des cristaux français et surtout que ceux des cristaux de Bohême, et nous avons encore bien du chemin à faire pour arriver, sous ce rapport, au niveau de l'industrie de la France et de l'Allemagne. Ce qui le prouve le mieux c'est que, malgré un droit protecteur de 50 roubles par poud (12 francs 20. centimes par kilogramme) qui revient à 250 jusqu'à 500 pour 100 de la valeur (1), l'importation i

des cristaux étrangers s'est élevée jusqu'à la valeur de 53,000 roubles argent (212,000 francs), et elle a constamment suivi un mouvement ascendant. Voici la valeur de i

l'importation pendant les trois dernières années sous le régime de l'ancien tarif :

En 4848. ... ; 46,308 roubles argent.

(1] Les cristaux français sont évalués à Texportation à 2 fr. 50 cent, le kilogramme = 10 roubles 20 kopecks le poud. En Autriche, de 36 à lOO florins le quintal = 7 roubles 20 kopecks, à 20 roubles le poud, ce qui donne pour moyenne 13 roubles 60 kopecks le poud.

Qt

A partir du 1-13 janvier 1^51 , le droit ayant été réduit à 20 roubles, ce qui revient encore, en moyenne, à environ 150 pour 100, la valeur de Timportation s'est élevée, pendant l'année 1851, à 78,200 roubles.

Comme la plupart de nos verreries se trouvent dans des contrées bien boisées où le combustible est à très-bon marché et qu'on n'emploie maintenant, généralement, à la fabrication des cristaux que les matières qui constituent les éléments des verres ordinaires en leur donnant seulement un plus haut degré d'affinage, cette grande différence de prix doit nécessairement provenir du manque de concurrence ou de la construction vicieuse des usines, qui absorbe trop de combustible, ou de quelques imperfections dans les procédés de la fabrication , ou d'autres circonstances gui pèsent sur les frais de production et qui doivent disparaître avec le temps. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que même la verrerie ordinaire, comme, par exemple, les vitres, coûte beaucoup plus cher en Russie. Xfn carreau de fenêtre d'une certaine dimension, qui ne coûte pas, à Vienne, au delà de 40 kopecks, se paye, à Saint-Péterbourg , jusqu'à 75 kopecks argent , tandis que nos usines bien situées devraient pouvoir fournir les verres ordinaires à meilleur marché que dans tout autre pays. Cela doit tenir, en partie , aux distances qui séparent les usines des principaux marchés, à la difficulté des communications et aux conditions où se trouve notre commerce en général et qui enchérissent la plupart des produits indigènes.

La fabrication des glaces soufflées a également été perfectionnée dans les derniers temps , mais les prix en sont encore très-élevés en comparaison avec ceux des manufactures étrangères. On comptait, en 1848, d'après les données statistiques officielles, 223 verreries et cristalleries, dont 27 dans le gouvernement de Wladimir, 22 dans celui m. a

deWilna, 17 dans celui de Saint-Pétersbourg, 11 dans celui de Riazan, 10 en Livonie, 26 dans le royaunae de Pologne, et 16 en Sibérie. Il y a, en outre, 5 ou 6 usines en Finlande, ce qui fait, en tout, environ 230 établissements. Le total des produits de cette industrie peut être évalué approximativement à 2,600,000 roubles argent, et le nombre d'ouvriers employés dans les usines ^ près de 10,000.

N'ayant pas trouvé dans la statistique de l'Empire le nombre d'ouvriers employés dans les verreries et les cristalleries, nous avons dû l'évaluer, d'après un calcul approximatif, en prenant pour base la statistique officielle du royaume de Pologne , d'après laquelle les 26 usines qui y étaient en activité , en 1849 , ont produit une valeur de 177,670 roubles en employant 750 ouvriers ; ce qui donne un produit de 287 roubles pour un ouvrier. Nous avons adopté, en somme ronde , 260 roubles par ouvrier ( c'est aussi, à peu près, la proportion moyenne du nombre d'ouvriers employés dans les usines de la Bohême); ce qui donne, pour 3,500,000 roubles, 10,000 ouvriers.

En France, il y avait en activité, en 1836 , 165 usines qui ont produit une valeur de 47,474,300 fr. = 11,868,660 roubles (1), et, vu les progrès de cette industrie pendant les quinze dernières années, progrès qui sont, entre autres résultats, constatés par l'accroissement de l'exportation des cristaux et des verreries, elle doit produire maintenant 13 à 14 millions de roubles argent. Le grand commerce de vins en bouteilles a beaucoup contribué au développement de cette industrie en France. La valeur seule des bouteilles pleines livrées à l'exportation excédait, en 1836, lasoriime de 4 millions de francs. En Russie, cette grande consommation de bouteilles peut être compensée , en partie , par la

(I) Schnitder, Statistique générale de la France, tome ÎU, page 2Ô0.

ir-l.

fabrication très-étendue des vitres. Dans les grandes villes, les habitatioî)s et les bâtiments publics sont, chez nous, plus spacieux, et la rigueur du climat exige , presque partout, l'emploi de doubler fenêtres, ce qui est très-rare dans d'autres pays.

En Autriche , le produit total de la verrerie , de la cristallerie et de la fabrication des glaces était évalué, en 1845, dans la statistique officielle, à 17 1 millions de florins 1= 11,026,000 roubles, et elle doit être maintenant d'environ 12 millions de roubles.

Les produits de la manufacture impériale de cristaux et de la fabrique de glaces à Vibourg , appartenant au gou^ vernement, sont suffisamment connus, tant en Russie qu'à l'étranger. Sous le rapport de la grande dimension et de la pureté des glaces , ainsi que pour la beauté des grandes pièces de cristal, tels que vases, candélabres et girandoles, aucune fabrique privée ne peut rivaliser avec ces deux beaux établissements. Il n'en est pas de même des prix des cristaux qui sont, en général, plus élevés, ce qui est assez naturel. La manufacture impériale, n'étant pas basée sur les principes d'une spéculation industrielle, vise principalement à perfectionner la qualité de ses produits en y employant les meilleurs matériaux pour donner à ses cristaux la plus grande pureté possible (1), et l'on y fabrique beaucoup d'objets d'ornement d'une valeur considérable qui ne se reproduisent pas en grand nombre, ce qui fait une différence sensible dans les frais de production.

Le produit annuel des manufactures impériales des glaces et des cristaux s'élève à environ 140,000 roubles argent, et elles occupent 260 ouvriers, les maîtres et contremaîtres compris.

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(1) On y emploie encore généralement l'oxyde cle plomb, qui revient trèa-cher en Russie.

Parmi les usines appartenant à des particuliers , nous devons citer au premier rang celles de MM. Maltzow, dont une dans le gouvernement d'Orel et deux dans celui de Wladimir. Ces trois établissements fournissent des cristaux et des verres de toute espèce pour environ 550,000 roubles argent (2,200^000 francs).

M. J.-A. Maltzow a, le premier, réussi, après plusieurs essais, à introduire , en Russie , la fabrication des cristaux avec les éléments constitutifs des verres ordinaires en les soumettant à une purification plus soignée, et cette fabrication a été tellement perfectionnée , pendant les dix dernières années , dans son usine de Diadkow ( gouvernement d'Orel) et dans celles de son cousin, M. J*-S. Maltzow, que leurs cristaux, tant blancs que colorés, peuvent, sauf le prix , soutenir la comparaison avec ceux de Bohême. Les cristaux de M. J.-S. Maltzoff se distinguent parmi tous les autres par leur pureté , l'égalité de la masse et la précision de la taille. MM. Maltzow sont aussi les premiers qui aient réussi à fabriquer le verre rubis en employant le cuivre à la coloration de ce verre. Tous les travaux de leurs usines se font par leurs propres paysans.

Parmi les autres établissements les plus connus qui se sont distingués par leurs progrès, nous devons citer :

Celle, de M. Bakhmetieff, dont les produits se recommandent par la pureté de la taille et de la gravure et qui pro- j duit pour plus de 40,000 roubles de cristaux moulus; le . ' total de la production de cette usine s'élève à environ 150,000 roubles argent (600,000 francs);

La cristallerie de M. Olsouffiew, dans le gouvernement deSmolensk;

Celle de Mme Zaliwski, dans le gouvernement de Kalouga, qui appartenait autrefois au général Orlow, et celles de M. Nepokoutchitski et de M. Gordlitschka , dans le royaume de Pologne;

INDUSTRIE. 26< r^^

Les fabriques de glaces de M. Ameloung, en Livonie et ! %

de M. Meleschkine ; cette dernière ne produit que des / |

glaces soufflées pour une valeur de 60,000 roubles;

La verrerie de M. Kochanow, dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg, qui produit pour 35,000 roubles de vitres ;

Celle de M. Moussine-Pouschkine, dans le gouvernement de Nowgorod, qui fournit de très-belles vitres pour une valeur d'environ 400,000 roubles argent;

Et celle de Konovaloff , à Krassnoïarsk, dans le gouvernement d'Enisseisk ; c'est le premier fabricant , en Russie , qui a commencé à remplacer la potasse par le sel de Glauber dans la fabrication des verres. La plupart de nos propriétaires d'usines éprouvent encore de la répugnance pour ce procédé ; et comme la potasse est , chez nous , moins chère que partout ailleurs, nous ne sommes pas non plus bien persuadé de la grande portée de cette innovation. En Bohême ; c'est aussi la potasse qui prédomine dans la fabrication.

En examinant les produits de notre verrerie et de notre cristallerie et les conditions dans lesquelles cette industrie se trouve placée, nous voyons qu'elle est en progrès et qu'elle doit arriver, avec le temps , à un état entièrement satisfaisant. Il faut seulement que nos propriétaires d'usines s'appliquent à y introduire toutes les améliorations propres à faire baisser le prix de nos verres et de nos cristaux. Il nous semble , entre autres choses , qu'il y a beaucoup à faire pour améliorer la construction des fours.

Il nous reste encore à dire quelques mots sur la menuiserie, sur la construction des voitures et sur la fabrication des instruments de musique.

Notre menuiserie peut être considérée comme très-perfectionnée et comme très-arriérée en même temps , selon le côte duquel on l'envisage. La fabrication des meubles

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